Parashat Emor, Le Cohen, l’éternité de la Vie

La birkat hacohanim

La birkat hacohanim

La parasha Emor se caractérise par le strict interdit imposé aux Cohanim de ne point pénétrer la sphère de la mort[1] afin de ne contracter aucune impureté qui invaliderait leur service divin rendu en faveur de l’ensemble du peuple d’Israël:

ש«וַיֹּאמֶר יְהוָה אֶל-מֹשֶׁה אֱמֹר אֶל-הַכֹּהֲנִים בְּנֵי אַהֲרֹן וְאָמַרְתָּ אֲלֵהֶם לְנֶפֶשׁ לֹא-יִטַּמָּא בְּעַמָּיו» (ויקרא כא: א).ש

«L’Éternel dit à Moïse: « Parle aux prêtres, fils d’Aaron, et dis-leur: Nul ne doit se souiller par le cadavre d’un de ses concitoyens» (Lévitique 21: 1)[2]

La source biblique établit cependant une nette distinction entre le simple Cohen (prêtre) et le Cohen HaGadol (Grand Prêtre). Alors que le Cohen, malgré l’interdit de toucher à la mort, est autorisé à se rendre impur lors du décès de l’un de ses plus proches parents (Lev. 21: 2-3), le Cohen HaGadol est, quant à lui, dans la plus totale impossibilité de prendre le deuil, même pour son père et sa mère:

ש«וְעַל כָּל-נַפְשֹׁת מֵת, לֹא יָבֹא: לְאָבִיו וּלְאִמּוֹ, לֹא יִטַּמָּא» (ויקרא כא: יא).ש

«…il n’approchera d’aucun corps mort; pour son père même et pour sa mère il ne se souillera point» (Lévitique 21: 11).

Le Cohen HaGadol (Grand-Prêtre) se doit de demeurer sans cesse dans le Temple:

ש«וּמִן-הַמִּקְדָּשׁ לֹא יֵצֵא וְלֹא יְחַלֵּל אֵת מִקְדַּשׁ אֱלֹהָיו: כִּי נֵזֶר שֶׁמֶן מִשְׁחַת אֱלֹהָיו עָלָיו אֲנִי יְהוָה» (ויקרא כא: יב).ש

«…et il ne quittera point le sanctuaire, pour ne pas ravaler le sanctuaire de son Dieu, car il porte le sacre de l’huile d’onction de son Dieu: je suis l’Éternel». (Lévitique 21: 12)

L’exigence de coupure d’avec le commun des mortels s’avère être absolue pour le Grand Prêtre qui n’évolue que dans une sphère de sainteté et de séparation:

ש«וַיֹּאמֶר יְהוָה אֶל-אַהֲרֹן בְּאַרְצָם לֹא תִנְחָל וְחֵלֶק לֹא-יִהְיֶה לְךָ בְּתוֹכָם אֲנִי חֶלְקְךָ וְנַחֲלָתְךָ בְּתוֹךְ בְּנֵי יִשְׂרָאֵל» (במדבר יח: כ).ש

«L’Eternel dit encore à Aaron: « Tu ne posséderas point sur leur territoire, et aucun lot ne sera le tien parmi eux: c’est moi qui suis ton lot et ta possession au milieu des enfants d’Israël». (Nombres 18: 20).

Le terme «Nezer» ( נֵזֶרLévitique 21: 12), traduit par «couronne», signifie également «séparé». Le Naziréen (abstème), lors de sa période de retraite du monde, accède au même degré suprême de sainteté que le Cohen HaGadol (Grand-Prêtre) et, comme ce dernier, ne peut se rendre impur, même au moment du décès de ses propres parents:

ש«כָּל-יְמֵי הַזִּירוֹ לַיהוָה עַל-נֶפֶשׁ מֵת לֹא יָבֹא לְאָבִיו וּלְאִמּוֹ לְאָחִיו וּלְאַחֹתוֹ לֹא יִטַּמָּא לָהֶם בְּמֹתָם כִּי נֵזֶר אֱלֹהָיו עַל-רֹאשׁוֹ. כֹּל יְמֵי נִזְרוֹ קָדֹשׁ הוּא לַיהוָה» (במדבר ו: ו-ח).ש

«Tout le temps de cette abstinence en l’honneur de l’Éternel, il ne doit pas approcher d’un corps mort;  pour son père et sa mère, pour son frère et sa sœur, pour ceux-là même il ne se souillera point à leur mort, car l’auréole de son Seigneur est sur sa tête.  Tant qu’il portera cette auréole, il est consacré au Seigneur.» (Nombres 6: 6-8)

Quelle est la particularité de la couronne portée par le Grand Prêtre?

