Parashat Shemoth, Moïse, le prophète de l’identité

Léon Pinsker (1821- 1891)

Léon Pinsker (1821- 1891)

Si le livre de Bereshit (Genèse) rapporte le difficile engendrement du monde, puis d’un peuple à l’état embryonnaire avec l’histoire de ses premiers ancêtres, le livre de Shemoth (Exode) constitue, quant à lui, le retour aux sources des fils d’Israël, d’un peuple en devenir. Le nouveau Pharaon, après la disparition de Joseph, est le premier à le faire remarquer:

ט וַיֹּאמֶר אֶל-עַמּוֹ:  הִנֵּה עַם בְּנֵי יִשְׂרָאֵל רב וְעָצוּם מִמֶּנּוּ. (שמות א: ט).ש

9 Il dit à son peuple: « Voyez, le peuple des enfants d’Israël est plus nombreux et plus puissant que le nôtre. (Exode 1: 9).[1]

Ce dernier constate que la petite tribu arrivée en Egypte il y a plusieurs dizaines d’années est devenue au fil du temps assez nombreuse pour constituer véritablement un peuple, comme l’Eternel en fit la promesse au Patriarche Avraham:

ב וְאֶעֶשְׂךָ לְגוֹי גָּדוֹל וַאֲבָרֶכְךָ וַאֲגַדְּלָה שְׁמֶךָ וֶהְיֵה בְּרָכָה. (בראשית יב: ב).ש

2 Je te ferai devenir un grand peuple; je te bénirai, je rendrai ton nom glorieux, et tu seras un type de bénédiction. (Genèse 12: 2)

Or, comment Pharaon peut-il identifier les Hébreux à un peuple? N’est-il donc point écrit explicitement que ces derniers se sont dispersés, après avoir quitté la Province protégée de Goshen, sur l’ensemble de l’Egypte?

ז וּבְנֵי יִשְׂרָאֵל פָּרוּ וַיִּשְׁרְצוּ וַיִּרְבּוּ וַיַּעַצְמוּ בִּמְאֹד מְאֹד וַתִּמָּלֵא הָאָרֶץ אֹתָם. (שמות א: ז). ש

7 Or, les enfants d’Israël avaient augmenté, pullulé, étaient devenus prodigieusement nombreux et ils remplissaient le pays. (Exode 1: 7)

Il serait plus correct de traduire: «et la terre [d’Egypte] en était remplie» [2] ou bien «comblée». Autrement dit, la source biblique ferait allusion à l’attirance des fils d’Israël pour la culture égyptienne qui aurait tendance à les assimiler, autrement dit: à les absorber, à les fondre en elle. Il est intéressant de noter que l’anagramme du verbe וַתִּמָּלֵא (elle fut remplie) n’est point sans rappeler la vision nocturne de Joseph, dans laquelle il voit une «gerbe de blé»אֲלֻמָּה /ALOuMah qui lui annonce une vie d’honneur et de gloire:

ז וְהִנֵּה אֲנַחְנוּ מְאַלְּמִים אֲלֻמִּים בְּתוֹךְ הַשָּׂדֶה וְהִנֵּה קָמָה אֲלֻמָּתִי וְגַם-נִצָּבָה וְהִנֵּה תְסֻבֶּינָה אֲלֻמֹּתֵיכֶם וַתִּשְׁתַּחֲוֶיןָ לַאֲלֻמָּתִי. (בראשית לז: ז).ש

7 Nous composions des gerbes dans le champ, soudain ma gerbe se dressa; elle resta debout et les vôtres se rangèrent à l’entour et s’inclinèrent devant la mienne. » (Genèse 37: 7).

L’honneur de Joseph se réalisera («sera plein») en terre d’Egypte. Ainsi, l’établissement des frères de Joseph dans la province de Goshen a pour but de leur prodiguer une autonomie culturelle et sociale, loin de toute influence païenne. La province de Goshen ressemble un peu à un «ghetto» avant le temps, «ghetto» qui se démantèlera après la disparition de Joseph et de tous ses frères, les fils d’Israël s’émancipant peu à peu en se dispersant dans tout le pays d’Egypte, s’exposant de la sorte à une assimilation cultuelle autant que culturelle.

