Parashat VaYeshev, Yossef  l’Echelle de la Fraternité

יוסף מספר לאחיו את חלומותיו ג'יימס טיסוט, צייר צרפתי, 1902-1836

יוסף מספר לאחיו את חלומותיו
ג’יימס טיסוט, צייר צרפתי, 1902-1836

ש«וַיִּרְאוּ אֹתוֹ מֵרָחֹק וּבְטֶרֶם יִקְרַב אֲלֵיהֶם וַיִּתְנַכְּלוּ אֹתוֹ לַהֲמִיתוֹ» (בראשית לז: יח).ש

«Ils l’aperçurent de loin; et, avant qu’il fût près d’eux, ils complotèrent de le faire mourir.» (Gen. 37, 18).[1]

Nous assistons dans cette péricope à la tragique répétition du premier assassinat de l’Histoire humaine, lorsque Caïn assassina son propre frère Abel. Depuis, le genre humain n’en finit point de se détruire!

A la différence du meurtre d’Abel, pour lequel le motif du meurtre n’est à aucun moment explicitement mentionné, l’affection qu’éprouve Yaakov à l’égard de son fils préféré Yosseph, associée à ses rêves prémonitoires, va être la cause du profond ressentiment éprouvé par ses frères. La haine découlant de la  jalousie les entraîne à fomenter contre Yossef un plan dans le dessein de l’assassiner. Quelle «erreur» aurait pu commettre Yossef devenu l’objet de tant de haine de la part de ses propres frères ?

Yossef révèle à ses frères le contenu de ses deux rêves:

ש«וְהִנֵּה אֲנַחְנוּ מְאַלְּמִים אֲלֻמִּים בְּתוֹךְ הַשָּׂדֶה וְהִנֵּה קָמָה אֲלֻמָּתִי…» (בראשית לז: ז).ש

«Nous composions des gerbes dans le champ, soudain ma gerbe se dressa…» (Gen. 37: 7)

ש«הִנֵּה חָלַמְתִּי חֲלוֹם עוֹד וְהִנֵּה הַשֶּׁמֶשׁ וְהַיָּרֵחַ וְאַחַד עָשָׂר כּוֹכָבִים…» (בראשית לז: ט)ש

«J’ai fait encore un songe où j’ai vu le soleil, la lune et onze étoiles…» (Gen. 37: 9)

Mais Yossef, non content de faire le récit de ses rêves, croit bon d’en rapporter l’intégralité:

ש«וְגַם-נִצָּבָה וְהִנֵּה תְסֻבֶּינָה אֲלֻמֹּתֵיכֶם וַתִּשְׁתַּחֲוֶיןָ לַאֲלֻמָּתִי» (בראשית לז: ז)ש

 «…elle resta debout et les vôtres se rangèrent à l’entour et s’inclinèrent devant la mienne.» (Gen. 37: 7)

ש«וְהִנֵּה הַשֶּׁמֶשׁ וְהַיָּרֵחַ וְאַחַד עָשָׂר כּוֹכָבִים מִשְׁתַּחֲוִים לִי» (בראשית לז, ט)

«…j’ai vu le soleil, la lune et onze étoiles se prosterner devant moi» (Gen. 37: 9)

Yossef n’aurait-il point mieux fait d’omettre volontairement cette partie des rêves, au moins par humilité?

Le rêve des gerbes témoigne, selon l’interprétation des frères de Yoseph,  ssa volonté cachée de domination;  le rêve de la voûte céleste est quant à lui interprété comme exprimant l’aspiration de Yoseph à étendre sa puissance sur les siens ainsi qu’un orgueil démesuré.

Yossef  ne tiendra pas rigueur à ses frères de la haine (SeN’o  ( שׂ.נ.א. «haïr») qu’ils éprouvent à son encontre. Les portant en son cœur, Yoseph en viendra à leur pardonner leur vaine jalousie  en leur trouvant des circonstances atténuantes (Gen. 50; 19-21). Les verbes «pardonner» et «porter» – NaSs’a (נ. ש. א forment l’anagramme du verbe  SeN’a – שׂ.נ. א.).

