Parashat Shemini- Les fils d’Aaron: flamme sacrée ou fanatisme meurtrier

Nadav et Avihou brûle un "feu étranger" (Carte biblique)

Nadav et Avihou brûle un « feu étranger » (Carte biblique)

ש« וַיִּקְחוּ בְנֵי-אַהֲרֹן נָדָב וַאֲבִיהוּא אִישׁ מַחְתָּתוֹ וַיִּתְּנוּ בָהֵן אֵשׁ וַיָּשִׂימוּ עָלֶיהָ קְטֹרֶת וַיַּקְרִיבוּ לִפְנֵי יְהוָה אֵשׁ זָרָה אֲשֶׁר לֹא צִוָּה אֹתָם. ב וַתֵּצֵא אֵשׁ מִלִּפְנֵי יְהוָה וַתֹּאכַל אוֹתָם וַיָּמֻתוּ לִפְנֵי יְהוָה« (ויקרא י’, א’-ב’).ש

 

«Les fils d’Aharon, Nadav et Avihou, prenant chacun leur encensoir, y mirent du feu, sur lequel ils jetèrent de l’encens, et apportèrent devant le Seigneur un feu profane sans qu’il le leur eût commandé. 2 Et un feu s’élança de devant le Seigneur et les dévora, et ils moururent devant le Seigneur». (Lev. 10: 1-2)

Cet événement tragique survenu à deux des fils du Grand Prêtre Aaron est par trois fois relaté dans la source biblique: Lévitique 16: 1; Nombres 3: 4; 26: 61.

Pour quel motif Nadav et Avihou ont-ils donc trouvé une mort aussi subite qu’inattendue, venant troubler l’extrême joie de l’inauguration du Tabernacle?

Selon la source biblique, Nadav et Avihou furent littéralement foudroyés pour avoir offert un «feu étranger».

Quel sens donner à ce «feu étranger», offert pourtant par les propres fils d’Aaron, l’un d’eux étant destiné à succéder à son père, le moment venu, à la grande prêtrise?

Les interprétations pour ces versets obscurs ne manquent pas. Remarquons tout d’abord que le premier verset mentionne que Nadav et Avihou ont tous deux intentionnellement offert de leur propre chef un «feu» qui se révèle être un «feu étranger».

Deux des fils d’Aaron (Eléazar et Itamar) ont vécu la même expérience que leurs frères, mais en sont sortis vivants. Il semble donc que Nadav et Avihou auraient voulu être en fusion totale avec le divin. Or, la vision biblique réfute l’adhésion totale avec le divin. Elle encourage le rapprochement, la proximité mais jamais l’annihilation de l’homme  en  l’Essence divine. La Sainteté constitue un élan, une aspiration vers le divin et non point un état fusionnel avec la Source suprême de notre existence.

Il incombe aux prêtres (Cohanim), apposés au culte du Tabernacle dans le désert et du Temple en Israël, de guider, par leur exemple, les fils d’Israël sur la voie parfaite conduisant à l’amour de l’Eternel. Le service divin ne laisse aucune place aux sentiments: pas plus à un enthousiasme spontané, à une extase démesurée qui sortiraient des limites du juste culte, qu’à une expression de tristesse et d’angoisse. Ainsi, Aaron qui vient de perdre deux de ses fils et Eléazar et Itamar, qui ont vu leurs frères terrassés par le feu divin, ont pour ordre de ne pas prendre le deuil, qui sera porté par les fils d’Israël (Lev. 10, 6-7).  Ce culte se fonde essentiellement sur l’écoute stricte et l’obéissance fidele à la Parole divine. La présence des deux chérubins au-dessus du propitiatoire est permis car il s’agit d’une injonction divine (Ex. 28: 18-20). Il semblerait que Nadav et Avihou furent châtiés non point en raison d’une quelconque déviation aux principes rigoureux relatifs au sacrifice de l’encens qu’ils respectèrent à la lettre (Ex. 30: 34-38) mais au contraire  parce qu’ils firent preuve d’un «feu étranger», d’un zèle exagéré et d’une piété extrême les détachant de la dimension terrestre.

