Parashat Nasso, quand l’Eternel efface Son Nom

L’époux jaloux de son épouse et la suspectant d’avoir cohabité avec un autre homme, définie comme «Isha Sota» («la femme qui dévie»), lui impose l’épreuve des eaux amères («les eaux de l’amertume»,מֵי הַמָּרִים ):

ש«ש«וְהִשְׁבִּיעַ אֹתָהּ הַכֹּהֵן וְאָמַר אֶל-הָאִשָּׁה אִם-לֹא שָׁכַב אִישׁ אֹתָךְ וְאִם-לֹא שָׂטִית טֻמְאָה תַּחַת אִישֵׁךְ הִנָּי מִמֵּי הַמָּרִים הַמְאָרְרִים הָאֵלֶּה.»  (במדבר ה’, יט)ש

«Puis le prêtre adjurera cette femme. Il lui dira: « Si un homme n’a pas eu ton époux, sois épargnée par ces eaux amères de la malédiction » (Nombres 5: 19).[1]

Ce rituel contraint les deux conjoints à se rendre chez le Cohen qui aura à confirmer ou non la faute d’adultère chez la femme. Le Cohen, après avoir rédigé sur un parchemin le texte de la malédiction (Nombres 5: 23), l’immerge dans les eaux amères composées de poussière extraite du Tabernacle (ou du Temple). Or, le suprême Nom divin inscrit sur le parchemin se trouve effacé par les eaux amères!

Comment l’Eternel peut-il permettre que Son Nom soit totalement éradiqué? Ne s’agit-il point d’une profanation du Nom?

ש«תָּנֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל גָּדוֹל שָׁלוֹם שֶׁשֵּׁם הַגָּדוֹל שֶׁנִּכְתַּב בִּקְדֻשָּׁה אָמַר הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא יִמָּחֶה בַּמַּיִם כְּדֵי לְהַטִּיל שָׁלוֹם בֵּין אִישׁ לְאִשְׁתּוֹ» (ויקרא רבה ט: ט).ש

«Rabbi Ishmaël enseigne: Si grande est la paix que le Nom du Très- Grand écrit en sainteté sera effacé par les eaux (amères) [comme l’ordonne l’Eternel] afin de faire régner la paix entre l’époux et sa femme». (Lev. Rabba 9: 9/ Traité ‘Holin 141: a)

Ce passage de la Isha Sota, de la femme soupçonnée d’adultère n’est point sans rappeler celui où Moïse, se faisant l’avocat d’Israël, à la suite de l’édification du veau d’or, supplie l’Eternel d’effacer son nom afin qu’Israël ne soit pas détruit:

ש«וַיָּשָׁב מֹשֶׁה אֶל-יְהוָה וַיֹּאמַר אָנָּא חָטָא הָעָם הַזֶּה חֲטָאָה גְדֹלָה וַיַּעֲשׂוּ לָהֶם אֱלֹהֵי זָהָב.  וְעַתָּה אִם-תִּשָּׂא חַטָּאתָם וְאִם-אַיִן מְחֵנִי נָא מִסִּפְרְךָ אֲשֶׁר כָּתָבְתָּ» (שמות לב: לא-לב).ש

«Moïse retourna vers le Seigneur et dit: « Hélas! Ce peuple est coupable d’un grand péché, ils se sont fait un dieu d’or; et pourtant, si tu voulais pardonner à leur faute!… Sinon efface-moi du livre que tu as écrit.» (Exode 32: 31-32)

Autrement dit, en effaçant Son saint Nom, l’Eternel, source de vie exclusive,  semble vouloir se ranger auprès de la femme, porteuse de vie à l’image divine, afin de la protéger de la jalousie ravageuse et destructrice de son époux et sauver ainsi la cellule conjugale. La jalousie de l’Eternel s’explique pour inciter son peuple Israël à rejeter toute forme d’idolâtrie. (Ex. 20: 4; 34: 14).

Par ailleurs, l’Eternel s’interpose dans le couple d’Avraham et de Sarah. En effet, au moment de la promesse divine d’un enfant nouveau-né pour Sarah qui approche des quatre-vingt ans, et n’est donc plus en âge de procréer, Sarah se montre tout-à-fait sceptique car, dit-elle, «mon mari est vieux»:

ש«וַתִּצְחַק שָׂרָה בְּקִרְבָּהּ לֵאמֹר אַחֲרֵי בְלֹתִי הָיְתָה-לִּי עֶדְנָה וַאדֹנִי זָקֵן» בראשית יח: יב).ש

«Sara rit en elle-même disant: « Flétrie par l’âge, ce bonheur me serait réservé! Et mon époux est un vieillard!» (Genèse 18: 12).