ש«וַיַּעֲשׂוּ אֶת-צִיץ נֵזֶר-הַקֹּדֶשׁ זָהָב טָהוֹר וַיִּכְתְּבוּ עָלָיו מִכְתַּב פִּתּוּחֵי חוֹתָם קֹדֶשׁ לַיהוָה» (שמות לט: ל).ש

«On exécuta la plaque, diadème sacré, en or pur et l’on y traça cette inscription gravée comme sur un sceau: « CONSACRÉ AU SEIGNEUR »». (Exode 39: 30)

Le Grand-Prêtre doit fixer, concentrer et diriger son esprit vers le Nom de l’Eternel sans jamais s’en détourner. Cet effort de méditation sur le Tétragramme vise à enseigner à l’ensemble d’Israël que la mort est la conséquence de la coupure d’avec la source de Vie.

Comment pouvons-nous traduire le terme LeNefesh לְנֶפֶשׁ (Lévitique 21: 1) par la locution «un être mort»?

La source biblique indique clairement que l’homme et la femme sont créés «LeNefesh Hayah» (לְנֶפֶשׁ חַיָּה-  Genèse  2: 7). Privé de sa qualification de «vivante» «Hayah» (חַיָּה), le terme «âme» ( לְנֶפֶשׁ LeNefesh) renvoie à la notion de mort, de disparition.

N’est-il point dit que les morts ne peuvent plus louer l’Eternel?

ש«לֹא הַמֵּתִים יְהַלְלוּ-יָהּ וְלֹא כָּל-יֹרְדֵי דוּמָה» (תהילים קטו: יז)ש

«Ce ne sont pas les morts qui loueront le Seigneur, ni aucun de ceux qui sont descendus dans l’empire du silence» (Psaume 115: 17).

Il incombe ainsi au Cohen HaGadol incarnant l’âme collective d’Israël (Exode 39: 8-14) d’assumer sa vocation suprême de responsable du maintien permanent du courant vital traversant l’Univers. Intégralement immergé dans  la sphère de la Vie, le Grand Prêtre méconnaît donc toute forme de vie profane où le règne de la mort est partout présent.

La Torah abhorrant  le culte des morts, met en garde Israël contre cette pratique païenne à laquelle adhèrent de nombreuses grandes civilisations antiques comme l’Egypte. L’Egypte pharaonique voue un culte profond aux âmes des morts et à leurs pérégrinations dans les mondes célestes.

Ainsi, aussi paradoxal que cela puisse paraître, le Grand-Prêtre, loin de se couper du cycle de la Vie, y participe pleinement! L’anagramme אֹטֵם (OTeM) formant la racine  hébraïque ט.מ.א. (T. M. A.; «rendre impur») signifie «fermeture, cloisonnement» (Isaïe 33: 15; Proverbes 17: 28; 21: 13) et par extension «mort». En effet, le Grand-Prêtre dans le Temple rétablit le Principe de Vie affecté par ADaM et HaVah. Ainsi, en se fermant à la Parole divine de ne point consommer du fruit de l’arbre du Bien et du Mal (Gen. 2: 16-17), le Principe de Mort et d’impureté se trouve introduire le chaos et le désordre dans l’Univers (Gen. 3: 1-6). C’est la raison pour laquelle, la vocation première du Grand-Prêtre consiste à séparer, isoler le mal (la mort, l’impureté) du bien (la vie, la pureté) pour le dominer et le réduire à sa plus simple expression:

ש«וּלְהַבְדִּיל בֵּין הַקֹּדֶשׁ וּבֵין הַחֹל וּבֵין הַטָּמֵא וּבֵין הַטָּהוֹר» (ויקרא י: י).ש

«Et distinguer entre le saint et le profane, entre l’impur et ce qui est pur» (Lev. 10: 10)

ש«הֲלוֹא אִם-תֵּיטִיב שְׂאֵת וְאִם לֹא תֵיטִיב לַפֶּתַח חַטָּאת רֹבֵץ וְאֵלֶיךָ תְּשׁוּקָתוֹ וְאַתָּה תִּמְשָׁל-בּוֹ» (בראשית ד: ח).ש

«Si tu t’améliores, tu pourras te relever, sinon le Péché est tapi à ta porte: il aspire à t’atteindre, mais toi, sache le dominer!» (Genèse 4: 8).

Ce difficile travail d’extraction des écorces du Mal infiltrées dans le Bien depuis la chute du Premier Homme ne peut s’accomplir que par la proximité permanente du Divin:

ש«כִּי-עִמְּךָ מְקוֹר חַיִּים בְּאוֹרְךָ נִרְאֶה-אוֹר» (תהלים לו: י).ש

«Car près de toi est la source de vie; à ta lumière nous voyons le jour» (Psaume 36: 10)

 

[1] La source biblique ne fait point seulement mention de l’interdit de contact avec le cadavre du défunt mais aussi de l’impureté qui frapperait immédiatement le Cohen qui serait présent sous la tente du défunt (Nombres 19: 14).

[2] Parashat Emor,  Lévitique 21: 1- 24: 23

 

Si l’étude du TaNaKh vous fait rêver, n’hésitez pas à me joindre:

hebreubiblique@gmail.com

Au plaisir de vous retrouver,

Shabbat shalom!

,Avec toutes mes amitiés

Haïm Ouizemann

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