Parashat Houkat, l’épreuve du serpent d’airain

Le Brun Le serpent d'Airain

Le Brun Le serpent d’Airain

ש«וַיְשַׁלַּח יְהוָה בָּעָם אֵת הַנְּחָשִׁים הַשְּׂרָפִים וַיְנַשְּׁכוּ אֶת-הָעָם וַיָּמָת עַם-רָב מִיִּשְׂרָאֵל» (במדבר כא: ו).ש

«Alors l’Éternel suscita contre le peuple les serpents brûlants, qui mordirent le peuple, et il périt une multitude d’Israël» (Nombres 21: 6).[1]

L’ingratitude des fils d’Israël à l’encontre de l’Eternel et de son fidèle serviteur Moïse (Nombres 21, 5) qui les firent, pourtant, sortir d’Egypte, leur vaut de s’exposer au châtiment divin, celui d’être soumis à la mort par le venin des serpents.

Contrairement au verset des Nombres (21: 6),  le verset de l’Ecclésiaste semble supposer que le châtiment ne vient point de l’Eternel mais… de l’homme lui-même! Il renvoie l’homme à sa propre conscience.

ש«חֹפֵר גּוּמָּץ בּוֹ יִפּוֹל וּפֹרֵץ גָּדֵר יִשְּׁכֶנּוּ נָחָשׁ» (קהלת י: ח).ש

«Celui qui creuse une fosse y tombe et celui qui renverse une clôture, le serpent le mord». (Ecclésiaste 10: 8)

Autrement dit, l’Humanité qui outrepasse les limites morales imposées par la volonté divine peut-elle constamment porter et diriger ses accusations contre l’Eternel? Cette même Humanité n’est-elle point responsable de son propre bonheur?

HaVa et ADaM, en outrepassant la Parole de l’Eternel, introduisent la dimension de la mort dans la Création:

ש«וּמִפְּרִי הָעֵץ אֲשֶׁר בְּתוֹךְ-הַגָּן אָמַר אֱלֹהִים לֹא תֹאכְלוּ מִמֶּנּוּ וְלֹא תִגְּעוּ בּוֹ פֶּן-תְּמֻתוּן» (בראשית ג: ג).ש

«…mais quant au fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit: Vous n’en mangerez pas, vous n’y toucherez point, sous peine de mourir.» (Genèse 3: 3)

HaVa, persuadée par le serpent de consommer sans crainte le fruit défendu de l’arbre de la Connaissance du Bien et du Mal[2], répond à ce dernier en rajoutant un interdit supplémentaire, celui de  «ne point toucher», interdit qui n’avait point été ordonné par l’Eternel.

A quel remède Israël se doit-il de recourir afin d’annihiler la piqûre mortelle de ces serpents?

Le remède immédiat préconisé par Moïse consiste à regarder le serpent lui-même en se souvenant de la faute primordiale commise au Jardin d’Eden et de comprendre que le châtiment n’est autre que la conséquence de l’irresponsabilité humaine:

ש«וַיֹּאמֶר יְהוָה אֶל-מֹשֶׁה עֲשֵׂה לְךָ שָׂרָף וְשִׂים אֹתוֹ עַל-נֵס וְהָיָה כָּל-הַנָּשׁוּךְ וְרָאָה אֹתוֹ וָחָי» (במדבר כא: ח).ש

«L’Éternel dit à Moïse: « Fais toi-même un serpent et place-le au haut d’une perche: quiconque aura été mordu, qu’il le regarde et il vivra!» (Nombres 21: 8).

Effectivement, en regardant le serpent, l’Hébreu, non seulement écoute la Parole, mais il la met en pratique, confirmant ainsi sa fidélité à l’Eternel. Cependant, les Sages d’Israël enseignent à ce propos que «ce n’est point le serpent qui tue mais la faute», quelle faute? Celle de ne point avoir écouté la Parole divine:

ש«לֹא הַנָּחָש מֵמִית אֶלָא הַחֵטְא מֵמִית» (מלבי »ם על משלי יג: כא)ש

«Ce n’est pas le serpent qui tue, mais le péché» (Malbim sur Proverbes, 13:21)

Or, ce signe du serpent d’airain permettra-t-il un lien durable avec la divinité?

