Parashat VaYetse, Des pierres au cœur d’homme

«Mais il y a aussi des pierres qui ont un cœur d'homme». (Compositeur israélien Yossi Gamzou). Photo: Haim Ouizemann

«Mais il y a aussi des pierres qui ont un cœur d’homme». (Compositeur israélien Yossi Gamzou). Photo: Haim Ouizemann

La lecture de cette parasha invite le lecteur à résoudre l’aura énigmatique qui entoure l’étrange rêve de Jacob. La source biblique relate le parcours difficile de Jacob qui, fuyant son frère ennemi Esaü, parvient à ‘Haran. Jacob y prend «d’entre les pierres» afin d’y faire reposer sa tête (Gen. 28: 11).

(וַיִּקַּח מֵאַבְנֵי הַמָּקוֹם וַיָּשֶׂם מְרַאֲשֹׁתָיו» (בראשית כ »ח, י »א »

«II prit d’entre les pierres de l’endroit, en fit son chevet » (Gen 28: 11)[1]

Cependant, comment expliquer que le terme «pierre» passe du singulier au pluriel en Genèse 28, 18?

ש« וַיִּקַּח אֶת-הָאֶבֶן אֲשֶׁר-שָׂם מְרַאֲשֹׁתָיו» (בראשית כ »ח, י »ח)

«il prit la pierre qu’il avait mise sous sa tête» (Gen 28: 18)

Une lecture attentive de la source scripturaire révèle de nombreuses différences entre ces deux derniers versets. Alors qu’au verset 11, l’Eternel s’adresse à Jacob dans un songe empreint d’irrationnel, le verset 18 relate quant à lui l’éveil de Jacob qui se voit confronté au monde extérieur. Comment comprendre cette transformation subite, ce passage du pluriel («מֵאַבְנֵי הַמָּקוֹם») au singulier («הָאֶבֶן»)? Il semble que la fin du verset 18 permette de saisir cette mutation. Jacob aurait reçu, au cours de son rêve énigmatique, un message divin l’enjoignant d’accomplir sa future vocation de Patriarche d’Israël. Jacob va, sans hésitation aucune, répondre par l’affirmative à cet appel nocturne: l’huile d’onction versée sur les pierres apparues dans la nuit de l’exil vise à associer, réunir chacune d’entre elles en une seule et même pierre. Notons que la racine verbale hébraïque Y.Ts.K. (י.צ.ק. Cf. II Chroniques 4: 2; Job 11: 15) signifie à la fois «couler, fondre»  et «solidifier, renforcer». Autrement dit, l’action de Jacob d’oindre «d’entre les pierres» est porteuse non seulement d’une intention d’unification mais aussi de sanctification. En effet, tous les instruments du Tabernacle- du Temple également- ne deviennent propres au service divin qu’après avoir été oints. C’est aussi l’onction pratiquée par les prophètes d’Israël  sur les futurs élus à la fonction royale qui rend ces derniers légitimes aux yeux des fils d’Israël. Saül oint par Samuel perd toute légitimité royale dès lors que son David, son successeur au trône, est à son tour oint (I Sam. 16, 1-13).

Jacob ne se satisfait point du songe qu’il reçoit passivement. Il l’interprète et agit sur lui! Jacob interprétant l’appel divin transforme ce dernier en sanctifiant la pierre, la matière brute, dans le dessein d’unir, de souder Israël et d’associer l’ensemble des Nations à la vocation du peuple d’Israël:

ש«וְהָלְכוּ עַמִּים רַבִּים וְאָמְרוּ לְכוּ וְנַעֲלֶה אֶל הַר יְהוָה אֶל בֵּית אֱלֹהֵי יַעֲקֹב… » (ישעיהו ב, ג)ש

«Et nombre de peuples iront en disant: « Or çà, gravissons la montagne de l’Eternel pour gagner la maison du Dieu de Jacob… «(Isaïe 2: 3).

Plus près de nous, la force du Révérend Martin Luther King ne réside point uniquement dans le souffle prophétique qui traverse son célèbre discours «I Have A Dream» mais dans l’énergie déployée afin que la réalité transcende le rêve. Le verbe rêver- H.L.M. (ח.ל.מ)- se compose de consonnes identiques a celles formant le verbe combattre, L.H.M. (ל.ח.מ.).

Jérusalem, la Cité de tous les rêves et de tous les combats, ne devient pleinement l’héritage d’Israël que grâce à l’action de Jacob qui y appose son sceau éternel: de simples pierres vont constituer le fondement de la Cité la plus sainte d’Israël. Jérusalem n’est pas seulement le Lieu de la ligature d’Isaac (Gen. 22) mais aussi celui où repose le cœur d’Israël pour le bien de l’Humanité.

« יֵש אֲבָנִים עִם לֵב אָדָם»  

« Yesh Avanim ‘Im Lev Adam»

«Mais il y a aussi des pierres qui ont un cœur d’homme».

