Parashat Ekev, La richesse: une épreuve ?

Rome en feu, Hubert Robert

Rome en feu, Hubert Robert

ש«וְזָכַרְתָּ אֶת-כָּל-הַדֶּרֶךְ אֲשֶׁר הוֹלִיכְךָ יְהוָה אֱלֹהֶיךָ זֶה אַרְבָּעִים שָׁנָה בַּמִּדְבָּר לְמַעַן עַנֹּתְךָ לְנַסֹּתְךָ לָדַעַת אֶת-אֲשֶׁר בִּלְבָבְךָ הֲתִשְׁמֹר מִצְו‍ֹתָו אִם-לֹא» (דברים ח: ב).ש

«Tu te rappelleras cette traversée de quarante ans que l’Éternel, ton Seigneur, t’a fait subir dans le désert, afin de t’éprouver, t’aguerri r afin de connaître le fond de ton cœur, si tu resterais fidèle à ses lois, ou non» (Deutéronome 8: 2).[1]

En quoi la traversée du désert doit-elle être considérée comme une épreuve? Les Hébreux n’ont-ils point joui, durant quarante ans, d’une infinie abondance prodiguée par l’Eternel?

ש«וַיְעַנְּךָ וַיַּרְעִבֶךָ וַיַּאֲכִלְךָ אֶת-הַמָּן אֲשֶׁר לֹא-יָדַעְתָּ וְלֹא יָדְעוּן אֲבֹתֶיךָ לְמַעַן הוֹדִיעֲךָ כִּי לֹא עַל-הַלֶּחֶם לְבַדּוֹ יִחְיֶה הָאָדָם כִּי עַל-כָּל-מוֹצָא פִי-יְהוָה יִחְיֶה הָאָדָם» (דברים ח: ג).ש

«Oui, il t’a fait souffrir et endurer la faim, puis il t’a nourri avec cette manne que tu ne connaissais pas et que n’avaient pas connue tes pères; pour te prouver que l’homme ne vit pas seulement de pain, mais qu’il peut vivre de tout ce que produit le verbe de l’Eternel» (Deut. 8: 3).

Conduits dans les désert, placés sous la sphère de la Providence quotidienne et portés à la lumière de la Grâce providentielle, les fils d’Israël connaissent, toutefois, dès leur entrée en Erets Israël, une coupure brutale d’avec leur quotidien. Ils devront désormais subvenir à leurs propres besoins en travaillant la terre à la sueur de leur front et affronter les vicissitudes de la Nature pour en récolter les fruits:

ש«וַיִּשְׁבֹּת הַמָּן מִמָּחֳרָת בְּאָכְלָם מֵעֲבוּר הָאָרֶץ וְלֹא-הָיָה עוֹד לִבְנֵי יִשְׂרָאֵל מָן וַיֹּאכְלוּ מִתְּבוּאַת אֶרֶץ כְּנַעַן בַּשָּׁנָה הַהִיא» (יהושע ה: יב).ש

«La manne cessa de tomber le lendemain, parce qu’ils avaient à manger du blé du pays, et les enfants d’Israël n’eurent plus de manne, mais ils se nourrirent, dès cette année, des produits du pays de Canaan» (Josué 5: 12).

L’expérience du désert, pour constructive qu’elle soit, n’est point sans rappeler le fœtus dans le sein de sa mère, ne manquant de rien, donc n’éprouvant aucun besoin.. Cependant, Israël, étant peu habitué à vivre l’instant présent en fonction de ses besoins du moment, a tendance à vivre dans la peur de manquer, alors même que tous ses besoins matériels sont comblés. Effectivement, en Egypte, l’accumulation des biens donne l’illusion que demain, comme aujourd’hui, on ne manquera de rien. Or, une telle attitude exprime le sentiment que l’homme ne compte que sur lui-même pour trouver sa subsistance. Ainsi, par voie de conséquence, l’homme en arrive à oublier l’Eternel et Sa parole, supposée inutile, contrairement à la manne, qui exige l’assurance que demain, l’Eternel saura nous procurer notre subsistance, bien qu’à l’heure d’aujourd’hui, nos provisions soient terminées, ayant suffi juste pour la journée. Une trop grande abondance  associée au confort matériel s’avèrent être le principal obstacle à la reconnaissance du Divin comme la Source exclusive de ce bien-être:

ש«וְאָמַרְתָּ בִּלְבָבֶךָ כֹּחִי וְעֹצֶם יָדִי עָשָׂה לִי אֶת-הַחַיִל הַזֶּה» (דברים ח: יז)

«Et tu diras en ton cœur: « C’est ma propre force, c’est le pouvoir de mon bras, qui m’a valu cette richesse» (Deutéronome 8: 17).

