Moïse, la flamme du buisson ardent

Extrait du tableau "Moise devant le buisson ardent", Jean Tassel 1608-1663 (Avec l'aimable autorisation du Musée d'art et d'histoire du judaïsme, Paris © Novembre 2015 Haïm Ouizemann)

Extrait du tableau « Moise devant le buisson ardent », Jean Tassel 1608-1663 (Avec l’aimable autorisation du Musée d’art et d’histoire du judaïsme, Paris © Novembre 2015 Haïm Ouizemann)

Deux années déjà! Oui deux années sont passées depuis que mon très cher beau-père Michel Simon (ז »ל) a mystérieusement disparu  dans les montagnes de Savoie. Il aimait la montagne,  le silence des hauteurs et la solitude du grimpeur. Parti seul dans les neiges, il n’est point revenu. Nous prions et l’attendons encore…

En ces heures difficiles, je m’associe à  la douleur silencieuse de mon épouse Myriam mais aussi de tous ceux et celles qui, poursuivant leur quête incessante  après un être cher, veulent espérer encore …

Cet article est dédié à celui qui aimait la Bible. Puisse son nom être une source de bénédictions pour tous ses enfants et tous les vivants!

ש«וַיֵּרָא מַלְאַךְ יְהוָה אֵלָיו בְּלַבַּת-אֵשׁ מִתּוֹךְ הַסְּנֶה וַיַּרְא וְהִנֵּה הַסְּנֶה בֹּעֵר בָּאֵשׁ וְהַסְּנֶה אֵינֶנּוּ אֻכָּל.» (שמות ג, ב).ש

«Un ange du Seigneur lui apparut dans un jet de flamme au milieu d’un buisson. Il remarqua que le buisson était en feu et cependant ne se consumait point.» (Exode 3: 2)[1]

Maintes interprétations ont été, au fil du temps, proposées à propos de cette vision extraordinaire du buisson ardent. Ce passage édifiant où l’Eternel va la rencontre de Moïse est probablement l’un des moments les plus forts de La Torah.

Une lecture attentive de cet épisode n’est point sans rappeler deux autres passages bibliques, celui du feu traversant les morceaux (Gen. 15: 17-18)  visant à sceller l’Alliance abrahamique:

ש «וַיְהִי הַשֶּׁמֶשׁ בָּאָה וַעֲלָטָה הָיָה וְהִנֵּה תַנּוּר עָשָׁן וְלַפִּיד אֵשׁ אֲשֶׁר עָבַר בֵּין הַגְּזָרִים הָאֵלֶּה.יח בַּיּוֹם הַהוּא כָּרַת יְהוָה אֶת-אַבְרָם בְּרִית לֵאמֹר לְזַרְעֲךָ נָתַתִּי אֶת-הָאָרֶץ הַזֹּאת» (בראשית טו, יז-יח).ש

«Cependant le soleil s’était couché, et l’obscurité régnait: voici qu’un tourbillon de fumée et un sillon de feu passèrent entre ces chairs dépecées. 18 Ce jour-là, l’Éternel conclut avec Abram une Alliance, en disant: « J’ai octroyé à ta descendance ce territoire»  (Gen. 15: 17-18)

… ainsi que celui de la Théophanie où l’Eternel se révèle aux Enfants d’Israël dans toute Sa Gloire et Sa Splendeur (Ex. 19: 18):

ש«וְהַר סִינַי עָשַׁן כֻּלּוֹ מִפְּנֵי אֲשֶׁר יָרַד עָלָיו יְהוָה בָּאֵשׁ וַיַּעַל עֲשָׁנוֹ כְּעֶשֶׁן הַכִּבְשָׁן וַיֶּחֱרַד כָּל-הָהָר מְאֹד» (שמות יט, יח; דברים לג, ב).ש

«Or, la montagne du Sinaï était toute fumante, parce que le Seigneur y était descendu au sein de la flamme; sa fumée montait comme la fumée d’une fournaise et la montagne entière tremblait violemment». (Ex. 19: 18; cf. Deutéronome 33: 2)

