Parashat VaYeshev, A la recherche de l’Unité perdue

יד וַיֹּאמֶר לוֹ לֶךְ-נָא רְאֵה אֶת-שְׁלוֹם אַחֶיךָ וְאֶת-שְׁלוֹם הַצֹּאן וַהֲשִׁבֵנִי דָּבָר וַיִּשְׁלָחֵהוּ מֵעֵמֶק חֶבְרוֹן וַיָּבֹא שְׁכֶמָה.  (בראשית לז: יד).ש

14 Il reprit: « Va voir, je te prie, la paix de tes frères, la paix  du bétail et rapporte m’en des nouvelles. »Il l’envoya ainsi de la vallée d’Hébron et Joseph se rendit à SheKeM (Genèse 37: 14)[1]

Pourquoi le Patriarche Jacob ordonne-t-il à son fils préféré Joseph/ Yoseph de se rendre auprès de ses frères n’éprouvant à son encontre que haine (Genèse 37: 4-8) et jalousie (Genese 37: 11)?

ד וַיִּרְאוּ אֶחָיו כִּי-אֹתוֹ אָהַב אֲבִיהֶם מִכָּל-אֶחָיו וַיִּשְׂנְאוּ אֹתוֹ וְלֹא יָכְלוּ דַּבְּרוֹ לְשָׁלֹם. (בראשית לז: ד).ש

4 Ses frères, voyant que leur père l’aimait de préférence à eux tous, le prirent en haine et ne purent se résoudre à lui parler pacifiquement. (Genèse 37: 4).

Jacob ne mesure-t-il point le risque d’aviver un conflit fraternel susceptible de conduire à un nouveau fratricide comme cela fut le cas entre Caïn et Abel? Pourtant, il est lui-même menacé de mort par son frère jumeau Esaü se refusant à admettre que son père Isaac ait béni Jacob à son détriment!

Or, au moment où Yoseph est chargé par son père Jacob de la lourde mission de se rendre auprès de ses frères, la division causée par cette haine et cette jalousie éprouvées par les fils de Leah envers Yoseph fils de Rachel, dont les racines remontent à la jalousie de Leah pour Rachel, menacent l’avenir d’Israël. Effectivement, la condition sine qua non de l’accomplissement de l’Alliance conclue avec l’Eternel réside dans l’unité d’Israël.

טו וַיִּמְצָאֵהוּ אִישׁ וְהִנֵּה תֹעֶה בַּשָּׂדֶה וַיִּשְׁאָלֵהוּ הָאִישׁ לֵאמֹר מַה-תְּבַקֵּשׁ. (בראשית לז: טו).ש

15 Un homme le rencontra errant dans le champ; cet homme lui demanda: « Que cherches-tu? » (Genèse 37: 15).

Le terme biblique «homme» signifie «homme d’importance, de renom». Qui peut donc être cet «homme» surgi de nulle part, dont le texte ne révèle point l’identité? Le commentaire traditionnel identifie cet homme à un ange envoyé par l’Eternel. Cependant, cet homme se trouvant dans «LE champ» exprime peut être la résurgence de la figure emblématique de son grand père, Isaac. Yossef se trouve confronté à la mémoire d’Isaac. En effet, Isaac, sortant du champ dans lequel il épanchait son cœur, est dénommé par Rivka «cet homme»:

סה וַתֹּאמֶר אֶל-הָעֶבֶד מִי-הָאִישׁ הַלָּזֶה הַהֹלֵךְ בַּשָּׂדֶה לִקְרָאתֵנוּ…ש

65 et elle dit au serviteur [Eliezer]: « Quel est cet homme, qui marche dans le champ à notre rencontre…? » (Gen. 24: 65)

La réponse de Joseph indique pourtant le lien très étroit qu’il éprouve à leur égard, comme s’il ne soupçonnait point la profondeur de leur haine et de leur jalousie:

טז וַיֹּאמֶר אֶת-אַחַי אָנֹכִי מְבַקֵּשׁ הַגִּידָה-נָּא לִי אֵיפֹה הֵם רֹעִים. (בראשית לז: טז).ש

16 Il répondit: « Ce sont mes frères que je cherche. Veuille me dire où ils font paître leur bétail. » (Gen. 37: 16)

Elle fait écho à celle de Caïn qui, à la question de l’Eternel «Où est Abel ton frère?», rétorque:

ט  לֹא יָדַעְתִּי הֲשֹׁמֵר אָחִי אָנֹכִי. (בראשית ד: ט).ש

9 « Je ne sais; suis-je le gardien de mon frère? » (Gen. 4: 9)

Ainsi, à l’indifférence meurtrière de Caïn pour son frère Abel, répond l’amour fraternel et désintéressé de Yoseph pour ses frères. Or, Caïn et Hevel (Abel) étaient dans «le champ» quand Caïn tua son frère! Cet article défini renvoie aussi bien au champ bien défini dans lequel se trouvait Isaac au moment de l’arrivée de Rebecca qu’au champ tout aussi défini dans lequel errait Yoseph!

