Parashat Kora’h: Aharon, le sceptre de la prêtrise

Amandier sous les neiges de Jérusalem (photo: Wikipedia)

Amandier sous les neiges de Jérusalem (photo: Wikipedia)

Kora’h tente de soulever une partie du peuple d’Israël (Réouven, Datan et Aviram fils d’Eliav…) contre Moïse, en accusant le prophète fidèle à l’Eternel d’aspirer  à dominer Israël par la force:

ש«רַב-לָכֶם כִּי כָל-הָעֵדָה כֻּלָּם קְדֹשִׁים וּבְתוֹכָם יְהוָה וּמַדּוּעַ תִּתְנַשְּׂאוּ עַל-קְהַל יְהוָה» (במדבר טז, ג’).ש

«C’en est trop de votre part! Toute la communauté, oui, tous sont des saints, et au milieu d’eux est le Seigneur; pourquoi donc vous érigez-vous en chefs de l’assemblée du Seigneur?» (Nombres 16: 3)[1]

A cette accusation témoignant de l’ardente jalousie de Kora’h envers Moïse, ce dernier répond:

ש«רַב-לָכֶם בְּנֵי לֵוִי.  וַיֹּאמֶר מֹשֶׁה אֶל-קֹרַח: שִׁמְעוּ-נָא בְּנֵי לֵוִי.  הַמְעַט מִכֶּם כִּי-הִבְדִּיל אֱלֹהֵי יִשְׂרָאֵל אֶתְכֶם מֵעֲדַת יִשְׂרָאֵל לְהַקְרִיב אֶתְכֶם אֵלָיו לַעֲבֹד אֶת-עֲבֹדַת מִשְׁכַּן יְהוָה וְלַעֲמֹד לִפְנֵי הָעֵדָה לְשָׁרְתָם» (במדבר טז, ז’-ח’-ט’).ש

«Assez donc, enfants de Lévi! »  Et Moïse dit à Coré: « Or, écoutez, enfants de Lévi. C’est donc peu, pour vous, que le Dieu d’Israël vous ait distingués de la communauté d’Israël, en vous admettant auprès de lui pour faire le service du tabernacle divin, et en vous plaçant en présence de la communauté pour la servir?» (Nombres 16: 7- 8-9)

L’interrogation rhétorique de Moïse vise essentiellement à toucher la conscience morale de Kora’h qui, rattaché à la famille des Lévi, devrait, en tout état de cause, se satisfaire de la noble mission qui lui incombe de porter l’Arche, la Table des pains de Proposition, la Ménorah…  de la Tente du Rendez-Vous (Nombres 3, 27-32). N’est-il point de plus grand honneur que de porter ces objets du culte  pour l’amour d’Israël?

C’est finalement l’Eternel qui répond à Kora’h et à sa communauté en soumettant ce dernier à l’épreuve du sceptre placées aux côtés de l’Arche du Témoignage:

ש«וְהָיָה הָאִישׁ אֲשֶׁר אֶבְחַר-בּוֹ מַטֵּהוּ יִפְרָח וַהֲשִׁכֹּתִי מֵעָלַי אֶת-תְּלֻנּוֹת בְּנֵי יִשְׂרָאֵל אֲשֶׁר הֵם מַלִּינִם עֲלֵיכֶם» (במדבר יז, כ’).ש

«Or, l’homme que j’aurai élu, sa verge fleurira, et ainsi mettrai-je fin à ces murmures contre moi, que les enfants d’Israël profèrent à cause de vous.» (Nombres 17: 20)

En quoi l’épreuve du sceptre détermine-t-elle et confirmera-t-elle la légitimité divine de Moïse et d’Aharon sur celle de Kora’h, tous issus de la même famille des Lévi?

ש«וַיְהִי מִמָּחֳרָת וַיָּבֹא מֹשֶׁה אֶל-אֹהֶל הָעֵדוּת וְהִנֵּה פָּרַח מַטֵּה-אַהֲרֹן לְבֵית לֵוִי וַיֹּצֵא פֶרַח וַיָּצֵץ צִיץ וַיִּגְמֹל שְׁקֵדִים» (במדבר יז, כג).ש

«Or, le lendemain, Moïse entra dans la tente du statut, et voici qu’avait fleuri la verge d’Aharon, déposée pour la famille de Lévi: il y avait germé des boutons, éclos des fleurs, mûri des amandes. (Nombres 17: 23)

La source biblique décrit, à travers le signe du sceptre d’Aharon, en termes botaniques le processus de croissance conduisant du bouton au fruit: le bouton, l’éclosion de la fleur  et le fruit.

