Parashat Matot, pour une parole mesurée 

John Everett Millais 1867

John Everett Millais 1867

ש«אִישׁ כִּי-יִדֹּר נֶדֶר לַיהוָה אוֹ-הִשָּׁבַע שְׁבֻעָה לֶאְסֹר אִסָּר עַל-נַפְשׁוֹ לֹא יַחֵל דְּבָרוֹ: כְּכָל-הַיֹּצֵא מִפִּיו יַעֲשֶׂה» (במדבר ל, ג).ש

ש«Si un homme fait un vœu au Seigneur, ou s’impose, par un serment, quelque interdiction à lui-même, il ne peut violer sa parole: tout ce qu’a proféré sa bouche, il doit l’accomplir.» (Nombres 30: 3)[1]

La Tradition hébraïque n’encourage en aucune manière la pratique du vœu:

ש«רַבִּי נָתָן אוֹמֵר כָּל הַנּוֹדֵר כְּאִילּוּ בָּנָה בָּמָה וְהַמְּקַיְּימוֹ כְּאִילּוּ מַקְטִיר עָלֶיהָ» (בבלי נדרים ס, ב).ש

«Rabbi Nathan enseignait: Celui qui fait un vœu ressemble à celui qui construit un autel [de divinités païennes] et celui qui accomplit ce vœu, à celui qui y fait un sacrifice» (Traité Nedarim 60: b).

La parole exprimée en vœu n’est point seulement comparée au sacrifice, elle équivaut au sacrifice!

ש «וְכִי תֶחְדַּל לִנְדֹּר לֹא-יִהְיֶה בְךָ, חֵטְא. כד מוֹצָא שְׂפָתֶיךָ תִּשְׁמֹר וְעָשִׂיתָ כַּאֲשֶׁר נָדַרְתָּ לַיהוָה אֱלֹהֶיךָ נְדָבָה, אֲשֶׁר דִּבַּרְתָּ בְּפִיךָ» (דברים כג, כג-כד).ש

«Si d’ailleurs tu t’abstiens de faire des vœux, tu ne seras pas répréhensible. 24 Mais la parole sortie de tes lèvres, tu dois l’exécuter religieusement, une fois que tu auras voué à l’Éternel, ton Dieu, une offrande volontaire, promise par ta propre bouche». (Deut. 23: 23-24).

Pourquoi le vœu n’est-il point considéré comme l’une des voies royales ouvrant au divin?  La tragique histoire du juge Yfta’h (Jephté) répond à cette interrogation: Yfta’h, juge en Israël, n’hésite point, en vue de la guerre contre les Ammonites, à prononcer un vœu:

ש«וַיִּדַּר יִפְתָּח נֶדֶר לַיהוָה וַיֹּאמַר אִם-נָתוֹן תִּתֵּן אֶת-בְּנֵי עַמּוֹן בְּיָדִי. לא וְהָיָה הַיּוֹצֵא אֲשֶׁר יֵצֵא מִדַּלְתֵי בֵיתִי לִקְרָאתִי בְּשׁוּבִי בְשָׁלוֹם מִבְּנֵי עַמּוֹן וְהָיָה לַיהוָה וְהַעֲלִיתִיהוּ עֹלָה » (שופטים יא, ל-לא).ש

«Et Jephté fit un vœu à l’Eternel en disant: « Si tu livres en mon pouvoir les enfants d’Ammon, 31 la première créature qui sortira de ma maison au-devant de moi, quand je reviendrai vainqueur des enfants d’Ammon, sera vouée à l’Eternel, et je l’offrirai en holocauste». (Juges 11: 30-31)

A l’issue de sa victoire emportée contre les Ammonites, sa fille  unique, dont le nom n’est jamais mentionné, ce qui signifie un passage éphémère, vient à sa rencontre.

Quelle fut la réaction de Yfta’h?

ש«וַיְהִי כִרְאוֹתוֹ אוֹתָהּ וַיִּקְרַע אֶת בְּגָדָיו וַיֹּאמֶר אֲהָהּ בִּתִּי הַכְרֵעַ הִכְרַעְתִּנִי וְאַתְּ הָיִית בְּעֹכְרָי וְאָנֹכִי פָּצִיתִי פִי אֶל-יְהוָה וְלֹא אוּכַל לָשׁוּב» (שופטים יא, לה).ש

«Quand il la vit, il déchira ses vêtements et s’écria: « Hélas! Ma fille, tu m’accables! C’est toi qui fais mon malheur! Mais je me suis engagé devant l’Eternel, je ne puis m’en dédire.» (Juges 11, 35).

Yfta’h Haguiladi sacrifiera sa fille de la même manière que le roi de Moav, son fils Misha (II Rois 3: 27). Selon les Sages d’Israël, condamnée à se retirer du monde à jamais, elle ne laissera aucune descendance (Juges 11: 36-39). Or, un être dépourvu d’enfant est considéré comme mort (Gen. 30: 1).

Quant à Eliezer, le serviteur d’Avraham, comment expliquer que son vœu ait été  exaucé, contrairement à celui de Yfta’h HaGuil’adi?

Deux raisons peuvent expliquer la lourde faute de Yfta’h Haguiladi. La première: l’Eternel assure à Yfta’h Haguiladi  la victoire sur les Ammonites (Juges 11: 29) en lui envoyant Son Esprit, ce qui constitue sa suprématie sur les forces d’Amon). Alors pourquoi, la victoire lui étant assurée par avance, trouve-t-il juste de conditionner sa victoire à un vœu de sacrifice ? La seconde: Son vœu s’enracine sur une victoire militaire où le sang a été versé et où prédomine la mort, alors que le vœu d’Eliezer, le serviteur d’Avraham (Gen. 15: 2), s’enracinant profondément en la Parole divine (Gen. 24: 7), fondement de l’Alliance liant l’Eternel et le Patriarche Avraham, ouvre le chemin de la Vie.

ש«שֹׁמֵר פִּיו וּלְשׁוֹנוֹ שֹׁמֵר מִצָּרוֹת נַפְשׁוֹ» (משלי כא, כג).ש

« Qui veille sur sa bouche et sur sa langue préserve son être de bien des tourments» (Proverbes 21: 23)

[1] Parashat Matot, Nombres 30:2-32:42

 

Si l’étude du TaNaKh vous fait rêver, n’hésitez pas à me joindre:

hebreubiblique@gmail.com

Au plaisir de vous retrouver,

Shabbat shalom!

Avec toutes mes amitiés,

Haïm Ouizemann

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1 Response to Parashat Matot, pour une parole mesurée 

  1. Cathou dit :

    Vœu: je viens de regarder le dictionnaire à: origine du mot.
    En français il fut utiliser jusqu’au XIII ème siècle dans le sens: désastre, perdition.
    Puis prend le sens de: faire une promesse, désirer, souhaiter, vouer.

    Les vœux du mariage, pour le catholique, sont sacrés (en principe): l’homme et la femme se prennent pour époux par consentement mutuel, pour le meilleur et le pire. Ils se promettent fidélité, amour et soutien en toutes circonstances.
    Un vœu est un engagement auquel on ne peut se soustraire, il engage notre responsabilité entière et totale, il demande donc une réflexion raisonnée pour éviter de se trouver dans la triste situation du Jephté biblique.

    Le pouvoir des mots. en hébreu, en français ou n’importe quelle langue, la Parole est tout autant destructrice que constructive.

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