Parashat Nitsavim-VaYelekh: Quand l’Eternel fait Teshouva

Abraham Isaac haCohen Kook (Sept. 1865, sept. 1935), premier Grand Rabbin ashkénaze en Terre d'Israël

Abraham Isaac haCohen Kook (Sept. 1865, sept. 1935), premier Grand Rabbin ashkénaze en Terre d’Israël

ש«וְשָׁב יְהוָה אֱלֹהֶיךָ אֶת-שְׁבוּתְךָ וְרִחֲמֶךָ וְשָׁב וְקִבֶּצְךָ מִכָּל-הָעַמִּים אֲשֶׁר הֱפִיצְךָ יְהוָה אֱלֹהֶיךָ שָׁמָּה» (דברים ל: ג).ש

«L’Éternel, ton Seigneur, éprouvant de la miséricorde, te fera revenir d’exil, et il te rassemblera du sein des peuples parmi lesquels il t’aura dispersé».  (Deut. 30:3)[1]

Le commentateur Rashi, s’inspirant de la Tradition orale (Meguilah 29: a) rapporte une remarque grammaticale à propos du verbe שָׁב / Shav («revenir») employé à la forme du Pa’al signifiant «Il revient» au lieu de la forme causative Hif’il: הֵשִׁיב Heshiv («faire revenir»): « Il [L’Eternel] fera revenir. Nos maîtres en ont déduit que la Shekhina [Présence divine], s’il est permis de s’exprimer ainsi, réside avec Israël dans les souffrances de l’exil, et qu’elle s’est inscrite Sa propre délivrance pour le jour où ils seront délivrés.»

Poursuivons l’enseignement du maître Rashi en citant l’intégralité de la référence talmudique:

«Rabbi Shimon ben Yochaï enseigne: Regarde combien les enfants d’Israël sont chéris par le Saint Béni Soit-Il. En effet partout  où Israël est allé en exil, la Shekhina elle-même l’a accompagné.  Dans le cas de l’Egypte, l’on enseigne:

ש«וַיָּבֹא אִישׁ-אֱלֹהִים אֶל-עֵלִי וַיֹּאמֶר אֵלָיו כֹּה אָמַר יְהוָה הֲנִגְלֹה נִגְלֵיתִי אֶל-בֵּית אָבִיךָ בִּהְיוֹתָם בְּמִצְרַיִם לְבֵית פַּרְעֹה» (שמואל א, ב: כז ראה שמואל א, ב: כג).ש

«Un homme de Dieu vint trouver Héli et lui dit: « Ainsi parle l’Eternel: Ne me suis-Je point vraiment révélé à tes pères, alors qu’ils étaient en Egypte, soumis à la maison de Pharaon» (I Sam. 2: 27; cf. I Sam. 2: 23).

«A Babylone, l’on enseigne:

ש«כֹּה-אָמַר יְהוָה גֹּאַלְכֶם קְדוֹשׁ יִשְׂרָאֵל לְמַעַנְכֶם שִׁלַּחְתִּי בָבֶלָה וְהוֹרַדְתִּי בָרִיחִים כֻּלָּם וְכַשְׂדִּים בָּאֳנִיּוֹת רִנָּתָם» (ישעיהו מג: יד).ש

«Ainsi parle l’Eternel, votre libérateur, le Saint d’Israël: « En votre faveur, j’ai envoyé [un mandataire] à Babylone. Je les ai jetés bas, tous ont recours à la fuite, les Chaldéens gagnent les vaisseaux qu’ils prônaient» (Isaïe 43: 14).

