Parashat Shoftim: L’arbre, dernier espoir de Paix!

Caroubier centenaire abattu par la foudre. Couvent "Notre Dame de Sion" © Août 2015,Haïm Ouizemann

Caroubier centenaire abattu par la foudre. Couvent « Notre Dame de Sion » © Août 2015,Haïm Ouizemann

ש «כִּי-תָצוּר אֶל-עִיר יָמִים רַבִּים לְהִלָּחֵם עָלֶיהָ לְתָפְשָׂהּ לֹא-תַשְׁחִית אֶת-עֵצָהּ לִנְדֹּחַ עָלָיו גַּרְזֶן-כִּי מִמֶּנּוּ תֹאכֵל וְאֹתוֹ לֹא תִכְרֹת כִּי הָאָדָם עֵץ הַשָּׂדֶה לָבֹא מִפָּנֶיךָ בַּמָּצוֹר» (דברים כ’, י »ט). ש

« Si tu es arrêté longtemps au siège d’une ville que tu attaques pour t’en rendre maître, tu ne dois cependant pas en détruire les arbres en portant sur eux la hache: ce sont eux qui te nourrissent, tu ne dois pas les abattre car l’homme est l’arbre du champ, tu l’épargneras dans les travaux du siège ». (Deut. 20, 19).

La source biblique ordonne impérativement à l’homme de ne point détruire l’arbre fruitier même en temps de guerre. La volonté d’emporter la victoire sur l’ennemi ne justifie-t-elle point la destruction absolue de vergers et de l’environnement? Pourquoi  la Tora insiste-t-elle sur la préservation de l’arbre?

Deux raisons apparaissent dans la source biblique:

L’arbre constitue, en premier lieu, la source de vie permettant à l’humanité de se maintenir. Puis l’homme est comparé à l’arbre lui-même. La vie de l’homme, sur l’exemple de l’arbre, doit être, autant que faire se peut, épargnée. Le guerrier doit marcher sur les traces de l’Eternel en limitant sa puissance de destruction.

Selon la Tradition juive, le seul arbre ayant survécu au déluge est l’olivier. En effet, la colombe ramène dans son bec une seule feuille d’olivier (et non point un rameau d’olivier).

ש«וַתָּבֹא אֵלָיו הַיּוֹנָה לְעֵת עֶרֶב וְהִנֵּה עֲלֵה-זַיִת טָרָף בְּפִיהָ וַיֵּדַע נֹחַ כִּי-קַלּוּ הַמַּיִם מֵעַל הָאָרֶץ» (בראשית ח’, י »א).ש

«La colombe revint vers lui sur le soir, tenant dans son bec une seule feuille d’olivier. Noé jugea que les eaux avaient baissé sur la terre.» (Gen. 8: 11)

Le terme hébreu TaRaF signifie  «une feuille isolée» (Nous trouvons le pluriel de ce substantif dans le livre d’Ezéchiel 17: 9:- טַרְפֵּי  צִמְחָהּ  TaRFeY TsiM’HaH). Toutefois, nous pouvons remarquer que le terme TaRaF, composé de la racine T.R.F., détient également le sens de «déchiqueter» (Cf. Gen. 37: 33). La traduction du verset pourrait, alors, être: «une feuille d’olivier arrachée (de force)».  La colombe annoncerait, ainsi,  à l’ensemble de l’humanité que l’Eternel non seulement «limite» sa puissance de destruction relatée lors de l’épisode du déluge mais aussi que la Paix entre les hommes reste toujours possible même  après que la chair des hommes ait été déchiquetée. Il n’y a point de place au désespoir!

En somme, la Tora enseigne le devoir impératif de ne point détruire la source de toute Vie sur notre Planète Terre. Mais pourquoi l’arbre a-t-il été choisi pour représenter la source de la Vie?

