Parashat BeShala’h, Les Eaux de la Délivrance

 

Marc Chagall, La Traversée de la Mer Rouge 1955 Huile sur toile Hauteur 216,5 cm Largeur 146 cm

Marc Chagall, La Traversée de la Mer Rouge 1955 Huile sur toile Hauteur 216,5 cm Largeur 146 cm

ש«וַיֻּגַּד לְמֶלֶךְ מִצְרַיִם כִּי בָרַח הָעָם וַיֵּהָפֵךְ לְבַב פַּרְעֹה וַעֲבָדָיו אֶל-הָעָם וַיֹּאמְרוּ מַה-זֹּאת עָשִׂינוּ כִּי-שִׁלַּחְנוּ אֶת-יִשְׂרָאֵל מֵעָבְדֵנוּ» (שמות יד: ה).ש

«On rapporta au roi d’Égypte que le peuple s’enfuyait. Alors les dispositions de Pharaon et de ses serviteurs changèrent à l’égard de ce peuple et ils dirent: « Qu’avons-nous fait là, d’affranchir les Israélites de notre servitude» (Exode 14: 5)[1]

ש«וַיֶּאְסֹר אֶת-רִכְבּוֹ וְאֶת-עַמּוֹ לָקַח עִמּוֹ» (שמות יד: ו).ש

«Il fit atteler son char, emmena avec lui son peuple» (Exode 14: 6)

Le terme ReKheV signifiant «char de guerre», anagramme de la racine B. R. Kh., «bénir», témoigne de l’attitude ingrate de Pharaon envers les Hébreux. En effet, Jacob bénit Pharaon en arrivant en Egypte:

ש«וַיְבָרֶךְ יַעֲקֹב אֶת-פַּרְעֹה וַיֵּצֵא מִלִּפְנֵי פַרְעֹה» (בראשית מז: י).ש

«Jacob bénit Pharaon et se retira de devant lui». (Gen. 47: 10)

Ignorant  la bénédiction historique de Ya’akov qui permettra à l’Egypte de prospérer (cf. Rachi Gen. 47: 10), Pharaon s’obstine, malgré la plaie des nouveaux-nés, à vouloir ramener Israël à son état «naturel».d’esclave. Cette obstination aveugle que nous retrouverons plus tard chez son descendant spirituel, Hitler, conduit, alors, l’Eternel à briser le Yam Souf, la Mer des Joncs.

Cette brisure de la Mer des Joncs finalise la mise à part des Hébreux, lors des plaies de la grêle et de l’obscurité et opère une nette distinction entre les fils d’Israël et les Egyptiens. L’ouverture du Yam Souf marque un tournant significatif dans l’Histoire du peuple d’Israël car il constitue le degré paroxystique de la Sortie d’Egypte.

L’Eternel, en gestation de son fils premier-né (Exode 4: 22) durant quatre cent trente ans, accouche de son peuple Israël!

Pour cela, Il a choisi Moshe, qui remplit le rôle de maïeuticien. Il participe de tout son être à la mise au monde du peuple d’Israël.  Il convient de souligner que, sur le plan grammatical, la signification du nom de Moïse, Moshe en hébreu, est «celui qui retire des eaux»[2] et non point «celui qui a été retiré des eaux».

Formé au creuset de fer de la puissante Egypte pharaonique (Deut. 4: 20), Israël, comme au moment de la fissure de la poche des eaux à la naissance du nouveau-né, est finalement extrait par force de la Maison de l’esclavage.

Mitsraïm, l’Egypte, peut être interprété comme «le lieu de l’étroitesse, de la tristesse (בֵּין הַמְּצָרִים)» (Lamentations 1: 3), «le lieu de la souffrance מֵצֵר» et/ou  «le lieu des contractions צִירִים» survenant avant la délivrance finale (naissance). La racine M.Ts.R ((מ. צ. ר.  à la source du nom MiTsRaïM exprime la délimitation, le tracé d’une limite physique, mentale et spirituelle. L’esclavage ne se caractérise donc point seulement par l’asservissement physique mais essentiellement par la censure, l’autolimitation, la fermeture sur soi-même et l’acceptation de la norme sociale contraignante et menaçante générée par l’autorité despotique. Au contraire, la rupture des eaux a pour dessein d’ouvrir à Israël les Portes de l’Infini, du MiDBaR, du désert, le lieu ou se fait entendre la Parole divine. Le Yam Souf qui peut être lu Yam Sof,  «la Mer du fini» s’ouvre désormais vers un avenir riche de promesse: le désert de l’Infinitude, au lieu même de la rencontre intime entre Israël et l’Eternel, au lieu même de la théophanie.