ש «וַיֹּאמֶר לֹא תוּכַל לִרְאֹת אֶת פָּנָי כִּי לֹא-יִרְאַנִי הָאָדָם וָחָי» (שמות לג, כ’).ש

«Il [l’Eternel] ajouta: « Tu ne saurais voir ma face; car nul homme ne peut me voir et vivre.» (Ex. 33: 20)

Le Judaïsme exhorte Israël à sanctifier le monde matériel par le biais de la pratique des Mitsvoth, de la même façon que les prêtres dans le Temple avaient à respecter les règles strictes du culte divin, sans rien y ajouter, comme le fit Eve au jardin d’Eden (Gen. 3, 3). Le détachement et le retrait du monde physique ne peut être que temporaire. Tout acte de la vie, aussi simple soit-il, ne se transforme en un acte de sanctification que s’il se rattache à l’injonction divine:

ש«וּשְׁמַרְתֶּם אֶת-חֻקֹּתַי וְאֶת-מִשְׁפָּטַי אֲשֶׁר יַעֲשֶׂה אֹתָם הָאָדָם וָחַי בָּהֶם: אֲנִי יְהוָה» (ויקרא יח, ה’).ש

«Vous observerez donc mes lois et mes statuts, parce que l’homme qui les pratique obtient, par eux, la vie: je suis l’Éternel.» (Lev. 18: 5)

De plus, comment expliquer, si nous nous rapportons à l’interdit formel de fabriquer des idoles imagées ou sculptées (Ex. 20. 3) la présence de deux chérubins sur le propitiatoire de l’Arche d’Alliance, le lieu de la Présence divine?! N’y a-t-il point une contradiction flagrante entre d’une part l’interdit du culte païen (Avoda zara: Culte étranger) et d’autre part le devoir de fabriquer une Arche d’Alliance sur lequel le couvercle et les chérubins ne forment qu’une seule et même pièce (Ex. 25: 18)?

Tout d’abord, rappelons qu’une flamme trop ardente peut brûler jusqu’à la destruction, et ce, souvent au nom de Dieu, cette flamme, qui, détachée de sa source, peut aveugler en fait toute personne, toute communauté qui la porte. Il en est ainsi de toute guerre de religion. Les Croisades et plus particulièrement celle des Pastoureaux témoigneront de ce piétisme rigoureux conduisant aux pires excès. Pourtant, la menace bien réelle d’une telle voie guette toute communauté spirituelle. La tragédie des étudiants kenyans assassinés par de tels fanatiques parce qu’ils étaient Chrétiens nous prouve encore une fois les dangers de l’aveuglement spirituel.

Ce passage biblique vise à enseigner à l’homme plus de modération, de retenue dans la pratique du culte et à plus de tolérance à l’égard d’autrui. La Parole biblique nous met en garde: le culte de l’Eternel peut cacher «un feu étranger», le  feu des faux dieux (I Rois 18, 22-29), mais aussi et surtout le feu qui, comme celui de Nadav et Avihou, part d’un geste tout-à-fait indépendant, venant d’une initiative personnelle. Il faut savoir «marcher devant Dieu», comme le fit Abraham (Gen. 17, 1), mais surtout ne pas « rajouter», comme le firent Eve et après elle, Nadav et Avihou. L’intention de suivre Dieu dans toutes ses voies, sans rien y ajouter, caractérise un culte sincère, indépendamment de la forme extérieure du culte. Ainsi, contrairement à ces deux prêtres trop zélés, officiant dans le Tabernacle, Yitro, le beau-père de Moïse sera le premier, en tant que prêtre de Madian à reconnaître la Bénédiction de l’Eternel sur Israël. Son enthousiasme s’enracinant dans la Parole de l’Eternel le conduit à reconnaître la puissance et l’incommensurable grandeur de l’Eternel libérant son peuple Israël.

ש«וַיֹּאמֶר יִתְרוֹ בָּרוּךְ יְהוָה, אֲשֶׁר הִצִּיל אֶתְכֶם מִיַּד מִצְרַיִם וּמִיַּד פַּרְעֹה: אֲשֶׁר הִצִּיל אֶת-הָעָם, מִתַּחַת יַד-מִצְרָיִם» (שמות יח, י’). ש

«…et il dit: « Loué soit l’Éternel, qui vous a sauvés de la main des Egyptiens et de celle de Pharaon, qui a soustrait ce peuple à la main des Egyptiens!» (Ex. 18, 10).

Dieu cherche le culte véritable, celui du cœur aspirant à suivre sincèrement les voies de Dieu et à les connaître.

