Parashat VaEt’hannan, Shema Israël, un Monde uni

ש«שְׁמַע, יִשְׂרָאֵל יְהוָה אֱלֹהֵינוּ יְהוָה אֶחָד» (דברים ו: ד).ש

«Ecoute, Israël: l’Éternel est notre Seigneur, l’Éternel est Un!»  (Deut. 6: 4)[1]

Ce verset est, sans l’ombre d’un doute, celui qui a été et demeure le plus commenté de toute la Torah. Il constitue le Fondement de la confiance d’Israël en l’Eternel. Le terme «EHaD» renferme en son sein les Principes  d’Union (I’HouD), d’Unicité -d’Unité (A’HDouT) et de Singularité (MeYou‘HaD) relatifs à l’Essence du Divin.  Maïmonide, surnommé «l’aigle royal», développe dans son œuvre magistrale «Mishneh Torah» («La Seconde Torah») ces Principes que résume ce verset[2]:

ש«אַתָּה הָרְאֵתָ לָדַעַת כִּי יְהוָה הוּא הָאֱלֹהִים אֵין עוֹד מִלְּבַדּוֹ» (דברים ד: לה).ש

«Toi, tu as été initié à cette connaissance: que l’Éternel seul est Dieu, qu’il n’en est point d’autre.» (Deutéronome 4: 35).

Que signifie l’Unité divine? L’Homme est-il capable de saisir cette Unité?

Le commentateur Rashi enseigne- nous sommes, alors, au 12e  siècle- que seul Israël possède la Connaissance de l’Unité du Divin. N’est-il point dit en effet «Notre Seigneur»-  «ELoHeiNou; -אֱלֹהֵינוּ», le Seigneur d’Israël? Les Nations, quant à elles, n’accèderont, selon Rashi, à ce suprême degré qu’à la fin des temps:

«Hachem, notre Eloqim, Hachem est Un: Hachem, qui est notre Eloqim maintenant, et non celui des nations idolâtres, deviendra un jour « Hachem Un », comme il est écrit : « Car je convertirai alors les peuples à une langue pure pour qu’ils invoquent tous le Nom de Hachem » (Tsefania 3, 9), et : « En ce jour-là Hachem sera un et Son nom sera un » (Zekhariya 14, 9).

Or, ce même Rashi expose une thèse opposée dans un autre commentaire:

ש«אַחַת דִּבֶּר אֱלֹהִים שְׁתַּיִם-זוּ שָׁמָעְתִּי כִּי עֹז לֵאלֹהִים» (תהלים סב: יב).ש

«Le Seigneur a parlé en Une fois, deux fois je l’ai entendu : que la puissance appartient au Seigneur» (Psaume 62: 12).

Rashi, se fondant sur la Mechilta soutient la thèse que les fils d’Israël sont incapables de saisir la Parole divine – les Dix Paroles – en Sa globalité. Ces derniers ne reçoivent de l’Eternel que les deux premières Paroles (Deutéronome 5: 6 et 7) et, craignant de mourir foudroyés en la Présence du Divin (Deutéronome 5: 21-22), se tournent vers Son fidèle serviteur, Moïse, afin que celui-ci leur rapporte les huit autres Paroles (Talmud de Babylone, Traité Makkot 23: a et 24). Cette coupure du Divin s’enracine dans l’immaturité  spirituelle apparente qui est encore celle des Hébreux, après la Sortie d’Egypte, et dans leur incapacité d’unifier la dimension transcendantale du Divin (Les deux premières Paroles) à sa dimension d’immanence.

L’occasion de réparer la Brisure originelle régnant au cœur de la Création est, alors, manquée par les fils d’Israël. En effet, le cosmos, créé comme une entité indivisible en un jour démultiplié «יוֹם אֶחָד – un jour» (Genèse 1: 5) mais encore à parfaire, a été brisé lors de la séparation de l’Homme et du Divin à la suite de l’exil du Premier Homme, ADaM, hors du Jardin d’Eden Genèse 3, 23), provoquant une brisure entre le Créateur et sa Créature. C’est pourquoi Israël est appelé à entrer au Pays d’Israël, dont le Jardin d’Eden est le paradigme, pour restaurer l’Unité perdue entre le Transcendant et l’Immanent.

Quant à la Révélation au mont Sinaï, elle est rendue possible grâce à l’union des Hébreux entre eux:

ש«וַיִּחַן שָׁם יִשְׂרָאֵל. כְּאִישׁ אֶחָד בְּלֵב אֶחָד אֲבָל» (רש »י על שמות יט: ב).ש

«Israël y campa Comme un seul homme, d’un seul cœur [d’où l’emploi du singulier]», (Rashi sur Exode 19: 2).