Or l’Eternel, rapportant les paroles de Sarah, les «réinterprète» devant Abraham et lui affirme que Sarah a dit: «c’est moi qui suis trop vieille»:

ש«וַיֹּאמֶר יְהוָה אֶל-אַבְרָהָם לָמָּה זֶּה צָחֲקָה שָׂרָה לֵאמֹר הַאַף אֻמְנָם אֵלֵד וַאֲנִי זָקַנְתִּי» (בראשית יח: יג).ש

«Le Seigneur dit à Abraham: « Pourquoi Sara a-t-elle ri, disant: ’Eh quoi! en vérité, j’enfanterais, âgée que je suis!» (Gen. 18: 13)

L’Eternel dont le sceau est «EMeT» («Vérité») va la «transformer» afin de sauvegarder la paix du couple et préserver le fragile «Shelom Bayit», «la paix du foyer», montrant à quel point la paix du couple est fondamentale.

La paix mondiale tant espérée trouve son principal fondement dans la paix du couple. L’atomisation de la cellule familiale et le nombre croissant de divorces, principaux syndromes de la société moderne, ne constituent en rien une fatalité. Ainsi, l’effacement du Nom divin enseigne que le renoncement de soi, le dévouement sincère à l’autre et la confiance mise en notre prochain permettent de reconstruire le foyer conjugal et par là-même de restaurer la brisure du monde.

[1] Parashat Nasso, Nombres 4: 21- 7: 89

Au plaisir de vous retrouver,

Shabbat shalom!

,Avec toutes mes amitiés

Haïm Ouizemann

hebreubiblique@gmail.com

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4 Responses to Parashat Nasso, quand l’Eternel efface Son Nom

  1. Moguiline dit :

    À côté de la perfection ou la justice de D, toute la souillure ou l’injustice de l’homme se révèle sans que rien ne soit dit, ôter le nom de D permet à la personne de vivre en supportant sa faute grâce à son inconscience

  2. Jacqueline dit :

    L’effacement du nom …… mais le nom se retrouve dans le couple, dans l’unité des nom Ish et Isha, avec les liettres Esh le feu (de la jalousie de l’homme qui sera apaisée) et youd hé, le nom divin.

  3. cathou dit :

    Comme promis Haïm je reviens à tes articles, délaissés depuis un moment.
    L’effacement du nom de l’Éternel… c’est vrai que je n’avais jamais fait attention à ce fait, bien décrit dans le récit biblique.
    à certains moments l’humain est seul, seul face à lui. l’Éternel s’efface parce que c’est à l’humain à faire ses preuves.
    Ainsi une femme soupçonnée d’adultère ne peut s’appuyer sur l’Éternel pour prouver son innocence. Encore que je ne suis pas persuadée que l’usage d’eau amère puisse réellement innocenter une personne, enfin la foi déplace les montagnes..
    En relisant attentivement le passage, oui, en effet cette eau amère semble plutôt donner à la femme une innocence mise en doute. Manière subtile de redonner vie et force au couple.

    Le couple est une force! Aujourd’hui, évidemment tout est mis en œuvre pour fragiliser le couple.
    On se plaît, on se désire, on se met ensemble et puis… si ça ne fonctionne pas, on se sépare.
    Le couple devient marchandise à consommer au grès de ses humeurs. On fragilise ainsi la société, qui perd ses repères, ses valeurs.

    Oui Haïm, si mes récentes réflexions politiques m’ont fait comprendre que nous ne pouvons pas changer le cours des événements qui sont mis en œuvre par certains, et qui conduisent à la guerre inexorablement; ces mêmes réflexions me font comprendre que chacun de nous a le pouvoir de résister en choisissant la confiance, le respect, le soutien au sein même de son couple, facteur de cohésion sociale et identitaire. Comme toujours l’humain est confronté à des difficultés, qu’il ne comprend pas toujours… Si le Divin est toujours présent, il s’efface au moment où seul l’humain doit prendre sa décision.

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