Naissance de la «Démocratie» biblique: Tel peuple, tel dirigeant!

Tableau de Guido Reni  (1624)

Tableau de Guido Reni (1624)

Les grandes civilisations antiques de Mésopotamie, de Babylone et d’Egypte dirigées par des rois tout puissants, iniques et avides de conquête, imposent leur diktat intellectuel et spirituel en éradiquant toute trace de liberté envers leur peuple respectif et les peuples alentours. Aspirant à gouverner en maîtres absolus, ils n’hésitent point à asseoir leur autorité sur la terreur et sacrifier leur propre nation sur l’autel de leur intérêt personnel. Quant aux dirigeants d’Israël, fondant leur légitimité sur le choix de Dieu, détiennent-ils pour autant un pouvoir absolu? Quelle peut-être l’influence du peuple hébreu sur les élus de l’Eternel?

Deux principales sources répondent à cette double interrogation d’ordre politique et spirituel:

ש«וַיִּסְעוּ מֵרְפִידִים וַיָּבֹאוּ מִדְבַּר סִינַי וַיַּחֲנוּ, בַּמִּדְבָּר וַיִּחַן-שָׁם יִשְׂרָאֵל, נֶגֶד הָהָר. ג וּמֹשֶׁה עָלָה, אֶל-הָאֱלֹהִים וַיִּקְרָא אֵלָיו יְהוָה מִן-הָהָר לֵאמֹר כֹּה תֹאמַר לְבֵית יַעֲקֹב וְתַגֵּיד לִבְנֵי יִשְׂרָאֵל» (שמות י »ט, ב’-ג’) ש

«Partis de Refidim, ils entrèrent dans le désert de Sinaï et y campèrent, Israël y campa en face de la montagne. 3 Pour Moïse, il monta vers le Seigneur et le Seigneur, l’appelant du haut de la montagne, lui dit: « Adresse ce discours à la maison de Jacob, cette déclaration aux enfants d’Israël»: (Ex. 19, 2-3)

Selon le célèbre commentateur Rashi (1040-1105), le sujet «Israël» du verbe «campa», intégrant hommes et femmes sans différence aucune, témoigne de leur volonté de rendre un culte sincère à l’Eternel «comme un seul homme, d’un seul cœur». L’expression de cette unité spirituelle ouvrant la voie à la future unité nationale, traduite dans la source biblique par le singulier «campa», procure à Moïse le droit et le pouvoir de s’élever aux plus hautes cimes de la spiritualité («il monta»). Son ascension est donc étroitement liée à celle du peuple dont il est le berger.

«וַיִּקַּח מִיָּדָם וַיָּצַר אֹתוֹ בַּחֶרֶט וַיַּעֲשֵׂהוּ עֵגֶל מַסֵּכָה וַיֹּאמְרוּ אֵלֶּה אֱלֹהֶיךָ יִשְׂרָאֵל אֲשֶׁר הֶעֱלוּךָ מֵאֶרֶץ מִצְרָיִם»

«Ayant reçu cet or de leurs mains, il le jeta en moule et en fit un veau de métal; et ils dirent: « Voilà tes dieux, ô Israël, qui t’ont fait sortir du pays d’Égypte! »»

«ז וַיְדַבֵּר יְהוָה, אֶל-מֹשֶׁה: לֶךְ-רֵד כִּי שִׁחֵת עַמְּךָ, אֲשֶׁר הֶעֱלֵיתָ מֵאֶרֶץ מִצְרָיִם. ח סָרוּ מַהֵר מִן-הַדֶּרֶךְ אֲשֶׁר צִוִּיתִם עָשׂוּ לָהֶם, עֵגֶל מַסֵּכָה; וַיִּשְׁתַּחֲווּ-לוֹ, וַיִּזְבְּחוּ-לוֹ וַיֹּאמְרוּ אֵלֶּה אֱלֹהֶיךָ יִשְׂרָאֵל אֲשֶׁר הֶעֱלוּךָ מֵאֶרֶץ מִצְרָיִם».

«Alors l’Éternel dit à Moïse: « Va, descends! Car on a perverti ton peuple que tu as tiré du pays d’Égypte! 8 De bonne heure infidèles à la voie que je leur avais prescrite, ils se sont fait un veau de métal et ils se sont courbés devant lui, ils lui ont sacrifié, ils ont dit: ‘Voilà tes dieux, Israël, qui t’ont fait sortir du pays d’Égypte!’» (Ex. 32, 7-8).