La Rédemption, l’étape finale annonçant un monde meilleur, constitue l’accomplissement de la Création et de la Révélation. Cette ultime phase de l’Histoire humaine n’adviendra que lorsque les Nations, comme l’explique Rashi, reconnaîtront l’Eternel comme étant la Racine du Bien comme du Mal:

ש«יוֹצֵר אוֹר וּבוֹרֵא חֹשֶׁךְ עֹשֶׂה שָׁלוֹם וּבוֹרֵא רָע אֲנִי יְהוָה עֹשֶׂה כָל-אֵלֶּה» (ישעיהו מה: ז).ש

«Je forme la lumière et crée les ténèbres, j’établis la paix et suis l’auteur du mal: moi l’Eternel, je fais tout cela» (Isaïe 45: 7).

ש«מִפִּי עֶלְיוֹן לֹא תֵצֵא, הָרָעוֹת וְהַטּוֹב» (איכה ג: לח).ש

«N’est-ce pas de la bouche de l’Eternel qu’émanent les maux et les biens?» (Lamentations 3: 38)

Le rav ‘Hanan Porat (1943-2011 zal), l’un des plus grands maîtres du TaNaKh en Israël, éclaire, par son enseignement magistral, son amour du peuple d’Israël et d’Erets Israël,  cette notion d’Unité. ‘Hanan Porat rappelle l’exemplarité de Rabbi Akiva qui, durant toute sa vie, espéra sanctifier l’Eternel sur le mot EHaD. Rabbi Akiva, alors torturé à mort par les Romains, sanctifie le Nom ineffable sur EHaD peu avant de rendre son dernier souffle. Au martyre de Rabbi Akiva, ‘Hanan Porat fait remarquer  que les Sages d’Israël (Traité Pessa’him 56: a) intercalent dans la prière quotidienne du «Shema Israel», entre le  «EHaD» (Deut. 6: 4) et «VeaHaVTa» (Deut. 6: 5), l’expression que les douze fils du Patriarche Jacob, ancêtres des Hébreux et les nôtres, auraient tous prononcée d’un même cœur, sur son lit de mort:

ש«בָּרוּךְ שֵׁם כְּבוֹד מַלְכוּתוֹ לְעוֹלָם וָעֶד» (תפילה)ש

«Béni soit le Nom de Gloire de Son Règne à jamais!» (prière)

Hanan Porat s’interroge sur la raison pour laquelle les Sages ont brisé la continuité biblique entre «Ehad» et «VeAhavta»?

Cette brisure volontaire introduite par les Sages ne peut être que salutaire car elle vise essentiellement à rappeler à Israël l’essence de sa vocation première: réunir «שְׁמַע – Ecoute-Obéis» (Transcendance) à «וְאָהַבְתָּ – et tu aimeras» (Immanence).

Toutes les Familles de la Terre finiront par adhérer à cette vision holistique de l’Histoire humaine à travers le Patriarche Jacob, celui même qui transforme «מֵאַבְנֵי הַמָּקוֹם d’entre les pierres du lieu» (Genèse  28: 11) en «הָאֶבֶן la pierre» (28: 18) et qui permet la réunification de ses fils divisés par la haine fraternelle (Genèse 37: 14):

ש«וְהָלְכוּ עַמִּים רַבִּים וְאָמְרוּ לְכוּ וְנַעֲלֶה אֶל-הַר-יְהוָה אֶל-בֵּית אֱלֹהֵי יַעֲקֹב וְיֹרֵנוּ מִדְּרָכָיו וְנֵלְכָה בְּאֹרְחֹתָיו כִּי מִצִּיּוֹן תֵּצֵא תוֹרָה וּדְבַר-יְהוָה מִירוּשָׁלִָם» (ישעיהו ב: ג).ש

«Et nombre de peuples iront en disant: « Or çà, gravissons la montagne de l’Eternel pour gagner la maison du Seigneur de Jacob, afin qu’il nous enseigne ses voies et que nous puissions suivre ses sentiers, car c’est de Sion que sort la Torah [l’Enseignement] et de Jérusalem la parole du Seigneur» )Isaïe 2: 3).

Les Nations accèderont à la conscience profonde, celle du Patriarche Ya’akov, en reconnaissant l’indissociable unité entre la dimension transcendantale du Divin (שְׁמַע, יִשְׂרָאֵל  Shema Israël) et l’immanence de la Présence divine (בָּרוּךְ שֵׁם כְּבוֹד מַלְכוּתוֹ לְעוֹלָם וָעֶד Baroukh Shem Kevod Malkhouto LeOlam Vaed; שְׁכִינָה

Shekhina) en ce monde. L’Eternel, enseignent les Sages d’Israël, ne peut être le Roi, le Maître de l’univers qu’à la seule condition d’être reconnu comme tel par Ses créatures.