A titre d’exemple, la France peut s’enorgueillir d’être le premier Etat, en Europe, à émanciper les Juifs. Le célèbre révolutionnaire Maximilien de Robespierre, lors d’un discours à l’Assemble Nationale (1789), se veut le chantre enthousiaste de la cause des  Juifs et n’a de cesse de rappeler que le droit à l’Egalité doit s’étendre aux Juifs: «On vous a dit sur les juifs des choses infiniment exagérées et souvent contraires à l’histoire. Comment peut-on leur opposer les persécutions dont ils ont été les victimes chez différents peuples ? Ce sont au contraire des crimes nationaux que nous devons expier, en leur rendant les droits imprescriptibles de l’homme dont aucune puissance humaine ne pouvait les dépouiller. On leur impute encore des vices, des préjugés, l’esprit de secte et d’intérêt les exagèrent. Mais à qui pouvons-nous les imputer si ce n’est à nos propres injustices ? Après les avoir exclus de tous les honneurs, même des droits à l’estime publique, nous ne leur avons laissé que les objets de spéculation lucrative. Rendons-les au bonheur, à la patrie, à la vertu, en leur rendant la dignité d’hommes et de citoyen ; songeons qu’il ne peut jamais être politique, quoiqu’on puisse dire, de condamner à l’avilissement et à l’oppression, une multitude d’hommes qui vivent au milieu de nous» (23 décembre 1789).

Si Maximilien de Robespierre ne prononce point le mot de «nation, peuple», en parlant des Juifs, il les perçoit comme «une multitude d’hommes» à qui il faut donner les droits accordés à tout citoyen dans la France qui émergera de la Révolution.

Mais celui qui reste probablement comme la plus importante des personnalités de la Révolution française concernant «la question juive» est sans l’ombre d’un doute le député Adrien Jean-François Duport qui accorde, conformément au décret du 27 septembre 1791, l’émancipation totale aux Juifs de France, en tant qu’individus: « Je crois que la liberté de culte ne permet aucune distinction dans les droits politiques des citoyens en raison de leur croyance. La question de l’existence politique [des Juifs] a été ajournée. Cependant, les Turcs, les Musulmans, les hommes de toutes les sectes, sont admis à jouir en France des droits politiques. Je demande que l’ajournement soit révoqué et qu’en conséquence il soit décrété que les Juifs jouiront en France des droits de citoyen actif. »

Or, si Robert Badinter, ancien Garde des Sceaux (né en 1928), reconnaît qu’à la Révolution, «tous les Juifs français sont désormais citoyens»[3], il finit par en déduire que «l’émancipation rejoignait de facto l’assimilation»[4]. En effet, le comte de Clermont-Tonnerre, partisan de l’émancipation des Juifs, prononce cette phrase restée célèbre concernant la condition juive en France, que l’on pourrait croire calquée sur la position du Pharaon de notre premier chapitre de l’Exode: « Il faut tout refuser aux Juifs comme nation et tout accorder aux Juifs comme individus. Il faut qu’ils ne fassent dans l’État ni un corps politique ni un ordre. Il faut qu’ils soient individuellement citoyens ». En effet, comme ce Pharaon, le comte de Clermont-Tonnerre, avec les autres révolutionnaires, voit dans les Juifs une nation, mais son but est de supprimer cette valeur aux Juifs, pour qu’ils puissent se fondre et se diluer dans le reste des citoyens de France.  

Or, en Egypte, les Hébreux se sont dispersés dans tout le pays. Toutefois, cette assimilation ne leur accorde nullement la pleine liberté des droits, mais les conduit à être jalousés et haïs (Exode 1: 8-10) avant d’être réduits à la condition d’esclaves!

