Parashat Tetsavé:  Méditer sur le Nom divin

La  parasha Tetsavé décrit minutieusement la confection des huit habits du Cohen HaGadol (Grand-Prêtre, Exode 28: 4; 28: 36; 28: 42). Ces habits, tous porteurs d’une signification symbolique et didactique, ont pour dessein, selon la Tradition orale,  de conduire Aharon, le Grand-Prêtre à sanctifier les fils d’Israël et à guider ces derniers sur  le chemin de la perfection spirituelle et morale. L’un des plus mystérieux objets portés sur le front par le Cohen HaGadol est le Tsits (צִּיץ), une plaque d’or sur laquelle apparaissent les termes: « Saint [«séparé»] en faveur du Seigneur ».

ש«וְעָשִׂיתָ צִּיץ זָהָב טָהוֹר וּפִתַּחְתָּ עָלָיו פִּתּוּחֵי חֹתָם קֹדֶשׁ לַיהוָה» (שמות כח, לו).ש

«Tu feras une plaque d’or pur, sur laquelle tu graveras, comme sur un sceau: Consacré à l’Eternel». (Exode 28: 36) [1]

ש«וְהָיָה עַל-מִצְחוֹ תָּמִיד… לְרָצוֹן לָהֶם לִפְנֵי יְהוָה» (שמות כח, לח)ש

«Elle sera sur son front en permanence… pour leur obtenir la bienveillance de l’Éternel.» (Exode 28: 38)

Selon Rabbi Yehoudah,  ce dernier verset révèle qu’il incombe au Grand Prêtre de ne jamais détourner sa pensée du Nom divin (Yoma 7, b). Il met l’accent sur l’intention de la pensée concentrée vers l’Eternel, le Tétragramme. Cette intention, en hébreu Kavanah, consiste à attacher, lier en permanence notre pensée au Nom divin. [1] Le grand penseur Avraham Yehoshoua Heschel affirme: «il ne s’agit pas de diriger le cœur vers le « texte », ou le « contenu » de la prière. La Kavanah est donc plus que l’attention portée au texte de la liturgie ou à l’accomplissement de la Mitsvah: la Kavanah est l’attention à Dieu. Son but est de diriger le cœur plutôt que la langue ou les mains. Elle n’est pas l’acte par lequel l’esprit guide l’action extérieure, elle est un acte qui possède sa signification en lui-même »[2]. L’effort  d’intention et d’attention déployé vers le Nom divin conduit à l’épanouissement de l’être[3] face à la constante  Présence divine[4].

La conscience permanente de  ne jamais s’écarter de la présence du Nom élève l’homme à la crainte et à l’Amour de l’Eternel:

ש«שִׁוִּיתִי יְהוָה לְנֶגְדִּי תָמִיד כִּי מִימִינִי בַּל-אֶמּוֹט» (תהלים טז, ח).ש

«Je fixe constamment mes regards sur le Seigneur; s’il est à ma droite, je ne chancellerai pas». (Psaume 16: 8)

Le verbe dont la racine est polysémique, signifie «contempler», «ressembler à» («Imitatio Dei»). Plusieurs voies complémentaires les unes aux autres permettent de méditer sur le Nom divin et ainsi de vivre l’expérience vivifiante de la proximité avec le Divin:

. Admirer dans le silence la beauté et l’harmonie de la Création (Psaume 104; Psaume 145: 3),

. Reconnaître sincèrement en notre for intérieur que l’Eternel est à la Source exclusive de notre bien-être (Psaume 145: 9) et qu’il est proche de chacun d’entre nous (Psaume 145: 18), Il entend l’intime murmure de notre cœur blessé (Psaume 62: 2-3),

. Comprendre la portée historique et morale de la Sortie d’Egypte («Je t’ai fait sortir d’Egypte Je suis l’Eternel» Exode 20: 2), à savoir faire de chacun d’entre nous des êtres doués de compassion à l’écoute d’autrui:

ש«וְאָהַבְתָּ לְרֵעֲךָ כָּמוֹךָ אֲנִי יְהוָה» (ויקרא יט, יח).ש

«Tu aimeras ton prochain comme toi-même, Je suis l’Eternel» (Lev. 19: 18)

Le  Nom de l’Eternel révélé à Moïse au buisson ardent puis au Mont Sinaï est Compassion. Notre méditation quotidienne doit s’attacher à reconnaître la divine et constante Grâce qui, sans cesse  prodiguée par l’Eternel, se doit d’être  partagée avec autrui dans un but totalement désintéressé.