ש«הוּא הֵסִיר אֶת-הַבָּמוֹת וְשִׁבַּר אֶת-הַמַּצֵּבֹת וְכָרַת אֶת-הָאֲשֵׁרָה וְכִתַּת נְחַשׁ הַנְּחֹשֶׁת אֲשֶׁר-עָשָׂה מֹשֶׁה כִּי עַד הַיָּמִים הָהֵמָּה הָיוּ בְנֵי-יִשְׂרָאֵל מְקַטְּרִים לוֹ וַיִּקְרָא-לוֹ נְחֻשְׁתָּן» (מלכים ב, יח: ד).ש

«C’est lui [Ezéchias, fils d’Achaz, roi de Juda] qui fit disparaître les hauts-lieux, qui brisa les stèles, détruisit les Achêra et broya le serpent d’airain érigé par Moïse. Jusqu’à cette époque, en effet, les Israélites lui offraient de l’encens; on l’appelait nehouchtân» (II Rois 18: 4)

Ainsi, les Hébreux vont idolâtrer le serpent d’airain, symbole de l’écoute de la Parole de Dieu,  mais non point écouter la Parole divine elle-même. Le serpent d’airain, tout comme le veau d’or, sera utilisé comme intermédiaire entre l’Eternel et les Hébreux. Cet échec spirituel qui naîtra de cette tentative visant à renouer le lien d’Alliance entre Israël et l’Eternel conduira les fils d’Avraham à recouvrer leur force véritable dans l’exigence de l’infini espace de la Parole créatrice et libératrice, dans la Parole divine, seul «remède» à la faiblesse spirituelle, Parole  qui, touchant la bouche du prophète Isaïe, purifie ses lèvres:

 ש«וַיָּעָף אֵלַי אֶחָד מִן-הַשְּׂרָפִים וּבְיָדוֹ רִצְפָּה בְּמֶלְקַחַיִם לָקַח מֵעַל הַמִּזְבֵּחַ. וַיַּגַּע עַל-פִּי וַיֹּאמֶר הִנֵּה נָגַע זֶה עַל-שְׂפָתֶיךָ וְסָר עֲו‍ֹנֶךָ וְחַטָּאתְךָ תְּכֻפָּר» (ישעיהו ו: ו-ז).ש

«Alors un des séraphins vola à moi, tenant en main un charbon ardent, qu’il avait prise sur l’autel avec des pincettes. Il toucha ma bouche et dit: « Ceci a touché tes lèvres, et maintenant tes péchés ont disparu, tes fautes sont effacées» (Isaïe 6: 6-7).

L’adhésion [ DeVeKOuT) avec le Divin s’établit par le DaVaR, la Parole à la fois purificatrice et unificatrice:

ש«צְרוּפָה אִמְרָתְךָ מְאֹד וְעַבְדְּךָ אֲהֵבָהּ» (תהלים קיט: קמ).ש

«Ta parole est infiniment épurée, elle est chère à ton serviteur». (Ps. 119: 140).

ש«כָּל-אִמְרַת אֱלוֹהַּ צְרוּפָה מָגֵן הוּא לַחֹסִים בּוֹ» (משלי ל: ה).ש

«Toute parole émanée de Dieu est pure: il est un bouclier pour ceux qui s’abritent en lui» (Prov. 30: 5)

Il serait donc totalement erroné d’attribuer une quelconque force magique au serpent «qui tuerait», au veau d’or «qui détournerait le culte de l’Eternel» ou/et à la vache rousse «qui purifierait». Seule la méditation de la Parole visant à sa pratique est à même d’insuffler un nouveau souffle à Israël et à l’Humanité.

Trois verbes dont les radicales contiennent les mêmes lettres expriment ce processus inexorable au cours duquel Israël, pris dans la tourmente de la brisure, accède par l’épreuve du feu au sublime degré de purification garant d’un monde débarrassé de ses scories:

פ.ר.ץ , (P. R. Ts. «faire une brèche, briser la limite, en arriver à fauter»), ר.צ.ף  (R. Ts. Ph «brûler, mais aussi purifier par le feu, entraînant une réparation (Tikkoun)», צ.ר.ף , (Ts. R. Ph. «passer au fer blanc, mettre à l’épreuve, purifier»)

ש«כֹּה אָמַר יְהוָה אִם-לֹא בְרִיתִי יוֹמָם וָלָיְלָה חֻקּוֹת שָׁמַיִם וָאָרֶץ לֹא-שָׂמְתִּי, גַּם-זֶרַע יַעֲקוֹב וְדָוִד עַבְדִּי אֶמְאַס, מִקַּחַת מִזַּרְעוֹ מֹשְׁלִים» (ירמיהו לג: כה).ש

«Ainsi parle le Seigneur: Si mon Alliance avec le jour et la nuit pouvait ne plus subsister, si je cessais de fixer des lois au ciel et à la terre, alors seulement je pourrais repousser la postérité de Jacob et de mon serviteur David» (Jérémie 33: 25).

