Parashat VeZot HaBera’ha, L’ultime bénédiction de Moïse

© Photo: Haïm Ouizemann

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ש«וְזֹאת הַבְּרָכָה אֲשֶׁר בֵּרַךְ מֹשֶׁה אִישׁ הָאֱלֹהִים אֶת-בְּנֵי יִשְׂרָאֵל לִפְנֵי מוֹתוֹ» (דברים לג, א).

«Or, voici la bénédiction dont Moïse, l’homme de Dieu, bénit les enfants d’Israël avant de mourir». (Deut. 33:1)[1]

ש«וַיִּשְׁכֹּן יִשְׂרָאֵל בֶּטַח בָּדָד עֵין יַעֲקֹב אֶל-אֶרֶץ דָּגָן וְתִירוֹשׁ אַף-שָׁמָיו יַעַרְפוּ טָלכט אַשְׁרֶיךָ יִשְׂרָאֵל מִי כָמוֹךָ עַם נוֹשַׁע בַּיהוָה מָגֵן עֶזְרֶךָ וַאֲשֶׁר חֶרֶב גַּאֲוָתֶךָ וְיִכָּחֲשׁוּ אֹיְבֶיךָ לָךְ וְאַתָּה עַל-בָּמוֹתֵימוֹ תִדְרֹךְ» (דברים לג, כח-כט).ש

«Et Israël réside avec sécurité, elle coule solitaire la source de Jacob, sur une terre riche de blé et de vin, sous des cieux qui lui versent la rosée29 Heureux es-tu, Israël! Qui est ton égal, peuple que protège le Seigneur? Bouclier qui te sauve, il est aussi le glaive qui te fait triompher: tes ennemis ramperont devant toi, et toi, tu fouleras leurs hauteurs. »» (Deut. 33: 28- 29)

En cette dernière et très émouvante parasha clôturant la lecture annuelle de la Tora, la seule qui ne soit pas lue un Shabbat (fait exceptionnel), Moïse rassemble toutes les tribus d’Israël afin de leur prodiguer son ultime bénédiction qui déterminera à jamais leur future Histoire. Après avoir béni individuellement chaque tribu, Moïse décide de conclure par une bénédiction collective visant à unir toutes les tribus d’Israël au-delà de leurs particularités respectives.

L’analyse détaillée de cette bénédiction révèle la noblesse d’âme et la grandeur historique de Moïse, fidèle Prophète de l’Eternel. Moïse ne crée pas une nouvelle bénédiction mais fonde la sienne sur celle des trois Patriarches d’Israël. Moïse qui, comme le Patriarche Yaakov (Gen. 49: 28-29), réunit les douze tribus, ne manque point de reprendre sa bénédiction:

ש«וְיִתֶּן-לְךָ הָאֱלֹהִים מִטַּל הַשָּׁמַיִם וּמִשְׁמַנֵּי הָאָרֶץ וְרֹב דָּגָן וְתִירֹשׁ» (בראשית כז, כח).ש

«Puisse-t-il t’enrichir, le Seigneur, de la rosée des cieux et des sucs de la terre, d’une abondance de moissons et de vendanges!» (Gen. 27: 28)

La prospérité économique promise à ITs’HaK  se transmet à l’ensemble du peuple d’Israël dès son entrée en Erets Israël.

Mais comment expliquer l’idée de Moïse d’inclure la bénédiction de Bil’am qui s’efforce, sous la pression du roi de Moav Balak, de maudire Israël?

