Parashot Aharei Mot-Kedoshim, Sainteté, entre responsabilité collective et individuelle

Israël la lumière des Nations

Israël la lumière des Nations

La péricope Kedoshim («saints») se caractérise par le développement des Dix Paroles qu’Israël reçoit au mont Sinaï.

ש«דַּבֵּר אֶל-כָּל-עֲדַת בְּנֵי-יִשְׂרָאֵל וְאָמַרְתָּ אֲלֵהֶם קְדֹשִׁים תִּהְיוּ כִּי קָדוֹש אֲנִי יְהוָה אֱלֹהֵיכֶם» (ויקרא יט: ב).ש

«Parle à toute la communauté des enfants d’Israël et dis-leur: Soyez saints! Car je suis saint, moi l’Éternel, votre Dieu» (Lévitique 19: 2)

Le grand commentateur Rachi va à trois reprises expliquer le sens de cette notion de sainteté: Effectivement, il s’avère que «toutes les fois que l’on trouve une mise en garde contre la débauche, on trouve mention de la sainteté: ‘Ils ne prendront pas une femme prostituée ou profanée […] je suis l’Eternel qui vous sanctifie’ (Lévitique 21, 7 et 8); ‘et il ne profanera pas sa descendance dans son peuple, car je suis l’Eternel qui le sanctifie’ (Lévitique 21, 15); ‘ils seront saints […] ils ne prendront pas une femme prostituée ou profanée’ (Lévitique 21, 6 et 7)[1].

ש«וְהִתְקַדִּשְׁתֶּם וִהְיִיתֶם קְדֹשִׁים כִּי אֲנִי יְהוָה אֱלֹהֵיכֶם» (ויקרא כ: ז).ש

 «Et vous sanctifierez vous et vous serez saints, car je suis l’Éternel votre Seigneur» (Lévitique 20: 7)

De plus, Rachi enseigne que la sainteté ne peut être acquise que par l’éloignement absolu de tout culte païen (étranger) (עֲבוֹדָה זָרָה, Avoda zarah) apparenté à l’adultère (Lévitique 20: 10), Israël doit s’écarter d’une part du culte païen sanglant qui consistait à offrir son fils en sacrifice à Molokh (Lev. 20: 2-5; Lev. 18: 21) et d’autre part tenter de prévoir l’avenir en s’appuyant sur la voyance (Lev. 20: 6).

ש«וִהְיִיתֶם לִי קְדֹשִׁים כִּי קָדוֹשׁ אֲנִי יְהוָה וָאַבְדִּל אֶתְכֶם מִן-הָעַמִּים לִהְיוֹת לִי» (ויקרא כ: כו).ש

«Et vous serez saints pour moi, car je suis saint, moi l’Éternel, et je vous ai séparés d’avec les peuples pour que vous soyez à moi» (Lévitique 20: 26)

Rachi enseigne que cette  séparation d’avec les Nations a pour dessein de  glorifier le Nom divin. Israël en s’écartant du péché relatif à la consommation d’un animal impur témoigne qu’il  accepte de porter sur lui le joug du royaume céleste.

Mais la Tora restreint-elle la dimension du Principe de sainteté à la seule maîtrise de ces trois grands interdits, à savoir la transgression sexuelle, la pratique du culte païen et la consommation d’un animal impur?

Si le raisonnement déductif de Rachi se trouve effectivement confirmé par la lecture des interdits sexuels énumérés de manière exhaustive au chapitre 18 du Lévitique lu au Jour de Kippour (Jour du Grand Pardon), une lecture attentive du chapitre 19 élargit significativement le champ du Principe de sainteté. En effet, la notion de sainteté, loin de se limiter aux trois interdits fondamentaux mentionnés ci-dessus, inclut de nombreuses autres limites d’ordre à la fois religieux, éthique et social:

ש«וּבְקֻצְרְכֶם אֶת-קְצִיר אַרְצְכֶם לֹא תְכַלֶּה פְּאַת שָׂדְךָ לִקְצֹר וְלֶקֶט קְצִירְךָ לֹא תְלַקֵּט. וְכַרְמְךָ לֹא תְעוֹלֵל וּפֶרֶט כַּרְמְךָ לֹא תְלַקֵּט לֶעָנִי וְלַגֵּר תַּעֲזֹב אֹתָם אֲנִי יְהוָה אֱלֹהֵיכֶם» (ויקרא יט: ט-י)ש

«Quand vous moissonnerez la récolte de votre pays, tu laisseras la moisson inachevée au bout de ton champ, et tu ne ramasseras point la glanure de ta moisson. Tu ne grappilleras point dans ta vigne, et tu ne recueilleras point les grains épars de ta vigne. Tu les abandonneras au pauvre et à l’étranger: je suis l’Éternel votre Dieu». (Lévitique 19: 9- 10)

Le pauvre, la veuve et l’orphelin ne doivent point être oubliés. La source biblique met en exergue la  dimension sociale et éthique relative au droit de la propriété. L’homme ne détient que l’usufruit de ce monde, le monde demeurant la propriété exclusive de l’Eternel!