En effet, ce processus enseigne qu’Aharon, le frère de Moïse, qui n’était pas initialement destiné à emplir la mission de Grand Prêtre, n’accédera à cette suprême fonction que lorsque Moïse, se rebellant contre l’Eternel au buisson ardent, dira:

ש «וַיֹּאמֶר בִּי אֲדֹנָי שְׁלַח-נָא בְּיַד-תִּשְׁלָח» (שמות ד’, יג).ש

«De grâce, Seigneur! Donne cette mission à quelque autre!»  (Ex. 4: 13)

Nous pouvons décomposer chaque étape conduisant à l’amande (Nombres 17: 23):

«וַיֹּצֵא פֶרַח»:

«וַיֹּצֵא Et le bouton sortit» rappelle Aharon qui, dépourvu de tout sentiment de jalousie, sortit vers son frère Moïse:

 ש«וְגַם הִנֵּה-הוּא יֹצֵא לִקְרָאתֶךָ וְרָאֲךָ וְשָׂמַח בְּלִבּוֹ» (שמות ד’, יד).ש

«Déjà même il (Aaron) sort à ta rencontre et à ta vue il se réjouira dans son cœur.» (Ex. 4: 14)

«Le terme de « פֶרַח Pera’h» a pris  dans le Talmud le sens de prêtre novice n’ayant pas encore atteint l’âge de la Bar Mitsva.»[2]

«וַיָּצֵץ צִיץ»:

« Et la fleur s’épanouit ». Cette fleur  Tsits (צִיץ) dénote une phase intermédiaire nécessaire  au murissement du bouton en fleur. Cette phase de métamorphose ou la fleur s’ouvre comme une couronne nous renvoie à la plaque (Tsits) du Grand Prêtre qui détenait le pouvoir du pardon (Ex. 28: 36-37-38). Le Grand-Prêtre, comme la fleur épanouie du sceptre d’Aharon, permet aux fils d’Israël d’atteindre le stade du fruit, à savoir accomplir leur mission de devenir un royaume de prêtres  (Ex. 19: 6).

ש«וַיָּשֶׂם אֶת-הַמִּצְנֶפֶת עַל-רֹאשׁוֹ וַיָּשֶׂם עַל-הַמִּצְנֶפֶת אֶל-מוּל פָּנָיו אֵת צִיץ הַזָּהָב נֵזֶר הַקֹּדֶשׁ כַּאֲשֶׁר צִוָּה יְהוָה אֶת-מֹשֶׁה» (ויקרא ח’, ט’).ש

«Il mit la tiare sur sa tête, et fixa sur la tiare, du côté de la face, la plaque d’or, le saint diadème, comme l’Éternel l’avait enjoint à Moïse.» (Lev. 8: 9)

« וַיִּגְמֹל שְׁקֵדִים»:

Le terme « Shekedim » (שְׁקֵדִים) ) signifiant «amandes» n’est pas sans rappeler les Paroles de l’Eternel adressées au prophète Jérémie:

ש«מָה-אַתָּה רֹאֶה יִרְמְיָהוּ וָאֹמַר מַקֵּל שָׁקֵד אֲנִי רֹאֶה.  וַיֹּאמֶר יְהוָה אֵלַי הֵיטַבְתָּ לִרְאוֹת כִּי שֹׁקֵד אֲנִי עַל-דְּבָרִי לַעֲשֹׂתוֹ» (ירמיה א’, י »א-י »ב).ש

« »Que vois-tu, Jérémie? » Je répondis: « Je vois un rameau de l’amandier (arbre hâtif).  Tu as bien vu, me dit l’Eternel; car je vais me hâter d’accomplir ma parole. » Jérémie (1: 11-12).

L’amande apparaissant sur la verge d’Aaron témoigne de l’empressement et de l’entière soumission d’Aaron à l’appel de l’Eternel:

ש«וַיֹּאמֶר הֲלֹא אַהֲרֹן אָחִיךָ הַלֵּוִי יָדַעְתִּי כִּי-דַבֵּר יְדַבֵּר הוּא וְגַם הִנֵּה-הוּא יֹצֵא לִקְרָאתֶךָ וְרָאֲךָ וְשָׂמַח בְּלִבּוֹ» (שמות ד’, י »ד).ש

 «Eh bien! C’est Aharon ton frère, le Lévite, que je désigne! Oui, c’est lui qui parlera! Déjà même il (Aharon) sort à ta rencontre et à ta vue il se réjouira dans son cœur. (Ex. 4: 14)

Les arguments de Kora’h, à la lueur de l’enseignement que nous pouvons déduire du miracle du sceptre d’Aharon, perdent toute leur légitimité: Moïse n’a jamais aspiré à devenir le Grand-Prêtre d’Israël ni à imposer son pouvoir sur Israël; Aharon ne recevra sa mission directement de l’Eternel qu’en raison du refus de Moïse de remplir la mission de Grand-Prêtre.