ש«מִי-יַעֲלֶה בְהַר-יְהוָה וּמִי-יָקוּם בִּמְקוֹם קָדְשׁוֹ. ד נְקִי כַפַּיִם, וּבַר-לֵבָב » (תהילים כ »ד, ג’-ד’).ש

« Qui s’élèvera sur la montagne du Seigneur? Qui se tiendra dans sa sainte résidence? 4 Celui dont les mains sont sans tache, le cœur pur » (Ps. 24, 3-4).

Si l’étude du TaNaKh vous fait rêver, n’hésitez pas à me joindre:

hebreubiblique@gmail.com

Au plaisir de vous retrouver,

Cordial shalom d’Israël,

Haïm Ouizemann

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8 Responses to Parashat Shemini- Les fils d’Aaron: flamme sacrée ou fanatisme meurtrier

  1. cathou dit :

    La traduction donne: « Ils présentèrent ainsi devant le Seigneur un feu profane, qu’il ne leur avait pas ordonné »
    Le feu qu’allume Nadav et Avivou n’est pas un feu demandé par Dieu. Ce sont ces 2 frères qui décident d’allumer un feu en utilisant des ustensiles consacrés au culte divin, dans un lieu de culte; ce feu n’étant pas une action demandée par Dieu.
    Oui Haïm excès de zèle, excès de foi, l’excès n’est jamais une bonne chose
    Il est écrit juste en dessous toujours Lév 10,3 « Par ceux qui m’approchent je veux être sanctifié et à la face de tout le peuple je veux être glorifié »
    Dieu ne demande que d’être reconnu Saint, et glorifié par tous. Il ne demande rien de plus.

    Oui Haïm, toute communauté spirituelle peut être touchée par un excès, appelé aujourd’hui intégrisme, mais le laïc n’est pas exempté, car l’humain croit toujours en quelque chose, que se soit en un ou plusieurs dieux, au pouvoir, aux biens matériels et l’argent aussi laïc qu’il soit est un « dieu » puissant , soit tout simplement en la vie, l’humain a besoin de croire en quelque chose, et le fait d’avoir ce besoin implique le contrôle pour ne pas tomber dans l’excès.

    C’est pourquoi il est très important d’apprendre à lire et à comprendre ce qu’on lit. Puis d’avoir une réflexion sur ce qu’on a compris. Certains textes fondamentaux, dont la Bible, ont parfois des paroles très fortes, qui suggèrent des images très fortes, sur lesquelles il faut impérativement avoir une longue et profonde réflexion.
    Les guides spirituels (rabbins, imams, prêtres etc..) ont un rôle très important à jouer. Ils doivent transmettre la Vérité de ces textes et ne pas laisser le fidèle face à des suggestions troubles, mal comprises.
    Toute compréhension qui implique une violence vis à vis de soi ou vis à vis des autres est à retravailler avec fermeté, parce que la voix est fausse. Un Dieu qui donne la vie, a, lui seul, le droit de la reprendre. Aucun humain ne peut créer la vie, donc aucun humain ne peut enlever la vie.
    On ne joue pas avec le sacré, on ne joue pas avec le divin, on ne joue pas avec la vie
    Ainsi Dieu punit ces 2 frères dont l’intention semble très louable à première vue.

    • cathou dit :

      Enfin quand j’écris « la traduction donne.. » c’est le texte français de la Bible que j’ai. Evidemment moi, je ne traduis rien.

  2. Rocksan dit :

    C’est interessant. Cela montre qu’il faut réfléchir et ne pas viser l’extrême.

  3. « Baroukh Ata A.DONAY Elohéinou méle’kh haôlam acher quiddéchanou bémitsvotav vétsivanou âl divréï tora ». Chaque commandement était pontué par JE SUIS L’ÉTERNEL. Donc il n’y a rien à ajouter ni à retrancher de la Tora, pas plus que du TaNaKh tout entier.
    shalom Israël

  4. lefebvre dit :

    La mesure en tout chose. Si nous sommes les serviteurs de D.ieu nous devons l’être dans l’humilité, à son écoute et dire comme Samuel : « Parle Seigneur, Ton serviteur écoute ». Obéissance par Amour qui ne laisse aucune place au « moi », à l’égo.
    Shabbat Shalom
    Ronit

  5. Marcel Fafouin dit :

    « Ce passage biblique vise à enseigner à l’homme » (Haïm Ouizemann, Shemini)

    De cette citation, une question :

    De quel « homme » est-il question ?

    Bnei Adam ? Bnei Noa’h ? Bnei Israël ?

    Les Trois ? – 13 avril 2015 / 24 nissan 5775 –

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