Parashat Lekh Lekha, l’Appel de la terre!

Ein Ovdat- Neguev (© Octobre 2015,Haïm Ouizemann)

Ein Ovdat- Neguev (© Octobre 2015,Haïm Ouizemann)

Abraham, choisi par l’Eternel pour devenir le premier Patriarche d’Israël, est celui qui va ouvrir la voie à sa descendance en témoignant d’une vie exemplaire. Son courage à quitter son lieu de naissance, son milieu familial et la culture de son propre pays (Gen. 12: 1) fait d’Abraham le héros d’une aventure qui ne cesse de se poursuivre avec les fils d’Israël.  Il n’est de progression spirituelle que dans le dépouillement et la rupture totale avec le monde ancien. C’est la raison pour laquelle Avraham est appelé Hébreu. Il traverse, en effet, non seulement Our Kasdim (Mésopotamie) jusqu’en Canaan mais aspire en son for intérieur à passer du monde païen à la croyance en l’Eternel, Créateur unique qui se révèle à lui.

ש« וַיַּעֲבֹר אַבְרָם בָּאָרֶץ עַד מְקוֹם שְׁכֶם עַד אֵלוֹן מוֹרֶה וְהַכְּנַעֲנִי אָז בָּאָרֶץ« (בראשית י »ב, ו’)

«Abram traversa le Pays jusqu’au territoire de She’hem, jusqu’au Chêne de Môré; le Cananéen habitait dès lors ce pays». (Gen. 12, 6)[1]

Cette traversée géographique est avant tout une traversée intérieure, expression d’un appel de la terre. Cette marche s’avère être une montée! Avraham monte en Canaan!

ש«וַיַּעַל אַבְרָם מִמִּצְרַיִם הוּא וְאִשְׁתּוֹ וְכָל-אֲשֶׁר-לוֹ וְלוֹט עִמּוֹ הַנֶּגְבָּה» (בראשית י »ג, א’).ש

«Abram monta d’Egypte lui, sa femme et toute sa suite, et Loth avec lui, s’acheminant vers le midi » (Gen. 13: 1).

Cette montée, Alya, survient après qu’Avraham et son épouse la Matriarche Sarah aient séjourné temporairement en Egypte à la suite de la famine qui sévissait en Canaan:

ש« וַיְהִי רָעָב בָּאָרֶץ וַיֵּרֶד אַבְרָם מִצְרַיְמָה לָגוּר שָׁם כִּי-כָבֵד הָרָעָב» (בראשית י »ב, י’)

«Or, il y eut une famine dans le pays. Abram descendit en Égypte pour y séjourner, la famine étant excessive dans le pays» (Gen. 12: 10)

En comparaison, Elimelkh et son épouse Naomie  quitteront la terre de Canaan pour séjourner temporairement dans les plaines de Moav (Ruth 1: 1) mais, pour s’y être fixés définitivement,  (Ruth, 1: 6), ils verront leur descendance décimée: Elimelekh lui-même et leurs deux fils mourront dans les plaines de Moav (Ruth 1, 3; 5).

Ainsi, comme l’enseigne la parole du prophète Isaïe, les Nations, à l’exemple des fils d’Israël, monteront vers Jérusalem, le cœur de la nation juive afin de reconnaître l’Eternel  qu’Abraham eut le mérite de découvrir:

ש«וְהָלְכוּ עַמִּים רַבִּים וְאָמְרוּ לְכוּ וְנַעֲלֶה אֶל-הַר-יְהוָה אֶל-בֵּית אֱלֹהֵי יַעֲקֹב וְיֹרֵנוּ מִדְּרָכָיו וְנֵלְכָה בְּאֹרְחֹתָיו כִּי מִצִּיּוֹן תֵּצֵא תוֹרָה וּדְבַר-יְהוָה מִירוּשָׁלִָם» (ישעיהו ב’, ג’).ש

Et nombre de peuples iront en disant: « Or çà, marchons et montons vers la montagne de l’Eternel pour gagner la maison du Dieu de Jacob, afin qu’il nous enseigne ses voies et que nous puissions suivre ses sentiers, car c’est de Sion que sort la Tora et de Jérusalem la parole du Seigneur (Isaïe 2: 3)