Consacrons-nous un temps à méditer sérieusement l’ineffable œuvre divine,  la grandeur de la Création  et l’harmonie  qui y règne?  Méditons-nous sur notre devoir d’aimer notre prochain?  Sommes-nous véritablement conscients du sens que nous  donnons à notre prière?  Sommes- nous attentifs aux besoins d’autrui?

Il semble que la fervente méditation de Hanna réponde à toutes ces interrogations.

ש «וָאֶשְׁפֹּךְ אֶת-נַפְשִׁי לִפְנֵי יְהוָה» (שמואל א, א, טו).ש

«J’ai épanché mon âme devant l’Eternel» (I Sam. 1: 15)

En s’adressant à l’Eternel- Tsevaot (des Armées – dimension cosmique), Hanna témoigne d’une espérance totale placée dans le  Créateur  afin que Samuel, le fils tant attendu, devienne par sa consécration au naziréat l’instrument de la rédemption universelle lorsqu’il oindra David, le père du Messie.

[1] Parashat Tetsavé:  Exode 27: 20- 30-10

[2]  Rav Avraham Yehoshoua Heschel, «Dieu en quête de l’Homme» (Editions du Seuil, Paris, p. 333).

[3] Le terme Tsits (צִּיץ) signifie également «fleur» (Isaïe 40: 6)

[4] Traité Sanhedrin 22, a.

Je vous invite à rejoindre le projet biblique:« Questions sur la Parashat HaShavoua» et à  nous faire part de votre interprétation.

Questions sur la Parashat Tetsave:


Ce projet a pour dessein de mieux faire connaitre la source biblique. Des questions bibliques sont proposées. Vos réponses sont les bienvenues.

Si l’étude du TaNaKh vous fait rêver, n’hésitez pas à me joindre:

hebreubiblique@gmail.com

Au plaisir de vous retrouver,

Shabbat shalom!

Avec toutes mes amitiés,

Haïm Ouizemann

 

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7 Responses to Parashat Tetsavé:  Méditer sur le Nom divin

  1. Anne-yvonne Pasquier dit :

    Très beau texte qui nourrit ma foi de catholique à la Source. Et alors que j’ai lu le Lévitique mais preuve en est, trop rapidement, je découvre le précepte  » tu aimeras ton prochain comme toi-même » en 19:18, message christique par excellence. Merci.

    • Tres chere Anne-Yvonne, un grand toda a toi pour ta reflexion. Cet amour de l’autre doit conduire notre attitude quotidienne et lui seul est a meme de reunir dans le respect de nos differences nos deux communautes spirituelles. Avec toutes mes profondes sincerites. h.o.

  2. Cathou dit :

    La Bible est un livre qu’il faut lire et relire inlassablement et à chaque fois on y découvre une chose non vue, non lue, non comprise.

    Ainsi je ne savais pas que les prêtres juifs avaient un si beau vêtement. Au fait dans le lévitique on dit: prêtre. Y a t’il une différence avec le Rabbin? sinon à quel moment apparait le mot rabbin??

    Qui est Dieu? Que représente t’il? quelle part lui donner dans nos vies??? Il devient urgent de transformer notre vision sur l’utilité des religions et de Dieu. Non elles ne divisent pas l’humain, au contraire elles nous rassemblent. Dieu est Un, il est là, pour chacun de nous. Seule la manière de le faire sien est différente. du Dieu des Hébreux, en passant par celui des chrétiens, des bouddhistes, des Hindous et/ou des Indiens d’Amérique, aussi différent qu’il semble, au final Dieu est Un et c’est le même: père, éternel, compassion, chemin, voix, voie, lumière mais aussi tenèbre.
    Quand les politiques divisent…Dieu réunit.
    Quand les humains se déchirent…Dieu console
    Quand la haine nous envahit…Dieu nous aime inlassablement

  3. bernadettebriers dit :

    Il existe en Belgique, un dicton qui dit « que les voies de Dieu sont impénétrables ». Je pense que pour les trouver, il suffit de s’imprégner du texte que tu viens de publier. L’amour du Divin et le Divin en soit sont des maîtres mot. Méditer sur le nom du divin finit par ouvrir les voies.
    Milles mercis pour ce que tu nous donnes.
    Bernadette Briers.

    • Shalom Bernadette, nous devons travailler a nous attacher au Nom divin qui est amour. Mon article s’efforce de montrer des voies conduisant a cette attachement. Au plaisir de te retrouver parmi nous. Avec toutes mes amities. h.o.

  4. sciencesorigines dit :

    Merci Haïm,
    c’est très beau et très inspirant
    Anne

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