ש«וְלֹא-תִשָּׁבְעוּ בִשְׁמִי לַשָּׁקֶר… וְיָרֵאתָ מֵּאֱלֹהֶיךָ אֲנִי יְהוָה» (ויקרא יט: יב-יד).ש

«Vous ne jurerez point par mon nom à l’appui du mensonge, tu craindras ton Seigneur, l’Eternel» (Lévitique 19: 12-14)

Israël ne doit en aucune manière instrumentaliser le Nom divin afin de  «légitimer» un mensonge dans un cas de litige porté en Justice.

ש«לֹא תַעֲשׂוּ עָוֶל בַּמִּשְׁפָּט לֹא תִשָּׂא פְנֵי-דָל וְלֹא תֶהְדַּר פְּנֵי גָדוֹל בְּצֶדֶק תִּשְׁפֹּט עֲמִיתֶךָ» (ויקרא יט: טו).ש

«Vous ne pratiquerez  point l’iniquité dans l’exercice de la justice; Tu ne montres ni ménagement au faible, ni faveur au puissant: Tu jugeras ton semblable avec impartialité». (Lévitique 19: 15)

Une lecture attentive de ces derniers versets révèle que l’Eternel s’adresse tout d’abord à l’ensemble d’Israël, son peuple bien-aimé. Il s’avère qu’une comparaison étroite entre la péricope Kedoshim (Lévitique 19) et le passage des Dix Paroles (Exode 20) laisse apparaître une différence riche de signification. En effet, alors que l’Eternel, lors du  passage relatif aux Dix paroles, ne s’adresse qu’au particulier (Tu ne…point), la péricope Kedoshim s’adresse préalablement à Israël en tant qu’entité collective unie par une même Tora. L’usage du pluriel en début de verset témoigne de la lourde responsabilité collective qu’Israël se doit de porter. Puis, passant de la forme collective, l’Eternel prend l’initiative de communiquer avec chacun des enfants d’Israël sur le mode négatif («Tu ne …pas»). En effet, le principe fondamental de  responsabilité collective ne saurait en rien voiler la responsabilité individuelle tout aussi importante dans la constitution d’une société fondée sur le Droit et la Justice.  Puis, la fin du verset est marquée par l’usage du mode positif: «tu dois…».

De la même manière qu’Israël appelle l’Eternel «Kedosh Israël»- Le Saint d’Israël- (II Rois 19: 22; Isaïe 1: 4; Ps. 89: 19), une ère adviendra où les Nations du monde reconnaîtront Israël comme le peuple qui, refusant de se fondre aux autres nations, fut choisi par l’Eternel (עַם סְגֻלָּה Am Segoula, «le peuple aimé») afin que, remplissant sa vocation de «royaume de prêtres et nation sainte» (Exode 19: 6), il devienne  une lumière pour les Nations:

ש«אֲנִי יְהוָה קְרָאתִיךָ בְצֶדֶק וְאַחְזֵק בְּיָדֶךָ וְאֶצָּרְךָ וְאֶתֶּנְךָ לִבְרִית עָם לְאוֹר גּוֹיִם» (ישעיהו מב: ו).ש

«Moi, l’Eternel, je t’ai appelé pour la justice et je te prends par la main; je te protège et je t’établis pour la fédération des peuples et la lumière des Nations» (Isaïe 42: 6).

Cette lumière, loin de séparer, réunira en un seul et même faisceau l’ensemble du peuple d’Israël ainsi que tous les êtres humains.

[1] Selon Rashi expliquant la notion de sainteté par un raisonnement de déduction,

Si l’étude du TaNaKh vous fait rêver, n’hésitez pas à me joindre:

hebreubiblique@gmail.com

Au plaisir de vous retrouver,

Shabbat shalom!

,Avec toutes mes amitiés

Haïm Ouizemann

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