Parashat Lekh Lekha, Avraham, le passant

אילוסטרציה (צילום shutterstock)

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(צילום shutterstock)

Le parcours d’Avraham, le futur père de la Nation hébraïque, témoigne d’une vie exemplaire fondée sur une suite innombrable de déchirures et de relèves personnelles.

L’histoire d’Avraham est d’abord celle d’un homme déraciné, totalement coupé  de sa terre d’origine, de sa famille et de la culture mésopotamienne, alors païenne (Josue 24: 2), pour avoir suivi son père Terah dans une longue traversée du Croissant fertile depuis Our Kasdim jusqu’à Haran, dans l’intention de se rendre en Canaan (Gen. 11, 31). Ce n’est qu’après la mort de son père qu’Avraham termine ce long voyage, sur l’injonction divine:

ש «וַיֹּאמֶר יְהוָה אֶל-אַבְרָם לֶךְ-לְךָ מֵאַרְצְךָ וּמִמּוֹלַדְתְּךָ וּמִבֵּית אָבִיךָ אֶל-הָאָרֶץ אֲשֶׁר אַרְאֶךָּ» (בראשית יב, א).ש  

«L’Éternel avait dit à Abram: « Éloigne-toi de ton pays, de ton lieu natal et de la maison paternelle, et va au pays que je te montrerai.» (Gen. 12: 1)[1]

Ce déracinement est immédiatement suivi de la promesse divine qu’Avraham deviendra une grande nation:

ש«וְאֶעֶשְׂךָ לְגוֹי גָּדוֹל וַאֲבָרֶכְךָ וַאֲגַדְּלָה שְׁמֶךָ וֶהְיֵה בְּרָכָה» (בראשית יב, ב).ש

«Je te ferai devenir une grande nation; je te bénirai, je rendrai ton nom glorieux, et sois une bénédiction» (Gen. 12, 2).

Cette séparation à la fois géographique et spirituelle de la civilisation païenne mésopotamienne – vaut à Avraham de devenir une source de bénédictions pour Israël et l’ensemble du genre humain:

ש«וְנִבְרְכוּ בְךָ כֹּל מִשְׁפְּחֹת הָאֲדָמָה» (בראשית יב, ג).ש

«…par toi seront bénies toutes les Familles de la terre». (Gen. 12: 3)

Puis en raison de la lourde famine sévissant en Canaan, Avraham décide de descendre en Egypte, terre foisonnant de  divinités vénérées par les dynasties pharaoniques:

ש«וַיֵּרֶד אַבְרָם מִצְרַיְמָה לָגוּר שָׁם כִּי-כָבֵד הָרָעָב בָּאָרֶץ» (בראשית יב: י).ש

« Abram descendit en Égypte pour y séjourner, la famine étant lourde dans le pays». (Gen. 12: 10)

Quelle est l’issue de cette chute en Egypte?

 ש«וַיַּעַל אַבְרָם מִמִּצְרַיִם הוּא וְאִשְׁתּוֹ וְכָל-אֲשֶׁר-לוֹ וְלוֹט עִמּוֹ הַנֶּגְבָּה. ב וְאַבְרָם כָּבֵד מְאֹד בַּמִּקְנֶה בַּכֶּסֶף וּבַזָּהָב» (בראשית, יג: יג, א-ב – ראה גם: בראשית יב: טז).ש

«Abram remonta d’Egypte lui, sa femme et toute sa suite, et Loth avec lui, s’acheminant vers le midi. 2 Or, Abram était puissamment riche en bétail, en argent et en or». (Gen. 13: 1-2; cf. également Gen.12: 16)

La descente (וַיֵּרֶד) en Egypte entraîne l’enrichissement et la réussite matériels «וַיַּעַל» d’Avraham. La situation se retourne en sa faveur: après avoir échappé à une «lourde famine, כִּי-כָבֵד הָרָעָב» Abraham devient «כָּבֵד מְאֹד בַּמִּקְנֶה lourd de troupeaux…» et de richesses.

Ces richesses accumulées aussi bien par Avraham que par son neveu Lot entraînent la  division familiale par leurs bergers (Gen. 13: 6-11):

ש«וְלֹא-נָשָׂא אֹתָם הָאָרֶץ לָשֶׁבֶת יַחְדָּו כִּי-הָיָה רְכוּשָׁם רָב וְלֹא יָכְלוּ לָשֶׁבֶת יַחְדָּו» (בראשית יג: ו).ש

«Le terrain ne put se prêter à ce qu’ils demeurassent ensemble; car leurs possessions étaient considérables, et ils ne pouvaient habiter ensemble» (Gen. 13, 6).

