Parashat Shoftim, l’Appel à la Paix

"Chemin de la Paix", sculpture environnementale sur 3 km, Nitzana, Israël, de 1996 2000 de Dani Karavan: artiste plasticien et sculpteur israélien

« Chemin de la Paix », sculpture environnementale sur 3 km, Nitzana, Israël, de 1996 2000 de Dani Karavan: artiste plasticien et sculpteur israélien

ש «כִּי-תִקְרַב אֶל-עִיר לְהִלָּחֵם עָלֶיהָ וְקָרָאתָ אֵלֶיהָ לְשָׁלוֹם» (דברים כ: י).ש

«Quand tu marcheras sur une ville pour lui faire la guerre, tu l’inviteras d’abord à la paix» (Deutéronome 20: 10).[1]

Comment la Torah peut-elle, au moment même où la guerre semble imminente et inéluctable, intimer à Israël l’ordre de faire la Paix avec son ennemi?

La Paix, le Shalom- שָׁלוֹם- constitue l’un des piliers fondamentaux de la Tradition d’Israël. La perte d’êtres humains n’est-elle point le plus grand des drames de l’Histoire? Tous ces sangs versés ne sont-ils point l’expression tragique de l’échec de l’Humanité? C’est pourquoi, cette quête effrénée vers la Paix traverse toute la source biblique comme un leitmotiv, un appel à la conscience humaine. Tous les moyens doivent être mis en œuvre afin d’éviter que le sang ne soit versé.

C’est tout d’abord Yoseph qui, envoyé par son père Jacob, a pour mission de se réconcilier avec ses frères malgré la haine qu’ils éprouvent à son encontre:

ש«וַיֹּאמֶר לוֹ לֶךְ-נָא רְאֵה אֶת-שְׁלוֹם אַחֶיךָ וְאֶת-שְׁלוֹם הַצֹּאן וַהֲשִׁבֵנִי דָּבָר וַיִּשְׁלָחֵהוּ מֵעֵמֶק חֶבְרוֹן וַיָּבֹא שְׁכֶמָה» (בראשית לז: יד).ש

«Il reprit: « Va voir, je te prie, comment se portent tes frères, comment se porte le bétail et rapporte m’en des nouvelles. » II l’envoya ainsi de la vallée d’Hébron et Yoseph se rendit à Shekhem» (Genèse 37: 14).

En dépit – ou plutôt par le biais – de  toutes les épreuves que Yoseph aura à surmonter, ce dernier, du haut de son trône de vice-roi en Egypte, renvoie la requête de paix de son père à ses frères:

ש«וַיִּשְׁאַל לָהֶם לְשָׁלוֹם וַיֹּאמֶר הֲשָׁלוֹם אֲבִיכֶם הַזָּקֵן אֲשֶׁר אֲמַרְתֶּם הַעוֹדֶנּוּ חָי» (בראשית מג: כז).ש

«Il s’informa de leur bien-être [de la Paix de ses frères], puis il dit: « Comment se porte votre père [votre père a-t-il trouvé la Paix], ce vieil homme dont vous avez parlé? Vit-il encore?» (Genèse 43: 27).

A quoi ils répondent:

ש«וַיֹּאמְרוּ שָׁלוֹם לְעַבְדְּךָ לְאָבִינוּ עוֹדֶנּוּ חָי וַיִּקְּדוּ וישתחו (וַיִּשְׁתַּחֲווּ)» (בראשית מג: כח).ש

«Ils répondirent: « Ton serviteur, notre père, vit encore et se porte bien. » Et ils s’inclinèrent et se prosternèrent» (Genèse 43: 28).

Mais pourquoi Yoseph s’inquiète-t-il vraiment de son père Yaakov? Que revêt véritablement l’interrogation de Yoseph à l’égard de ses frères?

Si Yoseph s’est réellement inquiété pour Yaakov, son père endeuillé, pourquoi n’a-t-il point cru juste et bon de renouer le contact brisé avec ce dernier dès sa vente comme esclave par les Midianites à la caravane de marchands ismaélites? Ne pourrions-nous point au contraire déduire de la réponse des frères que Yaakov, souhaitant la réconciliation familiale, et sachant que son fils préféré Yoseph a réalisé sa requête de Paix entre tous ses fils, se trouverait dans un état de Paix intérieure? Le cercle infernal de la guerre et du ressentiment est alors brisé, il n’est plus! La Paix se construit progressivement. Le temps est capable d’effacer les ressentiments et les haines réciproques. L’on comprend, avec Yoseph, qu’à la Paix répond la paix!