יא וַיָּשִׂימוּ עָלָיו שָׂרֵי מִסִּים לְמַעַן עַנֹּתוֹ בְּסִבְלֹתָם וַיִּבֶן עָרֵי מִסְכְּנוֹת לְפַרְעֹה אֶת פִּתֹם וְאֶת רַעַמְסֵס. (שמות א: יא).ש

11 Et l’on imposa à ce peuple des officiers de corvée pour l’accabler de labeurs et il bâtit pour Pharaon des villes d’approvisionnement, Pithom et Raamssès. (Exode 1: 11).

Alors l’Eternel confie à Moïse la rude et difficile mission de briser les chaînes de la servitude asservissant Israël.

Cependant, pourquoi Moïse est-il l’élu de l’Eternel? Son premier acte notoire est un assassinat, justifié ou non. De plus, il est lui-même éduqué dès son plus jeune âge au sein de la culture égyptienne, au cœur même des plus hautes sphères du pouvoir pharaonique, puis il s’est enfui à Midian. En tant qu’Hébreu, il n’a pratiquement eu aucun contact avec son peuple et ses frères avant d’être appelé par l’Eternel. N’eût-il pas été plus légitime qu’Aaron, son frère aîné, proche de la souffrance quotidienne de ses frères, soit l’élu de l’Eternel? Or, il semble que Moïse ait été pénétré dès son plus jeune âge d’une conscience identitaire, celle d’appartenir au peuple hébreu. Ainsi s’explique le besoin d’aller voir «ses frères», desquels il s’inquiète comme Joseph le fit à l’égard des siens:

יא וַיְהִי בַּיָּמִים הָהֵם וַיִּגְדַּל מֹשֶׁה וַיֵּצֵא אֶל-אֶחָיו וַיַּרְא בְּסִבְלֹתָם וַיַּרְא אִישׁ מִצְרִי מַכֶּה אִישׁ-עִבְרִי מֵאֶחָיו. (שמות ב: יא).ש

11 Or, en ce temps-là, Moïse, ayant grandi, alla parmi ses frères et vit un Egyptien frapper un hébreu de parmi ses frères. (Exode 2: 11)

Moïse, prêt à perdre son titre de Prince d’Egypte, ses honneurs et les rênes du pouvoir, découvre-t-il sa véritable identité à travers la souffrance des siens ou prend-il la cause de ses frères, conscient de ses propres origines? A maintes reprises, la source biblique rappelle que Moïse, celui qui deviendra le plus grand parmi les prophètes, demeure fidèle aux siens et à son origine hébraïque. Le pouvoir absolu en Egypte n’a jamais entamé la mémoire collective que porte Moïse en son âme.

ט וַיֹּאמֶר אִם-נָא מָצָאתִי חֵן בְּעֵינֶיךָ אֲדֹנָי יֵלֶךְ-נָא אֲדֹנָי בְּקִרְבֵּנוּ כִּי עַם-קְשֵׁה-עֹרֶף הוּא וְסָלַחְתָּ לַעֲוֺנֵנוּ וּלְחַטָּאתֵנוּ וּנְחַלְתָּנוּ. (שמות לד: ט).ש

9 et il dit: « Ah! si j’ai trouvé faveur à tes yeux, Seigneur, daigne marcher encore au milieu de nous! Oui, ce peuple est indocile, mais tu pardonneras notre iniquité et nos péchés et tu nous feras hériter. » (Exode 34: 9).

Le prophète est d’abord un homme capable de prendre sur lui les fautes de sa communauté, même s’il ne les a point lui-même commises. Ainsi, en disant: «notre iniquité et nos péchés», Moïse assume la faute du veau d’or pour lui-même. Il ressent profondément que si le peuple qu’il dirige a fauté, c’est lui-même qui a fauté. Il garantit ainsi la mémoire identitaire et la préservation de l’identité hébraïque. Il «devance» même l’Eternel dans sa quête effrénée de Justice et d’équité. En effet, Moïse voit les souffrances d’Israël dès qu’il sort de son palais, avant même sa fuite en Midian.