En effet malgré le don renouvelé de la manne renfermant en son sein la question de l’origine de la Miséricorde divine – le terme «manne» (מָן, Mann) signifie en araméen «Qui?» [sous-entendu: «qui est à l’origine de cette manne?»] et en hébreu «la source de…» (מִן, Min), les Hébreux médisent à son propos, faisant preuve d’un mépris certain pour cette nourriture qu’il est impossible de conserver, donc supposée sans valeur:

ש«וְנַפְשֵׁנוּ קָצָה בַּלֶּחֶם הַקְּלֹקֵל» (במדבר כא: ה).ש

«Nous sommes excédés de ce pain corrompu (trop léger pour être consommé)»  (Nombres 21: 5).

C’est la raison pour laquelle l’Eternel décide d’opérer, après la traversée du Jourdain, une transition absolue de Sa conduite providentielle. Quelle peut être l’origine de ce bouleversement? Comme nous l’avons dit plus haut, la traversée du Désert peut se comparer à un fœtus dans le ventre de sa mère. Cependant, cet état n’est pas destiné à durer dans le temps, il constitue seulement une étape vers la Vie. L’entrée en Canaan constitue la naissance du peuple hébreu. Le cordon ombilical peut à présent être coupé. Cependant, comme le jeune enfant dépend entièrement de l’allaitement fourni par sa mère, le peuple hébreu est appelé à compter sans limites sur son Père éternel pour sa subsistance quotidienne et à ne se rattacher qu’à Sa Parole nourricière et créatrice, car de sa prière et de son lien avec l’Eternel, dépendra sa subsistance:

ש«כִּי לֹא עַל-הַלֶּחֶם לְבַדּוֹ יִחְיֶה הָאָדָם כִּי עַל-כָּל-מוֹצָא פִי-יְהוָה יִחְיֶה הָאָדָם» (דברים ח: ג).ש

«L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de tout ce que produit le verbe du Seigneur» (Deut. 8: 3).

Le peuple d’Israël, en gestation dans le désert -מִדְבָּר, «MiDBaR, le lieu de la Parole»[2]– passe d’une longue phase embryonnaire à celle où il accède à l’indépendance et à la responsabilité de décider de sa propre histoire: l’entrée en Erets Israël, terre de l’Alliance. La Création n’est rendue possible que par la coupure physique d’avec le Divin, mais non pas spirituelle. La racine verbale בָּרָא- B.R.’A. relative à l’émergence ex-nihilo de l’Existant, signifie également «couper, se frayer un passage» (Josué 17: 15). La naissance devient donc synonyme de brisure. Or, si l’on s’inspire des deux racines verbales composant le premier terme du TaNaKH, בְּרֵאשִׁית-BeReShiT: «B.R.’.» («créer- couper») et «Sh. I. T» («placer, fonder»), ces deux racines formant ce premier mot biblique révèlent la nécessité de la coupure physique du Divin pour que l’Univers puisse naître à sa propre existence, sans toutefois couper le lien spirituel qui l’unit à son Créateur, le souffle de Sa Parole. Effectivement, ce souffle divin préexiste à la Création:

ש«וְרוּחַ אֱלֹהִים מְרַחֶפֶת עַל-פְּנֵי הַמָּיִם» (בראשית א: ב).ש

«…et le souffle du Tout-Puissant planait à la surface des eaux» (Genèse 1: 2).

Il perdure dans le monde édénique, et nous en avons un aperçu à l’instant même de la faute du Premier Homme:

ש«וַיִּשְׁמְעוּ אֶת-קוֹל יְהוָה אֱלֹהִים, מִתְהַלֵּךְ בַּגָּן-לְרוּחַ הַיּוֹם» (בראשית ג: ח).ש

«Ils entendirent la voix de l’Éternel-Tout-Puissant, parcourant le jardin au souffle du jour (Genèse 3: 8).

