Parashat BeHa’alotekha, apprendre à espérer

Gerhart Moritz Riegner (1911-2001) à gauche

Gerhart Moritz Riegner (1911-2001) à gauche

Le temps fondateur de Pessah, marquant la naissance du peuple d’Israël, a été fixé inexorablement au 14 Nissan (Nombres 9: 5), date à laquelle on présente le sacrifice de la fête. Or, pour ceux qui, en raison d’un deuil ou d’un voyage au loin, en auraient été empêchés, une nouvelle opportunité leur est offerte, le 14 Iyar, soit un mois jour pour jour après la date de Pessah (Pessah Shéni; Nombres 9: 10-12). Comment est-ce possible?

Cette date du 14 Nissan a été programmée et initiée par l’Eternel. Pour preuve, l’attitude expectative de Moïse (Nombres 9: 8). Il s’avère toutefois que les fils d’Israël, frappés d’impureté rituelle se sentant lésés de ne pouvoir offrir l’agneau pascal avec la communauté d’Israël, ne désespèrent pourtant point de réintégrer l’ensemble de la communauté d’Israël:

ש«וַיֹּאמְרוּ הָאֲנָשִׁים הָהֵמָּה אֵלָיו אֲנַחְנוּ טְמֵאִים לְנֶפֶשׁ אָדָם לָמָּה נִגָּרַע לְבִלְתִּי הַקְרִיב אֶת-קָרְבַּן יְהוָה בְּמֹעֲדוֹ בְּתוֹךְ בְּנֵי יִשְׂרָאֵל» (במדבר ט: ז)ש

«…et ces hommes lui dirent: « Nous sommes souillés par des cadavres humains; mais pourquoi serions-nous privés d’offrir le sacrifice du Seigneur en son temps, seuls entre les enfants d’Israël?» (Nombres 9: 7). [1]

Finalement, ils obtiennent gain de cause:

ש«בַּחֹדֶשׁ הַשֵּׁנִי בְּאַרְבָּעָה עָשָׂר יוֹם בֵּין הָעַרְבַּיִם יַעֲשׂוּ אֹתוֹ: עַל-מַצּוֹת וּמְרֹרִים יֹאכְלֻהוּ» (במדבר ט: יא).ש

«C’est au deuxième mois, le quatorzième jour, vers le soir, qu’ils la feront; ils la mangeront avec des azymes et des herbes amères» (Nombres 9: 11).

L’obstination et la persévérance manifestées par les fils d’Israël dépassent l’autorité prophétique de Moïse!

Israël est le peuple par excellence de l’espoir!

Ainsi, David met tout son espoir en l’Eternel:

ש«קַוֹּה קִוִּיתִי יְהוָה וַיֵּט אֵלַי וַיִּשְׁמַע שַׁוְעָתִי» (תהלים מ: ב).ש

«J’espère assurément en l’Eternel: il s’est incliné vers moi, il a entendu ma supplication» (Psaumes 40: 2).

La tautologie du psaume 40 קַוֹּה קִוִּיתִי  (Kavo Kiviti) et la répétition du verbe «espérer» (K. V. I) dans le verset du psaume 27 manifestent la confiance totale d’Israël dans l’Eternel, confiance que rien ne saurait entraver. La mère de Samuel, Hanna, multiplie ses prières afin de briser le fatalisme et le déterminisme social:

ש«וְהָיָה כִּי הִרְבְּתָה לְהִתְפַּלֵּל לִפְנֵי יְהוָה וְעֵלִי שֹׁמֵר אֶת-פִּיהָ» (שמואל א, א: יב).ש

«Or, comme elle priait abondamment devant l’Eternel, Héli observa sa bouche» (I Sam. 1: 12)

La grandeur d’Israël ne réside point uniquement en ses nombreuses victoires militaires mais essentiellement en son pouvoir de puiser au cœur de sa propre identité les forces intérieures et enfouies lui prodiguant l’énergie nécessaire pour se relever de ses brisures:

ש«כִּי שֶׁבַע יִפּוֹל צַדִּיק וָקָם וּרְשָׁעִים יִכָּשְׁלוּ בְרָעָה» (משלי כד: טז).ש

«Car le juste tombe sept fois, et se relève; mais les méchants échouent dans le malheur» (Proverbes 24: 16).

Gerhart Riegner (1911-2001), le représentant suisse du Congrès Juif Mondial connu pour son célèbre «Télégramme Riegner» alertant pour la première fois le monde de la «solution finale» planifiée par les Nazis en vue d’exterminer les Juifs, témoigne dans son livre «Ne jamais désespérer», de son perpétuel combat pour la Justice et la cause d’Israël: «A travers les innombrables crises et tensions qui n’ont pratiquement jamais connu de répit pendant mes longues années d’action, jamais je n’ai perdu l’espoir, jamais comme on l’a vu, je n’ai renoncé, même aux pires moments. Jamais je n’ai considéré le «non» comme une réponse. Quand je me heurtais à d’immenses difficultés, j’ai toujours cherché d’autres voies pour les surmonter »[2].