Abraham aspirant à la paix préfère se retirer et renoncer à une terre très féconde afin  de maintenir la paix entre les membres de sa famille. C’est alors que, après avoir accepté cette division de la terre pour sauvegarder la paix, il reçoit une assurance catégorique de l’Eternel:

ש«וַיהוָה אָמַר אֶל-אַבְרָם אַחֲרֵי הִפָּרֶד-לוֹט מֵעִמּוֹ שָׂא נָא עֵינֶיךָ וּרְאֵה מִן-הַמָּקוֹם אֲשֶׁר-אַתָּה שָׁם צָפֹנָה וָנֶגְבָּה וָקֵדְמָה וָיָמָּה כִּי אֶת-כָּל-הָאָרֶץ אֲשֶׁר-אַתָּה רֹאֶה, לְךָ אֶתְּנֶנָּה, וּלְזַרְעֲךָ, עַד-עוֹלָם» (בראשית יג, יד-טו):ש

«L’Éternel dit à Abram, après que Loth se fut séparé de lui: « Lève les yeux et du point où tu es placé, promène tes regards au nord, au midi, à l’orient et à l’occident: 15 Eh bien! tout le pays que tu aperçois, je le donne à toi et à ta perpétuité.» (Gen. 13: 14-15)

De nouveau la séparation et le retrait d’Avraham engendrent une promesse et un renouveau.

Puis, loin de garder rancune, alors que son neveu Lot  se retrouve pris en otage, Avraham décide immédiatement de le libérer (Gen. 14: 14-16) de ses ravisseurs. A la suite de cet acte de bravoure, le prêtre du Très-Haut Melki Tsedek bénit Avraham:

ש«וַיְבָרְכֵהוּ וַיֹּאמַר בָּרוּךְ אַבְרָם לְאֵל עֶלְיוֹן קֹנֵה שָׁמַיִם וָאָרֶץ. כ וּבָרוּךְ אֵל עֶלְיוֹן אֲשֶׁר-מִגֵּן צָרֶיךָ בְּיָדֶךָ וַיִּתֶּן-לוֹ מַעֲשֵׂר מִכֹּל» (בראשית יד: יט-כ).ש

«Il le bénit, en disant: « Béni soit Abram de par le Dieu suprême, auteur des cieux et de la terre! 20 Et béni le Dieu suprême d’avoir livré tes ennemis en ta main! » Et Abram lui donna la dîme de tout le butin» (Gen. 14: 19-20).

A cette bénédiction s’ajoute celle de l’Eternel promettant à Avraham, malgré la stérilité de Sarah,  une grande descendance:

ש«וְהִנֵּה דְבַר-יְהוָה אֵלָיו לֵאמֹר לֹא יִירָשְׁךָ זֶה כִּי-אִם אֲשֶׁר יֵצֵא מִמֵּעֶיךָ הוּא יִירָשֶׁךָ» (בראשית טו, ד).ש

«Mais voici que la parole de l’Éternel vint à lui, disant: « Celui-ci n’héritera pas de toi; c’est bien un homme issu de tes entrailles qui sera ton héritier.» (Gen. 15: 4)

De plus, après l’annonce par l’Eternel de l’exil futur des fils d’Israël en une terre étrangère, à savoir l’Egypte pharaonique, il est clairement précisé que ces derniers «la quitteront avec de grandes richesses» (Exode 15: 14).