Le passage du singulier au pluriel pour exprimer l’action du sujet «l’Eternel» exprime sans équivoque la «polythéisation» de l’Eternel par les Enfants d’Israël, autrement dit sa profanation, conduisant à la chute de Moïse, le prophète des prophètes. Moïse aurait-il donc commis une erreur le rendant coupable d’avoir lui aussi profané le Nom de l’Eternel? En quoi la faute d’Israël rejaillit-elle sur le dirigeant hors pair, Moïse, dévoué à la cause d’Israël et fidèle à la volonté de l’Eternel?

Moïse subit, contre son gré, la dégradation éthique et spirituelle du peuple. La corruption d’Israël lors de l’épisode du veau d’or n’épargne point sa personne. Toutes ses qualités de dévouement et ses multiples mérites ne lui sont d’aucun recours. La force d’un dirigeant aussi grand soit-il reste fondamentalement dépendante de la conduite morale et spirituelle du son peuple. Moïse se plaignant de ne pouvoir porter à lui seul le peuple d’Israël se voit en fait porter par ce dernier:

«לֹא-אוּכַל אָנֹכִי לְבַדִּי לָשֵׂאת אֶת-כָּל-הָעָם הַזֶּה כִּי כָבֵד מִמֶּנִּי  ».

«Je ne puis, moi seul, porter tout ce peuple: c’est un faix trop pesant pour moi.» (Nombres 11, 14)

Israël, assemblée-témoin de Dieu sur terre, détient le pouvoir d’affirmer et légitimer ou délégitimer la mission conférée à Moïse par Dieu! L’Election divine ne peut jamais se suffire à elle-même. L’Election d’Israël, peuple-trésor de Dieu, lui confère même la faculté d’agrandir ou d’amoindrir le nom du Créateur. La faute du veau d’or contraint l’Eternel a «se rabaisser» aux hommes afin que Moïse puisse de nouveau remonter sur le Mont Sinaï:

«וַיֵּרֶד יְהוָה בֶּעָנָן»

«L’Éternel descendit dans la nuée…»

ש«וַיַּעַל אֶל-הַר סִינַי כַּאֲשֶׁר צִוָּה יְהוָה, אֹתוֹ» (שמות ל »ד, ב’; ד’).ש

«[Moïse] monta sur le mont Sinaï, comme le lui avait commandé l’Éternel…» (Ex. 34, 2; 4).

Moïse assume silencieusement le déclin de son pouvoir personnel (Berakhoth 32 a). Bien plus que cela, éprouvé par l’initiative de l’Eternel d’édifier un nouveau peuple, Moïse refuse d’emblée et catégoriquement la proposition divine. Alors, Moïse se retournant vers l’Eternel afin de défendre la cause des Hébreux ose lui rappeler Ses promesses témoignant d’une fidélité inébranlable à l’égard de Son peuple. La sanctification du Nom divin parmi les nations dépend principalement du maintien d’Israël dans le monde. Dieu s’adressant à Moïse lui renvoie la responsabilité de la conduite du peuple, refusant par là même d’en être dorénavant le dirigeant: «ton peuple» (Ex. 32, 7). Moïse, refusant d’emblée cette responsabilité pour contraindre l’Eternel à rester le seul «berger» du peuple, rétorque: «ton peuple» (Ex. 32, 11). L’équilibre est rétabli. Le pardon est accepté. L’Eternel revient «à son peuple» (Ex. 32, 14).

La Démocratie est, certes, née en Grèce antique mais elle fut dès ses débuts discriminatoire. En effet, seule une poignée d’hommes, l’élite de la «Polis» (Cité) pouvait exprimer ses choix politiques. Ni les Barbares, ni les étrangers, ni même les femmes n’ont point droit de vote. Diamétralement opposé à cette vision antique de  la Démocratie grecque limitant l’expression libre et universelle, le TaNaKh (Bible) invite l’Homme à réfléchir sur la place du peuple et son influence dans la direction de la société. Toutes les fois où le peuple en son intégralité, hommes et femmes, s’unit, alors le dirigeant sur le modèle du prophète Moïse, se relève et est à apte à diriger les affaires de la Nation. Toutefois toute déviation morale et religieuse du peuple hébreu conduit inéluctablement à la chute du dirigeant. L’élection de ce dernier ne se fonde  donc point uniquement sur ses qualités intrinsèques mais dépend essentiellement et nécessairement de l’intégrité morale et religieuse du peuple. C’est, conscient de sa vocation éternelle d’être une nation sainte, qu’Israël est capable d’insuffler non point l’esprit de pouvoir chez son dirigeant mais le pouvoir de l’Esprit.

 ‪Martin Luther King I have a dream ‬- 28 Août 1963. Qui porte qui?

Si l’étude du TaNaKh vous passionne, n’hésitez pas à me joindre:

hebreubiblique@gmail.com

Au plaisir de vous retrouver,

Cordial shalom d’Israël,

Haïm Ouizemann

 

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2 Responses to Naissance de la «Démocratie» biblique: Tel peuple, tel dirigeant!