Cette marche et cette montée doivent aboutir à l’installation définitive des fils d’Israël sur la terre promise à Abraham:

 ש«קוּם הִתְהַלֵּךְ בָּאָרֶץ, לְאָרְכָּהּ וּלְרָחְבָּהּ: כִּי לְךָ, אֶתְּנֶנָּה. וַיֶּאֱהַל אַבְרָם וַיָּבֹא וַיֵּשֶׁב בְּאֵלֹנֵי מַמְרֵא אֲשֶׁר בְּחֶבְרוֹן וַיִּבֶן-שָׁם מִזְבֵּחַ לַיהוָה.» (בראשית י »ג, י »ח)

«Lève-toi! parcours cette contrée en long et en large! car c’est à toi que je la destine. Abram alla dresser sa tente et établir sa demeure dans les plaines de Mamré, qui sont en Hébron; et il y éleva un autel au Seigneur.» (Gen. 13: 18)

Hébron constitue le berceau de l’Alliance abrahamique. Nombreuses sont les Nations qui nous refusent ce droit historique et biblique. L’Alya reste notre meilleure réponse face à ce déni flagrant de la promesse divine.

Marchons ensemble, Juifs et non-Juifs, sur les traces d’Abraham,  et montons à Jérusalem toutes et tous en Erets Israël!

[1] Parashat Lekh Lekha: Genèse 12: 1- 17: 27

Je vous invite à rejoindre le nouveau projet « Questions sur la Parashat HaShavoua» et à  nous faire part de votre interprétation.

Questions sur la Parashat Lekh Lekha


Ce projet a pour dessein de mieux faire connaitre la source biblique. Des questions bibliques sont proposées. Vos réponses sont les bienvenues.

Shabbat shalom!

Avec toute mon amitié,

Si l’étude du TaNaKh vous fait rêver, n’hésitez pas à me joindre:
hebreubiblique@gmail.com

Au plaisir de vous retrouver,

Haïm Ouizemann

 

 

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8 Responses to Parashat Lekh Lekha, l’Appel de la terre!

  1. חנל ה dit :

    Merci Haïm. Très belle étude ! L’année prochaine à Jérusalem…. Qui sait ? Nous vous embrassons. Que Dieu vous bénisse, Annette

  2. cathou dit :

    L’attachement à la terre.
    Là encore le récit biblique s’ancre dans les grands fondements humains universels.
    L’humain a besoin d’ancrage, de laisser se développer ses racines sur le sol choisi.
    Ce sol qu’il va travailler pour en recevoir les bénéfices. Retourner au pays, Monter au pays: fait curieux où que ce trouve ce pays, l’exilé va dire: Monter au pays. Cette notion spirituelle indispensable pour désigner le retour chez soi.

    Israël, Canaan est le point d’ancrage des hébreux, des juifs. Le seul, l’unique point, après leur livre: la Bible.
    Oui c’est Historique!!!
    Historique aussi que cette terre est déjà occupée par des cananéens. Abraham, comme les Hébreux, ont une foi suffisamment forte en Dieu, qu’ils vont s’y enraciner au point à chaque fois, de « faire fleurir le désert », ce que les populations locales n’ont jamais réussi à faire.
    Si on peut mettre en doute le vieux récit biblique à ce sujet, les réalisation d’aujourd’hui démontrent qu’Israël, le peuple d’Israël a toute sa place dans ce petit coin du globe: il sait y trouver l’eau, y cultiver la terre, et y vivre en paix avec les populations déjà présentes.
    J’insiste sur « vivre en paix avec la population déjà présente »: en retrouvant ses racines, son pays, les juifs n’ont qu’une volonté: y vivre selon les préceptes bibliques: paix, amour, respect.
    {si nos infos n’étaient pas sans cesse déformées, on se rendrai vite compte de la capacité à la PAIX de ce peuple}

