Parashot Tazria-Metsora, la lèpre du Renouveau

"Bonaparte visitant les pestiférés de Jaffa", Antoine-Jean Gros. 1804

« Bonaparte visitant les pestiférés de Jaffa », Antoine-Jean Gros. 1804

Les deux péricopes Tazria- Metsora introduisent l’une des notions les plus complexes relative aux principes de pureté et d’impureté: la lèpre. Le cohen, (prêtre) est le seul habilité à déterminer l’ampleur et la gravité de cette maladie rendant impur celui qui en est atteint. Le malade, écarté de son proche environnement social afin d’éviter toute contagion possible, ne pourra le réintégrer que sur l’ordre du cohen:

ש«וְרָאָה הַכֹּהֵן אֶת-הַנֶּגַע בְּעוֹר-הַבָּשָׂר וְשֵׂעָר בַּנֶּגַע הָפַךְ לָבָן וּמַרְאֵה הַנֶּגַע עָמֹק מֵעוֹר בְּשָׂרוֹ נֶגַע צָרַעַת הוּא וְרָאָהוּ הַכֹּהֵן וְטִמֵּא אֹתוֹ» (ויקרא יג: ג).ש

«Le pontife examinera cette affection de la peau: si le poil qui s’y trouve est devenu blanc, et que la plaie paraisse plus profonde que la peau du corps, c’est une plaie de lèpre. Cela constaté, le pontife le déclarera impur». (Lev. 13: 3)[1]

Or, comment comprendre qu’un corps totalement frappé de lèpre (Tsara’at, צָרַעַת) devienne pur?

ש«וְרָאָה הַכֹּהֵן וְהִנֵּה כִסְּתָה הַצָּרַעַת אֶת-כָּל-בְּשָׂרוֹ וְטִהַר אֶת-הַנָּגַע כֻּלּוֹ הָפַךְ לָבָן טָהוֹר הוּא» (ויקרא יג: יג).ש

«…celui-ci constatera que la lèpre a gagné tout le corps, et il déclarera cette plaie pure: elle a complètement blanchi la peau, elle est pure». (Lev. 13: 13)

Ce corps ne devrait-il point au contraire être considéré comme absolument impur? Comment comprendre le fait qu’une simple tache de lèpre rende le corps impur alors que si la lèpre s’étend au corps entier, ce dernier est considéré comme pur?

Deux Midrashim[2] tentent de résoudre cette interrogation en lui apportant un sens national et universel.

Le premier texte talmudique rapporte le dialogue entre Rabbi Yehoshoua ben Levi et le prophète Elie (Elyahou, אֵלִיָּהוּ): « Lorsque Rabbi Yehoshoua ben Levi demande: « Où se trouve le Messie », le prophète Elie lui répond: « le Messie portant la lèpre réside parmi les lépreux  souffrant de maux »».

De quels maux s’agit-il?

«N’est-il point écrit:

ש«אָכֵן חֳלָיֵנוּ הוּא נָשָׂא וּמַכְאֹבֵינוּ סְבָלָם וַאֲנַחְנוּ חֲשַׁבְנֻהוּ נָגוּעַ מֻכֵּה אֱלֹהִים וּמְעֻנֶּה»ש

«Et pourtant ce sont nos maladies dont il était chargé, nos souffrances qu’il portait, alors que nous, nous le prenions pour un malheureux atteint, frappé par Dieu, humilié» (Isaïe 53: 4) (Traité Sanhedrin 98; b)»

Selon cette interprétation, le Messie dénommé le «lépreux de la Maison de Rabbi» incarne le peuple d’Israël qui, au temps de l’exil, est appelé à porter et à supporter la souffrance et les fautes du monde. Pourtant, alors que ces souffrances sont interprétées comme étant un châtiment divin, thèse essentielle de la théorie de la substitution développée par les pères de l’Eglise catholique, elles sont porteuses de rédemption:

ש«וְהוּא מְחֹלָל מִפְּשָׁעֵנוּ מְדֻכָּא מֵעֲו‍ֹנֹתֵינוּ מוּסַר שְׁלוֹמֵנוּ עָלָיו וּבַחֲבֻרָתוֹ נִרְפָּא-לָנוּ» (ישעיהו נג: ה).ש

«Et c’est pour nos péchés qu’il a été meurtri, par nos iniquités qu’il a été écrasé; le châtiment, gage de notre salut, pesait sur lui, et c’est sa blessure qui nous a valu la guérison». (Isaïe 53:5 ).

Mais comment le lépreux considéré comme un être mort peut-il revenir à la vie?

ש«אַל-נָא תְהִי כַּמֵּת אֲשֶׁר בְּצֵאתוֹ מֵרֶחֶם אִמּוֹ וַיֵּאָכֵל חֲצִי בְשָׂרוֹ» (במדבר יב: יב).ש

«Oh! Qu’elle ne ressemble pas à un mort-né qui, dès sa sortie du sein de sa mère, a une partie de son corps consumée!» (Nombres 12: 12)

Cette mort illustrée par la «vision des Ossements desséchés» (Ezéchiel 37) laisse croire qu’Israël est à jamais perdu:

ש«וַיֹּאמֶר אֵלַי בֶּן-אָדָם, הָעֲצָמוֹת הָאֵלֶּה כָּל-בֵּית יִשְׂרָאֵל הֵמָּה הִנֵּה אֹמְרִים יָבְשׁוּ עַצְמוֹתֵינוּ וְאָבְדָה תִקְוָתֵנוּ נִגְזַרְנוּ לָנוּ» (יחזקאל לז: יא).ש

«Alors il me dit: « Fils de l’homme, ces ossements, c’est toute la maison d’Israël. Ceux-ci disent: « Nos os sont desséchés, notre espoir est perdu, c’est fait de nous!» (Ezéchiel 37: 11).

