Parashat VaYgash, l’union fraternelle

L'union des Familles de la Terre

L’union des Familles de la Terre

Lors de sa promesse faite à Avraham encore stérile, selon laquelle il aurait une nombreuse descendance,  l’Eternel avertit déjà Avraham que sa postérité descendrait en Egypte où elle serait esclave, excluant ainsi toute forme de faute, cette descente en Egypte faisant partie intrinsèque de la promesse d’une Alliance:

יג וַיֹּאמֶר לְאַבְרָם יָדֹעַ תֵּדַע כִּי-גֵר יִהְיֶה זַרְעֲךָ בְּאֶרֶץ לֹא לָהֶם וַעֲבָדוּם וְעִנּוּ אֹתָם אַרְבַּע מֵאוֹת שָׁנָה. (בראשית טו: יג).ש

13 Le Seigneur dit à Abram: « Sache-le bien, ta postérité séjournera sur une terre étrangère, où elle sera asservie et opprimée, durant quatre cents ans. (Gen. 15: 13)

Or, conformément à cette promesse divine, la péricope VaYgash voit la descente de Yaakov et sa famille en Egypte, non sans certaines craintes de la part de ce dernier:

ג וַיֹּאמֶר אָנֹכִי הָאֵל אֱלֹהֵי אָבִיךָ אַל-תִּירָא מֵרְדָה מִצְרַיְמָה… (בראשית מו: ג).ש

3 Il poursuivit: « Je suis le Seigneur, Le Seigneur de ton père: n’aies crainte de descendre en Égypte…  (Genèse 46: 3)[1]

Quel dessein poursuit l’Eternel en promettant à Avraham que sa descendance sera asservie en terre étrangère?  Il est à noter que la deuxième parole de l’Eternel à Avraham, après lui avoir demandé de se mettre en marche pour le pays de Canaan, concerne sa postérité, et est donnée à Our Kasdim, avant même qu’il ne se mette en marche:

ב וְאֶעֶשְׂךָ לְגוֹי גָּדוֹל וַאֲבָרֶכְךָ וַאֲגַדְּלָה שְׁמֶךָ וֶהְיֵה בְּרָכָה. (בראשית ב: ב).ש

2 Je te ferai devenir une grande nation; je te bénirai, je rendrai ton nom glorieux, et tu seras un type de bénédiction. (Genèse 2: 2).

Comme pour contrebalancer la parole de l’Eternel à Avraham, donnée à Our Kasdim, dans une terre étrangère, l’Eternel confirme que la famille de Yaakov, son petit-fils, deviendra une grande nation, dans une autre terre étrangère!

  אַל-תִּירָא מֵרְדָה מִצְרַיְמָה כִּי-לְגוֹי גָּדוֹל אֲשִׂימְךָ שָׁם. (בראשית מ: ג).ש

N’aie crainte de descendre en Égypte car je t’y ferai devenir une grande nation. (Gen. 46: 3)

Si la promesse d’une grande nation est donnée en terre étrangère est réalisée en une autre terre étrangère, quel besoin a l’Eternel de donner une terre aux enfants d’Israël?

L’histoire du livre de la Genèse est essentiellement l’histoire d’une famille: la famille humaine avec Adam et Noé, puis la famille d’Avraham, qui servira en quelque sorte de «laboratoire», de «modèle», exemple pour le reste de l’humanité en ce qui concerne les relations entre hommes, d’une part, et les relations entre l’humanité et le divin, de l’autre.

Or, l’on remarque, dans les divers dialogues entre Yoseph et ses frères, en Egypte, que le terme «אָב père» est mentionné presqu’à chaque phrase, Yaakov étant de fait le véritable centre du drame qui est en train de se jouer, bien qu’absent physiquement (Genèse 43: 11; 44: 19-20; 22; 24-25: 27; 30-34 etc.).

