Parashot BeHar- Be’Houkotaï, une Révolution silencieuse

l'année shabbatique ( Haïm Ouizemann, ©)

l’année shabbatique ( Haïm Ouizemann, ©)

L’Homme détient-il le pouvoir de réparer le monde après la brisure primordiale? ADaM, en transgressant l’injonction de l’Eternel de ne point consommer du fruit de l’arbre du Bien et du Mal, entraînera-t-il le déclin progressif de l’Humanité?

Cette brisure, après la Génération du Déluge et celle de la Tour de Babel, ne fera que croître. Même Noé, juste parmi ses contemporains, choisi par l’Eternel afin de relever les éclats de la brisure du Premier Homme ADaM, échouera à son tour.

Quelle sera, alors,  la voie de l’Eternel dans son intention de renouveler l’Humanité?

L’année shabbatique, ShaBBaT HaAReTs, a pour dessein d’apporter une solution globale aux maux qui frappent l’ensemble du genre humain. La voie de cette Réparation TiKKOuN HaOLaM– réside dans le respect de la Parole divine de ne plus travailler la terre durant une période d’une année entière!

ש«דַּבֵּר אֶל-בְּנֵי יִשְׂרָאֵל וְאָמַרְתָּ אֲלֵהֶם כִּי תָבֹאוּ אֶל-הָאָרֶץ אֲשֶׁר אֲנִי נֹתֵן לָכֶם וְשָׁבְתָה הָאָרֶץ שַׁבָּת לַיהוָה. שֵׁשׁ שָׁנִים תִּזְרַע שָׂדֶךָ וְשֵׁשׁ שָׁנִים תִּזְמֹר כַּרְמֶךָ וְאָסַפְתָּ אֶת-תְּבוּאָתָהּ. וּבַשָּׁנָה הַשְּׁבִיעִת שַׁבַּת שַׁבָּתוֹן יִהְיֶה לָאָרֶץ שַׁבָּת לַיהוָה» (ויקרא כה: ב-ד).ש

«Parle aux enfants d’Israël et dis-leur: Quand vous serez entrés dans le pays que Je vous donne, la terre sera soumise à un chômage en l’honneur de l’Éternel. Six années tu ensemenceras ton champ, six années tu travailleras ta vigne, et tu en recueilleras le produit; mais, la septième année, un chômage absolu sera accordé à la terre, un shabbat en l’honneur de l’Éternel» (Lev. 25: 2-4)[1]

Est-il vraiment possible d’exiger d’un agriculteur qu’il mette fin à toute activité agraire durant une aussi longue période? N’eût-il point été préférable de ne lui imposer que l’interruption du SHaBbaT hebdomadaire? Quel est donc le sens de cette retraite annuelle?

La cessation absolue du labeur de la terre s’étendant sur une période annuelle revêt maints aspects recouvrant tous les domaines du social, de l’écologie, du religieux, de l’éthique et de l’économique.

Sur le plan social, ce repos de la terre vise à ce qu’un double lien d’égalité et de fraternité soit de nouveau tissé entre l’homme et son prochain et insuffle une dimension altruiste au principe de l’exclusivité de la propriété. Certains maîtres du Midrash enseignent que Caïn, poussé par un sentiment de jalousie[2], aurait assassiné son frère Abel (HeVeL) afin de s’emparer de son espace vital. Deux hommes se partagent le monde et déjà… un crime! Au contraire, le respect de cette mitsvah rappelle à l’agriculteur que si la terre n’est en rien sa propre propriété, celle-ci se doit d’être mise en partage avec les plus pauvres. Ces derniers, détenant, pendant l’année shabbatique, un droit libre sur la production sans qu’aucune entrave ou condition économique liées à leur statut social ne leur soient imposées, recouvrent leur dignité d’homme sur le modèle d’ADaM évoluant au GaN EDeN:

ש«וְהָיְתָה שַׁבַּת הָאָרֶץ לָכֶם לְאָכְלָה לְךָ וּלְעַבְדְּךָ וְלַאֲמָתֶךָ וְלִשְׂכִירְךָ וּלְתוֹשָׁבְךָ הַגָּרִים עִמָּךְ» (ויקרא כה: ו).ש

«Ce shabbat de la terre sera pour vous, pour la consommation: pour toi, ton esclave, ta servante, pour le salarié et l’étranger qui habitent avec toi…» (Lev. 25: 6).