ש«כִּי-מֵרֹאשׁ צֻרִים אֶרְאֶנּוּ וּמִגְּבָעוֹת אֲשׁוּרֶנּוּ הֶן-עָם לְבָדָד יִשְׁכֹּן, וּבַגּוֹיִם לֹא יִתְחַשָּׁב» (במדבר כג, ט).ש

«Oui, je le vois de la cime des rochers, et du haut des collines, je le découvre: ce peuple, il vit solitaire, iI ne se confondra point avec les nations» (Nombres 23: 9)

En fait, les nations elles-mêmes ne reconnaissent la vocation sacerdotale du peuple de l’Eternel (Exode 19: 6) que lorsque, fidèle à la Volonté de l’Eternel, Israël ne s’assimile point aux autres Nations et conserve précieusement son identité propre. L’assimilation du peuple juif ne peut aucunement être considérée comme la solution idéale à la haine du juif, bien au contraire, comme en témoigne la vie tragique d’Edith Stein. Celle-ci, convertie au catholicisme, entre dans l’ordre des Carmélites. Livrée par sa propre communauté aux SS, Edith Stein connaîtra à Auschwitz le sort identique que traversa son propre peuple d’origine. Assassinée et brûlée comme fille d’Israël, la vie et la mort d’Edith Stein rappellent à la conscience humaine qu’Israël est appelé «saint» (Kadosh, קָדוֹשׁ) car «séparé» (NIVDaL, נִבְדָּל) du reste du monde. Il incombe à Israël de vouer toute son âme à la réalisation absolue de sa vocation spirituelle et éthique qui consiste à propager le Nom Suprême, le Tétragramme sur toute la Terre.

Puis Moïse, après s’être inspiré du Patriarche Jacob, fait référence à la bénédiction prodiguée par l’Eternel au Patriarche Avraham:

ש«אַחַר הַדְּבָרִים הָאֵלֶּה הָיָה דְבַר-יְהוָה אֶל-אַבְרָם בַּמַּחֲזֶה לֵאמֹר אַל תִּירָא אַבְרָם אָנֹכִי מָגֵן לָךְ שְׂכָרְךָ הַרְבֵּה מְאֹד» (בראשית טו, א).ש

«Après ces faits, la parole du Seigneur se fit entendre à Abram, dans une vision, en ces termes: Ne crains point, Abram: je suis un bouclier pour toi; ta récompense sera très grande» (Gen. 15: 1)

Moise comprend qu’il ne peut se satisfaire du mérite exclusif des Patriarches, même s’il est transmis à Israël. C’est la raison pour laquelle il rattache les bénédictions des trois patriarches aux futurs mérites d’Israël, bénédictions qui, après sa mort, feront de celui-ci un grand peuple respecté par les Nations. Un homme, aussi grand soit-il, est appelé à disparaître, mais non point la mémoire d’un peuple! La chaîne de la tradition se propage après Moïse. En effet, le roi David reprendra plus tard cette expression de Moïse: אַשְׁרֶיךָ יִשְׂרָאֵל מִי כָמוֹךָ:

ש«וּמִי כְעַמְּךָ כְּיִשְׂרָאֵל, גּוֹי אֶחָד בָּאָרֶץ–אֲשֶׁר הָלְכוּ-אֱלֹהִים לִפְדּוֹת-לוֹ לְעָם וְלָשׂוּם לוֹ שֵׁם וְלַעֲשׂוֹת לָכֶם הַגְּדוּלָּה וְנֹרָאוֹת לְאַרְצֶךָ מִפְּנֵי עַמְּךָ אֲשֶׁר פָּדִיתָ לְּךָ מִמִּצְרַיִם, גּוֹיִם וֵאלֹהָיו»(שמואל ב, ז, כג; ראה גם: מלכים א, ח, כג). ש

«Et y a-t-il, comme ton peuple, comme Israël, une seule nation sur la terre que des dieux soient allés délivrer pour en faire leur peuple, lui assurant ainsi un nom, opérant pour vous des choses grandes et imposantes comme tu as agi envers ton pays, en faveur de ton peuple que tu as arraché pour toi à l’Egypte, à des peuples et à leurs divinités?» (II Samuel 7: 23; cf. également I Rois 8: 23).