C’est de ce souffle divin dans lequel baignait le Premier Homme qu’il sera coupé quand il aura reconnu sa faute et celle de sa femme. Or, toute la Thora a été écrite pour réparer la brisure de ce lien fondamental et existentiel pour l’humanité.

L’épreuve divine, loin d’être un mal, se doit d’être considérée comme un défi visant à élever Israël à la Connaissance claire de la Volonté divine:

ש«טוֹב-לִי כִי-עֻנֵּיתִי לְמַעַן אֶלְמַד חֻקֶּיךָ.  טוֹב-לִי תוֹרַת-פִּיךָ  מֵאַלְפֵי זָהָב וָכָסֶף» (תהלים קיט: עא-עב).ש

«C’est un avantage pour moi d’avoir connu la misère, pour apprendre tes préceptes. Plus précieux est pour moi l’enseignement de ta bouche que des monceaux de pièces d’or et d’argent» (Psaumes  119: 71-72).

Toute épreuve constitue de fait une possibilité d’orientation vers la voie nous permettant de revenir au Père éternel, vers la jouissance du jardin d’Eden et de ce souffle divin qui le parcourt, ou bien au contraire «l’autre voie» qui nous éloigne encore un peu plus de la Présence divine. L’Humanité se doit de choisir!

ש«וְיָדַעְתָּ עִם-לְבָבֶךָ כִּי כַּאֲשֶׁר יְיַסֵּר אִישׁ אֶת-בְּנוֹ יְהוָה אֱלֹהֶיךָ מְיַסְּרֶךָּ» (דברים ח: ה).ש

«Tu reconnaîtras donc en ta conscience que si l’Éternel, ton Seigneur, te châtie, c’est comme un père châtie son fils» (Deut. 8: 5).

Alors,

ש«כַּבֵּד אֶת-יְהוָה מֵהוֹנֶךָ וּמֵרֵאשִׁית כָּל-תְּבוּאָתֶךָ. י וְיִמָּלְאוּ אֲסָמֶיךָ שָׂבָע וְתִירוֹשׁ יְקָבֶיךָ יִפְרֹצוּ. יא מוּסַר יְהוָה בְּנִי אַל-תִּמְאָס וְאַל-תָּקֹץ בְּתוֹכַחְתּוֹ. יב כִּי אֶת אֲשֶׁר יֶאֱהַב יְהוָה יוֹכִיחַ וּכְאָב אֶת-בֵּן יִרְצֶה» (משלי ג: ט-יב).ש

«Honore l’Eternel avec tes biens, avec les prémices de tous tes produits;10 alors tes celliers regorgeront d’abondance et tes pressoirs déborderont de vin. 11 Ne rejette pas l’admonestation de l’Eternel, ne t’insurge pas contre sa réprimande; 12 car celui qu’il aime, l’Eternel le châtie, tel un père le fils qui lui est cher» (Prov. 3: 9-12).

Toutes les grandes puissances et civilisations s’effondrent dès lors qu’elles sont à l’apogée de leur histoire (Deut. 8: 20). Frappés de cécité par le pouvoir et la richesse, les empires de Mésopotamie, Egypte, Babylone, Perse, Grèce, Rome ont périclité jusqu’à leur disparition complète. Jérusalem, la capitale puissante du royaume unifié[3] de Salomon connaîtra le sort tragique de ces mêmes empires (I rois 11: 11 et s.; 11: 29 et s.) pour ne point avoir obéi à la Parole divine (Deut. 8: 19-20). L’Eternel soumet Avraham à l’épreuve de la famine immédiatement après être arrivé en Erets Israël afin de lui enseigner les grands Principes de Justice et de Partage sur lesquels repose Israël.

N’est-il point arrivé le temps où l’Humanité et plus particulièrement le monde occidental doivent reconsidérer leur mode de vie en repensant totalement la vision de richesse qui, détachée de sa Source Première, mène à la désorganisation et à la chute de mondes?

 

[1] Parashat Ekev, Deutéronome 7: 12- 11: 25

[2] Le mot מִדְבָּר, «MiDBaR est formé sur la racine D.V.R, «parole».