  1. valerio dit :

    Je suis d’accord, dans l’histoire du peuple d’Israël, la bénédiction ou la malédiction était liée spécifiquement à l’obéissance ou la désobéissance de leur chef, mais tout le monde a été sa conduite devant Dieu.

  2. cathou dit :

    Article comme toujours intéressant.
    La démocratie: pouvoir par le peuple. Oui évidemment, mais bien souvent le peuple élit des gens avides de pouvoir parce qu’il n’a pas toujours réellement le choix, ou parce qu’il est trompé.
    Parfois le peuple a réellement le choix et porte réellement au pouvoir une personne: de Gaulle en France, Gandhi en Inde, Moïse font partie de ces gens qui ont cette capacité de « porter » tout un peuple et d’être « porté » par tout un peuple. Toutefois le peuple est volage et une fois le chef choisi, peut-être réfractaire à suivre sa volonté.
    Le peuple, dans son ensemble, aime la facilité, et comprend bien souvent mal les efforts qu’on lui demande.
    Alors évidemment quand les chefs sont corrompus, le peuple en paie le prix.
    Quand le peuple est corrompu, il n’écoute plus la sagesse du chef.

    Pour être une bonne et réelle démocratie, il faut que peuple et chef soient unis dans une même volonté, vers un même but.
    C’est une des choses frappante dans la Bible et un des principaux enseignement, puisque l’humain, un fois qu’il a pris connaissance de son moi, de ses capacités, de ses désirs, de ses défauts à la fois personnels et communs à tous, l’humain doit vivre en société, c’est une obligation vitale.

    Actuellement en France, je ne saurai dire ce qui se passe vraiment avec nos dirigeants. Le dialogue est coupé, la confiance est nulle. Il y a une totale séparation entre pouvoir et peuple. Et tant que cette confiance ne sera pas restaurée, rien ne pourra fonctionner.

    En Israël, la situation actuelle est un peuple qui veut enfin une victoire totale sur des fanatiques, extrémistes, terroristes. On ne peut pas reprocher au peuple d’en avoir marre d’une situation qui voit des tirs de roquettes quotidiens au-dessus de sa tête, dans sa vie. Israël veut vivre libre et surtout en Paix.
    Les dirigeants successifs de ce pays sont plus modérés. Ils ont compris une chose::
    Si Israël, pays et peuple fort, bien ancré dans le xxi ème siècle, puissante démocratie soumet brutalement son adversaire le Hamas, ça va passer obligatoirement par une soumission totale et arbitraire de tous les habitants de Gaza. Des habitants terrorisés, manipulés par le Hamas. Il est bien évident que si Israël peut écraser souverainement Gaza, il ne sera maître que de gens terrorisés à l’idée d’être massacrés par le Hamas.
    Cette organisation sachant bien se protéger, trouver refuge ailleurs glorieusement, sitôt le danger détecté et laissant les populations se débrouiller.
    Les dirigeants savent que non seulement ce ne sera pas une victoire signant la Paix, ils savent aussi qu’aussitôt toutes les Nations vont tomber sur Israël. NON, ce ne sera qu’une fausse victoire qui n’aura aucune pérennité.
    Il faut, comme Moïse, savoir donner du temps au temps. Il a fallu 40 ans à Moïse pour préparer son peuple à la reconnaissance définitive du Dieu Un.
    Il va falloir encore du temps à Israël pour Construire doucement, mais surement un processus de reconnaissance de ce qu’est le Hamas, de ce que sont les réelles volontés de Paix d’Israël.
    Jusqu’à présent l’ensemble des Nations ne comprenaient pas qu’un ensemble de populations est sous la domination de fanatiques sachant pleurer mieux que personne. Aujourd’hui, pour la première fois, enfin, des voix dénoncent, s’élèvent. La connaissance commence doucement à poindre: Ces fanatiques se sont implantés partout, deviennent mieux organisés et plus gourmands. Le processus est long, lent mais il existe.
    Israël doit se regrouper derrière son chef, tous ensemble, tous Unis avec Dieu, avec les dirigeants, avec la même volonté: détruire le fanatisme, mais ne pas détruire des populations exsangues.
    C’est le rôle de tous nos dirigeants actuellement : détruire ce fanatisme sous-terrain qui mine nos sociétés sans détruire les populations terrorisées. Aider ces populations à comprendre qu’elles aussi ont un rôle à jouer pour leur Avenir, qu’elles doivent aussi faire confiance à Dieu et ne plus accepter le joug malfaisant.
    C’est un travail long, très long. les Chefs ont de lourdes responsabilités qu’ils ne peuvent porter seuls.

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