L’agriculteur sera, alors, amené, dans sa retraite silencieuse et méditative, à réfléchir sérieusement sur la condition du pauvre, de celui qui ne cesse jamais de courir après son pain quotidien:

ש«וְכִי תֹאמְרוּ מַה-נֹּאכַל בַּשָּׁנָה הַשְּׁבִיעִת הֵן לֹא נִזְרָע וְלֹא נֶאֱסֹף אֶת-תְּבוּאָתֵנוּ.» (ויקרא כה: כ).ש

Que si vous dites: « Qu’aurons-nous à manger la septième année, puisque nous ne pouvons ni semer, ni rentrer nos récoltes? (Lev. 25: 20)

De plus, l’injonction divine imposant toute cessation de travail agraire au terme de la sixième année d’un cycle de sept ans -שְׁמִיטָת קַרְקַעוֹת, SheMiTaT KaRKaoT- s’accompagne d’une totale remise de dettes de la part du créancier (כְּסָפִים שְׁמִיטָת – Shemitat KeSsaFIM) à son débiteur:

ש«וְזֶה דְּבַר הַשְּׁמִטָּה שָׁמוֹט כָּל-בַּעַל מַשֵּׁה יָדוֹ אֲשֶׁר יַשֶּׁה בְּרֵעֵהוּ לֹא-יִגֹּשׂ אֶת-רֵעֵהוּ וְאֶת-אָחִיו כִּי-קָרָא שְׁמִטָּה לַיהוָה» (דברים טו: ב).ש

«Voici le sens de cette rémission: tout créancier doit faire remise de sa créance, de ce qu’il aura prêté à son prochain. Il n’exercera pas de contrainte contre son prochain et son frère, dès qu’on a proclamé la rémission en l’honneur du Seigneur» (Deut. 15: 2).

Dans le cadre de l’application de la SheNaT Shemitah (année shabbatique), la source biblique ne manque point d’inclure l’animal, au même titre que l’homme:

ש«וְלִבְהֶמְתְּךָ וְלַחַיָּה אֲשֶׁר בְּאַרְצֶךָ תִּהְיֶה כָל-תְּבוּאָתָהּ לֶאֱכֹל.» (ויקרא כר: ז).ש

«Ton bétail même, ainsi que les bêtes sauvages de ton pays, pourront se nourrir de tous ces produits.» (Lev. 25: 7).

L’Homme, en se réconciliant avec l’animal, créature à part entière, et en lui permettant  un accès au champ afin de consommer librement les produits de la terre (Ex. 23: 11), permet le retour à un équilibre édénique de l’ensemble du système écologique.

De plus, la retraite de l’homme abandonnant sa propre source de revenus vise à élever sa conscience en méditant sur l’origine divine et le sens de sa richesse en tant que  propriétaire foncier. L’on peut dire que l’homme accède, tous les sept ans, au même niveau que le Cohen HaGadol, totalement consacré à l’Eternel et immergé au cœur de la sublime sphère spirituelle car, vivant dans les limites du Mishkan (Tabernacle), il ne détient plus aucun bien terrestre:

ש«וַיֹּאמֶר יְהוָה אֶל-אַהֲרֹן בְּאַרְצָם לֹא תִנְחָל וְחֵלֶק לֹא-יִהְיֶה לְךָ בְּתוֹכָם אֲנִי חֶלְקְךָ וְנַחֲלָתְךָ בְּתוֹךְ בְּנֵי יִשְׂרָאֵל» (במדבר יח: כ).ש

«L’Eternel dit encore à Aaron: « Tu ne posséderas point sur leur territoire, et aucun lot ne sera le tien parmi eux: c’est moi qui suis ton lot et ta possession au milieu des enfants d’Israël». (Nombres 18: 20)

L’Homme, en respectant le shabbat de la terre, matrice de sa propre origine, s’éloigne de toute compétition économique et revient à la condition édénique dans laquelle vivait son père originel (Genèse 2: 15).

