Parashat VaEt’hanan: Shema Israël, une méditation sur l’Unité

"Shema Israël" (© Haïm Ouizemann)

« Shema Israël » (© Haïm Ouizemann)

(ש«שְׁמַע יִשְׂרָאֵל יְהוָה אֱלֹהֵינוּ יְהוָה אֶחָד»  (דברים ו, ד

«Ecoute, Israël: l’Éternel est notre Dieu, l’Éternel est Un! » (Deut. 6, 4)[1].

Deux fois par jour, il incombe à tout Juif de proclamer et méditer le sens de cette parole de Torah où est énoncé le plus grand des principes d’Israël, l’unité du Nom divin. L’on peut dire que l’essentiel de la vision monothéiste s’y trouve concentré et résumé. Mais comment méditer sur cette unité si notre entendement demeure dans -l’impossibilité de saisir l’Essence divine?

L’unité divine se reflète à travers l’incommensurable dimension de l’Univers et plus particulièrement la merveilleuse Création de l’Homme.

La Création de la terre et  du principe de la Vie  naissent ex-nihilo d’une Volonté suprême et unique, Elohim.

ש«בְּרֵאשִׁית בָּרָא אֱלֹהִים אֵת הַשָּׁמַיִם וְאֵת הָאָרֶץ» (בראשית א, א)ש

«Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre» (Gen. 1: 1)

וַיִּקְרָא אֱלֹהִים לָאוֹר יוֹם וְלַחֹשֶׁךְ קָרָא לָיְלָה וַיְהִי-עֶרֶב וַיְהִי-בֹקֶר יוֹם אֶחָד» (בראשית א, ה) »ש»

«Dieu appela la lumière jour, et les ténèbres, il les appela Nuit. Il fut soir, il fut matin,  jour Un» (Gen. 1: 5)

Contrairement aux autres jours de la création où les jours sont nommés par un nombre ordinal (deuxième, troisième…), le premier jour est nommé sous sa forme cardinale (Un). Comment expliquer cette différence de vocable? Il semble que l’intention du texte biblique soit d’enseigner que l’origine de l’Univers procède d’Une Source unique, Elohim, évitant ainsi la vision polythéiste de plusieurs entités divines créatrices. De cette unicité créatrice originelle et infinie va naître et se développer la diversité biologique sur la face de la terre.

Puis la source biblique insiste sur l’unité de la Création de l’homme et de la femme formant par leur complémentarité Adam, c’est-à-dire l’origine unique de l’ensemble du genre humain.

ש«זֶה סֵפֶר תּוֹלְדֹת אָדָם בְּיוֹם בְּרֹא אֱלֹהִים אָדָם בִּדְמוּת אֱלֹהִים עָשָׂה אֹתוֹב זָכָר וּנְקֵבָה בְּרָאָם וַיְבָרֶךְ אֹתָם וַיִּקְרָא אֶת-שְׁמָם אָדָם בְּיוֹם הִבָּרְאָם» (בראשית ה, א-ב).ש

«Ceci est l’histoire des générations de l’humanité. Lorsque Dieu créa Adam (l’être humain), il le fit à sa propre ressemblance. 2 Il les créa mâle et femelle, les bénit et les appela Adam, le jour de leur création.» (Gen. 5: 1-2)

De plus, la matière, matrice de la création de l’homme et le souffle divin sont placés  sur le même plan.  Aucune différence de degré d’importance n’apparaît dans la source biblique entre les dimensions matérielle et spirituelle:

ש«וַיִּיצֶר יְהוָה אֱלֹהִים אֶת-הָאָדָם עָפָר מִן-הָאֲדָמָה וַיִּפַּח בְּאַפָּיו נִשְׁמַת חַיִּים וַיְהִי הָאָדָם לְנֶפֶשׁ חַיָּה.»  (בראשית ב, ז).ש

«L’Éternel-Dieu façonna l’homme, – poussière détachée du sol, – fit pénétrer dans ses narines un souffle de vie, et l’homme devint un être vivant» (Gen. 2: 7)

En  d’autres termes, tous les hommes, les fils d’Adam (Bney Adam) naissent totalement égaux  sans aucune distinction de sexe ou d’origine. En somme, tous les êtres sont frères, A’HIM.

En fait, la diversité et la richesse des cultures respectives à chaque civilisation témoignent de l’unité originelle qu’il est de notre devoir de rechercher. Seule la contemplation profonde de la Nature et celle de notre prochain est à même de nous faire accéder au plus haut état de conscience spirituelle révélant l’image de Dieu en chacun d’entre nous. La génération de la Tour de Babel a tenté d’uniformiser – A’HIDOuT- la pensée du genre humain (Gen. 11, 1) transformant celle-ci en pensée totalitaire génératrice de désordre et de guerres sanglantes. Le sentiment de fraternité –A’HDOuT- dénote la complémentarité fécondante des contraires dans le respect mutuel de la différence.

Cet élan intérieur vers la conscience unifiant les éléments de la création et le genre humain doit être le fruit d’une contemplation intensive que chacun d’entre nous est invité à pratiquer quotidiennement. Relions-nous le fruit à la fleur, la fleur au bouton, le bouton à la branche, la branche au tronc, le tronc à l’arbre et l’arbre à la terre dont nous sommes tous issus! Méditons-nous sur la biodiversité des forêts tropicales et sur l’oxygène généré par les océans de notre si belle planète? Unifions-nous notre vie à celle d’autrui? Sommes-nous réellement conscients du lien mental et spirituel qui nous unit à notre prochain?