(Compositeur israélien Yossi Gamzou)

 

[1]Parashat VaYetse: Genèse 28: 10-32: 3

Je vous invite à rejoindre le nouveau projet « Questions sur la Parashat HaShavoua» et à  nous faire part de votre interprétation.


Questions sur la Parashat VaYetse. Ce projet a pour dessein de mieux faire connaitre la source biblique. Des questions bibliques sont proposées. Vos réponses sont les bienvenues.

Shabbat shalom!

Avec toute mon amitié,

Si l’étude du TaNaKh vous fait rêver, n’hésitez pas à me joindre:
hebreubiblique@gmail.com

Au plaisir de vous retrouver,

Haïm Ouizemann

 

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2 Responses to Parashat VaYetse, Des pierres au cœur d’homme

  1. cathou dit :

    Ma traduction donne genèse 28.11 « il prit une des pierres de l’endroit, en fit son chevet et se coucha. »
    puis genèse 28.18 « il prit la pierre dont il avait fait son chevet et l’érigea en stèle, et versa de l’huile au sommet.

    Mais bon au fond on a la même interprétation possible: l’assise de la descendance en ce lieu, sur cette terre. La pose de la 1ère pierre de l’édifice, symbole encore accentué par l’onction de cette pierre.

    Avec les événements du week end dernier en France, continuation logique de toute une politique laxiste dont les peuples paient le prix; je me suis replongée dans le livre « saint » de la 3ème religion monothéiste. J’insiste sur 3ème, parce que ce monothéisme naît plus tardivement, et prend ses sources dans le judaïsme et le christianisme. et je dis bien prend ses sources, parce qu’il y a tout un examen de ces 2 monothéismes…. mais il semblerait qu’aucune pierre ne fonde ce 3ème monothéisme. Alors comment un édifice qui n’a pas de fondation peut il tenir, s’ancrer dans le temps qui passe?? Face aux événements?? Pour qu’il perdure il faudra trouver la 1ère pierre, la choisir entre les autres, et la poser.

  2. cathou dit :

    « ils dirent allons bâtissons nous une ville et une tour dont le sommet touche le ciel »
    Il est dit dans ce passage qu’à cette époque tous les hommes se servaient du même langage et des mêmes mots. Donc ils se retrouvent dans une plaine et décident de fabriquer des briques pour bâtir une ville et une tour.
    Comme ils ont les mêmes traditions, ils utilisent la brique, posée sur le sable.
    Bâtir une ville: Bâtir un ensemble de maisons pour se protéger, y vivre, y assurer sa descendance et ses traditions.
    Bâtir une tour: nous sommes dans ces époques où durant des siècles on va essayer d’atteindre le ciel en construisant le plus haut possible. La tour de Babel est représentée symboliquement comme une tour entourée d’un chemin en spirale qui monte, monte…. en se rétrécissant. Toujours ce symbole de s’élever en hauteur, au-dessus des contingences qui nous retiennent à la terre.
    Oui mais cette tour est en brique d’argile fabriquée par l’humain… donc périssable, Elle ne peut faire face aux assauts du temps, aux assauts des humains..

    « une échelle était dressée sur la terre, dont le sommet touchait le ciel, des anges de Dieu y montaient et y descendaient, voici que le Seigneur était près de lui… que ce lieu est redoutable, ceci n’est autre que la maison du seigneur et la porte du ciel »
    Dans ce verset il y a évolution. La symbolique d’élévation est une échelle, donc des échelons à gravir, les uns après les autres pour s’élever vers Dieu.
    Il est à noter que des messagers divins montent et descendent: Dieu veille, il est là sur le parcours. Parcours difficile Jacob nous dit que ce lieu est redoutable, difficile à atteindre.

    Ces 2 versets sont une belle leçon: On peut construire tous ensemble, dans la même direction, rapidement et bien.
    Si la base n’a pas de fondement, de racines, si la base ne repose pas dans la terre, mais seulement en surface, le matériau utilisé ne sera pas plus solide, et l’édifice ne tiendra pas. Aucune spiritualité, aucune religion ne peut se bâtir sur RIEN; (voilà d’ailleurs pourquoi le tout début de la Genèse nous explique bien que Dieu ne construit pas sa création sur RIEN)

    Par contre si l’escalier prend sa racine dans le sol, bien ancré dans un bâtiment de pierre. La pierre est un élément de l’univers, de notre terre, nous ne fabriquons pas de pierre.
    L’escalier peut monter très haut, et on peut le gravir à notre rythme. descendre, remonter.. Pas de soucis il est là, solide, fiable.
    Si nous bâtissons notre spiritualité, chacun individuellement, sur des racines qui s’ancrent dans la terre qui nous a donné la vie, dans nos traditions, nous choisissons une pierre et nous l’apportons, chacun, à un édifice capable de défier le temps. à chaque pierre, à chaque marche une expérience en compagnie de Dieu.

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