יא וַיְהִי בַּיָּמִים הָהֵם וַיִּגְדַּל מֹשֶׁה וַיֵּצֵא אֶל-אֶחָיו וַיַּרְא בְּסִבְלֹתָם וַיַּרְא אִישׁ מִצְרִי מַכֶּה אִישׁ-עִבְרִי מֵאֶחָיו. (שמות א: יא).ש

11 Or, en ce temps-là, Moïse, ayant grandi, alla parmi ses frères et fut témoin de leurs souffrances. (Exode 1: 11).

Or, ce n’est que bien plus tard que l’Eternel se rappelle de son peuple afin de le secourir:

כד וַיִּשְׁמַע אֱלֹהִים אֶת-נַאֲקָתָם וַיִּזְכֹּר אֱלֹהִים אֶת-בְּרִיתוֹ אֶת-אַבְרָהָם אֶת-יִצְחָק וְאֶת-יַעֲקֹב. כה וַיַּרְא אֱלֹהִים אֶת-בְּנֵי יִשְׂרָאֵל וַיֵּדַע אֱלֹהִים… (שמות ב: כד-כה)ש

 כִּי יָדַעְתִּי אֶת-מַכְאֹבָיו (שמות ג: ז).ש

24 Le Seigneur entendit leurs soupirs et il se ressouvint de son Alliance avec Abraham, avec Isaac, avec Jacob. 25 Puis, le Seigneur considéra les enfants d’Israël et il comprit… (Ex. 2: 24-25)

car je connais ses souffrances (Ex. 3: 7)

La prise de conscience de Moïse des souffrances de ses frères (Exode 1: 11) rappelle celle du journaliste autrichien Théodore Herzl qui, alors juif assimilé, saisit en son for intérieur, lors du procès infâme et inique intenté contre le capitaine Dreyfus, que le temps est venu pour ses frères de recouvrer leur terre ancestrale pour y construire leur propre pays, étant donné l’échec cuisant de l’émancipation des Juifs en France. Quant à Yehoudah Leib Pinsker, fondateur du mouvement des «Amants de Sion» (Hovevei Tsion), précédant Théodore Herzl -le visionnaire du futur Etat hébreu- de quelques années, il rédige en 1882 «L’avertissement d’un Juif Russe à ses frères» connu sous le nom d’«Auto-émancipation». Après les pogroms ayant sévi en Russie et les «lois de mai 1882», discriminatrices envers les juifs, ce pamphlet, l’un des principaux documents fondateurs d’Israël, soutient la thèse selon laquelle toute tentative d’assimilation juive aux Nations est vouée a l’échec. Les Juifs comparés à un «homme malade» se doivent de prendre leur histoire en main. Seul un Etat juif indépendant sera capable de garantir dignement les droits fondamentaux de l’ensemble des Juifs qui dispersés en Europe et à travers le monde devront former une Nation à part entière.

Telle est la vocation de Moïse, à savoir transformer les fils d’Israël, d’hommes et de femmes rendus esclaves en Egypte, en une Nation forte et indépendante, libérée du joug des Nations. Moïse comprend que la vie en exil ne constitue en rien une solution d’avenir comme en témoignent les noms de ses deux fils, Gershom et Eliézer:

ג וְאֵת שְׁנֵי בָנֶיהָ אֲשֶׁר שֵׁם הָאֶחָד גֵּרְשֹׁם כִּי אָמַר גֵּר הָיִיתִי בְּאֶרֶץ נָכְרִיָּה. ד וְשֵׁם הָאֶחָד אֱלִיעֶזֶר כִּי-אֱלֹהֵי אָבִי בְּעֶזְרִי וַיַּצִּלֵנִי מֵחֶרֶב פַּרְעֹה. (שמות יח: ג-ד).ש

