Parashat Ha’azinou, une vie d’idéal

ש«כִּי לֹא-דָבָר רֵק הוּא מִכֶּם כִּי-הוּא חַיֵּיכֶם וּבַדָּבָר הַזֶּה תַּאֲרִיכוּ יָמִים עַל-הָאֲדָמָה אֲשֶׁר אַתֶּם עֹבְרִים אֶת-הַיַּרְדֵּן שָׁמּה לְרִשְׁתָּהּ»ש

«Car ce n’est pas pour vous chose indifférente, c’est votre Vie même! Et c’est par ce moyen seul que vous obtiendrez de longs jours sur cette terre, pour la possession de laquelle vous allez passer le Jourdain. » (Deut. 32: 47)[1]

L’Eternel promet une longue Vie à tous les enfants d’Israël à la condition que, dès leur entrée en Erets Canaan, ils demeurent  fidèles à Sa Volonté.

Comment expliquer le rapport liant la longévité à l’adhésion à la Parole divine? L’âge maximal fixé à l’homme est de cent vingt ans (Gen. 6, 3). Or, Moïse atteint cette durée idéale de vie:

ש«וּמֹשֶׁה בֶּן-מֵאָה וְעֶשְׂרִים שָׁנָה בְּמֹתוֹ לֹא כָהֲתָה עֵינוֹ וְלֹא נָס לֵחֹה» (דברים לד, ז).ש

«Moïse était âgé de cent vingt ans lorsqu’il mourut; son regard ne s’était point terni, et sa vigueur n’était point épuisée». (Deut. 34: 7)

Si Moïse rend l’âme à cent vingt ans, pourquoi alors son visage n’est marqué ni par les affres du temps ni par les souffrances endurées tout au long de ces années difficiles passées à libérer les fils d’Israël d’Egypte, afin de les unir en un seul peuple?

Au-delà de l’aspect physique de Moïse, celui-ci, après la révélation du buisson ardent,  n’a jamais dévié de son idéal, de sa vocation divine. En vérité, bien plus que Moïse portera l’idéal divin, c’est ce dernier  qui le portera, le soulèvera jusqu’au sommet du mont Sinaï où la rencontre du Prophète avec le divin marquera à jamais le parcours d’Israël et de l’Humanité. Moise lui-même ne prendra point conscience de la puissance de cette rencontre et de cet idéal suprême contenu au cœur de la Parole divine!

ש«וַיְהִי בְּרֶדֶת מֹשֶׁה מֵהַר סִינַי וּשְׁנֵי לֻחֹת הָעֵדֻת בְּיַד מֹשֶׁה בְּרִדְתּוֹ מִן-הָהָר וּמֹשֶׁה לֹא-יָדַע כִּי קָרַן עוֹר פָּנָיו בְּדַבְּרוֹ אִתּוֹ.» (שמות לד, כט)ש

«Or, lorsque Moïse redescendit du mont Sinaï, tenant en main les deux tables du Statut, il ne savait pas que la peau de son visage était devenue rayonnante lorsque Dieu lui avait parlé. » (Exode 34: 29)

Cette notion d’élévation réapparaît chez les fils de Kehat à qui il incombe de porter l’Arche d’Alliance:

ש«וְלִבְנֵי קְהָת … עֲבֹדַת הַקֹּדֶשׁ עֲלֵהֶם בַּכָּתֵף יִשָּׂאוּ» (במדבר ז, ט).ש

«Quant aux enfants de Kehath…chargés du service des objets sacrés, ils devaient les porter sur l’épaule.»(Nombres 7: 9)

Cette traduction, communément admise, ne convient point si l’on se rapporte à la structure grammaticale du verset. Le verbe «porter» ( יִשָּׂאוּ- racine: N.S. A/ (נ. ש.א, conjugué à la forme passive du Nif’al, au pluriel, signifie donc «ils seront portés». Autrement dit, ce ne sont point les fils de Kehat qui soulèvent l’Arche d’Alliance, mais cette dernière, renfermant les Dix Paroles, qui les élèvent! Une nouvelle lecture de ce verset se dessine:

«Quant aux enfants de Kehath… chargés de porter sur l’épaule les objets de culte, ils étaient soulevés». (Nombres 7: 9)

Par ailleurs, la Tradition orale  traduit le verbe «יִשָּׂאוּ» («Porter») par le verbe «Chanter» («élever la voix»):

ש«מַה תַּלְמוּד לוֹמַר ‘יִשָּׂאוּ’? אֵין ‘יִשָּׂאוּ’ אֶלָּא לְשׁוֹן שִׁירָה, וְכֵן הוּא אוֹמֵר (תהלים פא, ג): שְׂאוּ זִמְרָה וּתְנוּ תֹף [כִּנּוֹר נָעִים עִם-נָבֶל]» (בבלי ערכין יא, א).ש

«Que nous apprend le verbe «porter» («יִשָּׂאוּ»)? Il n’y a d’élévation que dans le chant comme l’enseigne le verset: »Chantez (שְׂאוּ/ Se’Ou) des hymnes, faites retentir le tambourin, [la harpe suave ainsi que le luth»[ (Psaumes 81: 3) (Talmud de Babylone, Traité Arakhin 11: a).

Ainsi, les fils d’Israël perdureront sur la terre promise aux Patriarches, dès lors qu’ils seront portés par l’idéal suprême d’être «un royaume de prêtres et une nation sainte».

Moïse rappelle, au crépuscule de sa vie, à travers ce chant «Ha’azinou», que ce sont les grandes idées, les idéaux et les causes nobles qui, en grandissant les hommes, l’emportent sur la mort!

Nous avons le devoir de vivre une vie d’idéal, au détriment souvent d’une vie idéale!

[1]Parashat Ha’azinou,  Deut. 32.

 

Si l’étude du TaNaKh vous fait rêver, n’hésitez pas à me joindre:

hebreubiblique@gmail.com

Au plaisir de vous retrouver,

Shabbat shalom!

!Shana tova

Avec toutes mes amitiés,

Haïm Ouizemann

Ce contenu a été publié dans Lectures bibliques, avec comme mot(s)-clé(s) , , , , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

2 Responses to Parashat Ha’azinou, une vie d’idéal

  1. Cathou dit :

    Que Dieu te préserve de m’entendre chanter Haïm… tes oreilles risquent de ne jamais s’en remettre.
    Bref une petite plaisanterie (assez vraie, hélas).mais le chant peut être simplement réciter, psalmodier,…Merci mon Dieu.

    Merci pour ce bel article. Haïm. Oui l’éternité existe;
    Ce passage très étonnant du Mahâbhârata (épopée hindou)
    «  »…. Nous créons des enfants pour la mort, mais la mort ne dévore pas l’homme qui a secoué sa poussière, elle ne peut rien contre l’éternité… Quand son corps est détruit, quand il n’en reste plus trace, c’est la mort elle-même qui est détruite, et il contemple l’infini. » » »
    Voilà ce qui arrive en « vivant une vie d’idéal »

  2. Ping : Etudes bibliques | michmich32

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.