Le double rêve de Yosseph n’est point sans rappeler celui que fit son père Yaakov dans lequel l’échelle suspendue entre terre et ciel, reliant les mondes inferieurs et supérieurs. Cette échelle ne serait-elle point Yoseph en personne, lui qui relia ciel et terre? Les anges grimpant et descendant sur l’échelle exprimeraient alors les  nombreuses épreuves subies par Yoseph.

L’anagramme du terme ALOuMaTi אֲלֻמָּתִי (Gen. 37: 7)  signifiant «ma gerbe» renferme la notion de plénitude et d’abondance: MiLeiTi מִלֵּאתִי «J’ai rempli». La parasha suivante «MiKets»  confirme l’essence de la mission de Yoseph qui non seulement sauve le monde de la famine mais également sa propre famille venue chercher du blé (Gen. 42: 2-3). Or, à cette occasion, tous ses frères se prosternent devant lui (Gen. 42, 6).  La gerbe de blé vue en songe devient petite graine de blé en faveur de ceux qui souffrent de la famine.  Il s’avère ainsi que Yoseph n’a jamais eu l’intention d’imposer une quelconque domination sur les hommes mais au contraire, il se révèle comme le maître de la matière à l’exemple de son grand-père Its’hak qui, même en temps de sècheresse, récoltera pour une semence plantée,  le centuple (Me’ah Shearim). Initiateur d’un nouvel ordre économique fondé sur l’équité et le partage des ressources, Yoseph vise à briser le cercle du déterminisme inhérent à la civilisation égyptienne réglée à partir du cycle de la Nature et des crues du Nil. La racine verbale H.L.M ח.ל.ם., «rêver» a pour anagramme M.H.L.מ.ח.ל.  signifiant d’une part «danser en rond» annonçant la fin d’un temps de douleur (Ps. 30: 12) et d’autre part «pardonner».  Yossef, alors nommé HaMaShBIR הַמַּשְׁבִּיר, «le nourricier du monde» (Gen. 42: 6) réussit à surmonter la difficile ère de crise frappant l’Empire d’Egypte (ShBeR שֶׁבֶר; Proverbes 16: 18; 17: 19; Lam. 3: 48; Amos 6: 6) et devient l’espoir du monde et d’Israël (YeSaBeRou, יְשַׂבֵּרוּ, de la racine שׂ.בּ.ר. SeBeR: «espérer» Psaumes 145: 15).  Yoseph n’est plus seulement l’échelle reliant ciel et terre mais un pont unissant les hommes.

Comment expliquer que les frères de Yosseph aient été dans la plus totale impossibilité de traduire le sens profond de ses rêves?

ש«כַּאֲשֶׁר יִתֵּן מוּם בָּאָדָם, כֵּן יִנָּתֶן בּוֹ» (ויקרא כד: כ).ש

«Selon la lésion qu’il aura faite à autrui, ainsi lui sera-t-il fait» (Lev. 24: 20)

Les Sages d’Israël expliquent que la faute que nous imputons à notre prochain est de fait celle qui se trouve en nous-mêmes et que nous tendons à projeter chez autrui:

ש«הַפּוֹסֵל – בְּמוּמוֹ פּוֹסֵל»ש

«Celui qui voit une faute chez autrui, est lui-même atteint de ce défaut».

Les frères de Yosseph ne nourrissaient-ils point, eux,  l’ambition secrète de dominer ?!

ש«וַיֵּלְכוּ אֶחָיו לִרְעוֹת אֶׄתׄ -צֹאן אֲבִיהֶם בִּשְׁכֶם» (בראשית לז: יב).ש

«Un jour ses frères étaient allés conduire les troupeaux de leur père à Sichem…». (Gen. 37: 12)

Rashi explique que, dans ce verset, «chacune des lettres du mot eth אֶׄתׄ (marqueur du complément d’objet direct défini) est surmontée d’un point, comme pour marquer qu’ils n’y allaient que pour «se repaître » eux-mêmes (Beréchith Raba 84, 13).