 

[1] Parashat Houkat, Nombres 19: 1-22: 1

[2] Voir Genèse 2: 17,  לֹא תֹאכַל מִמֶּנּו.

Au plaisir de vous retrouver,

Shabbat shalom!

,Avec toutes mes amitiés

Haïm Ouizemann

hebreubiblique@gmail.com

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4 Responses to Parashat Houkat, l’épreuve du serpent d’airain

  1. cathou dit :

    Airain, s’il peut désigner le cuivre, ce mot désigne aussi un obstacle infranchissable. Employé comme adjectif il devient: impitoyable.
    Serpent: est associé à ramper, se glisser. Symboliquement souvent associer à la fourberie, mais aussi aux désirs humains. En Inde cet animal est souvent représenté comme attachant l’humain à la terre, mais aussi protecteur du foyer. Dans l’Égypte des Pharaons il est le protecteur des Dieux et des rois. Partout dans le monde cet animal est plus craint et redouté qu’apprécié. Son venin donne la mort, mais bien utilisé peut sauver une vie.

    Serpent d’Airain: l’association des 2 mots est très intéressante pour réfléchir, en effet.
    Dans le jardin d’Éden, un lieu où l’humain est supposé vivre en parfaite harmonie avec la nature et Dieu, le serpent est déjà là. Il est à remarquer que ni Eve, ni Adam n’ont peur du serpent, présenté comme l’animal des champs le plus astucieux créé par Dieu.
    Au cours de l’exode, les Hébreux se plaignent trop, le Seigneur envoie des serpents, et les Hébreux meurent, en nombre. Pour les sauver Moïse construit le « serpent d’airain » qu’il suffit de regarder pour être sauver. Évidemment on comprend l’adoration que les Hébreux portent à ce « serpent d’airain ».
    Mais ce « serpent d’airain » n’est au final que le symbole de la vie et de la mort, étroitement liés, impitoyables!!
    Il ne tue personne, il ne sauve personne. Eve choisi seule de manger le fruit défendu parce qu’elle porte déjà en elle tous les désirs humains, elle porte en elle la vie et la mort.
    Les hébreux choisissent seuls de suivre Moïse ou de ne pas suivre Moïse. Ils décident eux-même de leurs choix de vie ou de mort.
    Les humains sont seuls responsables de leurs actes, de leurs pensées, de leurs paroles.
    Il est inutile de faire porter aux autres les erreurs, les fautes que nous faisons, chacun.

  2. gabriel dit :

    Bonjour Haïm, je ne comprends pas ce que vous avez voulu dire avec la phrase: « Le serpent d’airain, tout comme le veau d’or, sera utilisé comme intermédiaire entre l’Eternel et les Hébreux. »?
    Je comprends la chose de la manière suivante: Que le serpent d’airain ait été un intermédiaire, tout à fait d’accord parce que c’est l’Eternel qui dit à Moïse de le faire. Mais le veau d’or, bien au contraire, a été en abomination à l’Eternel et sa colère s’enflamme contre son peuple (Exode 32:8-10 et 35). Le veau d’or, réclamé par le peuple à Moïse, s’est substitué à l’Eternel, (Exode 32:1). Donc le veau d’or est une idole (il n’est pas un intermédiaire) pour le peuple! Exode 20:4-6 « Tu ne te fera point d’image taillée …. Tu ne t’inclineras point devant elles et tu ne les serviras point…
    Le serpent d’airain: un intermédiaire => « Fais-toi un serpent brûlant et mets-le sur une perche;… quiconque …. le regardera, vivra. » Nombres 21:8
    Le veau d’or: un remplacement, une substitution => « … fais-nous un dieu qui aille devant nous … » Exode 32:1.
    Par la suite, il est vrai, le serpent d’airain est devenu une idole, mais pas au moment où Moïse l’a fait. Et c’est merveilleux qu’un roi, (Ezéchias qui fit ce qui est droit aux yeux de l’Eternel)  » mit en pièces le serpent d’airain … car … les fils d’Israël lui brûlaient de l’encens. » 2 Rois 18:4
    Je souhaite que vous compreniez ce que j’ai exprimé. Merci