Le buisson ardent rappellerait donc à Moïse d’une part l’Alliance conclue avec le Patriarche Avraham et d’autre part annoncerait le Don des Tables de l’Alliance au mont Sinaï. (Le nomסִינַי  n’est d’ailleurs point sans rappeler le substantif סְנֶה/ Buisson). Lors de cette rencontre historique au buisson ardent,  l’Eternel révèle à Moïse le sens et l’essence même de sa mission en lui rappelant l’Alliance indéfectible contractée  avec les Patriarches d’Israël.  Ce rappel constitue l’expression du sceau divin visant à légitimer Moïse aux yeux de la nouvelle génération des Hébreux qui, rendus à la condition d’esclaves en Egypte, ne connaissent point Moïse.

ש«וַיֹּאמֶר אָנֹכִי אֱלֹהֵי אָבִיךָ אֱלֹהֵי אַבְרָהָם אֱלֹהֵי יִצְחָק וֵאלֹהֵי …» (שמות ג, ו).ש

«Il ajouta: « Je suis la Divinité de ton père, le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob…» (Exode 3: 6)

De plus, la transmission fidèle de l’Alliance divine aux générations futures garantit  la pérennité du peuple d’Israël face à l’adversité des Nations auxquelles il sera, sans cesse,  confronté:

ש«כִּי-תַעֲבֹר בַּמַּיִם אִתְּךָ-אָנִי וּבַנְּהָרוֹת לֹא יִשְׁטְפוּךָ כִּי-תֵלֵךְ בְּמוֹ-אֵשׁ לֹא תִכָּוֶה וְלֶהָבָה לֹא תִבְעַר-בָּךְ» (ישעיה מג, ב).ש

«Quand tu passeras par les eaux, je serai avec toi; par les torrents, ils ne te submergeront pas; quand tu marcheras à travers le feu, tu ne seras pas brûlé; à travers la flamme, elle n’aura point prise sur toi.» (Isaïe 43: 2)

La mémoire et la transmission de la vocation abrahamique constituent, à l’image du buisson qui ne se consume point, les piliers intangibles et éternels d’Israël  face à l’éphémérité  d’empires disparus à tout jamais.

[1] Parashat Shemot 1:1-5: 23

Je vous invite à rejoindre le nouveau projet « Questions sur la Parashat HaShavoua» et à  nous faire part de votre interprétation.


Questions sur la Parashat Shemot Ce projet a pour dessein de mieux faire connaitre la source biblique. Des questions bibliques sont proposées. Vos réponses sont les bienvenues.

Shabbat shalom!

Avec toute mon amitié,

Si l’étude du TaNaKh vous fait rêver, n’hésitez pas à me joindre:
hebreubiblique@gmail.com

Au plaisir de vous retrouver,

Haïm Ouizemann

 

 

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5 Responses to Moïse, la flamme du buisson ardent

  1. cathou dit :

    Michel: Nous ne t’oublions pas.

    Haïm, je ne sais si ton article est « politiquement correct », le mot race est banni de la langue française, au point de risquer l’emprisonnement (d’ici quelques temps la pendaison aussi sans doute). Le pire: je ne plaisante pas, mais tous les français le savent.

    Moïse qui va faire tant pour les Hébreux. Une force extraordinaire cet homme, même si le récit biblique est parfois très imagé.