Cette notion d’intérêt personnel transparaît chez le prophète Ezéchiel:

ש«בֶּן-אָדָם הִנָּבֵא עַל-רוֹעֵי יִשְׂרָאֵל הִנָּבֵא וְאָמַרְתָּ אֲלֵיהֶם לָרֹעִים כֹּה אָמַר אֲדֹנָי יְהוִה הוֹי רֹעֵי-יִשְׂרָאֵל אֲשֶׁר הָיוּ רֹעִים אוֹתָם הֲלוֹא הַצֹּאן יִרְעוּ הָרֹעִים.» (יחזקאל לד:ב).ש

«Fils de l’homme, prophétise sur les pasteurs d’Israël, prophétise et dis-leur, à ces pasteurs: Ainsi parle le Seigneur Dieu: Malheur aux pasteurs d’Israël, qui se paissaient eux-mêmes! N’est-ce pas les brebis que doivent paître les pasteurs?»  (Ezéchiel 34:2).

Yosseph réussira dans sa difficile mission visant à se réconcilier avec ses frères et effacer toute hostilité destructrice à son encontre. Pourtant, à l’aube de notre parasha, rien n’est moins sûr: il est envoyé à partir de «la vallée de Hébron», et non point de «la montagne de Hébron». Cette vallée, symbolisant la dépression dans laquelle se trouvent les relations houleuses entre Yosseph et ses frères, annoncent le long et cruel exil d’Egypte (Cf. Rachi: Gen. 37: 14), Le substantif «frère», mentionné à vingt-et-une reprises au chapitre 37 de cette parasha VaYeshev, témoigne du défi que Yosseph se doit de relever, à savoir reconstruire l’unité perdue des frères:

«ש«וַיֹּאמֶר לוֹ לֶךְ-נָא רְאֵה אֶת-שְׁלוֹם אַחֶיךָ וְאֶת-שְׁלוֹם הַצֹּאן וַהֲשִׁבֵנִי דָּבָר וַיִּשְׁלָחֵהוּ מֵעֵמֶק חֶבְרוֹן וַיָּבֹא שְׁכֶמָה

«Il [Yaakov] reprit: « Va voir, je te prie, comment se portent tes frères, comment se porte le bétail et rapporte m’en des nouvelles. » II l’envoya ainsi de la vallée d’Hébron et Yossef se rendit à Shekhem.» (Gen. 37: 14)

[1] Parashat VaYeshev, Genèse 37: 1- 40: 23

 

Si l’étude du TaNaKh vous fait rêver, n’hésitez pas à me joindre:

hebreubiblique@gmail.com

Au plaisir de vous retrouver,

Shabbat shalom!

,Avec toutes mes amitiés

Haïm Ouizemann

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1 Response to Parashat VaYeshev, Yossef  l’Echelle de la Fraternité

  1. Yves Boutboul dit :

    selon l’interprétation des frères de Yoseph, ssa volonté

    ש«הַפּוֹסֵל – בְּמוּמוֹ פּוֹסֵל»ש

    «Celui qui voit une faute chez autrui, est lui-même atteint de ce défaut».

    il manque la référence.

    וַיֹּאמֶר לוֹ לֶךְ-נָא רְאֵה אֶת-שְׁלוֹם אַחֶיךָ וְאֶת-שְׁלוֹם הַצֹּאן
    וַהֲשִׁבֵנִי דָּבָר וַיִּשְׁלָחֵהוּ מֵעֵמֶק חֶבְרוֹן וַיָּבֹא שְׁכֶמָה

    «Il [Yaakov] reprit: « Va voir, je te prie, comment se portent tes frères,
    comment se porte le bétail et rapporte m’en des nouvelles. » II l’envoya
    ainsi de la vallée d’Hébron et Yossef se rendit à Shekhem.» (Gen. 37: 14)

    manque la référence en hébreu.

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