יט אֲדֹנִי שָׁאַל אֶת-עֲבָדָיו לֵאמֹר:  הֲיֵשׁ-לָכֶם אָב אוֹ-אָח. (בראשית מד: יט).ש

19 Mon seigneur avait interrogé ses serviteurs, disant: ‘Vous reste-t-il un père, un frère? (Genèse 44: 19).

Ces rappels font écho au dernier verset de la péricope précédente MiKets, véritable noyau du drame, laissant le lecteur en haleine avant la lecture de la péricope suivante:

יז וַיֹּאמֶר חָלִילָה לִּי מֵעֲשׂוֹת זֹאת הָאִישׁ אֲשֶׁר נִמְצָא הַגָּבִיעַ בְּיָדוֹ, הוּא יִהְיֶה-לִּי עָבֶד וְאַתֶּם עֲלוּ לְשָׁלוֹם אֶל-אֲבִיכֶם. (בראשית מד: יז).ש

17 Il [Yoseph] répliqua: « Loin de moi d’agir ainsi! L’homme [Benyamin] aux mains duquel la coupe s’est trouvée, sera mon esclave; pour vous, montez en paix auprès de votre père. » (Genèse 44: 17)

Alors que Yoseph sait pertinemment que l’absence de Benyamin risque de coûter la vie à Yaakov, il joue l’innocence en leur proposant ironiquement de laisser Benyamin en prison en Egypte et de retourner en Canaan «en paix». Cependant, il ajoute: «retournez auprès de votre père אֲבִיכֶם». Sous-entendu: si vous considérez que Yaakov est votre père, si vous l’aimez comme votre père, vous devez prendre en compte l’amour que ce dernier porte aux enfants de celle qu’il a toujours considérée comme la femme qu’il a aimée et aimera toujours, sans haine et sans jalousie inutiles.

Dans le même ordre d’idées,  le substantif  «אָח frère» est aussi récurrent que celui de «père», dans ces mêmes dialogues entre Yoseph et ses frères (Genèse 45: 1; 3-4; 12;14-17; 24; etc.):

א וְלֹא-יָכֹל יוֹסֵף לְהִתְאַפֵּק לְכֹל הַנִּצָּבִים עָלָיו וַיִּקְרָא הוֹצִיאוּ כָל-אִישׁ מֵעָלָי וְלֹא-עָמַד אִישׁ אִתּוֹ בְּהִתְוַדַּע יוֹסֵף אֶל-אֶחָיו. (בראשית מה: א). ש

1 Joseph ne put se contenir, malgré tous ceux qui l’entouraient. Il s’écria: « Faites sortir tout le monde d’ici! » Et nul homme ne fut présent lorsque Joseph se fit connaître à ses frères. (Genèse 45: 1).

Effectivement, au début de l’histoire de Yoseph, la rivalité entre frères était bien marquée, perpétuant ainsi la rivalité de leurs mères respectives, Leah, la femme qui s’est imposée à Yaakov, délaissée, voire même haïe, et Rachel, la femme choisie et aimée, suscitant de cette manière la jalousie. Ainsi, les frères, fils de Leah, prennent pleinement part à cette rivalité et jalousent le frère préféré, fils de la femme aimée, Yoseph.

Dans cette rivalité et cette jalousie, aucun des fils ne se préoccupe du père, commun à tous les frères. C’est le grand absent. C’est pourquoi ils projettent de supprimer l’élément gênant de leur fratrie: Yoseph, d’abord en proposant de l’assassiner, puis en imaginant de le vendre comme esclave. Or, ce n’est que quand Yoseph sera vraiment supprimé physiquement que commencera un phénomène de retour sur eux-mêmes des frères, voyant la douleur dans laquelle ils ont plongé leur père.