3 Il emmena aussi ses deux fils, l’un nommé Gershom, « car, avait-il dit, je suis un émigré sur une terre étrangère »; 4 l’autre nommé Eliézer, « parce que le Dieu de mon père m’est venu en aide et m’a sauvé du glaive de Pharaon. » (Exode 18: 3-4)

En vertu de l’Alliance divine conclue avec les Patriarches d’Israël, l’Eternel enjoint à Moïse, son fidèle serviteur, de relever le défi historique d’unifier les Benei Israël בְנֵי-יִשְׂרָאֵל en peuple libre  עַמִּי:

י וְעַתָּה לְכָה וְאֶשְׁלָחֲךָ אֶל-פַּרְעֹה וְהוֹצֵא אֶת-עַמִּי בְנֵי-יִשְׂרָאֵל מִמִּצְרָיִם. (שמות ג: י). ש

10 Et maintenant va, je te délègue vers Pharaon; et fais que mon peuple, les enfants d’Israël, sortent de l’Égypte. » (Exode 3: 10).

Toutefois, nous voyons, aujourd’hui comme alors, que la formation d’Israël en peuple libre et indépendant, vivant sur sa terre ancestrale, n’a point minimisé, voire même annulé, la vieille haine d’une partie des Nations qui ne peuvent souffrir de voir en Israël un peuple libre ayant un pouvoir politique quelconque. Pourquoi?

L’élection de Moïse, malgré l’assassinat qu’il commet, peut nous mettre sur la voie: Moïse est effectivement le seul Hébreu vivant de son époque à connaître les clefs et les arcanes de la tradition cultuelle égyptienne. Il a vécu au cœur même, au noyau même, de cette tradition.  C’est effectivement l’intention avérée de l’Eternel le choisissant:

יב וְעָבַרְתִּי בְאֶרֶץ-מִצְרַיִם, בַּלַּיְלָה הַזֶּה וְהִכֵּיתִי כָל-בְּכוֹר בְּאֶרֶץ מִצְרַיִם מֵאָדָם וְעַד-בְּהֵמָה וּבְכָל-אֱלֹהֵי מִצְרַיִם אֶעֱשֶׂה שְׁפָטִים אֲנִי יְהוָה. (שמות יב: יב).ש

12 Je parcourrai le pays d’Égypte, cette même nuit; je frapperai tout premier-né dans le pays d’Égypte, depuis l’homme jusqu’à la bête et je ferai justice de toutes les divinités de l’Égypte, je suis l’Éternel! (Exode 12: 12).

C’est d’ailleurs pourquoi l’Eternel fera tout pour «soutirer» l’acceptation de Moïse qui refuse plusieurs fois la mission que l’Eternel veut lui confier.

יג וַיֹּאמֶר בִּי אֲדֹנָי שְׁלַח-נָא בְּיַד-תִּשְׁלָח. יד וַיִּחַר-אַף יְהוָה בְּמֹשֶׁה וַיֹּאמֶר הֲלֹא אַהֲרֹן אָחִיךָ הַלֵּוִי יָדַעְתִּי כִּי-דַבֵּר יְדַבֵּר הוּא וְגַם הִנֵּה-הוּא יֹצֵא לִקְרָאתֶךָ וְרָאֲךָ וְשָׂמַח בְּלִבּוֹ. (שמות ד: יג-יד).ש

13 Il repartit: « De grâce, Seigneur! donne cette mission à quelque autre! » 14 Le courroux de l’Éternel s’alluma contre Moïse et il dit: « Eh bien! c’est Aaron ton frère, le Lévite, que je désigne! Oui, c’est lui qui parlera! Déjà même il s’avance à ta rencontre et à ta vue il se réjouira dans son cœur. (Exode 4: 13-14).

Pourquoi Pharaon comme les Révolutionnaires français, comme ceux qui haïssent Israël de nos jours, ont-ils peur d’une nation hébreue? Les Hébreux en tant qu’individus ne sont point considérés comme dangereux pour le pays, car ils peuvent s’y fondre, mais, en tant que peuple et nation indépendants, ils interpellent la conscience du monde. 