«Et lorsqu’adviendra le temps de la rédemption, la Shehina continuera à les accompagner». (Méguila 29: a)

La Haftarah[2] lue le Shabbat précédent Rosh HaShana, Jour de l’An hébraïque, insiste sur la profonde intimité en exil du lien d’amour unissant l’Eternel à Son peuple Israël:

ש«בְּכָל-צָרָתָם לא (לוֹ) צָר וּמַלְאַךְ פָּנָיו הוֹשִׁיעָם בְּאַהֲבָתוֹ וּבְחֶמְלָתוֹ, הוּא גְאָלָם וַיְנַטְּלֵם וַיְנַשְּׂאֵם כָּל-יְמֵי עוֹלָם» (ישעיהו סג: ט).ש

«Dans toutes leurs souffrances, Il [l’Eternel] a souffert avec eux; sa présence tutélaire les a protégés. Dans son amour et sa clémence, il les a délivrés; il les a portés et soutenus pendant toute la durée des siècles» (Isaïe 63: 9).

ש«יִקְרָאֵנִי וְאֶעֱנֵהוּ עִמּוֹ-אָנֹכִי בְצָרָה אֲחַלְּצֵהוּ וַאֲכַבְּדֵהוּ» (תהלים צ: טו).ש

«Il m’appelle et je lui réponds; je suis avec lui dans la détresse, je le délivre et le comble d’honneur.» (Ps. 91: 15)

L’Eternel, lié par Son Alliance conclue avec les Patriarches, non seulement n’abandonne jamais Son peuple mais aussi se porte garant des souffrances de ce dernier!

Comment l’Eternel peut-Il souffrir du mal subi par Son fils aîné?

L’Eternel, dans Son infini et éternel amour à l’égard d’Israël, est disposé à renoncer à deux lettres composant Son Nom ineffable: en effet, les lettres Hé/ה et  Yod/ י disparaissent du verbe à la forme du Hif’il: הֵשִׁיב HeShiV  [«faire revenir»]: le verbe Shav/ שָׁב au pa’al l’a remplacé.

Ces deux lettres auraient-elles été perdues à jamais? Quel enseignement pouvons-nous déduire de ce retrait divin?

ש«הַלְלוּ אֶת-יְהוָה כָּל-גּוֹיִם שַׁבְּחוּהוּ כָּל-הָאֻמִּים.  כִּי גָבַר עָלֵינוּ חַסְדּוֹ וֶאֱמֶת-יְהוָה לְעוֹלָם:הַלְלוּ-יָהּ» (תהלים קיז).ש

«Louez l’Eternel, vous tous, ô peuples, glorifiez-le, vous toutes, ô nations! Car immense est sa bonté en notre faveur, la bienveillance de l’Eternel demeure à jamais. Allélou-yah!» (Psaume 117).

L’intention de l’Eternel de renoncer à ces deux lettres -l’âme de Sa Gloire- conduit les Nations à louer Celui qui, par miséricorde, conserve Son Alliance en vertu de Sa fidèle promesse donnée à Son peuple par la voix des trois Patriarches d’Israël: Avraham (Gen. 21: 22), Its’hak (Gen. 26: 3) et Yaakov (Gen. 28: 15):

ש«וְהִנֵּה אָנֹכִי עִמָּךְ וּשְׁמַרְתִּיךָ בְּכֹל אֲשֶׁר-תֵּלֵךְ וַהֲשִׁבֹתִיךָ אֶל-הָאֲדָמָה הַזֹּאת כִּי לֹא אֶעֱזָבְךָ עַד אֲשֶׁר אִם-עָשִׂיתִי אֵת אֲשֶׁר-דִּבַּרְתִּי לָךְ» (בראשית כח: טו).ש

«Oui, je suis avec toi; Je suis avec toi sur chacun de tes pas et je te ramènerai dans cette contrée, car je ne veux point t’abandonner avant d’avoir accompli ce que je t’ai promis.» (Gen. 28: 15)

De plus, la racine Sh. Ou. V / ש. ו. ב. [«Revenir»] du verbe conjugué au Pa’al Shav/ שָׁב semble signifier que l’Eternel «fait Teshouva, revient de sa conduite».

N’est-ce point faire offense au Nom divin que de prétendre à propos de l’Eternel, le Créateur de tous les mondes, le Libérateur des peuples opprimés, la Source par excellence de toutes bénédictions, que Celui-ci opère un Retour vers Lui-même?