Ainsi, aussi paradoxal que cela puisse paraître, la souffrance d’Israël qui semble marquer le déclin du peuple de l’Eternel va, au contraire, constituer le signe de sa propre résurrection nationale et spirituelle ainsi que de la Rédemption de  l’ensemble de l’Humanité.

Le second Midrash relate le dialogue entre un apostat juif et Rabbi Abahou. A la question du premier: «Quand viendra le Messie?» Rabbi Abahou répond: «Lorsque les ténèbres recouvriront les Nations du monde; l’apostat répond: « Ne m’injuries-tu point sans aucune raison!?»  Rabbi Abahou répond:

ש«כִּי-הִנֵּה הַחֹשֶׁךְ יְכַסֶּה-אֶרֶץ וַעֲרָפֶל לְאֻמִּים וְעָלַיִךְ יִזְרַח יְהוָה וּכְבוֹדוֹ עָלַיִךְ יֵרָאֶה» (ישעיהו ס: ב).ש

«Car voici que des que les ténèbres couvriront la terre et une sombre brume les nations, sur toi l’Eternel rayonnera et sur toi sa gloire apparaît.» (Isaïe 60: 2)

Les deux termes «obscurité» (‘Hoshekh/ חֹשֶׁךְ) et «brume» (Arafel/עֲרָפֶל) ne sont point sans rappeler l’opération nazie «Nacht Und Nebel» («Nuit et Brouillard») visant à faire secrètement disparaître les «opposants» au régime du IIIe Reich.

Après la Shoah et la libération du camp de la mort en janvier 1945, l’Etat d’Israël ressuscite en 1948:

 ש«וְהִנַּבֵּאתִי כַּאֲשֶׁר צִוָּנִי וַתָּבוֹא בָהֶם הָרוּחַ וַיִּחְיוּ וַיַּעַמְדוּ עַל-רַגְלֵיהֶם חַיִל גָּדוֹל מְאֹד-מְאֹד. וַיֹּאמֶר אֵלַי בֶּן-אָדָם הָעֲצָמוֹת הָאֵלֶּה כָּל-בֵּית יִשְׂרָאֵל הֵמָּה… וְהַעֲלֵיתִי אֶתְכֶם מִקִּבְרוֹתֵיכֶם עַמִּי וְהֵבֵאתִי אֶתְכֶם אֶל-אַדְמַת יִשְׂרָאֵלּ» (יחזקאל לז: יא-יב).ש

«Et je prophétisai, comme il me l’avait ordonné; et l’esprit les pénétra, ils vécurent et ils se dressèrent sur leurs pieds, en une multitude extrêmement nombreuse. Alors il me dit: « Fils de l’homme, ces ossements, c’est toute la maison d’Israël… je vous ferai remonter de vos tombeaux, ô mon peuple! et je vous ramènerai au pays d’Israël». (Ezéchiel 37: 10-12).

«C’est alors que les Nations si hostiles au peuple de l’Eternel s’associeront a celui qui considéré comme lépreux recouvrira sa peau d’antan sur sa terre retrouvée, Erets Israël»:

ש«וְהָלְכוּ גוֹיִם לְאוֹרֵךְ וּמְלָכִים, לְנֹגַהּ זַרְחֵךְ» (ישעיהו ס: ג).ש

«Et les peuples marcheront à ta lumière [d’Israël], les rois à l’éclat de ton aurore (Isaïe 60: 3)

Les Sages d’Israël enseignent qu’il existe  un sens à l’Histoire et un ordre cosmique que rétablira le peuple d’Israël (vision  téléologique de l’Histoire).  Les Nations finiront par comprendre que la souffrance d’Israël, malgré lui, fut un rempart à leur destruction totale. Israël soignera le monde de ses maux au moment même où le spectre d’Hiroshima et la tentation génocidaire des gouvernants de ce monde persistent à menacer la paix du genre humain.

 

[1] Parashot Tazria-Metsora, Lévitique 12: 1- 15: 33

[2] Méditations exégétiques des Sages d’Israël.

 

Si l’étude du TaNaKh vous fait rêver, n’hésitez pas à me joindre:

hebreubiblique@gmail.com

Au plaisir de vous retrouver,

Shabbat shalom!

,Avec toutes mes amitiés

Haïm Ouizemann

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2 Responses to Parashot Tazria-Metsora, la lèpre du Renouveau

  1. Dessalle dit :

    Bonjour Haïm,C’est Emmanuelle-Elisabeth qui écris. Avec mon mari, René, nous n’avons pu assister à la séance de mardi. Je suis ravie de lire cet enseignement que tu envoies aujourd’hui. Cela donne de l’espérance. Surtout pour nous, en France, qui voyons une élection présidentielle épouvantable se dérouler en ce moment….. nous prions depuis longtemps pour la paix de Jérusalem; que les ossements desséchés ressuscitent maintenant ! le monde entier en a tellement besoin ! bonne journée et merci pour ce beau travail. Shabbat Shalom Haïm à toi et à toute la communauté! Emmanulle-Elisabeth Dessalle

  2. MIMOUNI HENRI MEYER dit :

    HAZAK. SHABBAT SHALOM. AH SI J’ ETAIS RICHE. ISAIE : 53:9. 36. MARC AMEN. Y-ACHIR DIDIER. LION DE JUDAH. 5777.

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