L’arbre est le principe unificateur de tous les mondes (minéral, végétal, animal et humain)! Il retient les eaux qu’il purifie, constitue le lieu de ponte pour l’oiseau et octroie le fruit à l’homme. L’arbre est, en somme, une source inépuisable de bénédictions pour tous.  L’homme de guerre, en détruisant cette source mettrait, alors, en danger le fragile équilibre de l’écosystème et par voie de conséquence, l’avenir même de toute la Planète!

L’eau (le puits est le lieu de rassemblement par excellence où toutes les peuplades viennent abreuver leur troupeau et tisser des liens pacifiques),  l’arbre et  l’animal (Interdit de tuer la mère pigeonne source d’une nouvelle couvée- Injonction du Shiloua’h HaQen- Deut. 22: 6-7) se doivent d’être préservés et respectés par l’homme, pour l’homme.

Moïse enjoint aux douze explorateurs envoyés en Erets Canaan (Nombres 13: 2 et suiv.) d’inscrire dans leur rapport la nature agricole de cette dernière:

ש«וּמָה הָאָרֶץ הַשְּׁמֵנָה הִוא אִם-רָזָה הֲיֵשׁ-בָּהּ עֵץ אִם-אַיִן וְהִתְחַזַּקְתֶּם, וּלְקַחְתֶּם מִפְּרִי הָאָרֶץ וְהַיָּמִים-יְמֵי, בִּכּוּרֵי עֲנָבִים» (במדבר י »ג, כ’) ש

«Quant au sol, s’il est gras ou maigre, s’il s’y trouve des arbres ou non? Tâchez aussi d’emporter quelques-uns des fruits du pays. » C’était alors la saison des premiers raisins» (Nombres 13: 20)

La présence de l' »Arbre »( עֵץ ) constitue la preuve explicite d’une ère de Paix et de développement économique. L’abondance du fruit sur l’arbre témoigne de la fertilité de la terre et de la Paix qui réside parmi les hommes.

L’arbre demeure le dernier espoir de la Paix ! N’oublions pas la survivance du ginkgo biloba, surnommé «l’arbre aux mille écus» ou «l’arbre de vie» qui a résisté aux effets destructeurs de la bombe atomique d’Hiroshima.   C’est ainsi que le premier devoir qu’Israël se doit  d’accomplir dès son entrée en Erets est celui de planter un arbre (Lévitique 19: 23 ), ce qui témoigne d’une véritable  intention de Paix. Après cette année de Shémitah se terminant à Souccoth, Israël invite toutes les nations à planter au nom de la Paix!

Je vous invite à rejoindre le nouveau projet « Questions sur la Parashat HaShavoua» et à me faire part de votre interprétation.

Ce projet a pour dessein de mieux faire connaitre la source biblique. Des questions bibliques sont proposées. Vos réponses sont les bienvenues. Je reste ouvert à toute idée supplémentaire qui pourrait améliorer cette nouvelle initiative.

Si l’étude du TaNaKh vous fait rêver, n’hésitez pas à me joindre:

hebreubiblique@gmail.com

Au plaisir de vous retrouver,

Haïm Ouizemann

© Haïm Ouizemann, Août 2015

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3 Responses to Parashat Shoftim: L’arbre, dernier espoir de Paix!

  1. Jean-Pierre dit :

    Un arbre de lumière

    Le mot «candélabre» est le terme utilisé dans les langues occidentales pour désigner la ménora, ce chan¬-delier à sept branches qui brûlait en permanence au coeur Sanctuaire, dans le désert, et plus tard dans le Temple Jérusalem.
    Le candélabre à sept branches est comme un arbre de lumière qui va fleurir, avec ses sept bougies et sa forme d’amandier. En Israel, l’ amandier est le premier arbre qui fleurit. Il annonce la renaissance d’un
    « temps premier », d’ un printemps. Le chabbat, où l’on allume le candé¬labre, est donc un sacre du temps, un « sacre du prin¬temps » oserait-on dire, le temps où le monde se renouvelle , où il s’agit de regarder le monde éclore comme si on ne l’avait jamais vu. Le jour du chabbat est letemps du renouvellement de notre perception des choses, l’apprentissage de liens éthiques renouvelés entre les hommes, un réapprentissage de l’amour et du dialogue.