    Ton article Haïm, me fait dévier vers le livre que je lis en ce moment. Philippe de Villiers, retiré de la politique, en dénonce les méfaits auxquels il ne veut plus participer, nous apprend qu’en entrant à l’ENA on possède environ 30 000 mots, en sortant de ce lieu on ne parle plus que les 30 mots indispensables pour avoir des idées, le peuple n’existant plus à ce stade.
    Alors: comment veux tu que nos politiques, sortis de ce superbe moule,sachent, puissent même comprendre un embryon de spiritualité biblique ou autre???? dans leur superbe esprit bien fait:::: ignorance de Dieu, de la Laïcité, du peuple, de l’Histoire… seul le profit et les idées ont valeur.
    (ce n’est pas moi qui le dit, c’est un résumé du début du bouquin, qui, je crains bien soit très vrai)

  3. cathou dit :

    Réponse aux questions.
    C’est amusant, ça permet de lire de petits passages, bien précis. Merci de cette belle idée.

    1-Si Abraham peut contempler la parcelle de terre donnée par Dieu à lui est à toute sa descendance, il sait aussi pouvoir s’y installer.
    Moïse peut contempler ce pays, de loin. La terre est donnée aux hébreux, pas à Moïse.

    Le choix des mots est significatif: Abraham « lève les yeux, je te prie » :Dieu demande à Abraham s’il veut bien, il prie Abraham de suivre ses indications, ce n’est pas un ordre.( mais mon texte français ne donne pas ce « je te prie », alors à voir)
    et sans bouger « regarde du nord au sud, de l’est à l’ouest »: Je n’ai pas l’impression que le texte situe Abraham, autrement que « du point où tu es en Canaan », on ignore donc s’il est en hauteur où dans la plaine, simplement de n’importe où, sur le sol de Canaan en levant le regard, tu peux délimiter ce que je te donne, tu es chez toi, Installe toi. Toi et toute ta descendance pour toujours.

    Moïse : « Monte au sommet et regarde.. » là on a un ordre de Dieu.
    Moïse doit d’abord monter sur un sommet, et encore lever les yeux pour que son regard fasse le tour de la terre future, dans laquelle il n’entrera pas.

    2-Moïse a très envie de s’installer dans la terre promise à son peuple. Il a tout de même porter ce peuple devant Pharaon, durant l’exode, lui a donné les enseignements qui régissent toujours le judaïsme…. il est normal qu’il ait envie d’enfin connaitre la fin de cette histoire, ce sol si attendu.

    3- Tout d’abord, le premier sentiment: je dirai que je trouve anormal de « punir » Moïse. Cet homme de Dieu, qui a été, fidèlement, le bras de Dieu, avançant sans faillir, surmontant toutes les difficultés, méritait de voir l’aboutissement de son chemin.
    Le fait d’écrire cette pensée me fait prendre conscience qu’avec Abraham le chemin du monothéisme commence. Abraham a déjà (de par ses ancêtres) une connaissance de la foi qui lui permet de parler face à face avec Dieu. Dieu lui donne une terre, à lui et à ses descendants.
    La terre est trouvée, elle est donnée, les hébreux y installent leurs racines. Abraham est récompensé pour la force de sa foi, et avec lui tous les hébreux.
    Le rôle de Moïse n’est plus d’obtenir une terre où s’enraciner.
    Le rôle de Moïse est de donner la force à tout un peuple, aux hébreux, de retrouver cette terre. de s’effacer après avoir guider, unifier, enseigner.
    Certes Moïse a très envie d’enfin connaitre cette terre, mais c’est loin de cette terre qu’il a réussi par sa seule foi à entraîner tout un peuple (parfois consentant, parfois récalcitrant) c’est loin de cette terre qu’il doit s’arrêter.
    Il appartient aux hébreux, au peuple, de continuer le chemin ouvert par Moïse et Dieu, de continuer ce chemin, seul et réuni avec Dieu.
    Canaan est donné à un homme Abraham et à sa descendance monothéiste.
    Canaan est donné à un peuple. Après la prise de possession par Abraham, il appartient aux hébreux, au peuple, de prendre possession de son héritage.