ש«וְהַיָּם בָּקַעְתָּ לִפְנֵיהֶם וַיַּעַבְרוּ בְתוֹךְ-הַיָּם בַּיַּבָּשָׁה וְאֶת-רֹדְפֵיהֶם הִשְׁלַכְתָּ בִמְצוֹלֹת כְּמוֹ-אֶבֶן בְּמַיִם עַזִּים» (נחמיה ט: יא)ש

«Tu fendis la mer devant eux; ils passèrent à pied sec au milieu de la mer, tandis que leurs persécuteurs, tu les précipitas au fond du gouffre, comme une pierre au sein des eaux puissantes» (Néhémie 9: 11).

La racine verbale B. K. ‘. (ב. ק. ע) signifiant à la fois «briser» et «jaillir» renferme l’idée d’une  guérison future:

 ש«אָז יִבָּקַע כַּשַּׁחַר אוֹרֶךָ וַאֲרֻכָתְךָ מְהֵרָה תִצְמָח וְהָלַךְ לְפָנֶיךָ צִדְקֶךָ כְּבוֹד יְהוָה יַאַסְפֶךָ» (ישעיהו נח: ח).ש

«C’est alors que ta lumière poindra comme l’aube, que ta guérison sera prompte à éclore; ta vertu marchera devant toi, et derrière toi la majesté de l’Eternel fermera la marche». (Isaïe 58: 8).

Ainsi, elle ouvre la perspective d’une nouvelle naissance:

ש«וְלֹא צָמְאוּ בָּחֳרָבוֹת הוֹלִיכָם מַיִם מִצּוּר הִזִּיל לָמוֹ וַיִּבְקַע-צוּר וַיָּזֻבוּ מָיִם» (ישעיהו מח: כא).ש

«Et ils n’ont pas souffert de la soif dans les lieux arides où il les a conduits; il a fait pour eux ruisseler l’eau du rocher, il a fendu le granit et les sources ont jailli!» (Isaïe 48: 21; cf. Ps. 78: 15; Job 32: 19).

ש«וַיּוֹצֵא יִשְׂרָאֵל מִתּוֹכָם: כִּי לְעוֹלָם חַסְדּוֹ. יב בְּיָד חֲזָקָה וּבִזְרוֹעַ נְטוּיָה: כִּי לְעוֹלָם חַסְדּוֹ. יג לְגֹזֵר יַם-סוּף, לִגְזָרִים כִּי לְעוֹלָם חַסְדּוֹ» (תהלים קלו: יא-יג).ש

«…et fit sortir Israël du milieu d’eux, car sa grâce est éternelle; 12 avec une main puissante et un bras étendu, car sa grâce est éternelle; 13 à Celui qui fendit en deux la mer des Joncs, car sa grâce est éternelle» (Ps. 136: 11-13).

Cette renaissance prend sa source dans l’Alliance conclue entre l’Eternel et le Patriarche Avraham:

ש« וַיְהִי הַשֶּׁמֶשׁ בָּאָה וַעֲלָטָה הָיָה; וְהִנֵּה תַנּוּר עָשָׁן, וְלַפִּיד אֵשׁ אֲשֶׁר עָבַר בֵּין הַגְּזָרִים הָאֵלֶּה.יח בַּיּוֹם הַהוּא כָּרַת יְהוָה אֶת-אַבְרָם–בְּרִית לֵאמֹר לְזַרְעֲךָ, נָתַתִּי אֶת-הָאָרֶץ הַזֹּאת»ש

«Cependant le soleil s’était couché, et l’obscurité régnait: voici qu’un tourbillon de fumée et un sillon de feu passèrent entre ces chairs dépecées18 Ce jour-là, l’Éternel conclut avec Abram une Alliance, en disant: « J’ai octroyé à ta descendance ce territoire, depuis le torrent d’Egypte jusqu’au grand fleuve, le fleuve d’Euphrate» (Genèse 15: 17-19)

