Parashat Tazria, la Huitième Dimension

ש«וּבַיּוֹם הַשְּׁמִינִי יִמּוֹל בְּשַׂר עָרְלָתוֹ» (ויקרא יב, ג). Ein_Sof1ש

«Au huitième jour, on circoncira l’excroissance de l’enfant» (Lévitique 12: 3)[1]

Quel sens revêt le huitième jour? Alors que le chiffre six témoigne du labeur que l’homme déploie pour dominer les forces de la Nature (processus cyclique de la vie au cœur de la dimension de l’Espace),  le chiffre sept  le retrait, l’arrêt de tout effort humain et la plénitude intérieure (temps consacré à l’union au divin et à la méditation), le chiffre huit, quant à lui, constitue une ouverture vers l’infini,  l’au-delà du Temps et de l’Espace (Exode 40. 17). Ce dépassement de la dimension de la Nature s’inscrivant dans la notion d’Alliance divine transcende les dimensions du Temps (septième jour) et de l’Espace (sixième jour).

Le Mishkan (Tabernacle) et le Temple ont tous deux été inaugurés le huitième jour:

ש«וַיְהִי, בַּיּוֹם הַשְּׁמִינִי קָרָא מֹשֶׁה לְאַהֲרֹן וּלְבָנָיו וּלְזִקְנֵי יִשְׂרָאֵל» (ויקרא ט, א).ש

«Quand on fut au huitième jour, Moïse manda Aaron et ses fils, ainsi que les anciens d’Israël» (Lev. 9: 1)

ש«וַיָּחֵלּוּ בְּאֶחָד לַחֹדֶשׁ הָרִאשׁוֹן לְקַדֵּשׁ וּבְיוֹם שְׁמוֹנָה לַחֹדֶשׁ בָּאוּ לְאוּלָם יְהוָה וַיְקַדְּשׁוּ אֶת-בֵּית-יְהוָה לְיָמִים שְׁמוֹנָה וּבְיוֹם שִׁשָּׁה עָשָׂר לַחֹדֶשׁ הָרִאשׁוֹן כִּלּוּ» (דה י. ב, כט, יז).ש

«Ils commencèrent cette sanctification le premier du premier mois, et le huitième jour du mois ils vinrent dans le vestibule de l’Eternel et sanctifièrent le temple de l’Eternel en huit jours; ce fut le seizième jour du premier mois qu’ils terminèrent». (II Chroniques 29: 17)

Le huitième jour constitue l’accomplissement de la Berit. Le terme «circoncision» – Berit Mila- signifie «Alliance de la coupure».  Comment comprendre que l’Alliance relative à l’unité de l’homme avec son Créateur puisse être  associée à un acte de  coupure, à savoir celui de retrancher le prépuce du nouveau-né au huitième jour de sa naissance? Le terme Orla signifiant «prépuce» incarne les passions, les limites de la condition humaine,  la finitude et l’imperméabilité de l’homme à s’ouvrir au divin. La circoncision a pour dessein  de dévoiler la lumière divine emprisonnée dans le monde de la matière brute.  Noé, accompagné de sa femme, de ses trois fils et de ses trois belles-filles, soit huit êtres humains, conclut, dès sa sortie de l’Arche, une Alliance éternelle avec l’Eternel (Gen. 9: 11- 19). Un nouveau monde émerge du déluge!

De plus, le juge-prophète Samuel, après maintes recherches et  hésitations, mais guidé par l’Eternel, oint le huitième fils de Jessé, David (I Sam. 17: 12), père du Messie.  L’ère messianique n’inaugure point seulement la fin du Temps mais surtout son renouveau pour le bien de l’humanité.

La fête des Lumières, Hanouccah, rappelle le miracle de la petite fiole d’huile pure retrouvée dans le Temple profané, qui brûla pendant huit jours. Israël en allumant les huit lampes de la Hanoukiah commémore l’inauguration et le renouveau de son indépendance politique et spirituelle.

Le Jour de l’Indépendance d’Israël peut être considéré comme le huitième jour de Pessah de même que Shemini Atseret (Sim’hat Tora),  le huitième jour, clôt la fête des Cabanes,  Soukkot (Nombres 29: 12).

ש«בַּיּוֹם הַשְּׁמִינִי עֲצֶרֶת תִּהְיֶה לָכֶם כָּל-מְלֶאכֶת עֲבֹדָה לֹא תַעֲשׂוּ» (במדבר כט, לה).ש

«Le huitième jour, aura lieu pour vous une fête de clôture; vous ne ferez aucune œuvre servile». (Nombres 29: 35).

Ces deux fêtes, comportant chacune sept jours plus un, s’équilibrent dans le calendrier hébraïque autour de Shavouoth, fête du don de la Torah, point culminant et raison d’être de la sortie d’Egypte, commémorée par Pessah, d’une part, et du séjour dans le désert, consacré par la fête de Souccoth, de l’autre.