    • Tres cher Gabriel shalom, je tiens tout d’abord a vous remercier de votre courrier et de vos remarques. Je veux expliquer et eclaircir mon propos. Toutes les fois ou je mentionne le terme d’intermediaire, il faut y voir un sens negatif. Rappelons que le serpent d’airan n’apparait qu’apres la chute d’Israel et donc ne constitue en rien un modele de foi. L’episode de la destruction du serpent d’airain par le roi Ezechias demontre parfaitement la faiblesse d’Israel quant a l’adoration de ce meme serpent. Ce serpent finit par se transformer en succédané comme ce fut le cas avec le veau d’or. Israel abhorre toute forme d’intermediaire qui considere par le monde idolatre comme possedant une force magique permettrait d’atteindre a la connaissance du Divin. LA Vision biblique s’oppose ardemment aux forces occultes de la magie et fonde notre rapport a la Divinite par le lien direct qu’il nous faut tisser! Toda rabba a vous ! Benedictions a vous! Haim O.

  3. gabriel dit :

    Le SERPENT D’AIRAIN est, pour les chrétiens, une préfiguration de CHRIST

    comme l’évangile de Jean, chapitre3 au verset 14, le rapporte: “Et comme Moïse éleva le serpent dans le désert, ainsi il faut que le fils de l’homme soit élevé” (la crucifixion).

    Le serpent d’airain sur une perche ⇔ Jésus Christ sur une croix.
    En levant les yeux vers le serpent d’airain, les gens vivaient: Nombre 21.9 “… et il arrivait que lorsqu’un serpent avait mordu un homme, et qu’il regardait le serpent d’airain, il vivait.”
    En croyant en Jésus Christ les gens obtiennent la vie éternelle: Jean 3.15 “afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais qu’il ait la vie éternelle.”

    Il est surprenant et paradoxal qu’il y ait cette comparaison,
    car le serpent est l’emblème du mal, de Satan. On le voit déjà dans Genèse 3.4
    Apocalypse 12.9 le décrit: “Et le grand dragon fut précipité, le serpent ancien, celui qui est appelé diable et Satan, celui qui séduit la terre habitée tout entière,-il fut précipité sur la terre, et ses anges furent précipités avec lui.”
    Tandis que Christ est sans péché:
    1 Pierre 2.21-22: “… car aussi Christ a souffert pour vous, vous laissant un modèle, afin que vous suiviez ses traces, 22 « lui qui n’a pas commis de péché, et dans la bouche duquel il n’a pas été trouvé de fraude »
    => Esaïe 53.9: “… et qu’il n’y avait pas de fraude dans sa bouche.”

    Pourtant :
    Galates 3.13 “Christ nous a rachetés de la malédiction de la loi, étant devenu malédiction pour nous (car il est écrit: « Maudit est quiconque est pendu au bois »),”
    => Deutéronome 21.22-23 : “Et si un homme a commis un péché digne de mort, et qu’il ait été mis à mort, et que tu l’aies pendu à un bois, 23 son cadavre ne passera pas la nuit sur le bois; mais tu l’enterreras sans faute le jour même, car celui qui est pendu est malédiction de Dieu …”

    2 Corinthiens 5.21: “Celui qui n’a pas connu le péché, il l’a fait péché pour nous, afin que nous devinssions justice de Dieu en lui.”
    => Esaïe 53.6: “… l’Éternel a fait tomber sur lui l’iniquité de nous tous”
    Esaïe 53.8: ”… Car il a été retranché de la terre des vivants; à cause de la transgression de mon peuple, lui, a été frappé.”

    Esaïe 53.12: “… parce qu’il aura livré son âme à la mort, et qu’ il aura été compté parmi les transgresseurs, et qu’ il a porté le péché de plusieurs, et qu’il a intercédé pour les transgresseurs.”
    Jean 1.29: “ Lelendemain, il voit Jésus venant à lui, et il dit: Voilà l’agneau de Dieu qui ôte le péché du monde!”

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