Le miracle de la verge d’Aharon enseigne donc que le passé d’un homme détermine son avenir. En effet, Aharon sera appelé à éclairer Israël et le monde entier par l’allumage de la Ménora construite sur le modèle du sceptre déposé à proximité de l’Arche d’Alliance:

ש«שְׁלֹשָׁה גְבִעִים מְשֻׁקָּדִים בַּקָּנֶה הָאֶחָד כַּפְתֹּר וָפֶרַח וּשְׁלֹשָׁה גְבִעִים מְשֻׁקָּדִים בַּקָּנֶה הָאֶחָד כַּפְתֹּר וָפָרַח כֵּן לְשֵׁשֶׁת הַקָּנִים הַיֹּצְאִים מִן הַמְּנֹרָה» (שמות כ »ה, ל »ג)ש

«Trois calices amygdaloïdes [en forme d’amande] à l’une des branches, avec bouton et fleur et trois calices amygdaloïdes [en forme d’amande], avec bouton et fleur à l’autre branche; ainsi pour les six branches qui sailliront du candélabre. (Exode 25: 33)

Ce n’est pas la fonction qui fait l’homme mais l’homme qui fait la fonction. Kora’h l’aura appris à ses dépens.

[1] Parashat Kora’h: Nombres 16: 1-18: 32

[2] Talmud de Babylone Traité Tamid 26: b

Shabbat shalom,

Si l’étude du TaNaKh vous fait rêver, n’hésitez pas à me joindre:

hebreubiblique@gmail.com

Au plaisir de vous retrouver,

Haïm Ouizemann

 

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7 Responses to Parashat Kora’h: Aharon, le sceptre de la prêtrise

  1. cathou dit :

    C’est vrai qu’on oublie Aharon, toujours si modeste, et qui pourtant toujours est au coté de Moïse dans la grande Aventure de l’Exode.

    • Shalom Cathou,
      Tu as totalement raison. Aharon est generalement moins connu que son frere Moise, alors qu’il est son aine de trois ans. Cet article constitue un hommage a celui qui deviendra le premier Grand-Pretre d’Israel et qui intercedera pour ses freres devant l’Eternel.
      Toda rabba,
      Shabbat shalom a toi et a toute la famille Cougnon
      Avec toutes nos amities d’Ashkelon
      h.o.

  2. Bozard dit :

    On l’oubli tellement que j’en ignorais l’existence. En effet, je ne savais pas que Moshé avait un frère :/ (j’ai un peu honte mais je l’avoue) . Ensuite, on oubli beaucoup que notre passé a des conséquences sur notre futur, je trouve donc que c’est un très bon rappel 😉 , merci Haim

  3. soilihi hakime dit :

    Shabat Shalom,
    « ce n’est pas la fonction qui fait l’homme, mais l’homme qui fait la fonction ». Très éloquente et instructive conclusion. Le cycle botanique de l’épreuve auquel est soumis Kora’h explicite symboliquement un rituel de passage nécessaire qui forgera l’homme qui doit accomplir la mission ultime assignée par D. Un homme qui aura requis l’épanouissement, les qualités morales et la maturité exigés pour guider le peuple.

    La jalousie de Kora’h est la manifestation de ce khamets rempli en lui et anime son égo qui l’empêchera d’apprécier à juste titre, la valeur du rôle que D. lui a confié.

  4. hilde.33@telenet.be dit :

    Le thème de la verge fleurissante est repris dans une légende chrétienne sur la mère de Jésus. En ‘copier-coller’ de Samuel, à l’age de trois ans la petite Marie est donné au Temple de Jérusalem pour y être élévée par le grand-prêtre Zacharie. Quant elle atteint l’age d’être mariée le grand-prêtre invite les célibataires de Jérusalem de venir déposer leur verge dans le Temple. Quand la verge de Josephe produit des fleurs le vieillard proteste mais il doit accepter le choix divin. (Protévangile de Jacques)

    Hilde de Pillecyn, théologue protestant

  5. Dina hertzog dit :

    Excuse moi Haim mais j’ai un petit problème avec ton analyse: Aaron a construit le veau d’or ( même si il n’a pas été l’instigateur) alors était il vraiment le seul à pouvoir remplir le poste de grand prêtre après le refus de Moshe?

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