Puissent toutes les Familles de la Terre se rallier au royaume de prêtres, Israël, et proclamer avec lui:

ש«הֲלוֹא אָב אֶחָד לְכֻלָּנוּ הֲלוֹא אֵל אֶחָד בְּרָאָנוּ» (מלאכי ב: י).ש

«N’avons-nous pas tous un seul père? N’est-ce pas un seul Maitre qui nous a créés?» (Malachie 2: 10).

Un seul père? ADaM qui donna naissance à ENOSh, le père biologique et spirituel de toute l’Humanité, ouvre une nouvelle ère où «l’on commença d’invoquer le nom de l’Éternel»  (Gen. 4: 26)!

Un seul Maître? L’Eternel, l’Unique et Singulière Racine de tous les êtres vivants et de tous les mondes ouvre une ère d’absolue Liberté où toutes les âmes, réunies  en un seul faisceau par l’amour de l’un à l’égard d’autrui,  s’adresseront directement à l’Eternel, perpétuelle Source fécondante de toute Vie!

ש«וַתֹּאמְרוּ הֵן הֶרְאָנוּ יְהוָה אֱלֹהֵינוּ אֶת-כְּבֹדוֹ וְאֶת-גָּדְלוֹ וְאֶת-קֹלוֹ שָׁמַעְנוּ מִתּוֹךְ הָאֵשׁ הַיּוֹם הַזֶּה רָאִינוּ כִּי-יְדַבֵּר אֱלֹהִים אֶת-הָאָדָם וָחָי» (דברים ה: כ).ש

«…et vous direz: « Certes, l’Éternel, notre Dieu, nous a révélé sa gloire et sa grandeur, et nous avons entendu sa voix du milieu de la flamme; nous avons vu aujourd’hui Dieu parler à l’homme et celui-ci vivre!» (Deutéronome 5: 20).

 

[1] Parashat VaEt’hannan, Deutéronome 3: 23- 7: 11

[2] Cf. Chapitre I, 4 du Sefer HaMaDa («Le Livre de la Connaissance») qui est la première partie du «Mishne Torah».

Au plaisir de vous retrouver,

Shabbat shalom!

Avec toutes mes amitiés,

Haïm Ouizemann

hebreubiblique@gmail.com

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1 Response to Parashat VaEt’hannan, Shema Israël, un Monde uni

  1. cathou dit :

    Wouahou super article Haïm!! Merci!!!

    Aujourd’hui où nous sommes tous menacés par un matérialisme dévorant, il est important de chercher à définir ce qu’est Dieu.
    Si l’image du Dieu Un a fait son chemin, partout dans le monde, même de manière différente que le Dieu Un biblique, L’image du Maître, assis en sur un trône, récompensant et punissant est devenue insatisfaisante pour beaucoup, car cette image n’apporte aucun apaisement, aucune solution.
    L’image de Dieu créateur de la beauté et du bien seulement est aussi une image insatisfaisante, car elle n’apporte pas de solution et d’apaisement.
    Le Dieu UN nous offre les visages du bien ET du mal, indissociable l’un de l’autre. Il faut de la ténèbre pour que la lumière puisse en jaillir, mais il faut que la lumière puisse disparaître dans la ténèbre. le Mal est une nécessité égale au Bien.
    c’est vrai que c’est difficile à saisir car on veut un Dieu de bonté, d’amour, de beauté: besoins naturels de l’humain. Mais Dieu est plus que ça!!

    Oui Dieu n’a d’existence réelle que s’il est reconnu par les humains, les seuls qui ont cette capacité de reconnaissance. Si nous ne voulons pas le reconnaître, il n’existe pas!!!
    Dieu est là, partout autour de nous: beauté/laideur; ténèbre/lumière; arbre s’élançant vers le ciel/racine plongeant dans le sol; ciel avec ou sans nuage/eau avec ou sans vague; chaleur torride/froid glacial………. il est partout, il est en nous. Nous sommes Lui/IL est Nous
    ça semble très paradoxal…. et pourtant reconnaître ainsi Dieu apporte toutes les réponses.

    Je n’affirmerai pas que la Bible soit le seul enseignement au monde qui aille dans ce sens… Mais la particularité de la Bible est de réunir.
    Réunir en UN texte l’ensemble ancestral des traditions et des enseignements.
    Réunir en UN peuple un ensemble d’humains différents.
    Réunir en UN le divin et le matériel.
    Unir en UN, sans jamais réduire, sans jamais enfermer, sans jamais imposer…

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