Shabbat Zakhor, Amalek et la Brisure du Nom

Meguilat Esther

Meguilat Esther

En ce Shabbat Zakhor, précédant la fête de Pourim et la lecture de la Meguilah Esther, Israël reçoit l’injonction catégorique de se souvenir ad vitam aeternam d’Amalek afin d’en effacer totalement le nom de l’histoire du genre humain.

ש«זָכוֹר אֵת אֲשֶׁר-עָשָׂה לְךָ עֲמָלֵק בַּדֶּרֶךְ בְּצֵאתְכֶם מִמִּצְרָיִם.  אֲשֶׁר קָרְךָ בַּדֶּרֶךְ וַיְזַנֵּב בְּךָ כָּל-הַנֶּחֱשָׁלִים אַחֲרֶיךָ וְאַתָּה עָיֵף וְיָגֵעַ וְלֹא יָרֵא אֱלֹהִים. וְהָיָה בְּהָנִיחַ יְהוָה אֱלֹהֶיךָ לְךָ מִכָּל-אֹיְבֶיךָ מִסָּבִיב בָּאָרֶץ אֲשֶׁר יְהוָה-אֱלֹהֶיךָ נֹתֵן לְךָ נַחֲלָה לְרִשְׁתָּהּ תִּמְחֶה אֶת-זֵכֶר עֲמָלֵק מִתַּחַת הַשָּׁמָיִם לֹא תִּשְׁכָּח» (דברים כה: יז-יט).ש

«Tu dois te souvenir de ce que t’a fait Amalek, lors de votre route, au sortir de l’Egypte; 18 comme il t’a surpris chemin faisant, et s’est jeté sur tous tes traînards par derrière. Tu étais alors fatigué, à bout de forces, et lui ne craignait pas le Seigneur. 19 Aussi, lorsque l’Éternel, ton Seigneur, t’aura débarrassé de tous tes ennemis d’alentour, dans le pays qu’il te donne en héritage pour le posséder, tu effaceras la mémoire d’Amalek de dessous le ciel: ne l’oublie point». (Deut. 25: 17- 19).

Pourquoi Israël se doit-il d’éradiquer toute trace d’Amalek?

ש«רֵאשִׁית גּוֹיִם עֲמָלֵק…» (במדבר כד:כ).ש

«Amalek était le premier des peuples…» (Nombres 24: 20).

ש«קֹדֶשׁ יִשְׂרָאֵל לַיהוָה רֵאשִׁית תְּבוּאָתֹה…» (ירמיהו ב: ג).ש

«Israël est une chose sainte, appartenant à l’Eternel, les prémices de sa récolte…» (Jérémie 2: 3)

Amalek, dont l’origine remonte à Esaü (Genèse 36: 12) le frère jumeau de Ya’akov, aspire sans cesse à se substituer à Israël, à occuper sa place historique en le détruisant physiquement et spirituellement (Esther 7: 4). Israël et Amalek sont tous deux nommés «prémices» («Reshit»). Pourtant, encore enfermés dans le sein de leur mère commune Rivka, la deuxième Matriarche d’Israël, Israël et Edom, grand-père d’Amalek, concourent en un âpre et dur combat pour s’arroger le droit d’aînesse (Genèse 25: 22-23). En effet, le terme hébreu pour «se heurter» וַיִּתְרֹצְצוּ signifie également «se faire concurrence».

ש«וַיֹּאמֶר יְהוָה לָהּ שְׁנֵי גֹיִים בְּבִטְנֵךְ וּשְׁנֵי לְאֻמִּים מִמֵּעַיִךְ יִפָּרֵדוּ וּלְאֹם מִלְאֹם יֶאֱמָץ וְרַב יַעֲבֹד צָעִיר» (בראשית כה: כג).ש

«Le Seigneur lui dit: « Deux nations sont dans ton sein et deux peuples sortiront de tes entrailles; un peuple sera plus puissant que l’autre et l’aîné obéira au plus jeune» (Genèse 25: 23).

Amalek, considéré comme le Mal absolu, devient le porte-drapeau de l’antisémitisme à l’état brut, qui se passe de tout «prétexte». Son descendant, Haman, aura, lui, besoin d’un «prétexte plausible» pour amener son antisémitisme à son paroxysme et le transformer en une idéologie génocidaire adoptée par certaines Nations qui, hostiles à la présence d’Israël en ce monde, aspirent à sa totale éradication. La Conférence de Wannsee (20 janvier 1942) où sera élaborée «la solution finale» constitue l’aboutissement paroxystique de cette idéologie meurtrière.