La réputation d’Israël témoigne de la gloire du Nom divin qui s’étend à tout le genre humain:

ש «עַל-כֵּן גָּדַלְתָּ יְהוָה אֱלֹהִים כִּי-אֵין כָּמוֹךָ וְאֵין אֱלֹהִים זוּלָתֶךָ בְּכֹל אֲשֶׁר שָׁמַעְנוּ בְּאָזְנֵינוּ» (שמואל ב, ז, כב)

«Par là tu t’es montré grand, Seigneur Eternel! Car nul n’est comme toi, point de Seigneur hormis toi, ainsi que nous l’avons entendu de nos oreilles». (II Samuel 7: 22).

Autrement dit, Moïse appelle Israël à assumer l’immense responsabilité d’être le porte-parole de l’Eternel par le biais de son adhésion à la Parole de l’Eternel. Ce lien indéfectible entre Israël et le Divin insuffle à la fois un sens à la Création du monde et en garantit l’existence. La lecture de la parashat VeZot HaBera’ha s’achevant par le nom «Israël»/ יִשְׂרָאֵל, celle du livre de la Genèse débute par le terme Bereshit/  בְּרֵאשִׁית signifiant «A un commencement» et débutant le récit de la Création:

ש«כֹּה אָמַר יְהוָה אִם-לֹא בְרִיתִי יוֹמָם וָלָיְלָה חֻקּוֹת שָׁמַיִם וָאָרֶץ לֹא-שָׂמְתִּי גַּם-זֶרַע יַעֲקוֹב וְדָוִד עַבְדִּי אֶמְאַס מִקַּחַת מִזַּרְעוֹ מֹשְׁלִים, אֶל-זֶרַע אַבְרָהָם, יִשְׂחָק וְיַעֲקֹב כִּי-אשוב (אָשִׁיב) אֶת-שְׁבוּתָם וְרִחַמְתִּים» (ירמיה לג, כה-כו)

«Ainsi parle le Seigneur: Si mon Alliance avec le jour et la nuit pouvait ne plus subsister, si je cessais de fixer des lois au ciel et à la terre, alors seulement je pourrais repousser la postérité de Jacob et de mon serviteur David, en n’y prenant pas de princes pour régner sur les enfants d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, quand je les aurai ramenés de l’exil et pris en pitié» (Jérémie 33: 25-26)

Où serait le monde sans Israël?…

 

[1] Parashat VeZot HaBera’ha Deutéronome 33: 1- 34: 12

 

Si l’étude du TaNaKh vous fait rêver, n’hésitez pas à me joindre:

hebreubiblique@gmail.com

Au plaisir de vous retrouver,

Shabbat shalom!

,Hag Sameah

Avec toutes mes amitiés,

Haïm Ouizemann

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3 Responses to Parashat VeZot HaBera’ha, L’ultime bénédiction de Moïse

  1. Cathou dit :

    J’en suis encore et toujours à découvrir la seule Genèse biblique, parce qu’elle ancre le texte, l’humain et la foi dans l’éternité, dans l’universalité. C’est notre mémoire à tous, à chacun.
    mais Moïse est dans mon coeur, parce que c’est un humain si proche de chacun de nous et pourtant si humble et si grand… Celui qui donne TOUT aux hébreux. Dieu, l’enseignement divin, le civisme, le peuple uni…

    «  »…L’assimilation du peuple juif ne peut aucunement être considérée comme la solution idéale à la haine du juif… »,
    Non bien évidemment que NON, le peuple Juif, comme le peuple Hindou, ne peut pas, et même ne doit pas s’assimiler aux autres. et c’est une grande leçon pour nous quand nos politiciens nous certifient qu’aujourd’hui la France prend ses origines dans l’Islam, et que certains sont prêts à le croire. Un peuple se construit autour d’une histoire, de langues, de traditions et coutumes au cours des siècles. Un peuple qui assimile au détriment de ses propres origines, celles des autres, est un peuple voué à mourir définitivement.

  2. Ratefi dit :

    Un monde sans Israel serait un monde sans D.ieu .
    Donc un monde sans lumière car il ne connaîtrait pas la lumière qu’apporte la Torah

  3. Ping : Etude biblique | michmich32

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