    « Veux tu que j’aille appeler une nourrice chez les femmes des Hébreux? Elle pourrait allaiter l’enfant pour toi »
    Le récit nous dit que Pharaon a donné l’ordre de tuer tous les premiers nés mâles, pratique polythéiste mais non égyptienne (il semblerait d’après les égyptologues).
    Bref quelque soit la raison pour laquelle Moïse arrive chez la fille de Pharaon, celle ci décide de garder cet enfant. Evidemment c’est un nourrisson. Il faut le nourrir.
    Ce récit est déjà extraordinaire par le simple fait qu’un bébé sur lequel pèse un ordre de mise à mort de Pharaon, est reconnu comme enfant des hébreux et on envisage même de le lier à à son peuple, en lui donnant une nourrice hébreu.
    Il est dit après: « la femme prit l’enfant, et l’allaita. L’enfant grandit, elle l’amena à la fille de Pharaon.. il devint un fils.. qu’elle. nomme Moïse »
    Il semblerait même que la sœur de Moïse assiste à la mise à l’eau et à la récupération du bébé et que se soit elle, qui identifie le bébé et propose une nourrice. Le fil n’est jamais rompu d’avec la mère hébreu, et d’ailleurs personne ne va douter de l’origine hébreu de Moïse.

    « Est ce moi qui est conçu tout ce peuple, Moi qui l’ai mis au monde, pour que tu me dises; portes le sur ton coeur, comme une nourrice… »
    Le peuple est en colère, la nourriture est moins variée, au fond en Egypte ils avaient beaucoup de confort matériel, de nourritures variées etc… Et Dieu fait savoir à Moïse qu’il est colère d’un tel comportement égoïste, matérialiste. Le pauvre Moïse a tant donné pour libérer les hébreux, il en a marre lui aussi. Il s’est comporté comme un chef, mais aussi comme un père: protégeant les hébreux, les guidant, leur donnant les commandements, un certain nombre d’enseignements autour desquels tourne le quotidien des hébreux: peuple en marche et avide comme un nourrisson.

    Une mère (pilier de la famille) nourrit son enfant. Elle lui donne les soins, la nourriture et tresse avec lui les liens d’Amour, de confiance et de traditions qui vont rendre son enfant fort et indépendant, capable à son tour de cette transmission. Allaitement: symbole de nourriture et de fil reliant la mère à l’enfant.
    Moïse est un père, dont la charge est de protéger et fournir sécurité et nourriture: Si la mère est le pilier central de la famille, le père est le mur porteur qui doit permettre à la mère d’assurer son rôle.
    Moïse porte les hébreux, il est le fondement du grand peuple d’Israël, mais ce qu’un père peut assumer pour sa famille, Moïse ne peut pas l’assumer seul.

    • Shalom Cathou,
      Merci a toi pour ta remarque pernitente sur le terme « race » malencontreusement traduit par la Bible du Rabbinat. Comme je viens de l’ecrire a notre ami Aaron le terme לְזַרְעֲךָ doit etre traduit par  » a ta descendance ». Je te remercie de cette remarque fondamentale pour la juste comprehension du texte.
      Quant a tes reflexions, elles sont toujours tres richement argumentees et s’inscrivent tres bien dans le contexte de la source.
      Toda rabba,
      Avec toutes nos amities,
      Haim O.

      • cathou dit :

        le mot race ne me dérange pas, parce que je n’ai aucun mépris pour une race blanche, verte, à rayures ou hébreu. Il est évident que les critères physiques dus aux lieux géographiques donnent des particularités à chaque humains (groupe d’humains) et je ne vois rien de méprisant à le souligner à partir du moment qu’on accepte et qu’on respecte ces différences dans leur pleine égalité de valeurs. (c’est bien à cause ou grâce à ces différences qu’on reconnait les hébreux sur les fresques égyptiennes).

  2. Aaron dit :

    traduire לְזַרְעֲךָ par race est pour le moins léger de la part du rabbinat de France.
    c’est la semence, la graine au sens humain et aussi végétal

    • Shalom Aaron,
      Tu as tres bien fait d’attirer notre attention sur la version bilique du Rabbinat traduisant לְזַרְעֲךָ par « race ». Il serait plus juste de traduire par « descendance ». Je viens d’apporter la correction qui se doit.
      Bonne lecture!
      Je rappelle que toute remarque visant a amliorer notre etude est la bienvenue!
      Toda rabba,
      Avec toutes mes amities,
      Haim O.

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