Parashat Vaera: Laisse partir mon peuple!

Charlton Heston Les Dix Commandements, Un film de Cecil B. DeMille, 1956

Charlton Heston Les Dix Commandements, Un film de Cecil B. DeMille, 1956

Cette parasha marque le summum de la mission de Moïse qui va devoir faire face au puissant Pharaon afin que ce dernier accepte de laisser partir les Hébreux d’Egypte:

ש«וְאַחַר בָּאוּ מֹשֶׁה וְאַהֲרֹן וַיֹּאמְרוּ אֶל-פַּרְעֹה: כֹּה-אָמַר יְהוָה אֱלֹהֵי יִשְׂרָאֵל שַׁלַּח אֶת-עַמִּי וְיָחֹגּוּ לִי בַּמִּדְבָּר» (שמות ה, א)ש

«Puis, Moïse et Aaron vinrent trouver Pharaon et lui dirent: « Ainsi a parlé l’Éternel, Dieu d’Israël: Laisse partir mon peuple, pour qu’il célèbre mon culte dans le désert.» (Ex. 5: 1)[1]

Pourquoi Pharaon, face à cette requête expresse,  s’obstine-t-il dans son refus absolu de libérer les Enfants d’Israël?

Il s’avère que la raison essentielle du départ des Enfants d’Israël réapparaît tel un leitmotiv dans la source biblique:

ש«וְאָמַרְתָּ אֵלָיו יְהוָה אֱלֹהֵי הָעִבְרִים שְׁלָחַנִי אֵלֶיךָ לֵאמֹר שַׁלַּח אֶת-עַמִּי וְיַעַבְדֻנִי בַּמִּדְבָּר וְהִנֵּה לֹא-שָׁמַעְתָּ עַד-כֹּה» (שמות ז, ט »ז; ז, כו; ח, כה; ט, א; ט, יג).ש

«Et tu lui diras: ‘L’Éternel, Divinité des Hébreux, m’avait délégué vers toi pour te dire: Renvoie mon peuple et qu’il me servent au désert; or, tu n’as pas obéi jusqu’à présent.» (Ex 7: 16; 7: 26; 8: 16; 8: 25; 9: 1; 9: 13)

A travers ce verset transparaît l’essence même de la mission de Moïse. En effet, le verbe employé pour désigner la mission du plus grand des Prophètes est שלח  à la forme du Pa’al שְׁלָחַנִי)) signifiant «envoyer». Cette racine שלח (Sh. L. ‘H.) reprise par Moïse à la forme du Pi’el שַׁלַּח lors de son face à face dramatique avec Pharaon signifie «renvoyer», «libérer». Il incombe donc à Moïse d’accomplir la responsabilité sans pareille que lui a confiée l’Eternel, de faire sortir les Hébreux de leur condition d’esclaves. En effet, cette libération historique ne constitue point seulement une sortie physique d’Egypte mais a pour but de conduire Israël, le fils aîné de l’Eternel (Exode 4: 22-23) à rendre un culte (וְיַעַבְדֻנִי) au Maître de l’Univers.

La véritable libération de l’homme consiste à rendre hommage à la Source de toute Libération, l’Eternel se révélant sous le Nom d’Adonaï.  C’est ce Nom révélé à Moïse au buisson ardent que refuse de reconnaître Pharaon:

ש«וַיֹּאמֶר פַּרְעֹה מִי יְהוָה אֲשֶׁר אֶשְׁמַע בְּקֹלוֹ לְשַׁלַּח אֶת-יִשְׂרָאֵל לֹא יָדַעְתִּי אֶת-יְהוָה וְגַם אֶת-יִשְׂרָאֵל לֹא אֲשַׁלֵּחַ» (שמות ה, ב).ש

«Pharaon répondit: « Quel est cet Éternel dont je dois écouter la parole en laissant partir Israël? Je ne connais point l’Éternel et certes je ne renverrai point Israël.» (Exode 5: 2)

Le départ des Hébreux d’Egypte, enfin libérés du joug cruel de l’esclavage, a pour dessein d’une part de briser l’hégémonie absolue du culte de Pharaon (Ezéchiel 23: 9),  de conduire ce dernier à reconnaître la Toute-Puissance de l’Eternel et d’autre part, de préparer les Hébreux à leur future mission de «royaume de prêtres et nation sainte» (Ex. 19: 6).

