Parashat BeShal’ah: L’épreuve de la Manne

Nicolas Poussin, Les Israélites recueillant la manne dans le désert

Nicolas Poussin, Les Israélites recueillant la manne dans le désert

Malgré tous les signes accomplis par l’Eternel, les Fils d’Israël osent affirmer que le motif de leur libération d’Egypte par Moïse et Aaron est de les conduire à la mort dans le désert:

ש«כִּי-הוֹצֵאתֶם אֹתָנוּ אֶל-הַמִּדְבָּר הַזֶּה, לְהָמִית אֶת-כָּל-הַקָּהָל הַזֶּה בָּרָעָב» (שמות טז, ג).ש

«…Tandis que vous nous avez amenés dans ce désert, pour faire mourir de faim tout ce peuple!» (Exode 16: 3)[1]

Répondant à la plainte des Hébreux, l’Eternel fait pleuvoir la Manne, le «pain des anges» (Le’hem Abirim: Psaume 78: 25 ):

ש«וַיֹּאמֶר יְהוָה אֶל-מֹשֶׁה, הִנְנִי מַמְטִיר לָכֶם לֶחֶם מִן-הַשָּׁמָיִם…» (שמות טז,ד)ש

«Je vais faire pleuvoir pour vous une nourriture céleste…» (Exode 16: 4)

Pourquoi l’Eternel,  par le don de la Manne,  répond-il si gracieusement à l’ingratitude des Hébreux?

ש«לְמַעַן אֲנַסֶּנּוּ הֲיֵלֵךְ בְּתוֹרָתִי אִם-לֹא» (שמות טז, ד).ש

«…Afin que je le mette à l’épreuve pour savoir s’il marchera selon mon enseignement  ou non?»  (Exode 16: 4)

En d’autres termes, l’Eternel ordonne aux Enfants d’Israël d’amasser une mesure précise de Manne (un Omer par tête) partagée équitablement entre chaque membre de la famille d’Israël (Ex. 16: 16-18). Deux interdictions absolues sont imposées à Israël: celle d’amasser la Manne  dans le but de la consommer le lendemain (Ex.16: 19) et celle de sortir le jour du Shabbat afin de la recolter car:

ש«שֵׁשֶׁת יָמִים תִּלְקְטֻהוּ וּבַיּוֹם הַשְּׁבִיעִי שַׁבָּת לֹא יִהְיֶה-בּוֹ» (שמות טז, כו).ש

«Six jours de suite vous en recueillerez; mais le septième jour, jour de repos, il n’y en aura point.» (Exode 16: 26)

Il s’avère qu’une partie des fils d’Israël ne respecteront pas ces deux interdictions (Ex. 16:20; 27) et, réprimandés par Moïse, ne verront aucune bénédiction. Comment ces fils d’Israël, après s’être plaints et avoir reçu autant de bienfaits divins, ont-ils pu encore transgresser la Parole du Créateur? Rendus à la condition d’esclaves durant près de quatre-cent trente ans, ils devront apprendre que la Source suprême de la bénédiction ne réside qu’en l’Eternel. L’Egypte pharaonique, caractérisée par ses gigantesques cités d’entrepôts céréalières et d’approvisionnements alimentaires, (Exode 1: 11) va, grâce à l’asservissement de milliers d’hommes soumis à l’esclavage, connaître une apogée sans pareille. Toutefois,  la puissance économique de l’Egypte antique ne sera, dans la perspective de l’Histoire de l’Humanité, qu’éphémère car elle se fondera sur l’orgueil pharaonique:

ש«דַּבֵּר וְאָמַרְתָּ כֹּה-אָמַר אֲדֹנָי יְהוִה הִנְנִי עָלֶיךָ פַּרְעֹה מֶלֶךְ-מִצְרַיִם הַתַּנִּים הַגָּדוֹל הָרֹבֵץ בְּתוֹךְ יְאֹרָיו אֲשֶׁר אָמַר לִי יְאֹרִי וַאֲנִי עֲשִׂיתִנִי» (יחזקאל כט, ג)ש

«Prononce ces paroles: Ainsi parle le Seigneur Dieu: Voici, je m’en prends à toi, Pharaon, roi d’Egypte, grand crocodile, couché au milieu de tes fleuves, toi qui dis: « Mon fleuve est à moi, c’est moi qui me suis fait!» (Ezéchiel 29: 3)

L’Eternel enseigne,  par l’épreuve de la Manne, à se libérer totalement de cette vision idolâtre de la domination de la richesse matérielle fondée principalement sur l’iniquité et l’inégalité sociales.