יא כֻּלָּנוּ בְּנֵי אִישׁ-אֶחָד נָחְנוּ. (בראשית מב: יא). ש

11 Nous sommes tous fils d’un même père [d’un homme].  (Genèse 42: 11).

Ce retour sera de fait concrétisé par la réunion historique des douze frères avec leur père Yaakov, constituant le noyau dur de la famille d’Israël:

כט וַיֶּאְסֹר יוֹסֵף מֶרְכַּבְתּוֹ וַיַּעַל לִקְרַאת-יִשְׂרָאֵל אָבִיו גֹּשְׁנָה וַיֵּרָא אֵלָיו וַיִּפֹּל עַל-צַוָּארָיו וַיֵּבְךְּ עַל-צַוָּארָיו עוֹד. ל וַיֹּאמֶר יִשְׂרָאֵל אֶל-יוֹסֵף, אָמוּתָה הַפָּעַם אַחֲרֵי רְאוֹתִי אֶת-פָּנֶיךָ כִּי עוֹדְךָ חָי. לא וַיֹּאמֶר יוֹסֵף אֶל-אֶחָיו וְאֶל-בֵּית אָבִיו אֶעֱלֶה וְאַגִּידָה לְפַרְעֹה וְאֹמְרָה אֵלָיו אַחַי וּבֵית-אָבִי אֲשֶׁר בְּאֶרֶץ-כְּנַעַן בָּאוּ אֵלָי. (בראשית מו: כט-לא).ש

29 Joseph fit atteler son char et alla au-devant d’Israël, son père, à Goshen. A sa vue, il se précipita à son cou et pleura longtemps dans ses bras. 30 Et Israël dit à Joseph: « Je puis mourir à présent, puisque j’ai vu ta face, puisque tu vis encore! » 31 Joseph dit à ses frères, à la famille de son père: « Je vais remonter pour en faire part à Pharaon; je lui dirai ‘Mes frères et toute la famille de mon père, qui habitent le pays de Canaan, sont venus auprès de moi. (Genèse 46: 29-31).

Pourquoi l’union familiale n’est-elle rendue possible qu’en Egypte? Alors que la nation hébreue ne peut pleinement se développer et donner le meilleur d’elle-même que dans  le Pays d’Israël, cette union, aussi paradoxal que cela puisse paraître, se réalise en Egypte en raison de la promesse faite à Avraham de devenir «le père d’une multitude de peuples»:

ה וְלֹא-יִקָּרֵא עוֹד אֶת-שִׁמְךָ, אַבְרָם; וְהָיָה שִׁמְךָ אַבְרָהָם, כִּי אַב-הֲמוֹן גּוֹיִם נְתַתִּיךָ. (בראשית יז: ה).ש

5 Ton nom ne s’énoncera plus, désormais, Abram: ton nom sera Abraham, car je te fais le père d’une multitude de nations. (Genèse 17: 5).

Cette union a ainsi pu se réaliser avec l’approbation et la bénédiction des Egyptiens, parangon des Nations de la terre, sans lesquels elle ne serait point complète:

טז וְהַקֹּל נִשְׁמַע בֵּית פַּרְעֹה לֵאמֹר בָּאוּ אֲחֵי יוֹסֵף וַיִּיטַב בְּעֵינֵי פַרְעֹה וּבְעֵינֵי עֲבָדָיו. יז וַיֹּאמֶר פַּרְעֹה אֶל-יוֹסֵף אֱמֹר אֶל-אַחֶיךָ זֹאת עֲשׂוּ: טַעֲנוּ אֶת-בְּעִירְכֶם וּלְכוּ-בֹאוּ אַרְצָה כְּנָעַן. יח וּקְחוּ אֶת-אֲבִיכֶם וְאֶת-בָּתֵּיכֶם וּבֹאוּ אֵלָי וְאֶתְּנָה לָכֶם אֶת-טוּב אֶרֶץ מִצְרַיִם וְאִכְלוּ אֶת-חֵלֶב הָאָרֶץ. יט וְאַתָּה צֻוֵּיתָה זֹאת עֲשׂוּ: קְחוּ-לָכֶם מֵאֶרֶץ מִצְרַיִם עֲגָלוֹת לְטַפְּכֶם וְלִנְשֵׁיכֶם וּנְשָׂאתֶם אֶת-אֲבִיכֶם, וּבָאתֶם. כ וְעֵינְכֶם אַל-תָּחֹס עַל-כְּלֵיכֶם: כִּי-טוּב כָּל-אֶרֶץ מִצְרַיִם לָכֶם הוּא. (בראשית מה: טז-כ).ש