Par ailleurs, Moïse, le serviteur fidèle de l’Eternel (Nombres 12: 7), s’oppose catégoriquement à l’ordre du Maître de l’Univers d’éliminer Sihôn, roi de Hesbon, l’Amorréen:

ש«קוּמוּ סְּעוּ וְעִבְרוּ אֶת-נַחַל אַרְנֹן רְאֵה נָתַתִּי בְיָדְךָ אֶת-סִיחֹן מֶלֶךְ-חֶשְׁבּוֹן הָאֱמֹרִי וְאֶת-אַרְצוֹ הָחֵל רָשׁ וְהִתְגָּר בּוֹ מִלְחָמָה» (דברים ב: כד).ש

«Allez, mettez-vous en marche, et passez le torrent de l’Arnon. Vois, je livre en ton pouvoir Sihôn, roi de Hesbon, l’Amorréen, avec son pays; commence par lui la conquête! Engage la lutte avec lui!» (Deut. 2: 24).

Moïse «interprète» l’injonction divine en s’inspirant du noble exemple de Yoseph:

ש«וָאֶשְׁלַח מַלְאָכִים מִמִּדְבַּר קְדֵמוֹת אֶל-סִיחוֹן מֶלֶךְ חֶשְׁבּוֹן דִּבְרֵי שָׁלוֹם לֵאמֹר« (דברים ב: כו).ש

«Et j’envoyai, du désert de Kedêmoth, des messagers à Sihôn, roi de Heshbon, avec ces paroles de Paix …» (Deut. 2: 26).

Si’hon choisira finalement la voie de la guerre et sera battu (Juges 11: 20). Quel est donc le secret de ce petit peuple, Israël, sans cesse confronté à la force aveugle et barbare de ses ennemis? Ifta’h (Jephté), comme Yoseph, comme Moïse, désire, avant de se jeter dans une guerre sanglante, entamer des pourparlers de paix:

ש«וַיִּשְׁלַח יִפְתָּח מַלְאָכִים אֶל-מֶלֶךְ בְּנֵי-עַמּוֹן לֵאמֹר מַה-לִּי וָלָךְ כִּי-בָאתָ אֵלַי לְהִלָּחֵם בְּאַרְצִי» (שופטים יא: יב).ש

«Puis Jephté envoya des messagers au roi des Ammonites, pour lui dire: « Qu’ai-je à démêler avec toi, que tu sois venu porter la guerre dans mon pays?» (Juges 11: 12).

Pourparlers que Si’hon, d’un premier abord, accepte, pensant récupérer des terres qu’autrefois il gouvernait, selon la formule moderne: ‘la paix contre les territoires’:

ש «וַיֹּאמֶר מֶלֶךְ בְּנֵי-עַמּוֹן אֶל-מַלְאֲכֵי יִפְתָּח כִּי-לָקַח יִשְׂרָאֵל אֶת-אַרְצִי בַּעֲלוֹתוֹ מִמִּצְרַיִם מֵאַרְנוֹן וְעַד-הַיַּבֹּק וְעַד-הַיַּרְדֵּן וְעַתָּה הָשִׁיבָה אֶתְהֶן בְּשָׁלוֹם» (שופטים יא: יג).ש

 «Le roi des Ammonites répondit aux envoyés de Jephté: « C’est qu’Israël, étant sorti d’Egypte, s’empara de mon pays, depuis l’Arnon jusqu’au Yaboc et jusqu’au Jourdain. Et maintenant, rends-le moi pacifiquement» (Juges 11: 13).

Ainsi, au-delà des ruses et des fallacieux prétextes de l’adversaire, la main tendue vers lui est en soi une victoire!

ש«לֹא בִגְבוּרַת הַסּוּס יֶחְפָּץ לֹא-בְשׁוֹקֵי הָאִישׁ יִרְצֶה.  רוֹצֶה יְהוָה, אֶת-יְרֵאָיו אֶת-הַמְיַחֲלִים לְחַסְדּוֹ» (תהלים קמז: י-יא).ש

«Il [L’Eternel] ne prend point plaisir à la vigueur du coursier, Il ne tient pas à l’agilité de l’homme; ce qu’il aime, l’Eternel, ce sont ses adorateurs, ceux qui ont foi en sa bonté» (Psaume 147: 10-11).