ש«בִּרְכַּת יְהוָה הִיא תַעֲשִׁיר וְלֹא-יוֹסִף עֶצֶב עִמָּהּ» (משלי י, כב).ש

«C’est la bénédiction de l’Eternel qui enrichit, et nos efforts n’y ajoutent rien» (Proverbes 10: 22)

 

[1] Parashat BeShal’ah: Exode 13: 17- 17: 16

 

Je vous invite à rejoindre le nouveau projet « Questions sur la Parashat HaShavoua» et à  nous faire part de votre interprétation.


Questions sur la Parashat BeShala’h

Ce projet a pour dessein de mieux faire connaitre la source biblique. Des questions bibliques sont proposées. Vos réponses sont les bienvenues.

Si l’étude du TaNaKh vous fait rêver, n’hésitez pas à me joindre:

hebreubiblique@gmail.com

Au plaisir de vous retrouver,

Shabbat shalom!

Avec toutes mes amitiés,

Haïm Ouizemann

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4 Responses to Parashat BeShal’ah: L’épreuve de la Manne

  1. cathou dit :

    La liberté n’est pas un dû. C’est une volonté. Une volonté personnelle et/ou la volonté de tout un peuple.
    Les hébreux qui ont fait le choix de suivre Moïse sont mécontents. Mais personne ne les a obligés de partir d’Egypte. Ne sont partis que ceux qui le voulaient. Sans doute se sont ils imaginés qu’en suivant Moïse ils iraient habiter ensemble, dans une contrée où tout tomberait du ciel, facilement.
    Et la réalité apparaît: ils ont quitté une vie somme toute confortable pour un dieu, pour un idéal dont ils n’ont pas vraiment perçu la grandeur, mais également l’exigence.

    Dieu est à l’écoute, il ne laisse pas son peuple s’affamer plus. La nourriture il y en a, la même jour après jour et en quantité suffisante mais aucune réserve, aucun excès, aucun gaspillage n’est admis. C’est un deuxième apprentissage pour avancer sur le chemin ardu de la Liberté. .
    Le premier ayant été le choix du départ, le choix de changer de vie.

    Aujourd’hui remise des Oscars: certains se plaignent de ne pas être oscarisé. Un oscar est une récompense. Tout le monde a t’il besoin d’une faible récompense pour faire le travail qu’il a choisit de faire??? Ne suffit’il pas de savoir qu’on est un bon acteur, qu’on fait son travail du mieux possible??? Une récompense est une reconnaissance certes, mais avoir la possibilité de faire son travail, de gagner sa vie en toute honnêteté doit être la seule et réelle reconnaissance.
    Ne pas devenir esclave d’une obsession: avoir un oscar (ce que ça semble petit et misérable)

    Moïse appelle à la Liberté, mais c’est Dieu qui la donne quand on a fait le choix de le suivre.

    • cathou dit :

      enfin on l’aura compris: la liberté n’est pas d’avoir un frigo et des placards plein de nourriture, c’est avoir ce qu’il faut, son pain quotidien indispensable. Si nous faisons des réserves, elles doivent être gérées sans gaspillage.
      Le matériel est vital à notre corps: eau, nourriture. Mais nous devons laisser une place plus importante à la connaissance de Dieu, au partage, à l’amour, à la compassion.

  2. cathou dit :

    Merci Haïm de ces articles sur la liberté. Mot tellement facile, mise en application si difficile.
    Nos libertés sont menacées, partout dans le monde. Comprendre la fragilité et la force de la Liberté est une bonne solution pour avancer, la garder, et l’étendre.

  3. Aaron dit :

    Dans Exode 16-4
    La première partie n’est pas traduite.
    ויומר יהוה אל משה.
    De plus pourquoi le mot הנני n’est pas pris en compte par la traduction du rabbinat ?

    Idem dans Ezechiel 29-3. הנני n’est pas traduit.

    Celà me semble important car Adonaï affirme sa présence. Me voici !

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