La rupture des eaux de la Mer des Joncs se réitère lors de l’entrée des fils d’Israël en Cana’an (Josué 3: 11-17)  lors de la Traversée du Jourdain:

ש«הַיָּם רָאָה וַיָּנֹס הַיַּרְדֵּן יִסֹּב לְאָחוֹר» (תהלים קיד: ג).ש

«La mer le vit et se mit à fuir, le Jourdain retourna en arrière» (Psaume 114: 3)

Avraham traverse les fleuves de l’Euphrate et du Tigre dans ses pérégrinations vers la terre de Cana’an, Jacob traverse le Yabok à son retour vers le pays de Cana’an, les Hébreux la Mer des Joncs à la Sortie d’Egypte, en route vers le pays de Canaan, et le Jourdain pour entrer en Canaan sous la conduite de Josué.

Ces étapes, à l’image du fœtus s’épanouissant dans le sein de sa mère, témoignent de l’évolution graduelle d’un peuple en voie de création et de formation sur la terre de ses ancêtres.

ש«וְעַתָּה כֹּה-אָמַר יְהוָה בֹּרַאֲךָ יַעֲקֹב וְיֹצֶרְךָ יִשְׂרָאֵל אַל-תִּירָא כִּי גְאַלְתִּיךָ קָרָאתִי בְשִׁמְךָ לִי-אָתָּה. ב כִּי-תַעֲבֹר בַּמַּיִם אִתְּךָ-אָנִי וּבַנְּהָרוֹת לֹא יִשְׁטְפוּךָ כִּי-תֵלֵךְ בְּמוֹ-אֵשׁ לֹא תִכָּוֶה וְלֶהָבָה לֹא תִבְעַר-בָּךְ» (ישעיהו מג: א-ב).ש

«Or maintenant, ainsi a parlé l’Eternel, ton Créateur, ô Jacob, ton Auteur, ô Israël! Ne crains rien car je vais te libérer; je t’ai appelé par ton nom, tu es à moi! 2 Quand tu passeras par les eaux, je serai avec toi; par les torrents, ils ne te submergeront pas; quand tu marcheras à travers le feu, tu ne seras pas brûlé; à travers la flamme, elle n’aura point prise sur toi». (Isaïe 43: 1-2)

Cette formation, loin d’être encore achevée, se poursuit avec le retour des exilés en Erets Israël. Ainsi, de même que lors de la sortie d’Egypte, ce retour fut laborieux dans les années 1930-1940, jusqu’à la création de l’Etat d’Israël. C’est alors que fleurit ce qu’il est convenu d’appeler la «Aliyah Beit», l’immigration illégale, sous l’impulsion de Zeev Jabotinsky et du Yishouv, souvent dans des conditions draconiennes et se heurtant à de nombreuses difficultés et à un refus de l’autorité mandataire anglaise alors au pouvoir, et ce, jusqu’à l’acceptation par vote à l’ONU le 29 novembre 1947 et à la Création de l’Etat d’Israël.

ש«עִבְרוּ עִבְרוּ בַּשְּׁעָרִים פַּנּוּ דֶּרֶךְ הָעָם סֹלּוּ סֹלּוּ הַמְסִלָּה סַקְּלוּ מֵאֶבֶן הָרִימוּ נֵס עַל-הָעַמִּים» (ישעיהו סב: י).ש

«Passez, passez par les portes, faites déblayer la route du peuple; nivelez, nivelez la chaussée, enlevez-en les pierres, levez l’étendard pour les nations». (Isaïe 62: 10)

[1] Parashat BeShala’h, Exode 13: 17- 17: 16

[2] Exode 2: 10; Le prénom Moshe (Racine: מ. ש. י) est un participe présent actif et non point une forme passive comme le laisse entendre la traduction commune.

 

Si l’étude du TaNaKh vous fait rêver, n’hésitez pas à me joindre:

hebreubiblique@gmail.com

Au plaisir de vous retrouver,

Shabbat shalom!

,Avec toutes mes amitiés

Haïm Ouizemann

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2 Responses to Parashat BeShala’h, Les Eaux de la Délivrance

  1. Moeckli antoinette dit :

    merci Haïm, quelle inspiration pour nous les greffés ! à bientôt

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