Quel dessein poursuivent Amalek et son descendant de triste mémoire Haman? Pourquoi éprouvent-t-ils autant de jalousie et de haine envers Israël, le peuple que l’Eternel a choisi d’entre toutes les Familles de la terre?

ש«וַיִּבֶן מֹשֶׁה מִזְבֵּחַ וַיִּקְרָא שְׁמוֹ יְהוָה נִסִּי וַיֹּאמֶר כִּי-יָד עַל-כֵּס יָהּ מִלְחָמָה לַיהוָה בַּעֲמָלֵק מִדֹּר דֹּר» (שמות יז: טו-טז).ש

«Moïse érigea un autel, qu’il nomma: « L’Eternel est ma bannière. » 16 Et il dit: « Puisque sa main s’attaque au trône de l’Éternel, guerre à Amalek de par l’Éternel, de siècle en siècle!» (Exode 17:  15-16 ).

Deux absences évocatrices se remarquent: celle du Alef ( א ) à la fin du mot «trône, Kess (כֵּס)»- lettre symbole du Principe d’Unité divine et cosmique- ainsi que celles des deux dernières consonnes composant le Tétragramme Vav et Heh, (וה). Cette double lacune consonantique permet d’en déduire qu’Amalek a pour dessein de briser la Divinité, aussi bien dans sa dimension de Justice – אֱלֹהִים – débutant par la lettre Aleph que dans celle de ‘Hessed (amour) יְהוָה- s’achevant par וה. Révélé à Moïse au Buisson Ardent comme à Israël au mont HoReV חוֹרֵב, le mont du Buisson Ardent aussi bien que du don de la Tora mais également «de la destruction» (חוֹרֵב), le Tétragramme témoigne de la Présence divine dans la dimension historique et éthique du monde. L’anagramme verbal B. ‘H. R. (,בָּחַר Deut. 7: 6)  tiré du verbe ‘H.R.B- חָרַב, «détruire par l’épée»- signifie «Choisir, élire». Autrement dit, l’élection d’Israël par l’Eternel va susciter la haine ardente et parfois irrationnelle des Nations. Ainsi, loin de rappeler la «raison» première de son subit désir d’anéantir TOUT le peuple juif, PARTOUT dans l’empire perse, qui est le refus de Mordechaï de se prosterner devant lui (Esther 3, 5-6), Haman motive son intention de «solution finale» en mettant en exergue la thèse de la différence identitaire d’Israël qui représenterait une menace pour le pouvoir d’Assuérus (Esther 3: 8).

Comment Israël mettra-t-il un terme à la présence d’Amalek?

Amalek fait son apparition dans l’histoire d’Israël au moment même où ce dernier, quittant l’exil, se met en marche vers Ia terre promise (Exode 17, 8) ou exprime le souhait de demeurer en Diaspora[1], et ce dans le vain espoir d’empêcher la réalisation de cette prophétie biblique:

ש«בָּעֵת הַהִיא יִקְרְאוּ לִירוּשָׁלִַם כִּסֵּא יְהוָה וְנִקְווּ אֵלֶיהָ כָל-הַגּוֹיִם לְשֵׁם יְהוָה לִירוּשָׁלִָם וְלֹא-יֵלְכוּ עוֹד–אַחֲרֵי, שְׁרִרוּת לִבָּם הָרָע» (ירמיהו ג: יז).ש

«En ces temps on appellera Jérusalem: « Trône de l’Eternel. Tous les peuples s’assembleront là, à Jérusalem, en l’honneur de l’Eternel, et ils cesseront de suivre les mauvais penchants de leur cœur» (Jérémie 3: 17).

C’est à Jérusalem et seulement à Jérusalem que se révèle l’intégrité à la fois du terme hébraïque כִּסֵּא (Trône) et du Tétragramme יְהוָה (l’Eternel). Autrement dit, la réparation de l’unité du Nom divin uniquement rendue possible en Erets Israël est à même de mettre un terme au règne du Mal absolu touchant le peuple de l’Eternel. La fin de l’exil marque le retour glorieux de la Shekhina, la Présence de l’Eternel qui accompagne Israël du désert des Nations jusqu’en son lieu d’origine Jérusalem et Israël, source de la rédemption finale. Si l’exil a brisé le Nom divin en tentant de couper tragiquement Israël de sa racine existentielle, de son cordon ombilical- par assimilation, oubli de la tradition ancestrale, soumission au joug culturel, politique et spirituel des Nations- la naissance de l’état d’Israël moderne, son Indépendance et l’unité de la capitale de Jérusalem, expression du retour historique de la souveraineté politique et spirituelle en Israël, annoncent le renouveau d’Israël et le déclin définitif d’Amalek. Bil’am, le prophète des Nations, venu maudire Israël ne l’a-t-il point prévu et annoncé ?