Or, la dernière bénédiction de Moïse sur son successeur Josué met en valeur cet éternel recommencement, cette force dans l’épreuve qui permet de surmonter toute désespérance, tout découragement et de garder espoir envers et contre tout:

ש«וַיִּקְרָא מֹשֶׁה לִיהוֹשֻׁעַ וַיֹּאמֶר אֵלָיו לְעֵינֵי כָל-יִשְׂרָאֵל חֲזַק וֶאֱמָץ כִּי אַתָּה תָּבוֹא אֶת-הָעָם הַזֶּה אֶל-הָאָרֶץ אֲשֶׁר נִשְׁבַּע יְהוָה לַאֲבֹתָם לָתֵת לָהֶם וְאַתָּה תַּנְחִילֶנָּה אוֹתָם» (דברים לא: ז-ח).ש

«Alors Moïse appela Josué, et lui dit en présence de tout Israël: « Sois fort et vaillant! Car c’est toi qui entreras avec ce peuple dans le pays que l’Éternel a juré à leurs pères de leur donner, et c’est toi qui leur en feras le partage.» (Deut. 31: 7-8)

ש«קַוֵּה אֶל יְהוָה חֲזַק וְיַאֲמֵץ לִבֶּךָ וְקַוֵּה אֶל-יְהוָה.» (תהלים כז: יד).ש

«Espère en l’Eternel, courage! Que ton cœur soit ferme! Oui, espère en l’Eternel!» (Psaumes 27: 14)

[1] Parashat BeHa’alotekha, Nombres 8: 1- 12: 16

[2] Gerhart Riegner, « Ne jamais désespérer, Soixante années  au service du peuple juif et des droits de l’homme ». Editions du Cerf., Paris, 1999, p. 655.

Au plaisir de vous retrouver,

Shabbat shalom!

,Avec toutes mes amitiés

Haïm Ouizemann

hebreubiblique@gmail.com

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3 Responses to Parashat BeHa’alotekha, apprendre à espérer

  1. cathou dit :

    ESPÉRER: sperare: considérer quelque chose comme devant se réaliser et spes: attente d’un événement heureux
    L’espoir ne repose sur rien de matériel, l’espoir n’a aucune réalité.
    C’est un instinct qui au plus profond de nous, quand tout va mal autour de nous, surgit et nous guide.
    L’humain n’est pas fait pour vivre dans le malheur. Certes il côtoie le malheur, la douleur, les épreuves quotidiennement, c’est normal, le malheur fait partie de la vie.
    Mais l’humain est fait pour vivre dans la lumière, dans le bonheur et la paix qu’il recherche sans cesse. l’humain porte en lui la capacité de faire face, de refuser l’inacceptable, de chercher et de trouver le, les, chemin(s) de ce qu’il veut.
    L’humain qui est en désespérance, qui n’a plus la force d’avoir, de créer de l’espoir, est un humain en fin de vie, sans avenir.

    Aujourd’hui tous les peuples de cette terre ne doivent pas abandonner l’Espoir de vivre en Paix, tous ensemble.

  2. cathou dit :

    « Ne jamais désespérer »
    Quand je vois qu’il y eu des projets de « solutions finales » ne concernant que les juifs, je suis obligée de me poser la question: pourquoi??
    J’ai beaucoup ennuyé mon frère Haïm et ma sœur Myriam avec mes questions sans concessions sur le sionisme et je me suis rendue compte au fil de mes pensées pas toujours politiquement correctes, je pouvais me révéler antisémite sans m’en rendre compte.

    Ce que j’ai pu enquiquiner et bousculer ma Myriam, je crois qu’il n’y a que Haïm qui le sait (et moi) et je les remercie pour leur gigantesque et infinie patience à mon égard. (Promis l’an prochain je vous invite au restau pour me faire pardonner)

    Mais la réflexion fut très riche et aujourd’hui je peux affirmer que l’antisémitisme qui engendre des projets du genre « solution finale » prend sa source dans la force incroyable de ce petit peuple.
    CE PETIT PEUPLE dont il est bien difficile d’en déterminer les origines, qui au fil des siècles chemine vers la découverte du Dieu Un, qui va s’approprier ce Dieu jusqu’à se dire le peuple élu (2 petits mots qui portent les exigences et les inconvénients d’une telle certitude), qui jamais n’abandonne, jamais ne baisse les bras, jamais ne va hurler de douleurs à la face du monde, qui fait de la vie un labeur, une joie de vivre à construire jour après jour, a développé une grande force, une grande intelligence, une grande capacité de travail.

    Debouts, sans peur malgré les épreuves, et toujours remplis d’espoir devant l’avenir, les juifs éparpillés dans le monde ont toujours pris une part active dans l’économie des pays où ils habitaient, en sachant s’adapter, et de nombreux juifs sont devenus influents.
    Les juifs qui sont retournés dans leur pays d’origine, ont fait de ce pays une des puissances mondiales en quelques décennies.
    Il est bien évident que cette force dans l’espérance finit par porter ses fruits et finit aussi par créer des jalousies. et cette jalousie devient antisémitisme:: humain trop humble et trop capable, donc à abattre!

    Bon il me faut être honnête que malgré la très grande admiration que j’ai pour le peuple Hébreu, ils ne sont pas parfaits non plus! si simplement humains!!
    Alors mon espoir est qu’enfin on tende la main, simplement et franchement à Israël, que ce pays devienne porteur de la Paix dans toute cette région du Moyen-Orient en ébullition.

    • Tres chere amie Cathou shalom,
      Toda rabba a toi pour ce temoignage si fort. Il faut vivre aupres d’Israel pour le comprendre. Il est necessaire d’etudier nos sources pour saisir la profondeur de pensee de ce petit peuple aux grandes idees. Avec toutes mes sinceres amities. En esperant te voir tres vite parmi nous en Israel ou tu verras par tes propres yeux le miracle d’un pays devenu un exemple pour de nombreux autres nations.

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