16 Or, le bruit s’était répandu à la cour de Pharaon, savoir: les frères de Joseph sont venus; ce qui avait plu à Pharaon et à ses serviteurs. 17 Et Pharaon dit à Joseph: « Dis à tes frères: faites ceci: rechargez vos bêtes et mettez-vous en route pour le pays de Canaan. 18 Emmenez votre père et vos familles et venez près de moi; je veux vous donner la meilleure province de l’Égypte, vous consommerez la moelle de ce pays. 19 Pour toi, tu es chargé de cet ordre: faites ceci: prenez, dans le pays d’Égypte, des voitures pour vos enfants et pour vos femmes; faites-y monter votre père et revenez. 20 N’ayez point regret à vos possessions, car le meilleur du pays d’Égypte est à vous. » (Genèse 45: 16-20).

Effectivement, si les fils d’Israël se sont réconciliés, sous l’obédience de leur unique père, l’approbation de leurs frères égyptiens est aussi essentielle. Comme l’exprime l’une des bénédictions de Rosh Ha-Shana, réconciliés avec eux-mêmes, avec leurs propres frères hébreux, les fils de Yaakov-Israël sont «à la tête» de la grande fraternité humaine et leur montrent la voie de la réconciliation entre tous les peuples de la terre.

כה זְאֵב וְטָלֶה יִרְעוּ כְאֶחָד וְאַרְיֵה כַּבָּקָר יֹאכַל-תֶּבֶן וְנָחָשׁ עָפָר לַחְמוֹ לֹא-יָרֵעוּ וְלֹא-יַשְׁחִיתוּ בְּכָל-הַר קָדְשִׁי אָמַר יְהוָה. (ישעיהו סה: כה).ש

25 Le loup et l’agneau paîtront côte à côte, le lion comme le bœuf mangera de la paille et le serpent se nourrira de poussière; plus de méfaits, plus de violence sur toute ma sainte montagne: c’est l’Eternel qui a parlé. » (Isaïe 65: 25).

 

[1] Parashat VaYgash, Genèse 44: 18- 47: 27

 

Au plaisir de vous retrouver,

Shabbat shalom!

hebreubiblique@gmail.com

Avec toutes mes amitiés,

Haïm Ouizemann

 

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3 Responses to Parashat VaYgash, l’union fraternelle

  1. Jean-Pierre Romain dit :

    Merci

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    ________________________________

  2. MIMOUNI dit :

    Hazak. Li-Altar Li-Gueoula Chelema. Amen

  3. Cathou dit :

    Nation: ensemble d’individus nés en même temps, nés dans un même objectif.
    Dieu ne promet pas une terre, ni un pays à Abraham, Dieu promet que Abraham ne sera pas seul à penser le divin de cette manière.
    Dieu nous dit que la Nation est plus importante que le pays. Il ne faut pas oublier qu’Abraham est un étranger sur le sol de Canaan autant qu’il est étranger en Égypte.
    Il semblerait d’ailleurs qu’à cette époque Canaan soit plus ou moins sous influence Égyptienne, ce qui explique l’importance de l’Egypte pour tous les nomades.
    Si Moïse est celui qui va rassembler les hébreux en une Nation pour la rendre capable de bâtir son pays: Israël. Abraham est l’embryon de cette Nation appelée à grandir, à s’étendre sous des formes diverses: père d’une multitudes de Nations, appelées à prendre des chemins diverses, capables de s’entendre.

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