יב  אַשְׁרֵי הַגּוֹי אֲשֶׁר-יְהוָה אֱלֹהָיו   הָעָם בָּחַר לְנַחֲלָה לוֹ.(תהילים לג: יב)ש

12 Heureux la nation qui reconnaît l’Eternel comme son Seigneur, le peuple qu’il s’est choisie comme son héritage! (Ps. 33: 12)


[2]
Le verbe «remplir, être plein» (M. L. A./ מ. ל. א.) est à la forme passive (NiFaL).[1] Parashat Shemoth, Exode 1: 1- 6: 1

[3] «Libres et Egaux: L’Emancipation des Juifs (1789-1791)», éd. Fayard, 1989, p. 216.

[4] «Libres et Egaux: L’Emancipation des Juifs (1789-1791)», éd. Fayard, 1989, p. 220.

 

Au plaisir de vous retrouver,

Shabbat shalom!

hebreubiblique@gmail.com

Avec toutes mes amitiés,

Haïm Ouizemann

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4 Responses to Parashat Shemoth, Moïse, le prophète de l’identité

  1. Cathou dit :

    Ton article soulève plusieurs point intéressants
    Il est à noter que les récits très détaillés égyptiens indiquent que Canaan est possession Égyptienne du temps de Moïse, à vérifier pour Joseph.
    Ce point est très intéressant parce qu’il explique l’importance de l’Egypte pour toutes les populations alentours dont Canaan.
    Évidemment les Égyptiens sont reconnus légitimes, les autres populations peut-être pas considérées comme des esclaves, mais comme des étrangers sans aucun doute oui.
    Que les Hébreux se multiplient, oui. Sans doute bien polytheistes,oui.
    Pharaon a raison: 2 Nations ne peuvent vivre dans un même pays. L’Egypte n’a pas vocation à devenir Israël!
    Maintenant les écrits égyptiens ne semblent pas confirmer la menace que semble représenter les Hébreux en Egypte…. mais il n’était pas question pour Pharaon de laisser s’installer une autre Nation, donc un autre pouvoir et il est temps pour les Hébreux de se trouver un pays grâce à Moïse.

    La France n’a pas vocation à reconnaître une Nation juive sur son sol! Il ne s’agit pas de haine.
    La France se construit sur le christianisme, plus particulièrement le catholicisme. Henri IV devra se convertir pour être roi de France. Louis XIV qui impose le catholicisme seule religion d’état ne fait pas un caprice. Il protège son pays de la division. La France catholique considère les juifs comme des étrangers, ce qu’ils sont d’ailleurs en ces temps. La France républicaine et laïque peut reconnaître les juifs comme citoyens à part entière, pas comme une Nation sur son sol, tout comme les musulmans ne seront jamais une Nation sur la terre de France.

    Israël!! Je ne sais pas si on peut parler de haine. L’histoire géopolitique nous dit qu’Israël eut une existence de 1000ans, et encore sans être un pays et une Nation réellement unis, sauf sous David et Salomon. Se laissant facilement attirée par les autres cultures, dernières en date les grecs puis les romains. Israël s’est laissé séduire… Israël porte la responsabilité de sa division et de sa disparition.Terre cosmopolite, de passage…le récit biblique le confirme.
    Moïse devait savoir que les Hébreux avaient qq difficultés à s’unir, sans doute la raison pour laquelle il va créer 12 tribus, qui, en principe, vu leurs attributions, auraient contribuer à unir par obligation… Ce ne fut pas le cas.