Un très bel extrait du chef d’œuvre cinématographique «Après la pluie» du metteur en scène japonais Akira Kurosawa relate la victoire du samouraï sans maître (rōnin), Ihei Misawa, sur le daimyo (gouverneur féodal japonais) Nagai Izuminokami Shigeaki. Ce dernier, épargné par Ihei Misawa lors du duel les opposant, éprouve une profonde blessure en son amour propre. Il tient, alors, ces propos: «La bienveillance du vainqueur blesse le cœur du vaincu».  Ce passage n’est point sans rappeler celui de David épargnant Saül:

ש«יִשְׁפֹּט יְהוָה בֵּינִי וּבֵינֶךָ וּנְקָמַנִי יְהוָה מִמֶּךָּ וְיָדִי לֹא תִהְיֶה-בָּךְ» (שמואל א, כד: יב).ש

«Que L’Eternel juge entre toi et moi! Il pourra me venger de toi, mais je ne porterai pas la main sur toi» (I Sam. 24: 12).

La noblesse d’esprit de David conduit finalement Saül à accepter l’intronisation de David, qu’il considère comme son rival et tente à maintes reprises d’assassiner!

ש«וְעַתָּה הִנֵּה יָדַעְתִּי כִּי מָלֹךְ תִּמְלוֹךְ וְקָמָה בְּיָדְךָ מַמְלֶכֶת יִשְׂרָאֵל» (שמואל א, כד: כ).ש

«Or, je sais que certainement tu régneras, et que la royauté d’Israël te restera acquise» (I Sam. 24: 20).

Le véritable héros est celui qui refuse la guerre et propose la Paix:

ש«טוֹב אֶרֶךְ אַפַּיִם מִגִּבּוֹר וּמֹשֵׁל בְּרוּחוֹ מִלֹּכֵד עִיר» (משלי טז: לב, ראה משלי כא: כב).ש

«Qui résiste à la colère l’emporte sur le héros; qui domine ses passions sur un preneur de villes» (Prov. 16: 32; Cf. également Prov. 21: 22).

ש«סוּר מֵרָע וַעֲשֵׂה-טוֹב בַּקֵּשׁ שָׁלוֹם וְרָדְפֵהוּ» (תהלים לד: טו).ש

«Éloigne-toi du mal et fais le bien, recherche la Paix et la poursuis» (Ps. 34: 15).

Cette invitation à la Paix n’est point restée un vain mot pour les fondateurs du futur Etat d’Israël qui, s’inscrivant dans la continuité des grandes figures bibliques, ont tenu à graver au sein du Rouleau de la Déclaration d’Indépendance la Paix comme fondement de la bénédiction au Moyen-Orient:

«Nous tendons la main à tous les pays voisins et à leurs peuples et nous leur offrons la Paix et des relations de bon voisinage ; nous les invitons à coopérer avec le Peuple juif rétabli dans sa souveraineté nationale. L’État d’Israël est prêt à contribuer à l’effort commun de développement du Moyen-Orient tout entier.»

ש« יְהוָה עֹז לְעַמּוֹ יִתֵּן יְהוָה יְבָרֵךְ אֶת עַמּוֹ בַשָּׁלוֹם» (תהלים כט: יא).ש

«Que l’Eternel donne la force à son peuple! Que l’Eternel bénisse son peuple par la Paix!» (Ps. 29: 11).

 

Au plaisir de vous retrouver,

Shabbat shalom!

Avec toutes mes amitiés,

Haïm Ouizemann

hebreubiblique@gmail.com

 

 

 

 

[1] Parashat Shoftim, Deutéronome 16: 18-21-9

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6 Responses to Parashat Shoftim, l’Appel à la Paix

  1. cathou dit :

    Il n’est jamais bon d’investir un pays, une région, une ville, par la force. La force peut être utilisée pour se défendre, jamais pour conquérir ceux qui ne veulent pas être conquis.

    Aujourd’hui Israël ne continuera à vivre que s’il arrive à établir la paix avec les palestiniens.
    Ces 2 peuples doivent apprendre à se respecter et à vivre ensemble, sans ruse, roublardise et manipulations.
    Une conquête par la force annoncera la fin d’Israël … aujourd’hui comme hier.
    Ni les Israéliens, ni les palestiniens ne doivent laisser les très influents intérêts financiers et économiques intervenir dans le processus de Paix.
    L’état de conflit permanent arrange bien des intérêts!
    Un challenge qu’Israéliens et palestiniens doivent gagner, ensemble!!!

  2. Bien d’accord avec ce qu’écrit Cathou. La Paix des peuples amène la paix du coeur; en chacun. Que le Paix règne dans ce monde et nous serons plus proche de l’Eden et surtout de l’E.ternel.
    Shalom, shalom à tous les peuples.

  3. Raphael ELIAS dit :

    Shalom , Salam , Peace , Paix , à toutes les femmes et à tous les hommes de bonne volonté !

  4. KODJO FRANCOIS WAGALA dit :

    Shalom ,paix à tous et ISRAEL

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