ש«כִּי-לִי בְנֵי-יִשְׂרָאֵל עֲבָדִים עֲבָדַי הֵם אֲשֶׁר-הוֹצֵאתִי אוֹתָם מֵאֶרֶץ מִצְרָיִם אֲנִי יְהוָה אֱלֹהֵיכֶם» (ויקרא כה, נה).ש

«Car c’est à moi que les Israélites appartiennent comme serviteurs; ce sont mes serviteurs à moi, qui les ai tirés du pays d’Egypte, moi, l’Éternel, votre Dieu!» (Lev. 25: 55)

Cette libération d’Egypte, paradigme de toutes les émancipations, constitue le prélude de la chute de toutes les dictatures et l’avènement d’un monde où domineront  l’amour et l’équité entre tous les êtres.

[1] Parashat Vaera: Exode 6: 2- 9: 35

Je vous invite à rejoindre le nouveau projet « Questions sur la Parashat HaShavoua» et à  nous faire part de votre interprétation.


Questions sur la Parashat Shemot Ce projet a pour dessein de mieux faire connaitre la source biblique. Des questions bibliques sont proposées. Vos réponses sont les bienvenues.

Shabbat shalom!

Avec toute mon amitié,

Si l’étude du TaNaKh vous fait rêver, n’hésitez pas à me joindre:
hebreubiblique@gmail.com

Au plaisir de vous retrouver,

Haïm Ouizemann

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11 Responses to Parashat Vaera: Laisse partir mon peuple!

  1. Marfaing dit :

    Laisse partir mon peuple pour qu’il me serve … c’est Mon fils aîné … considérant le vécu du peuple consacré depuis 3000 ans, ce qu’il a souffert, j’ai le sentiment que le peuple élu est un peuple sacrifié sur l’autel de toutes les émancipations, prélude de la chute de toutes les dictatures et de l’avènement d’un monde où domineront l’amour et l’équité entre tous les êtres.

  2. 4bb4 dit :

    Quel sont vos réponses ??? Le ven. 8 janv. 2016 à 08:33, « Lhébreu biblique – Le blog de Haïm Ouizemann

  3. cathou dit :

    Je n’ai pas encore ouvert la vidéo « questions bibliques ».
    Ton article Haïm m’interpelle sur 2 sujets importants.
    Oui Moïse se bat pour libérer les hébreux. Le Dieu biblique est un Dieu qui a pour mission de rendre l’humain libre.
    Pas libre de faire ce qu’il veut, quand il veut, comme il veut au mépris de toute règle. NON agir ainsi n’est pas la liberté, mais l’esclavage, l’humain est alors esclave de ses désirs.

    Mais ce passage biblique interpelle sur autre chose de tout aussi important, et je viens juste d’en prendre conscience en lisant ton article Haïm.
    Le rôle de Moïse est de libérer et de « fédérer » les hébreux. Les hébreux qui vivent en Egypte n’y sont pas forcément malheureux (la suite de l’exode nous l’indique quand devant les difficultés ils vont reprocher à Moïse cette sortie d’Egypte). Mais ils sont soumis aux lois égyptiennes, qu’ils le veuillent ou non. Des lois pas forcément mauvaises, l’Egypte de cette période est florissante de par sa pensée, son économie, ses arts etc.. mais des lois parfois, sans doute, en contradiction avec le quotidien hébreu, qui n’a pas encore ses lois, ses commandements, mais qui reconnait un Dieu unique (même si ça dérive parfois, les divers dieux pouvant sembler plus efficaces) .

    Aujourd’hui j’ai été frappé d’entendre à la télévision un juif français dire qu’il quitte la France pour s’installer en Israël : »Non je ne me sens pas en insécurité en France, mais en Israël je peux vivre selon ma foi »
    Tout est dit!!! et voilà le rôle de Moïse: donner un pays, rassembler les hébreux dans un endroit où ils peuvent vivre selon leur foi.
    Il est important de se libérer, mais il est aussi très important de vivre ENSEMBLE, tous réunis, dans la même foi, la même croyance, les mêmes traditions, les mêmes enseignements.

    Moïse ne cherche pas à imposer à Pharaon, à l’Egypte, son Dieu hébreu, sa manière de voir les choses NON!!!! Pharaon, les égyptiens ont leur culte, personne ne remet en cause ce culte, cette manière de vivre.
    Moïse veut réunir les Hébreux en un lieu où ils pourront vivre, honorer leur Dieu, avoir leurs propres traditions, leur propre enseignement et vivre à leur manière.