Toutes les fois que survient la brisure, émerge un mouvement de renouveau s’exprimant par l’épanchement de la bénédiction divine. La brisure libère les étincelles de la bénédiction! Cette vision diachronique/ synchronique constitue le fondement de l’Histoire d’Avraham mais aussi du peuple d’Israël. Le passage de l’Alliance entre les morceaux (Gen. 15,9-16) révèle que la brisure est inhérente à la constitution du lien unissant Avraham à l’Eternel. La racine verbale KaRaT כ. ר. ת)) signifie à fois «couper»[2] et «conclure une alliance». Notons également que l’injonction divine ordonnant à Avraham de trancher les animaux וַיְבַתֵּר (Gen. 15: 10), réponse à l’interrogation  de ce dernier concernant le don de la terre de Canaan,  renvoie, après permutation des consonnes, au substantif בְּרִית, Alliance (Gen. 15: 18). Ainsi, Avraham devient le père de la nation hébreue et la source de Bénédiction en faveur de l’Humanité car l’essence de sa vie témoigne de cette faculté de passage permanent entre l’état de brisure et de  Tikkoun, (réparation) après les échecs successifs du genre humain. Avraham Ha’Ivri  (הָעִבְרִי «l’Hébreu», Gen. 14, 13), dont la racine signifie «passer», «traverser», est celui qui surmonte l’épreuve en la transformant en défi.

Le Patriarche Avraham et la Matriarche Sarah renferment en leur être exemplaire l’ensemble des âmes du peuple d’Israël. A eux deux, ils constituent le solide noyau destiné à donner naissance à la future nation d’Israël, toujours prête à relever les défis du monde:

ש«שִׁמְעוּ אֵלַי רֹדְפֵי צֶדֶק מְבַקְשֵׁי יְהוָה הַבִּיטוּ אֶל-צוּר חֻצַּבְתֶּם וְאֶל-מַקֶּבֶת בּוֹר נֻקַּרְתֶּם. ב הַבִּיטוּ אֶל-אַבְרָהָם אֲבִיכֶם וְאֶל-שָׂרָה תְּחוֹלֶלְכֶם כִּי-אֶחָד קְרָאתִיו וַאֲבָרְכֵהוּ וְאַרְבֵּהוּ» (ישעיהו נא, א-ב).ש

«Ecoutez-moi, vous qui poursuivez la justice, vous qui recherchez l’Eternel! Jetez les yeux sur le rocher d’où vous fûtes taillés, sur le puits de carrière d’où vous fûtes extraits. 2 Considérez Abraham, votre père, Sara, qui vous a enfantés; lui seul je l’ai appelé, je l’ai béni et multiplié» (Isaïe 51: 1-2).

Toutes les Familles de la Terre, elles aussi, sont appelées, un jour prochain, à adopter la vision éthique d’Avraham, le père d’une multitude de Nations:

ש«נְדִיבֵי עַמִּים נֶאֱסָפוּ עַם אֱלֹהֵי אַבְרָהָם כִּי לֵאלֹהִים מָגִנֵּי-אֶרֶץ מְאֹד נַעֲלָה » (תהילים מז, י’)ש

»Que les plus nobles d’entre les nations s’assemblent , le peuple du Dieu d’Abraham! Car de Dieu relèvent ceux qui sont les boucliers de la terre: il est souverainement élevé«. (Psaumes 47: 10)

L’Humanité, consciente des erreurs passées, s’unira autour du message réconciliateur et de Tikkoun du Patriarche Avraham.

 

[1] Parashat Lekh Lekha  Genèse 12: 1- 17: 27

[2] «Brit בְּרִית, alliance», renvoie à la racine B. R.H/ ב.ר.ה.  signifiant «consommer», autrement dit, couper la viande pour la consommer.

 

Si l’étude du TaNaKh vous fait rêver, n’hésitez pas à me joindre:

hebreubiblique@gmail.com

Au plaisir de vous retrouver,

Shabbat shalom!

,Avec toutes mes amitiés

Haïm Ouizemann

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5 Responses to Parashat Lekh Lekha, Avraham, le passant

  1. tsionah dit :

    Françoise Bourhis

    >

  2. tsionah dit :

    🇮🇱 שבת שלום . תודה Françoise Bourhis

    >

  3. Cathou dit :

    Voilà pourquoi aujourd’hui je dis:
    N’ayons pas peur, ni du Bréxit, ni de Trump, ni du FN… ni de tout ce qui brise le temps que nous connaissons. Ce temps en amène un autre ::::: brisure dans la continuité (tiens nous avons eu un président français qui parlait de changement dans la continuité…)
    Que ce nouveau temps soit bon ou mauvais…. N’ayons pas peur, ne le refusons pas, ne nous cachons pas, vivons le en nous battant, face à face selon nos convictions…. il aura une fin…. lui aussi.

    Ma remarque peut sembler très éloignée de ton superbe article Haïm, mais le texte biblique, comme tous les textes fondateurs nous révèlent ce qu’est: Aujourd’hui.

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