De nombreuses sources Tanakhiques font mention de la notion de Teshouva rapportée à l’Eternel:

Sur la requête expresse de Moïse, l’Eternel consent à revenir sur Sa décision de détruire Israël:

ש«שׁוּב מֵחֲרוֹן אַפֶּךָ וְהִנָּחֵם עַל-הָרָעָה לְעַמֶּךָ» (שמות לג: יב).ש

«Reviens de ton irritation et révoque la calamité qui menace ton peuple» (Ex. 32: 12),

ש«וַיִּנָּחֶם יְהוָה, עַל-הָרָעָה אֲשֶׁר דִּבֶּר לַעֲשׂוֹת לְעַמּוֹ» (שמות לב: יד).ש

«L’Éternel révoqua le malheur qu’il avait voulu, infliger à son peuple.» (Ex. 32: 14).

Jonas compte sur la Teshouva de l’Eternel pour espérer qu’il se ravisera et ne lui demandera plus de se rendre à Ninive:

ש«מִי-יוֹדֵעַ יָשׁוּב וְנִחַם הָאֱלֹהִים וְשָׁב מֵחֲרוֹן אַפּוֹ, וְלֹא נֹאבֵד. יוַיַּרְא הָאֱלֹהִים אֶת-מַעֲשֵׂיהֶם כִּי-שָׁבוּ מִדַּרְכָּם הָרָעָה וַיִּנָּחֶם הָאֱלֹהִים עַל-הָרָעָה אֲשֶׁר-דִּבֶּר לַעֲשׂוֹת-לָהֶם–וְלֹא עָשָׂה» (יונה ג: ט-י).ש

«Qui sait? Peut-être Dieu, se ravisant, révoquera-t-il son arrêt et se départira-t-il de son courroux, pour que nous ne périssions pas. » Le Seigneur, en effet, considérant leur conduite, voyant qu’ils avaient abandonné leur mauvaise voie, revint sur la calamité qu’il leur avait annoncée et n’accomplit pas sa menace». (Jonas 3: 9: 10)

Au Jour de Rosh HaShana  où tout le genre humain est jugé par l’Eternel, la Teshouva de l’Eternel nous enseigne la voie d’introspection, de responsabilité personnelle et de crainte révérencielle face au Maître de l’Univers. Comment pourrions-nous nous présenter face au Maître de tous les Mondes sans avoir au préalable profondément et sincèrement médité sur nos manques, nos erreurs délibérées ou involontaires à l’égard de notre prochain et de notre environnement? Avons-nous eu le courage d’agir en brisant, parfois, les préjugés antiques et les normes sociales emprisonnant notre précieuse et irremplaçable liberté de pensée, de dire et d’agir? Avons-nous eu le courage du retrait afin de rejoindre le faible et relever la face du plus démuni ?

Le premier Grand Rabbin ashkénaze d’Israël, Abraham Isaac haCohen Kook, écrit dans son œuvre majeure consacrée à la Teshouva: «Le retour vers soi-même ! Ce principe vaut pour l’individu comme pour la collectivité, pour l’humanité entière et même pour la restauration de tout ce qui existe : les détériorations proviennent toujours d’un oubli de sa propre nature… L’individu, la société, l’univers et l’ensemble des mondes, toutes les formes d’existence, ne peuvent revenir vers le Créateur pour être illuminés par la lumière de la vie, sans avoir accepté au préalable le principe fondamental d’un retour à soi-même. Voici le secret de la lumière du Messie : l’émergence de l’âme de l’univers. Grâce à son rayonnement, le monde retournera à la racine de son être et la lumière de Dieu y sera manifeste. De la source de cette éminente Teshouva, l’homme puisera la vie sainte d’une repentance authentique»[3].

La Teshouva de l’Eternel annonce une ère nouvelle sur la Terre: la Teshouva cosmique. Toutes les Nations prendront une part active  au retour d’Israël sur sa terre promise (Isaïe ch. 60; ch. 62- 63) afin que l’Unité brisée, lors de la Création, soit enfin réparée.