  4. cathou dit :

    Ah??? exode 7.9 j’ai « .. prends ton bâton, jette le devant Pharaon et qu’il devienne un dragon (un serpent selon les traduction) » c’est à exode 7. 19 que j’ai l’épisode que tu cites. (bref petit détail..)

    Tiens je remarque aussi que tu mets des mots en rouge, tu vas rire, je n’avais pas encore remarqué (peu attentive: oui tu peux le dire)

    « Pharaon ordonna à son peuple: Tout mâle nouveau-né, jetez le au fleuve! Toute fille laissez la vivre »
    Voilà un ordre qui me pose problème puisque tous les égyptologues s’accordent à dire que l’Egypte n’a jamais eu comme tradition de tuer les enfants. Mais il est reconnu que la plupart des peuples polythéistes alentours de l’Egypte pratiquaient et même devenus musulmans, pratiquent toujours ce genre de tradition selon les besoins.
    Alors peut-être qu’on peut interpréter différemment, en suivant tes couleurs.
    –Tout mâle nouveau-né: tout garçon qui porte le sang hébreu, nourrit de sang hébreu, vivant de sang hébreu. Le sang:symbole de vie avant toute chose. le mâle, garçon, futur homme, chef de sa famille, qui donne le nom et l’identité.
    –jetez le dans le fleuve: ce n’est peut-être pas un arrêt de mort par noyade que nous suggère le texte. Le fleuve: masse d’eau symbole de l’esprit, de purification, de guérison, le Nil est le fleuve nourricier de l’Egypte

    Donc on pourrait lire ce terrible verset: « Purifions tout nouveau né hébreu, faisons disparaître tout ce qui est hébreu pour le rendre égyptien, pour le nourrir, l’abreuver aux eaux du Nil »…. Sa descendance sera ensuite égyptienne, pleinement égyptienne.

    « …Transforme toutes les eaux , partout où il y a de l’eau qu’elles soient du sang… »
    Le sang: symbole de vie, mais aussi de mort. On sait que le Nil au moment de la crue est rouge, rempli de limon qui va nourrir les récoltes.
    Peut on d’interpréter ça comme un essai de convertir les égyptiens au Dieu unique???
    Possible.

    Ces passages sont très riches et appellent beaucoup de réflexions à travailler. Il faut que je laisse décanter la voie que j’ai prise….

    • cathou dit :

      « …Transforme toutes les eaux, qu’elles soient du sang… » il est à noter qu’après à exode 7.24; il est écrit: »tous les égyptiens creusèrent aux abords du Fleuve pour boire de l’eau, car ils ne pouvaient boire l’eau du Fleuve »
      Donc seule l’eau, les eaux du Nil sont inconsommables. Il est bien dit:les eaux, pluriel, en parlant du Fleuve. Les poissons y meurent. Donc sang: symbole de mort?? oui sans doute. Sang des nouveaux nés hébreux ???

      Toutefois en lisant et relisant: Non il n’y a pas volonté de vengeance. La seule volonté est de démontrer à Pharaon que le Dieu hébreu est supérieur, voir égal à celui égyptiens.. On a comme un jeu, une joute.

  5. Aaron dit :

    Exode 7- 19 , et non 7 -9( c’est Cathou qui te rectifie très justement)
    Pourquoi la traduction du rabbinat par « même dans les vaisseaux de bois et de pierre » ?
    Segond et Darby :  » dans des vases de bois et de pierre »
    Chouraki : « dans les arbres et dans les pierres »
    moi je ne lis pas vaisseaux ou vases….Chouraki me semble plus près du texte.
    il ajoute une note intéressante:
    « que signifie ces arbres, ces pierres en sang ? Pour Cassuto, arbres et pierres, dans la tradition biblique, désignent habituellement les idoles que, chaque matin, les prêtres lavaient avec l’eau du Nil, qui arrosait aussi arbres et jardins. d’où le généralité& de la plaie »