    Aujourd’hui Israël se construit il sur UN, uni tous ensemble se battant avec Dieu??
    Je n’en suis pas certaine, et c’est sans doute la raison de la méfiance des Nations.
    Les Nations viendront d’elles même à Israël lorsque cette unité sera éclatante!
    C’est tout le message biblique

    Maintenant ton article m’amène à penser que peut-être que les juifs ne sont pas voués à vivre enfermés dans un pays.
    Le peuple Hébreu vient…. on ne sait d’où
    Le peuple Hébreu semble plus nomade et conquérant que sédentaire
    Le peuple Hébreu est peut-être plus citoyen du monde, que d’un pays seul. Nation du Livre, parmi les Nations, c’est peut-être sa seule vocation d’être????
    Une idée… comme ça. Qui au fond s’applique plus au christianisme.

  2. MIMOUNI dit :

    Let my people Go !!! !!! Amen

  3. Jean Taranto dit :

    פִּתֹם / רַעַמְסֵס

    Pitôm et Ramses c’est aussi la « confusion » et la fureur « le tonnerre ».
    En Nombres, les b’nei Israël quittent Ramses pour Soukkot.

    Pour répondre à Cathou , je dirais que le paradoxe vital d’Israël est de digérer la multiplicité des confusions pour en faire une « unité plurielle » et de transformer la fureur des nations pour en faire le murmure unifiant des « soukkot », des « étapes », des « pauses ».
    Dans le mot soukkot, aussi, il y a l’idée de « pincée ». L’Egypte était opulente et ‘grasse ». La démesure, le « trop », comme aujourd’hui notre monde est surabondant en images et en signes, de sorte que moi-même je vis dans la confusion, commente à qui mieux-mieux et mélange les pinceaux avec les seaux.
    C’est la société qui consomme et ne discerne pas.
    Pitôm et Ramses, c’est l’opposé de « Sukkôt » qui est la pluralité de Tsiôn-Jerusalem, petite ville perchée sur une colline calcaire à 900m au-dessus des mers et sur laquelle TOUS les peuples doivent pouvoir tenir.
    Comment opérer un tel prodige?
    Tsiôn n’est pas Ramses, et Canaân n’est pas le Delta du Nil!

    En RASSEMBLANT les « shemot », les « noms » en un « shema », une ECOUTE, et les מִסִּים / (Ram)ses – masim, les tributs et les impôts en « moshe », en « שָׁם » un Nom.

    Israël est un engendrement sans un commencement dont le nom est à la fois la finitude de toute aliénation matérielle et le commencement de toute libération spirituelle. Puisqu’il ouvre la matière à son infini et constitue le corps tangible du spirituel.
    Il réconcilie le pluriel et le singulier en transformant ce qui est l’isolement du particulier en peuple et la confusion de la totalité (totalitaire) en nation, en « berceau » où tout commence et où tout s’accomplit.
    Je pense que Moïse est le paradigme du transformateur de mort en vie. Et sans le « haï » du « Hineni » d’AvraHam le « goy » d’origine , créateur de l’Hébraïsme, cette culture du « passage » de mort à vie, de la brebis égarée au troupeau et de l’assèchement à la remise en eaux, il n’aurait jamais pu être tiré de là où il fut trouvé.
    Israël-Moshé-Yaakov, c’est la fertilité prodigieuse du monde stérilisé.

    • Cathou dit :

      Oui Jean Taranto je suis d’accord avec Vous.
      C’est ce qui est fascinant dans le judaïsme et tellement à apprendre.
      C’est cette force ancrée dans l’Éternité qui fait peur à ceux qui ne la comprenne pas et qui peut conduire à la haine.
      Ce qui est curieux c’est que l’hindouisme a exactement la même force, et peut-être une force encore plus ancrée que celle du judaïsme, (plus de 10 000 ans de connaissances divine vécues au quotidien) mais il ne déclenche pas de peurs, de haine. Sans doute parce que nous continuons à voir ce sous continent comme une « sous culture », mais sans doute aussi parce que la pensée hindoue nous est difficile à percevoir, alors que le texte biblique fait parti de notre pensée occidentale, peut-être aussi que la richesse démesurée de la pensée hindoue nous demeure inaccessible..
      Oui un monde occidental de plus en plus stérile!

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