ש«כַּמַּיִם הַפָּנִים לַפָּנִים כֵּן לֵב-הָאָדָם לָאָדָם« (משלי כז, יט).ש

«Comme dans l’eau le visage répond au visage, ainsi chez les hommes les cœurs se répondent» (Proverbes 27: 19)

Le «Shema Israël» est plus qu’une simple lecture quotidienne; il s’agit d’une méditation soutenue, d’un  effort spirituel véritable visant à unifier, nuit et jour, les forces opposées de notre être intérieur afin d’unifier les hommes et bâtir les fondements d’un monde pacifié.

ש«הֲלוֹא אָב אֶחָד לְכֻלָּנוּ הֲלוֹא אֵל אֶחָד בְּרָאָנוּ מַדּוּעַ נִבְגַּד אִישׁ בְּאָחִיו לְחַלֵּל בְּרִית אֲבֹתֵינוּ» (מלאכי ב, י)ש

 «N’avons-nous pas tous un seul Père? N’est-ce pas un seul Dieu qui nous a créés? Pourquoi commettrions-nous une trahison l’un contre l’autre, de façon à déshonorer l’alliance de nos pères?» (Malachie 2: 10)

[1] Parashat VaEt’hanan: Deutéronome 3: 23-7: 11

Je vous invite à rejoindre le nouveau projet « Questions sur la Parashat HaShavoua et à me faire part de vos avis.

Ce projet a pour dessein de mieux faire connaitre la source biblique. Des questions bibliques sont proposées. Vos réponses sont les bienvenues. Je reste ouvert à toute idée supplémentaire qui pourrait améliorer cette nouvelle initiative.

Si l’étude du TaNaKh vous fait rêver, n’hésitez pas à me joindre:

hebreubiblique@gmail.com

Shabbat shalom,

Au plaisir de vous retrouver,

Haïm Ouizemann

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6 Responses to Parashat VaEt’hanan: Shema Israël, une méditation sur l’Unité

  1. MANATHAN AIGLE ROYAL dit :

    Shalom Haim.
    Le verset 27; A cause du refus de Moshe dès le depart de liberer le peuple jusqu’à la terre promise,HaShem aussi refusa qu’il puisse entré physiquement,mais en lui accordant la grace de voir en vision toute la terre.
    Le verset 25; Si Moshe supliait HaShem de traverser physiquement,c’est par rapport au nom du premier patriarche Avraham qui s’appelait ( IVRI ) racine AVAR que nous trouvons dans les deux versets qui veux dire, PASSER ,TRAVERSER.
    LA TRAVERSEE,représente l’essence du juif toujours en marche et cette force lui sera donnée grace à la TERRE D’ISRAEL. Ce mouvement n’est pas seulement physique ou géographique,mais aussi moral et spirituel. Toda v’lehitraot.
    להיות עם חופשי בארצנו ארץ ציון וירושלים אמן

  2. unjourcommence@laposte.net dit :

    Bonsoir Haïm

    J’ai eu des difficultés .;je pense que l’on comprend que Moïse n’entrera pas en Canaan ,il insiste sur le fait qu’en montant au plus haut sommet de là-haut il verra toute la Puissance,la Force et toute la gloire de Dieu; Dieu nous montre les belles choses à venir à condition de nous élever dans la foi profonde, d’être en union avec LUI ! Toda rabba

  3. Nanny dit :

    Shalom à tous,
    Bien que Moïse ait imploré l’Eternel de lui laisser passer le Jourdain (v.25), D’ ne se laisse pas fléchir et lui permet seulement de contempler le pays à partir du Mt Pisga (v.27).
    Certes, D’ écoute les prières, mais pour comprendre la sévérité de D’ il faut lire aussi le verset 26 :  » l’Eternel s’irrita contre moi, à cause de vous, et il ne m’écouta point.  »
    J’ai rapproché ce passage de Ex. 32:30 à 35 où, après la faute inexcusable du veau d’or, D’ châtie le peuple, mais Il épargne Moïse et le renvoie à sa tâche

  4. Shalom Haim, et Shalom à tous.
    Je pense que la différence est dans la forme des verbes (le בניין) : dans le 1er, D.ieu FAIT passer Moshé (du moins, il le demande…) להעביר alors que, dans le second, c’est la forme active לעבור : Moshé ne passe pas. Si D.ieu ne fait pas passer l’homme, celui-ci ne passe pas.

    C’est la même différence entre le verset 23 : Moshé demande le חנון de D.ieu : להתחנן , alors que dans le Psaume, c’est la forme פעל, active : חנני c’est D.ieu qui accorde son חנון (sa miséricorde, sa faveur ?) s’Il le veut. Si D.ieu le veut nous obtenons et « Il nous met au large et est favorable », comme dit le Psaume.

    Je suppose que cela a aussi un rapport avec l’autre conséquence : s’Il fait passer, Moshé voit לראות alors que si D.ieu ne fait pas passer, Moshé porte seulement son regard et…. voit de ses yeux, ce qui, je suppose, doit être une expérience plus lointaine que « voir » seulement ? Au lieu que ce soit lui-même qui foule Eretz Israël, il y porte seulement ses regards et seulement ses yeux voient, de loin.

    En fait, D.ieu ne l’a pas porté pour passer לשאת (comme une mère son enfant), et c’est Moshé qui y porte seulement ses yeux….

    D’où l’importance, comme dans ton commentaire de la paracha précédente : dans le silence et l’intimité avec D.ieu, vraiment recevoir la Vision et le Projet de D.ieu, et à ce moment-là, Lui nous fait passer, voir, et être effectifs dans tout notre Service

    • Nanny dit :

      Merci de ce très intéressant commentaire que je lirai plus attentivement à tête reposée.
      D’où l’importance de lire les textes en hébreu et de bien connaitre la grammaire !
      A ce soir, peut-etre, pour le webinar
      Amical shalom, Nanny

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