  2. Shalom Haïm, merci pour cette autre superbe ouverture sur le Tanakh!

    L’Homme: – « de la plante à l’arbre »…

    Le Peuple Juif: – « de la plante du pied pharaonique au pied déchaussé de Moïse devant le Buisson ardent »; ou encore – « de l’esclave au guerrier, dit Homme de Pied ».

    Ce dernier, tel « l’arbre des champs », devra se surpasser sur le « champ de bataille » de ses penchants corrupteurs, et y plonger ses « racines » pour faire remonter sa « sève » vers la Lumière.

    Le parallèle est prolixe: comme la « graine » contient les informations du devenir de l’arbre, la semence humaine révèle le dessein divin de l’homme qui, ayant élargi son « champ de conscience », a la volonté d’augmenter sa Connaissance de D-ieu et de travailler sa Terre en vue de donner du fruit.

    Or Samuel, le Voyant, ne voit pas faire ses 2 fils… L’arbre n’aurait pas donné de bons fruits.

    L’Homme de D-ieu, que Samuel l est resté exclusivement, semble s’être départi de sa responsabilité tutoriale auprès du Peuple d’Israël qu’il ne voit pas « perdre pied »… Aussi accueille-t’il mal sa demande d’un suzerain à l’image des autres nations.

    Israël: du peuple de servitude à la Lumière des Nations…

    Comme l’Eternel a reconnu en Noah la maîtrise des tumultes intérieurs de la Teva/Nature , IL lui offre « l’arbre » de sa Teva, son arche refuge. De la terre renouvelée, l’Esprit de D-ieu vient à lui ensuite avec le signe de l’Oint: la feuille vierge de l’olivier.

    Retenu dans les ténèbres limoneuses de la Kemet, le Peuple Hébreu qui a été arraché puis rendu à sa terre de « montagnes et vallées », doit encore assainir « son » sol et « faire la paix » avec « l’occupant » qui est aussi intérieur qu’extérieur en vue d’une cohabitation harmonieuse comme font les arbres entre rocaille et torrents en Terre Sainte.

    Renoncer à une image empruntée aux Nations basée sur la conquête du pouvoir, mais croître et mûrir à l’image de l’Arbre de Vie qu’est la Torah dictée par D-ieu à Son Peuple: voilà ce que l’Eternel a dû insuffler à Samuel, qui intrônisera Saül pour que, de la maison de David, naisse le Mashiah, Roi de la Paix, et qu’Israël devienne la Lumière des Nations.

    Afin que tous entendent encore que l’arbre est bien le dernier et le plus bel espoir de Paix.

  3. admetthey dit :

    L’arbre est tellement symbole de VIE qu’il est d’usage, dans le monde juif, de planter un ou des arbres lors de naissances. De même, nous plantons symboliquement des arbres (via le KKL) lorsque l’un des nôtres quitte cette vie terrestre, comme s’il continuait à VIVRE à travers l’ARBRE.

    Quant aux questions, il est bien précisé dans Deu 17:15  » tu mettras sur toi un roi que choisira l’Eternel, ton Dieu, מֶלֶךְ, אֲשֶׁר יִבְחַר יְהוָה אֱלֹהֶיךָ בּוֹ : le choix appartient donc à l’Eternel et non à l’homme. Or, en 1Sam 8 :6, le peuple dit « Donne-nous un roi pour nous juger. » תְּנָה-לָּנוּ מֶלֶךְ לְשָׁפְטֵנוּ, verset complété plus loin, en 1Sam 8 :18 : « Et alors vous crierez contre votre roi que vous vous serez choisi, » מַלְכְּכֶם, אֲשֶׁר בְּחַרְתֶּם לָכֶם . Il est logique que Samuel, prophète intègre s’en tienne à la Volonté de D’ et n’accepte pas de choisir lui-même le roi que le peuple demande. Nous verrons aux chapitres 9 et 10 de 1Samuel que, finalement, Samuel intronisera le roi que l’Eternel lui aura désigné.

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