[3] I Rois 5: 6; 24; 29; 10: 14-15; 23.

 

Au plaisir de vous retrouver,

Shabbat shalom!

Avec toutes mes amitiés,

Haïm Ouizemann

hebreubiblique@gmail.com

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7 Responses to Parashat Ekev, La richesse: une épreuve ?

  1. Thibault dit :

    merci! Magnifique!

  2. cathou dit :

    Texte oh combien d’actualité!!!
    L’humain travaille à la limite de l’épuisement pour obtenir un confort, une facilité matérielle.
    C’est même le but de chaque parent: « mon enfant fait des études, ton avenir sera meilleur que le mien » ou bien « mon enfant voici la maison,le champs que j’ai tant peiné à posséder, prends le »
    Évidemment chaque humain cherche, inlassablement, le bonheur pensant le trouver dans le confort, l’abondance, la richesse: « Abondance de biens ne nuit pas »

    Soyons honnêtes: un appartement agréable, l’eau courante froide et chaude à disposition, une machine à laver le linge, pouvoir faire ses courses au marché, aller travailler ou à l’école à coté de chez soi, avoir une voiture pour se déplacer selon son bon plaisir sont des choses bien agréables, ne crachons pas non plus sur internet qui permet des échanges intéressants… des exemples de pur matérialismes il y en a beaucoup, ils sont quotidiens.
    Malheureusement nous devenons dépendants de ces facilités, nous oublions leur coté illusoire.

    Les parents tellement soucieux d’accumuler du confort qu’ils en oublient d’aimer simplement leur enfant. Oh certes ils compensent par de l’argent à profusion et l’enfant ne s’adapte pas aux exigences de la vie, il devient un adulte fragile qui n’a pas connaissance de sa foi en lui, en la vie, en Dieu… parce que Dieu et les autres deviennent responsables de ses maux.

    Le monde occidental d’aujourd’hui connaît bien ces maux… certes nous accusons les multinationales, les banquiers de nos malheurs, et OUI ils en sont responsables, en partie.
    Si chacun de nous refusait de jouer leurs jeux: toujours plus de téléphones portables, toujours plus d’internet, toujours plus de gaspillage (nourriture, eau, électricité, vêtements, et de futilités quotidiennes) nous ne leur permettrions pas de diriger ainsi nos vies.
    Nous ne leur permettrions pas d’affaiblir les Nations, les humains pour leur voler leurs richesses du sol.
    Nous ne leur permettrions pas de nous diviser pour mieux nous imposer.

    Saurons nous enfin agir et réagir avant l’épreuve du désert qui s’annonce très rude puisqu’une grande partie de notre planète est pillée, polluée???

  3. Helene Herlemont dit :

    Entièrement d’accord avec Cathou : rien à ajouter. Nous sommes dans le monde, mais plus du monde, et c’est une recherche de chaque jour de nous « débarrasser » de tout ce qui encombre notre vie avec D.ieu 🙂
    Si chacun fait sa part, nous serons en paix avec D.ieu et nous-mêmes, et notre exemple montre à nos enfants une autre voie que celle qu’ils peuvent rencontrer autour d’eux. Ils auront un choix, pas une obligation de suivre les autres, comme des moutons !

  4. Marguerite dit :

    merci Haïm

  5. Qui se coupe de la source divine et fait passer le matériel, l’argent, avant toute forme de spiritualité, comme le monde occidental qui se coupe de la source divine, est voué à se perdre. Pour moi, l’Occident fonce droit dans le mur et un jour, le capitalisme va s’effondrer, la Terre, la Nature, se retournera contre ceux qui l’ont massacrée par la pollution. Il n’y a même plus de respect du monde politique pour ses électeurs. Il s’emplit les poches au détriment des démunis, quelle honte! Où est la prise de conscience du divin en chacun des hommes, où est passé le lien avec le Divin?????????

  6. MIMOUNI HENRI MEYER dit :

    HAZAK. O.K JAZZ. PARACHAT EKEV PASSE AVANT REE. 36. MARC AMEN. Y ACHIR DIDIER. LION DE JUDAH. AVIA. ACHILLE TALON. MICHEL. SHABBAT SHALOM. AMEN.

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