Parashat Bereshit,  Création, la Brisure originelle  

Division cellulaire

Division cellulaire

La première parasha de la Tora relate l’Histoire de la Création divine. La source biblique  semble placer la Création sous  le signe de la bipolarité, de la brisure et de la déchirure. En effet, la consonne Beit בּ, placée en début du substantif  BeReShIT  בְּרֵאשִׁית[1], représente une valeur numérique de deux symbolisant la fraction de l’unité aux fins de la démultiplier, valeur qui inscrite dans la Création et annonce l’émergence graduelle d’une croissance exponentielle et d’engendrements fruits de la bénédiction divine. Ce processus de division ne cessant de traverser la Création va constituer son essence même. L’Eternel sépare le ciel et la terre, les eaux d’en-bas de celles d’en-haut, la lumière des ténèbres, Il retire et retient les eaux de l’océan afin de laisser apparaître la terre et les végétaux qui s’y développeront.  Quant à Adam, créé originellement androgyne, renfermant en son sein les deux principes de masculin et féminin (Gen. 1: 27), l’Eternel le scinde et crée deux êtres distincts (Gen. 2:22-23), appelés non plus Adam, symbole de l’humanité, mais Ish et Isha (homme et femme). Tant que l’homme et la femme, Adam, ne constituaient qu’une seule et unique entité, ils ne pouvaient se faire face ni créer.

Or, cette scission leur permettra de se faire face et de viser à retrouver cette unité primordiale qui fut la leur, pour ne plus faire qu’«une seule chair» (Gen, 2: 23; cf. aussi Ex. 37: 9) dans le but de créer. La Brisure constitue la condition sine qua- non du processus créationnel.  Les deux premières radicales de la  racine ב.ד. ל.  (B. D. L.) signifient à la fois «part, partie, portion» et «branche, rameau» rattachés à l’arbre. La Brisure contient l’Unité!

Dans l’ordre du temps, le Shabbat est séparé du reste des  jours de la semaine. Ce temps de retrait, de rétraction ou de contraction désiré par  l’Eternel a pour dessein de donner une place à l’homme, qui, créé à l’image du Divin, reste une créature absolument distincte de l’Essence divine.

Ce processus complexe que les kabbalistes dénomment «Tsimtsoum, צִמְצוּם» vise à ouvrir à l’homme un espace de liberté faisant de ce dernier l’associé actif du Créateur. Ainsi, alors qu’au premier chapitre de la Genèse (1: 11-12), la création des végétaux semble parfaite, au second chapitre, ce n’est qu’à l’apparition de l’homme que la terre peut être arrosée et produire des végétaux.

ש«וְכֹל שִׂיחַ הַשָּׂדֶה טֶרֶם יִהְיֶה בָאָרֶץ וְכָל-עֵשֶׂב הַשָּׂדֶה טֶרֶם יִצְמָח כִּי לֹא הִמְטִיר יְהוָה אֱלֹהִים עַל-הָאָרֶץ וְאָדָם אַיִן לַעֲבֹד אֶת-הָאֲדָמָה» (בראשית ב, ה).ש

«Or, aucun produit des champs ne paraissait encore sur la terre, et aucune herbe des champs ne poussait encore; car l’Éternel-Dieu n’avait pas fait pleuvoir sur la terre, et d’homme, il n’y en avait point pour cultiver la terre». (Gen. 2: 5)

La création d’ADaM au sixième jour va déterminer la croissance des plantes et conduire le monde biologique à se développer[2]. Cette association du genre humain au programme divin conduit l’homme à faire preuve d’une immense responsabilité. L’homme réussira-t-il à accomplir sa vocation d’associé dans cet espace-temps où règne la Brisure, fruit d’un acte volontaire divin? L’homme doit, désormais, parfaire le monde qui lui est remis:

ש«וַיִּקַּח יְהוָה אֱלֹהִים אֶת-הָאָדָם וַיַּנִּחֵהוּ בְגַן-עֵדֶן לְעָבְדָהּ וּלְשָׁמְרָהּ» (בראשית ב, טו).ש

«L’Éternel-Dieu prit donc l’homme et l’établit dans le jardin d’Eden pour le cultiver et le préserver [et respecter, conserver]». (Gen. 2: 15)

Le verbe «préserver, conserver» (Sh. M. R./ש. מ.ר.), absent de Genèse 2: 5, rappelle à l’Humanité sa responsabilité face au maintien du fragile équilibre de la Nature, sans pour autant s’arroger un droit absolu sur la Terre.

ש«וַיֹּאמֶר הָאָדָם זֹאת הַפַּעַם עֶצֶם מֵעֲצָמַי וּבָשָׂר מִבְּשָׂרִי לְזֹאת יִקָּרֵא אִשָּׁה כִּי מֵאִישׁ לֻקְחָה-זֹּאת» (בראשית ב, כג).ש

«Et l’homme dit: « Celle-ci, pour le coup, est un membre extrait de mes membres et une chair de ma chair; celle-ci sera nommée Icha, parce qu’elle a été prise de Ich». (Gen. 2: 23)

Nous l’avons vu, Adam, après la coupure opérée par l’Eternel (Gen. 2: 22) entre dans un processus de création en devenant Ish et sa compagne Isha.