ש«רֵאשִׁית גּוֹיִם עֲמָלֵק, וְאַחֲרִיתוֹ עֲדֵי אֹבֵד» (במדבר כד: כ).ש

«Amalek était le premier des peuples; mais son avenir est voué à la perdition» (Nombres 24: 20)

Alors, une ère nouvelle s’ouvrira pour le Monde. L’ensemble des Nations se rallieront au Nom divin par le biais de la réunification de Jérusalem et des Territoires, berceau et cœur de l’Histoire d’Israël, avec le peuple de l’Eternel, Dieu d’Israël:

ש«זַמְּרוּ אֱלֹהִים זַמֵּרוּ זַמְּרוּ לְמַלְכֵּנוּ זַמֵּרוּ. כִּי מֶלֶךְ כָּל-הָאָרֶץ אֱלֹהִים זַמְּרוּ מַשְׂכִּיל מָלַךְ אֱלֹהִים עַל-גּוֹיִם אֱלֹהִים יָשַׁב עַל-כִּסֵּא קָדְשׁוֹ נְדִיבֵי עַמִּים נֶאֱסָפוּ עַם אֱלֹהֵי אַבְרָהָם:כִּי לֵאלֹהִים, מָגִנֵּי-אֶרֶץ מְאֹד נַעֲלָה» (תהלים מז: ז-י).ש

 «Chantez Dieu, chantez! Chantez notre roi, chantez!  Car le Seigneur est Roi de toute la terre: entonnez un solennel cantique.  Le Seigneur règne sur les Nations, le Seigneur siège sur son trône de sainteté.  Que les plus nobles d’entre les nations s’assemblent le peuple du Dieu d’Abraham! Car de Dieu relèvent ceux qui sont les boucliers de la terre: il est souverainement élevé» (Psaumes 47: 7-10).

Tous les hommes proclameront alors l’Unité du Nom divin reflétée par l’unité du genre humain!

ש«וְהָיָה יְהוָה לְמֶלֶךְ עַל-כָּל-הָאָרֶץ בַּיּוֹם הַהוּא יִהְיֶה יְהוָה אֶחָד וּשְׁמוֹ אֶחָד» (זכריה יד: ט)ש

«L’Eternel sera Roi sur toute la terre; en ce jour, l’Eternel sera Un et Unique sera Son Nom» (Zacharie 14: 9)

 

[1] L’histoire d’Esther serait postérieure au Décret de Cyrus dans lequel celui-ci autorise officiellement le retour des exilés en Judée afin de pouvoir y reconstruire le Temple (Ezra 1: 1-2). Seule une minorité juive acceptera de monter en Israël.

Si l’étude du TaNaKh vous fait rêver, n’hésitez pas à me joindre:

hebreubiblique@gmail.com

Au plaisir de vous retrouver,

Shabbat shalom!

,Avec toutes mes amitiés

Haïm Ouizemann

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1 Response to Shabbat Zakhor, Amalek et la Brisure du Nom

  1. Cathou dit :

    Pas la peine d’en vouloir à mort aux juifs, à Israël, nous avons aussi notre Amalek à combattre.
    En France, aujourd’hui, Amalek c’est : les multinationales, les banques, les politiques au seul service de ces puissances factices. Destruction de l’humain, de l’identité, des racines, de l’éducation, de la réflexion, de la liberté..
    Alors allons-nous, à l’image d’Israël, combattre Amalek?
    Ou bien allons-nous préférer encourager Amalek et combattre Israël??
    Les élections arrivent , mon choix est fait, et vous???? il y a des candidats dont personne n’a intérêt à parler.. parce qu’ils sont un chemin vers la Liberté de la France et la main tendue à Israël.
    Nous aussi nous pouvons vaincre Amalek, si nous le voulons!! Avec l’aide de Dieu, avec notre seule volonté: OSONS!!!

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