La voix de l’homme, réminiscence d’Isaac, continue de se faire entendre:

יז וַיֹּאמֶר הָאִישׁ נָסְעוּ מִזֶּה כִּי שָׁמַעְתִּי אֹמְרִים נֵלְכָה דֹּתָיְנָה וַיֵּלֶךְ יוֹסֵף אַחַר אֶחָיו וַיִּמְצָאֵם בְּדֹתָן. (בראשית לז: יז).ש

17 L’homme dit: « Ils sont partis d’ici, car je les ai entendus dire: ‘Nous désirons aller à Dothan’. » Joseph s’en alla sur les pas de ses frères et il les trouva à Dothan. (Genèse 37: 17)

Rashi, commentant ce verset, explique ce départ comme une fuite en avant, un refus de fraternité:

«נָסְעוּ מִזֶּה – הִסִּיעוּ עַצְמָן מִן הָאַחֲוָה»

«Ils sont partis d’ici – Ils se sont départis de tout sentiment de fraternité à ton égard» (de Yossef).

Or, ce refus de communion fraternelle se distingue par l’absence totale de toute référence à la divinité. L’Eternel, ciment de l’alliance fraternelle entre les Hommes, n’est jamais cité dans ce passage, les fils de Jacob semblant l’avoir oublié. Or, cet «oubli» de l’Eternel n’est point sans rappeler la fuite des hommes de la génération de la Tour de Babel de devant le Tout-Puissant:

ב וַיְהִי בְּנָסְעָם מִקֶּדֶם וַיִּמְצְאוּ בִקְעָה בְּאֶרֶץ שִׁנְעָר וַיֵּשְׁבוּ שָׁם. (בראשית יא: ב).ש

2 Il advint  qu’en émigrant de l’Orient, les hommes avaient trouvé une vallée dans le pays de Shin’ar, et s’y étaient arrêtés. (Genèse 11: 2)

Les Sages d’Israël proposent une nouvelle lecture:

«Il advint qu’en fuyant [ בְּנָסְעָם מִ-]  le Créateur du Monde/קֶּדֶם]  Kedem/ «L’Ancien»], les  hommes avaient trouvé une vallée dans le pays de Shin’ar, et s’y étaient arrêtés».

Joseph, celui qui prononce le Nom de l’Eternel Elohim à chaque instant de sa vie, répond courageusement à l’appel de son père (Genèse 37: 13) et sera de fait le plus apte à restaurer une fraternité solide, bâtie sur le «Rocher», c’est-à-dire sur l’Eternel (Psaume 62: 8), mission qu’il réalisera en Egypte, car il a de tous temps été incapable d’éprouver la moindre jalousie ou la moindre haine.

C’est en réalisant une telle fraternité universelle, non point basée sur une compétition malsaine avec la divinité, mais au contraire enracinée dans l’amour divin comparé à un amour paternel – car tous les êtres humains sont tous fils d’un même père – l’Eternel, comme les onze frères de Yoseph le réaliseront dans la douleur, quand ils diront enfin:

יא כֻּלָּנוּ בְּנֵי אִישׁ-אֶחָד נָחְנוּ (בראשית מב: יא).ש

11 [Nous sommes] tous fils d’un même père… (Genèse 42: 11).

C’est alors, et seulement alors, que la dispersion de Babel, provoquée par l’éclatement des langues, disparaîtra, et que tous les frères issus d’un même père, l’Eternel, pourront se comprendre enfin:

ט כִּי-אָז אֶהְפֹּךְ אֶל-עַמִּים שָׂפָה בְרוּרָה לִקְרֹא כֻלָּם בְּשֵׁם יְהוָה לְעָבְדוֹ שְׁכֶם אֶחָד. (צפניה ג: ט)

9 Mais alors aussi je gratifierai les peuples d’un idiome épuré, pour que tous ils invoquent le nom de l’Eternel et le servir d’un même esprit [littéralement: «d’une même épaule»] (Tsefania 3: 9).

[1] Parashat VaYeshev, Genèse 37: 1-  40: 23

 

Au plaisir de vous retrouver,

Shabbat shalom!

Avec toutes mes amitiés,

Haïm Ouizemann

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3 Responses to Parashat VaYeshev, A la recherche de l’Unité perdue

  1. Catherine Despert dit :

    Shalom Haim
    J’espère que tu vas bien.
    Nous prions pour Israël
    Amitiés
    Catherine
    Envoyé de mon iPad

  2. Cathou dit :

    L’histoire d’Israël aujourd’hui, est à l’image du récit biblique… féconde et surprenante.
    Je perçois seulement maintenant, qu’au fil du récit biblique l’unité des Hébreux n’est pas plus constante qu’aujourd’hui l’unité des Juifs. Et au fond c’est toute l’Histoire de ce peuple, qui uni dans un même lien vers le divin déplace des montagnes, mais lorsque la division apparaît… rien ne va plus!
    Israël construit sa grandeur, Israël construit sa défaite.

    Enfin là encore la réflexion s’applique aussi à la France.

    • Shalom Cathou!
      L’histoire biblique est riche d’enseignement pour notre epoque. Rome et la Grece ont laisse ont une forxce trace sur la societe occidentale. Pourquoi l’Occident ne reviendrait-il point a ses sources hebraiques ? La lumiere d’Israel rayonne par sa vision d’humanisme!

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