Moïse, le culte du Souvenir

La  Journée du 7 Adar, date marquant la disparition énigmatique de Moïse, a été

Le mont Nevo

Le mont Nevo

retenue pour  commémorer le souvenir des soldats d’Israël dont le lieu de sépulture ne nous est toujours pas connu. Tsahal, l’Armée d’Israël, compte 173 disparus dont les noms sont gravés au «Gan HaNéédarim», le «Jardin des Disparus» sur le Mont Herzl à Jérusalem.

En ce jour de commémoration particulière, nous ne pouvons que nous incliner devant le Souvenir de celles et de ceux qui partirent défendre la Patrie sans être rentrés à la maison.

Je voudrais dédier ce modeste article à mon beau-père Michel Simon qui,

A la mémoire de Michel Simon

A la mémoire de Michel Simon

mystérieusement disparu, début janvier 2014, dans ses montagnes de Savoie (France), n’a toujours pas été retrouvé. En ces heures difficiles, je fais mienne la douleur silencieuse de mon épouse Myriam mais aussi de tous ceux et celles qui, poursuivant leur quête incessante  après un être cher, veulent espérer encore …

«וַיִּקְבֹּר אֹתוֹ בַגַּי בְּאֶרֶץ מוֹאָב, מוּל בֵּית פְּעוֹר וְלֹא-יָדַע אִישׁ אֶת-קְבֻרָתוֹ עַד הַיּוֹם הַזֶּה» (דברים ל »ד, ו’).

«Il [Moïse] fut enseveli dans la vallée du pays de Moab qui fait face à Beth-Peor; mais nul n’a connu sa sépulture jusqu’à ce jour.» (Deut. 34, 6)

Moïse, le plus grand des prophètes qui aura, lors de la Sortie d’Egypte, pleinement  voué sa vie corps et âme en faveur du peuple d’Israël et n’aura de cesse de plaider la cause de ce dernier devant Dieu, ne connaîtra point les honneurs d’une sépulture officielle. Est-ce là donc la juste récompense réservée à ce grand fondateur de la Nation d’Israël? Comment expliquer que le lieu de la dépouille de Moïse, figure emblématique des Livres saints, de l’Exode au Deutéronome, conduisant avec un amour désintéressé les Fils d’Israël en Terre promise, Erets Israël, demeure inconnu des hommes? Au contraire de Moïse, les préparatifs et les modalités rituelles relatives à la mort du patriarche Jacob en Egypte sont décrits en détail:

« וַיִּמְלְאוּ-לוֹ אַרְבָּעִים יוֹם כִּי כֵּן יִמְלְאוּ יְמֵי הַחֲנֻטִים וַיִּבְכּוּ אֹתוֹ מִצְרַיִם שִׁבְעִים יוֹם» (בראשית נ’, ג’).

«On y employa quarante jours; car on emploie autant de jours pour ceux qu’on embaume. Les Égyptiens portèrent son deuil soixante-dix jours» (Gen. 50, 3).

L’embaumement destiné à préserver l’immortalité du corps humain est totalement étranger à la tradition hébraïque: l’enveloppe corporelle doit impérativement être inhumée sans délai, à même la terre, et ce, pour bien mettre en exergue l’éternité de l’âme au détriment du corps.

Si Moïse, ce grand serviteur de Dieu, cet homme de prière et d’action, n’a pas de lieu de sépulture connu, contrairement à la coutume de cette grande civilisation antique que fut l’Egypte dont le culte des morts fut très développé, il a laissé une empreinte indélébile à travers quatre des cinq livres de la Thora qui perpétue ainsi à jamais son souvenir.

Par conséquent, notre conscience, dépouillée de toute attache relative au corps du défunt -celui-ci ayant disparu- considère le nom et la mémoire comme une entité spirituelle bien vivante. Aussi longtemps que la dépouille de l’être cher n’a point été retrouvée, il n’y a pas deuil. Le drame accompagnant la disparition de cet être aimé est, d’une certaine manière, sublimé par le maintien vivant de la mémoire.

Joseph, volé par les Midianites, qui l’ont vendu comme esclave aux Ismaélites, qui l’ont emmené en Egypte, est de fait considéré par ses frères comme «disparu sans laisser de traces»:

«הַיֶּלֶד אֵינֶנּוּ וַאֲנִי אָנָה אֲנִי-בָא?» (בראשית ל »ז, ל’).

«L’enfant a disparu et moi, où irai-je?» (Gen. 37, 30).

Rien n’aurait été plus facile, devant Joseph qu’ils ne reconnaissent pas, de lui cacher les frères qui ne sont pas présents face à lui. Juda aurait pu prétendre: «Nous sommes dix frères», profitant de l’occasion pour occulter la mémoire des absents, tous deux fils de Rachel, la femme haïe par les fils de Léa: Joseph, qui a disparu et Benjamin, resté près de son père. Cependant, respectant le devoir de mémoire, Juda rappelle les noms des absents, celui qui est encore vivant comme celui qui est présumé mort:

«וַיֹּאמְרוּ: שְׁנֵים עָשָׂר עֲבָדֶיךָ אַחִים אֲנַחְנוּ בְּנֵי אִישׁ-אֶחָד בְּאֶרֶץ כְּנָעַן וְהִנֵּה הַקָּטֹן אֶת-אָבִינוּ הַיּוֹם וְהָאֶחָד אֵינֶנּוּ.» (בראשית מ »ב, י »ג).