Le respect de l’année shabbatique (שְׁנַת שְׁמִטָּה Shenat SheMITaH) constitue donc une véritable révolution visant à établir un nouveau mode de pensée de modélisation économique fondée sur un partage équitable des ressources naturelles en régulant et harmonisant les liens complexes unissant tous les mondes végétal, animal et humain.  La poursuite  outrancière de la richesse matérielle ne peut en aucune manière légitimer l’aliénation et la brisure de l’intégrité physique, morale et spirituelle de l’Homme. L’obstination à vouloir maintenir une politique de croissance exponentielle inspirée du modèle de l’Egypte pharaonique (Ex. 1: 11; Deut. 32: 15) au détriment de l’Homme ne peut que nuire à la pérennité d’Israël et conduire à la perte inéluctable de l’humanité. Le TaNaKh propose, au contraire, un remède aux maux de l’Homme!  Celui-ci a le devoir impératif d’interrompre son labeur quotidien, de briser le cours d’une vie rythmée et déterminée par le cycle de la Nature. La nouvelle ère de Paix mondiale à laquelle l’Homme aspire de tout cœur et espère la voir se concrétiser, repose sur le respect de l’injonction divine relative à ces temps de retraite (Shabbat/ Shemitah/ Yovel (Jubilé)) offrant une place à autrui dans le respect de sa différence d’ordre social. A la prédominance du monde de la Nature prédominé par la présence de l’idole, de l’image et de l’objet sacré va se substituer, au début du XXe siècle, l’ère de l’industrialisation, de la modernisation des moyens de production, qui aura pour dessein de «produire» toujours plus de richesse au détriment du respect des droits fondamentaux accordés à chaque être. Trop longtemps aliéné et écrasé par l’esprit de la Révolution industrielle, du fordisme[3], l’être humain aura tôt ou tard à entreprendre une Réforme du paradigme économique: l’homme ne sera plus l’unique bénéficiaire de la richesse produite mais devra la redistribuer à l’ensemble du monde. Le domaine de l’Open Science («Science Ouverte»)  s’avère être prometteur pour l’ensemble du genre humain. L’accès gratuit à de grandes bases de données renfermant le Savoir dans tous les domaines de la science, de la littérature, des techniques, permettra aux populations défavorisées à travers le monde de jouir de ce bien commun que constitue la Connaissance. La face du monde s’en trouvera totalement bouleversée. L’ampleur de la vague d’immigration qui déferle en Europe  trouve, en grande partie, son origine dans la politique économique de spoliation des pays en voie de développement par les plus grands pays industrialisés d’Europe et des Etats-Unis d’Amérique. Riccardo Petrella, politologue et économiste italien et Jean-Marie Harribey, économiste français, s’accordent à penser que seule une prise de conscience véritable de la notion de bien commun relative aux ressources naturelles sauvera la Planète Terre d’une destruction qui semble inéluctable.

La source biblique semble révéler que ce n’est point le repos de la terre qui permet à la terre de recouvrer sa fécondité perdue à la suite du premier fratricide de l’histoire humaine mais plutôt la profonde croyance ancrée en l’homme que la Planète Terre constitue la propriété exclusive de l’Eternel:

ש«וְהָאָרֶץ לֹא תִמָּכֵר לִצְמִתֻת כִּי-לִי הָאָרֶץ כִּי-גֵרִים וְתוֹשָׁבִים אַתֶּם עִמָּדִי» (ויקרא כה: כג).ש

«Nulle terre ne sera aliénée irrévocablement, car la terre est à moi, car vous n’êtes que des étrangers domiciliés chez moi» (Lev. 25: 23)

Le XXIe siècle s’avérera décisif pour l’avenir de l’Humanité. Cette dernière saura-t-elle s’ouvrir à l’autre,  adopter et adapter les principes socio-éthiconomiques du Shabbat de la terre, favorables à l’avènement d’une ère nouvelle fondée sur la Justice et le Hessed (Amour) ?

 

[1] Parashot BeHar- Be’Houkotaï, Lévitique 25: 1- 27: 34

[2] Le nom de Caïn (קַיִן, «acquis») et Kin’ah (קִנְאָה «jalousie») sont deux termes très proches.

[3] Selon Henry Ford l’octroi d’un meilleur salaire permettrait aux ouvriers d’être « exempts de préoccupation étrangère au travail, et donc plus industrieux, par conséquent, plus productifs »4. «Ma vie et mon œuvre» par Henry Ford en collaboration avec Samuel Crowther, Paris, Payot, 1926, p.78.

 

Si l’étude du TaNaKh vous fait rêver, n’hésitez pas à me joindre:

hebreubiblique@gmail.com

Au plaisir de vous retrouver,

Shabbat shalom!

,Avec toutes mes amitiés

Haïm Ouizemann

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2 Responses to Parashot BeHar- Be’Houkotaï, une Révolution silencieuse

  1. cathou dit :

    Oui, aujourd’hui l’Oligarchie financière et dirigeante impose aux peuples des guerres et une immigration massive dans le seul but de s’enrichir de plus en plus; de piller encore plus les richesses de notre Terre.
    Les peuples, plus sages, se rendent bien compte, peu à peu, qu’ils ne peuvent plus accepter la faillite de la Famille, de la culture, des traditions, de la langue, de la nation.
    Peuples, c’est tous ensemble que nous sommes une force capable d’obliger les plus gourmands, destructeurs de notre labeur et de la Terre donnée à chacun de nous par Dieu.
    En retrouvant le chemin de la foi, nous retrouverons la force de nous unir et d’imposer le respect de l’Humain, le respect de notre Terre.
    Prenons un temps sabbatique nécessaire, pour laisser reposer notre esprit sans cesse sollicité pour produire plus… et comme la Terre laissée en repos durant toute une année, nous retrouverons nos forces.

  2. Yves Boutboul dit :

    תִּזְמֹר כַּרְמֶךָ

    Chouraqui traduit par tu recépera ta vigne. En effet en hébreu moderne, מזמרת cisailles.

    Mais la racine semble être זמר Quel rapport avec chanter ?

    ויקרא כר: ז)

    כה

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