    La leçon a tiré, est peut-être double, voir triple:
    –Ne pas attendre de récompense personnelle en servant fidèlement Dieu. (là on a une évolution de la pensée:Abraham est récompensé personnellement de sa foi, Moïse portera jusqu’au bout les fautes d’un peuple qu’il amène vers la liberté)
    –Le peuple a besoin d’un chef pour le guider, et le réunir, mais à un moment il doit prendre ses propres responsabilités et faire face à ses choix.
    –Peut-être ce qui semble contradictoire dans ces 2 versets ne l’est pas. Peut-être se complètent- ils: il faut d’abord clarifier sa foi personnelle (comme Abraham ne pas se disperser: croire tout simplement) ce qui est une récompense immédiate par le sentiment de Liberté qu’on a.
    Pour ensuite être un chemin pour les autres (on n’est pas obligé d’entraîner tout un peuple vers la Liberté du Dieu unique, on peut se contenter d’entraîner ses enfants, ce qui est déjà un beau labeur). là pas de récompense personnelle à attendre, puisque nous ne pourrons pas accompagner nos proches jusqu’au bout du chemin, il faut bien quand c’est le moment, les laisser continuer seuls leur propre chemin. (Moïse monte sur son dernier sommet pour voir ce que les hébreux vont avoir à réaliser sans lui.. ils monteront leurs propres sommets)
    ????

    • cathou dit :

      Ce qui, Haîm, me permet de compléter encore tes questions:
      Si on part du principe qu’avec Abraham c’est le don du sol et du monothéisme personnel, individuel, avec Moïse le don du sol et du monothéisme à tout un peuple…. On comprend mieux pourquoi Jésus devient le don du monothéisme hébreu aux gréco/romains de son temps (futurs chrétiens). Jésus n’est plus le don du sol, de la terre, c’est le don des racines, appelées à se développer, à se transformer sur d’autres racines, sur un sol différent.

    • Tres chere Cathou shalom,
      Ton etude est excellente dans la mesure ou ta reflexion, par ailleurs tres detaillee, tient tres largement compte du contexte biblique. Je voudrais rajouter que la traduction de la Bible du Rabbinat ne traduit pas  » je ne prie » rendu en hebreu par le mot « Na » (נא) exprimant un souhait ou un ordre. Il me semblait necessaire de le rajouter. De plus, nous pourrions faire la remarque suivante: Abraham a le merite de voir la terre de Canaan au tout debut de sa mission alors que Moise ne verra la terre promise qu’au terme de sa mission. L’on peut dire que Moise ferme la boucle ouverte par Abraham. Josue reouvrira cette boucle en poursuivant la mission de son maitre, Moise.
      Toutes mes felicitations Cathou!
      Sois benie toi et avec tous les tiens!
      Avec toutes nos sinceres amities.
      Haim

      • cathou dit :

        Oui c’est vrai, je n’avais pas pensé à l’image de la boucle. Merci de l’ajouter.
        Toujours à dire sur ces textes…. et si en plus tu rajoutes des mots (enfin là je plaisante)
        il est très intéressant de comparer les traductions, ça aide parfois à mieux comprendre le texte.
        Toutes nos Amitiés à toi, à chacun de vous.

  4. Jean-Pierre dit :

    C’ est avec beaucoup d ‘ intérêt que j ai lu les réflexions de Haïm Ouizemann. Abraham, l ‘hébreu
    n´a aucune raison de s’ arrêter. Non ! Dans toutes les grandes traditions , la roue tourne et tournera. Montons à Jerusalem OUI , mais montons sans relâche vers le Jerusalem Celeste!

    « La structure conductrice ne saurait étre une structure statique. Elle n’est conductrice que parce qu’elle est constamment en croissance. L’obligation implique donc que jamais nous ne puissions nous arreter et dire : «Voilá, c’est terminé, on y est arrivé.»
    Le travail de l’obligation sera de constamment grandir. »
    Voici la notion clefs que nous rappelle le Grand Maître YVAN AMAR

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