    • Shalom Aaron, la version du Rabbinat date de 1899. J’ai voulu conserver le terme de « vaisseaux  » signifiant « recipients » en ancien francais. . Selon cette traduction du tres grand Rabbin Zadoc Kahn qui est, d’une certaine maniere, une interpretation, le sang remplaca l’eau contenue dans des recipients de bois et de pierre. Nous decouvrons la difficulte de traduire la source biblique. Nous restons sans cesse dans la dialectique de l’interpretation. Doit-on traduire litteralement ou interpreter afin de rendre l’esprit du texte?
      Toda rabba a toi!
      Avec toutes mes amities,
      Haim

  6. cathou dit :

    Ma bible traduit: «  »… Prends ton bâton, étends la main sur les eaux d’Egypte, sur ses rivières, ses canaux,ses étangs, partout où il y a de l’eau; qu’elles soient du sang. qu’il y ait du sang dans tout le pays d’Egypte, dans les récipients de bois comme dans les récipients de pierre »
    ce qui semble assez logique….
    Ce texte est à voir très sérieusement, il est sans doute beaucoup plus symbolique, que réellement historique, il y a beaucoup à en tirer. l’eau contenue dans les récipients deviennent sang aura une autre possibilité d’interprétation que les vaisseaux de bois et de pierre, que : dans les arbres et les pierres. Mais que l’eau des pierres deviennent sang: voilà qui est étrange, or il n’est pas dit que les pierres deviennent sang.???????
    à l’aide Haïm!!!!!

    • cathou dit :

      traduction Chouraqui:::IHVH-Adonaï dit à Moshè: « Dis à Aarôn:
      ‹ Prends ta branche, tends ta main sur les eaux de Misraîm,
      sur leurs fleuves, sur leurs Ieorîm, sur leurs étangs,
      sur tout alignement de leurs eaux,
      ils seront sang, et le sang sera dans toute la terre de Misraîm,
      dans les arbres et dans les pierres ›. »
      Au fond le texte donne la même signification: tout ce qui est eaux devient sang, et tout ce qui s’abreuve d’eau est abreuve de sang, jusqu’aux pierres, c’est dire que tout, tout est nourrit, étouffé par le sang
      (mais plus loin on nous dit que les égyptiens creusèrent aux abords du Fleuve pour boire de l’eau, car ils ne pouvaient boire l’eau du Fleuve )
      donc la symbolique se porte bien sur le NIL fleuve nourricier par excellence, sur la puissance de ce fleuve.

    • Shalom Cathou,
      je te transmets le commentaire envoye a notre ami Aaron.
      Shalom Aaron, la version du Rabbinat date de 1899. J’ai voulu conserver le terme de « vaisseaux » signifiant « recipients » en ancien francais. . Selon cette traduction du tres grand Rabbin Zadoc Kahn qui est, d’une certaine maniere, une interpretation, le sang remplaca l’eau contenue dans des recipients de bois et de pierre. Nous decouvrons la difficulte de traduire la source biblique. Nous restons sans cesse dans la dialectique de l’interpretation. Doit-on traduire litteralement ou interpreter afin de rendre l’esprit du texte?
      Toda rabba a toi!
      Avec toutes mes amities,
      Haim

      • cathou dit :

        Merci Haîm. Il est certain qu’utiliser le mot vaisseau aujourd’hui pour traduire récipient…
        Toujours difficile de traduire. Mais au fond le sens reste le même.

        Pour la noyade dans le Nil des nouveaux nés mâles, j’opte pour un sens de « conversion » forte et obligatoire à la religion égyptienne. (à moins qu’on ne retrouve trace, un jour de tels punitions dans ce pays. Il semble d’ailleurs étrange de choisir la noyade, l’égorgement me semble plus logique)
        Finalement ce sens me plait bien.

        L’eau du Nil changée en sang, au fond on retrouve un peu le même fil. Toutes les eaux du Nil, sous quelque forme qu’elles se trouvent ne doivent plus donner vie, assouvir le peuple…… Sans succès puisqu’en cherchant l’eau à proximité les égyptiens peuvent continuer à étancher leur soif.
        En Egypte le Dieu des hébreux n’est pas vainqueur.
        Les Dieux égyptiens sont puissants, bien ancrés dans le sol d’Egypte. du moins à ce stade du récit…. mais aujourd’hui il en est de même, je pense. Le Dieu hébreu, le Dieu libérateur n’a pas encore conquis tous les égyptiens.
        «  » Seigneur: au travail, en avant, il y a encore du boulot !!

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