«Ils répondirent: Nous, tes serviteurs, sommes douze frères, nés d’un même père, habitants du pays de Canaan; le plus jeune est auprès de notre père en ce moment et l’autre n’est plus.» (Gen. 42, 13)

Dans la tradition hébraïque, le corps retourne à la poussière, selon la Parole de l’Eternel:

«כִּי-עָפָר אַתָּה, וְאֶל-עָפָר תָּשׁוּב.» (בראשית ג’, י »ט).

«…car poussière tu fus, et poussière tu redeviendras!» (Gen. 3, 19).

Dans le cas d’une disparition, si la mémoire du disparu n’est pas respectée, c’est sa mort spirituelle. Il est donc important de commémorer son souvenir. C’est pourquoi, les Sages d’Israël expriment cette suprême victoire sur la mort par la sentence suivante:

«אֵין עוֹשִֹים נְפָשׁוֹת לַצָּדִיקִים, דִּבְרֵיהֶם הם זִכְרוֹנָם» (ירושלמי, שקלים מז א).

«On n’érige pas de stèle pour les Justes, leurs paroles sont leur souvenir» (Talmud Yeroushalmi 47, 1)

Cordial shalom,

Haïm Ouizemann

hebreubiblique@gmail.com

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6 Responses to Moïse, le culte du Souvenir

  1. cathou dit :

    Disparaître: ne plus apparaître à la vue. ne plus voir les gens qui nous sont indifférents ou que l’on aime pas n’a aucun impact dans notre vie. Ne plus voir physiquement les personnes qui nous sont chères est un deuil à faire, à accepter. Mais l’humain vit physiquement un temps établi puis modelé avec de la poussière il retourne à la poussière… Ainsi est son destin. Est il important que cette personne chère n’apparaisse plus devant nos yeux??? Oui évidemment, mais NON en vérité, elle est chère non à nos yeux qui se contentent de voir, mais à notre coeur. Où que se trouve le corps physique, toutes les particularités qui rendent cette personne unique et chère à notre coeur continuent de vivre dans notre coeur autant que temps que nous le voulons. Il nous appartient de continuer à faire vivre cette personne, qui peut ainsi continuer à cheminer en nous, avec nous, à notre coté. Nous pouvons ainsi continuer le dialogue d’amour qui nous unit à cette personne. A l’image de Dieu, si nous en prenons soin, l’Amour de cette personne ne nous quitte pas et nous accompagne dans notre quotidien. ça devient un grand réconfort. Courage Myriam, ton père est en Toi, fais le Vivre, fais Vivre et Partage cet amour qu’il t’a donné auprès des tiens.

    • Cathou shalom,
      Merci a toi pour ces paroles reconfortantes. Tu parles de dialogue d’amour. Je ne puis que consentir a ta reflexion. Nous poursuivons ce dialogue a travers la memoire. Les Patriarches et les Matriarches d’Israel sont, d’apres nos Sages, bien vivants car, par leur vie exemplaire, ils continuent a conduire nos pas. Finalement ce qui importe n’est pas tant la mort mais ce que nous laisserons a nos enfants. nos proches et a la societe toute entiere. Nous devons chaque jour nous interroger sur notre action. Qu’avons-nous fait pour notre prochain? Avons-nous contribue un tant soi peu a l’amelioration de notre environnement social?
      Encore un grand Toda a toi,
      Benedictions a toi et a tous les tiens,
      Amities,
      Haim

      • danièle dit :

        Lors des obsèques de maman, le Rabbin avait dit « tout être continue à vivre tant que sa mémoire est en nous ». Ainsi, ton beau-père continue à vivre en toi, ta femme, tes enfants et tous ceux qui l’ont connu ! Barouch HaShem

      • Daniele shalom,
        Merci pour ces paroles de reconfort que je transmettrai a mon epouse Myriam. La memoire detient et retient la vie.
        Au plaisir de te lire,
        Amities a toi et a tous les tiens,
        Haim

  2. shimon dit :

    comme dit la PAROLE si ils ne sont plus présent dans nos cœurs vive toujours lorsqu il dit a moche je suis le D. ABRAHAM ISAAC DE JACOB si sont mort pour nous pour D. ils sont toujours vivant

    • Shalom Shimon,
      En effet, selon la tradition juive, les Patriarches d’Israel Avraham, Its’hak et Yaakov ne sont pas morts car ils continuent a vivre a travers notre memoire et a guider nos pas vers l’avenement d’un monde d’Amour et de Justice.
      Toda raba,
      Shavoua tov,
      Amities,
      Haim

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