Yom Kippour, les eaux de la renaissance

Le Mikve (©Photo: Haim Ouizemann, 2014)

Le Mikve (©Photo: Haim Ouizemann, 2014)

A la veille du Jour solennel de Kippour, nombreux sont ceux qui pratiquent l’immersion dans des eaux pures, claires et profondes, le Mikvé. L’homme immerge l’intégralité de son corps dénudé dans les profondeurs de l’océan (ou source d’eau naturelle) dans l’intention de purifier son âme.

ש«וּבוֹר מִקְוֵה-מַיִם» (ויקרא י »א, ל »ו).ש

 «…une citerne contenant une masse d’eau» (Lev.11, 36).

Les Sages d’Israël s’interrogent pour savoir si ces eaux à elles seules détiennent l’intrinsèque  pouvoir régénérateur de transformer l’homme de l’intérieur. Leur vision de la purification peut se résumer à cette réflexion:

ש«אִם יְהֵא שֶׁרֶץ בְּיָדוֹ שֶׁל אָדָם, אֲפִילּוּ טוֹבֵל בַּשִּׁלוֹחַ וּבְכָל מֵי בְּרֵאשִׁית אֵינוֹ טָהוֹר לְעוֹלָם. הִשְׁלִיךְ שֶׁרֶץ מִיָּדוֹ, עָלְתָה לוֹ טְבִילָה בְּאַרְבָּעִים סֵאָה, וְכֶן הוּא אוֹמר (משלי כ »ח): וּמוֹדֶה וְעֹזֵב יְרֻחָם»ש

«Si l’homme colporte  une vermine (rendant impur, cf. Lev. 22, 5) dans sa main, alors ni  les eaux du Siloé (source dont les eaux purificatrices étaient versées et consacrées sur l’autel du Temple à Soukkot) ni même toutes les eaux de la Création ne pourraient le rendre pur. Renvoyant la vermine de sa main, 40 mesures de Séah (290 litres, soit le minimum d’eau nécessaire pour rendre la pureté à l’homme pécheur) suffisent à le rendre aussitôt pur. En témoigne la source biblique: «qui reconnaît (ses péchés, ses crimes) et y renonce obtient miséricorde». (Proverbes 28, 13)

(Tossephta Ta’anit 1, 8)

Les eaux du Mikvé ont pour dessein de rappeler l’épisode du Déluge. Après l’effondrement de l’ancien Monde corrompu, surgissent avec Noé un nouveau Monde, l’espérance aussi d’une Humanité réparée. L’acte d’immersion au sein de ces eaux purificatrices témoigne d’une volonté sincère de Retour au stade premier de notre être créé «droit» (Ecclésiaste 7, 23), à l’image du fœtus baignant dans le liquide amniotique de sa mère aimante.

Conscient que seule la reconnaissance et le regret sincères de son dévoiement lui attirera la compassion de l’Eternel, le roi David ne cesse d’implorer le Créateur:

ש«כַּבְּסֵנִי מֵעֲו‍ֹנִי וּמֵחַטָּאתִי טַהֲרֵנִי כִּי-פְשָׁעַי, אֲנִי אֵדָע וְחַטָּאתִי נֶגְדִּי תָמִיד» (תהלים נ »א, ד’-ה’).ש

«Lave-moi à grandes eaux de mon iniquité, purifie-moi de mon péché. Car je reconnais mes fautes, et mon péché est sans cesse sous mes regards» (Psaume 51, 4-5)

Toutefois à la purification de son être qu’il demande de toutes ses forces, David ajoute une nouvelle requête:

«לֵב טָהוֹר בְּרָא-לִי אֱלֹהִים וְרוּחַ נָכוֹן חַדֵּשׁ בְּקִרְבִּי»

«O Dieu, crée en moi un cœur pur, et fais renaître dans mon sein un esprit droit.  (Psaume 51, 12) «

La racine «Créer» (ב. ר. א/ B. R.A.) réservée exclusivement à l’Eternel exprime l’idée d’une Création ex-nihilo. David aspire, en usant de cette racine verbale, dépasser le stade de la purification fondée uniquement sur la rémission de ses faute afin atteindre la sphère ultime de la Vie, celle de la  naissance.

Cette puissance de régénération et de renaissance apparaît très clairement chez le roi Na’aman qui, suppliant le prophète Elisée de le purifier recouvre finalement un corps d’enfant:

ש«וַיֵּרֶד וַיִּטְבֹּל בַּיַּרְדֵּן שֶׁבַע פְּעָמִים כִּדְבַר אִישׁ הָאֱלֹהִים וַיָּשָׁב בְּשָׂרוֹ כִּבְשַׂר נַעַר קָטֹן וַיִּטְהָר» (מלכים ב’, ה’, י »ד).ש

«Il descendit, se plongea dans le Jourdain sept fois, selon la parole de l’homme de Dieu, et sa chair redevint comme la chair d’un jeune enfant: il était rétabli». (II Rois 5, 14)

La force vive du ressourcement d’Israël et du monde entier  ne réside point dans les eaux elles-mêmes mais dans la foi et l’espoir en l’Eternel, que Lui et Lui Seul détient le pouvoir de purifier Ses créatures. Le prophète Jérémie surnomme l’Eternel  MiKVeH: «יִשְׂרָאֵל יְהוָה   מִקְוֵה», «Espérance d’Israël, l’Eternel» (Jer.17, 13), la Source suprême de l’espoir d’Israël («תִּקְוָה»).

Prions aussi afin qu’advienne le jour où les Nations s’associeront à cette espérance et s’assembleront à Jérusalem, [«וְנִקְווּ אֵלֶיהָ»] «en l’honneur de l’Eternel, et «cesseront de suivre les mauvais penchants de leur cœur» (Jer. 3, 17).

Dieu ne désire que le cœur de l’Homme.

Si l’étude du TaNaKh vous fait rêver, n’hésitez pas à me joindre:

hebreubiblique@gmail.com

Au plaisir de vous retrouver,

Cordial shalom d’Israël,

Haïm Ouizemann

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1 Response to Yom Kippour, les eaux de la renaissance

  1. cathou dit :

    « Mens sana in corpore sano ». Un esprit sain dans un corps sain.
    Comme toujours la Bible amalgame physique et esprit . Prendre soin de son corps, le laver, le purifier est une action indispensable au quotidien pour la santé physique. Mais il faudra toujours laver son corps, jusqu’au dernier jour il se couvrira de saletés.
    Prendre soin de son esprit, purifier ses idées, sa pensée, est une action indispensable au quotidien si on veut au fil de temps se libérer le plus possible des ‘saletés » qui encombrent notre esprit. Là par contre, avec l’aide de Dieu, nous pouvons, au fil du temps, nous purifier, nous libérer, non totalement, mais le plus possible.

    Ce serait en effet merveilleux qu’enfin, ensemble, tous ensemble nous nous libérions suffisamment de nos chaines, nous arrivions à nous purifier tous suffisamment pour savoir enfin vivre en Paix sur cette Terre que nous devons partager équitablement..

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