De la même manière, la vie de l’homme, gouverné par le temps biologique, s’équilibre autour de trois pôles: de la naissance à la mort, en passant par le mariage. Ce cycle biologique de l’être humain se clôt par un retour lors du huitième jour à la vie spirituelle qui transcende la vie courante. La Torah, livre de l’Alliance, est un arbre de Vie, ce même arbre de la Vie éternelle planté au Gan Eden:

ש«כֹּה אָמַר יְהוָה אִם-לֹא בְרִיתִי יוֹמָם וָלָיְלָה חֻקּוֹת שָׁמַיִם וָאָרֶץ לֹא-שָׂמְתִּי.» (ירמיהו לג, כה).ש

«Ainsi parle le Seigneur: Si mon pacte avec le jour et la nuit pouvait ne plus subsister, si je cessais de fixer des lois au ciel et à la terre…» (Jer. 33, 25).

Ainsi, cette vie spirituelle nous relie en quelque sorte à l’élan vital éternel, élan vital qui se déroule en une infinie spirale dont l’homme ne s’extrait que pour naître, mourir et se marier, c’est-à-dire se soumettre aux lois du temps biologique qui le limitent par la naissance et la mort.

Le nouveau-né, circoncis au huitième jour, se voit reconnaître officiellement par la Communauté d’Israël. C’est en ce jour qu’un nom lui est attribué.

La mort d’un être dans le Judaïsme est aussi marquée par ce cycle de sept jours, pendant lesquels ses proches parents le pleurent, plus un, qui clôture les sept jours de deuil par un retour à la vie courante.

De la naissance à la mort, l’être humain s’unit par les liens du mariage, qui marque un point culminant dans sa vie. L’être humain juif les consacre par ce même rythme de sept jours de festivités, clôturées par le huitième jour, qui marque le premier jour du retour à la vie normale.

L’être juif constitue désormais une entité microcosmique en soi et témoigne, par sa vie marquée du rythme de sept plus un de  la finalité et de l’accomplissement de la Création, au même titre que  l’inauguration du Temple et de l’Univers.

Parashat Tazria: Lévitique 12:1 -13: 59

Je vous invite à rejoindre le projet biblique:« Questions sur la Parashat HaShavoua» et à nous faire part de votre interprétation.
Questions sur la Parashat Tazria:

Ce projet a pour dessein de mieux faire connaitre la source biblique. Des questions bibliques sont proposées. Vos réponses sont les bienvenues.

 

Si l’étude du TaNaKh vous fait rêver, n’hésitez pas à me joindre:

hebreubiblique@gmail.com

Au plaisir de vous retrouver,

Shabbat shalom!

Avec toutes mes amitiés,

Haïm Ouizemann

 

 

 

 

[1]

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11 Responses to Parashat Tazria, la Huitième Dimension

  1. joseph dit :

    Au 7ème jour Dieu accomplie sa création en se retraitant après avoir constaté que tout était tov. Le 8ème jour est donc le jour où l’homme commence à dérouler sa vie, à agir dans ce monde que Dieu lui a préparé. C’est le jour du commencement de l’action de l’homme, et ça commence avec la consécration à Dieu. C’est comme ça que je comprends le 8ème jour.

  2. Pascal HENRI dit :

    Magnifique article, bravo !

  3. je ne me suis pas trompe de site et j espère
    recevoir pour ma formation spirituelle de grand enseignements sur ce merveilleux site . dieu nous garde

  4. cathou dit :

    Très bel article Haïm. MERCI!

  5. bernadettebriers dit :

    En philosophie chinoise, le 8 est le nombre de l’homme, vers une naissance spirituelle. La religion catholique ou plutôt les compagnons constructeurs des cathédrales réalisaient les fonds baptismaux octogonaux. La tradition se recoupe donc, quel bonheur., Ce texte est superbe puisqu’il nous montre la création achevée quand l’ Eternel s’est retiré pour permettre à l;Homme de suivre son chemin de préférence spirituel. Toda rabbat Haïm.

  6. cathou dit :

    Cette parasha est très intéressante et il va falloir que je réfléchisse plus.
    « Cipora prit un silex, coupa le prépuce de son fils et lui en toucha les pieds en disant tu es pour moi un époux de sang »
    « … le 8ème jour on circoncit le prépuce de l’enfant »
    1er verset c’est la mère qui coupe le prépuce de son fils. En coupant ce prépuce elle s’attache son fils par le sang. Fait curieux puisque elle a donné vie et naissance à son fils, elle est donc attachée de fait par le sang à son fils.
    Il y a encore à réfléchir sur ce passage, court, mais pas si simple. juste avant on nous dit que le Seigneur aborde le fils de Moïse et essaie de le faire mourir. Le Seigneur semble laisser la vie au fils, après la circoncision effectuée par la mère.

    2ème verset: la circoncision n’est plus effectuée par la mère, mais l’acte est rattaché à la mère, puisqu’elle doit se faire au 8ème jour après la naissance, mais il est rattaché au sang de la mère, le sang qu’elle va perdre pendant 7 jours après l’accouchement. Après le 8ème jour, la mère entame les 33 jours de la purification de son sang.

    Donc la circoncision est vraiment placée sous le signe du sang de la vie, de la passion (donc du péché aussi), de l’énergie vers la purification, vers la lumière, vers l’infini. On part du fini de l’achever vers l’infini, vers l’éternité.

    Le nombre 8 est bien connu des mathématiciens: 2 zéros collés ensemble
    le zéro: début et fin des nombres (+0; -0)
    2 zéros collés c’est la réverbération d’un 0, c’est pourquoi le 8 couché (je n’ai pas ce symbole sur mon clavier) désigne l’infini.

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