Comment le premier Homme choisit-il d’adopter le nom ISh et non ADaM et que revêt cette transformation?

Le terme ADaM rattache intrinsèquement le premier Homme à la terre, ADaMaH la source matricielle dont il est issu biologiquement (Gen. 2: 7). Au contraire, le terme ISh tend à déraciner ADaM de son origine primordiale. Le célèbre grammairien Rabbi David Kim’hi (RaDaK,  1160-1235) explique que la racine  ‘. I. Sh (אִישׁ) signifie «le plus grand… celui dont on considère l’opinion… comme Gédéon fils de Yoash homme d’Israël» (Juges 7: 14). Le terme ISh décrit donc une personnalité élevée, à caractère dominant (cf, également Exode 32: 1; I Sam. 26: 15). ADaM, en modifiant le nom que lui donna l’Eternel affirme clairement son ambition de se détacher du déterminisme biologique terrestre en dominant et en maîtrisant les forces de la Nature.

Mais le serpent va rappeler à ADaM devenu ISh et à sa compagne IShaH leur véritable origine en les conduisant à enfreindre l’injonction divine de ne point consommer du fruit de l’arbre défendu  (Gen. 3: 1-6).

ש«בְּזֵעַת אַפֶּיךָ תֹּאכַל לֶחֶם עַד שׁוּבְךָ אֶל-הָאֲדָמָה כִּי מִמֶּנָּה לֻקָּחְתָּ כִּי-עָפָר אַתָּה וְאֶל-עָפָר תָּשׁוּב» (בראשית ג, יט).ש

«C’est à la sueur de ton visage que tu mangeras du pain, – jusqu’à ce que tu retournes à la terre d’où tu as été tiré: car poussière tu fus, et poussière tu redeviendras!». (Gen. 3: 19).

Après cette nouvelle chute engendrant une nouvelle brisure, ISh sort amoindri, alors que le nom de ADaM recouvre toute sa force originelle et que IShaH prend un nom tout-à-fait nouveau pour elle: le nom de ‘HaVaH.

ש«וַיִּקְרָא הָאָדָם שֵׁם אִשְׁתּוֹ חַוָּה כִּי הִוא הָיְתָה אֵם כָּל-חָי» (בראשית ג, כ).ש

«L’homme donna pour nom à sa compagne ‘HaVaH parce qu’elle fut la mère de tous les vivants». (Gen. 3: 20)

Adam recouvre le nom édénique que lui donna l’Eternel, signifiant «tiré de la terre», afin de rappeler que la maîtrise de la Nature ne peut être possible que si l’on demeure fidèle à la mère matrice, la terre, l’humus primordial:

ש«וַיְשַׁלְּחֵהוּ יְהוָה אֱלֹהִים מִגַּן-עֵדֶן לַעֲבֹד אֶת-הָאֲדָמָה אֲשֶׁר לֻקַּח מִשָּׁם. וַיְגָרֶשׁ אֶת-הָאָדָם» (בראשית ג, כג-כד).ש

«Et l’Éternel-Dieu le renvoya du jardin d’Éden, pour cultiver la terre d’où il avait été tiré. Et Il expulsa ADaM»… (Gen. 3: 23-24)

Le Professeur André Neher écrit «…la Création, au lieu d’être un fait brut, instantané, implique un drame. » («Clefs pour le Judaïsme» p. 74).

L’Homme réussira-t-il à réparer ce drame, cette Brisure originelle inhérente à la Création divine?

Si l’étude du TaNaKh vous fait rêver, n’hésitez pas à me joindre:

hebreubiblique@gmail.com

Au plaisir de vous retrouver,

Shabbat shalom!

,Hag Sameah

Avec toutes mes amitiés,

Haïm Ouizemann

 

 

 

[1] Parashat Bereshit, Genèse 1: 1- 6: 8

[2] cf. Rashi sur Gen. 2: 5.

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2 Responses to Parashat Bereshit,  Création, la Brisure originelle  

  1. Cathou dit :

    Brisure originelle, oui sans doute. Mais je ne pense pas que l’humain soit appelé à réparer cette brisure, je penserai, plutôt que la brisure est essentielle.
    « le souffle de Dieu planait à la surface des eaux ». Le souffle de Dieu est déjà séparé de la création. A la fois au coeur même de la création, mais séparé originellement de la création.. Donc oui l’humain ne doit pas oublié qu’il vient de la terre et que c’est à la terre qu’il retournera.

    Un homme androgyne?? je ne sais pas:
    « Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa; mâle et femelle il LES créa »
    dans le texte français, « les » indique bien une espèce humaine avec un mâle et une femelle, appelés comme le reste de la création à se multiplier, mais aussi à se diviser par le fait de leur différences. Oui et de l’unité naît la division.

    Oui la création n’est pas un fait instantané, c’est une succession de fins et de commencements, , se faisant et se défaisant, se divisant et se multipliant pour mieux se diviser et se multiplier à nouveau au fil du temps, des éléments….. Je ne crois pas que l’humain puisse intervenir dans ces brisures indispensables dans un univers en mouvement permanent. Certes il peut s’unir, tous ensemble vers un même but, mais sitôt le but atteint,le processus de brisure commencera.

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