 

[1]Parashat Nitsavim-VaYelek, Deutéronome 29: 9-31: 30

[2] Passage hebdomadaire du Livre des Prophètes reflétant la section shabbatique de la Thorah.

[3] («Les lumières du retour, Orot haTeshuva» p. 158-159, Traduction et commentaires Professeur Benjamin Gross, Albin Michel Teshouva universelle (Les Lumières du Retour).

Au plaisir de vous retrouver,

Shabbat shalom!

Avec toutes mes amitiés,

Haïm Ouizemann

hebreubiblique@gmail.com

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4 Responses to Parashat Nitsavim-VaYelekh: Quand l’Eternel fait Teshouva

  1. julio lyvidei mankulu dit :

    «faire revenir»): « Il [L’Eternel] fera revenir. Nos maîtres en ont déduit que la Shekhina [Présence divine], s’il est permis de s’exprimer ainsi, réside avec Israël dans les souffrances de l’exil, et qu’elle s’est inscrite Sa propre délivrance pour le jour où ils seront délivrés.» J’aimerai en savoir un peu plus sur l’interprétation ci dessus: Sagit il du Shekhina qui s’est inscrite sa propre délivrance ou les maître israélites ?

  2. cathou dit :

    Revenir: venir à nouveau
    venir à nouveau ne signifie pas refaire la même chose, ne signifie pas recommencer, partir de zéro et refaire
    REVENIR implique un changement, pas une faiblesse, au contraire revenir implique la force de comprendre que la décision prise n’est pas la bonne. revenir implique d’affronter le présent et le passé.
    Si le Seigneur est capable de revenir sur ses décisions, sur ses actions, nous Humains en avons la même capacité.

    Le retour vers soi permet de se retrouver. C’est vrai qu’au fil des jours, des épreuves ou de la facilité on s’oublie, on se perd. on se retrouve au fond de soi, mais différent à chaque fois tout de même, chaque épreuve, chaque facilité influant ce retour sur soi.

    Le retour à la Terre, revenir d’exil ne signifie pas revenir sur la terre d’il y a 2 000 ans, comme si 2 000 ans ne s’étaient pas écoulés. Le retour aux sources est forcément différent, riche de 2 000 d’exils pour les uns, de 2 000 ans de présence pour les autres.

    REVENIR ne signifie pas: retour en arrière, pour retrouver la même situation, le même état; parce qu’il est impossible de revenir à un état précédent. Aucun adulte ne redeviendra un nouveau-né, et même si on dit qu’une personne âgée retombe en enfance, elle n’a plus aucune des capacités de l’enfant à avancer hardiment en pleine vie.

    Si je fais partie de ceux qui souhaitent sortir de l’UE et de l’Otan, ce n’est pas pour revenir aux années 1960… ce retour est impossible, et ceux qui nous traitent de dinosaures sont aveugles volontairement, ou peureux; Il faut savoir affronter les maux présents et avoir le courage de les refuser pour repartir sur les bases plus saines antérieures.

    Aujourd’hui à l’heure de la mondialisation ,nous sommes TOUS solidaires les uns des autres.
    Je crains bien qu’il soit impossible de restaurer un temps fini, mais on peut instaurer une nouvelle ère de paix si nous le voulons TOUS, et oui comme le dit Haïm si nous sommes tous assez forts pour dépasser la « bien-pensance », les préjugés et les manipulations.

  3. Solange Esteves dit :

    Bonjour Haïm!

    Excellent article!!! Merci et Shanah tovah!!!

    Solange Ramos Esteves 55450984177248 https://www.facebook.com/solangeestevestraducaofrances/ https://www.linkedin.com/in/solangeesteves-13992827/ http://solangemalcah.blogspot.com.br/

    Le 14 septembre 2017 à 01:56, L’hébreu biblique – Le blog de Haïm Ouizemann

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