Parashat Tetsavé, Cohanim ou l’éternité de l’Alliance

Est-il un Homme qui se soit soustrait de l’emprise de la mort?

ה  זְרַמְתָּם שֵׁנָה יִהְיוּ  בַּבֹּקֶר כֶּחָצִיר יַחֲלֹף. ו  בַּבֹּקֶר יָצִיץ וְחָלָף  לָעֶרֶב יְמוֹלֵל וְיָבֵשׁ. (תהלים צ: ה-ו).ש

5 Tu les fais s’écouler, [les hommes], comme un torrent: ils entrent dans le sommeil; le matin, ils sont comme l’herbe qui pousse, 6 le matin, ils fleurissent et poussent, le soir, ils sont fauchés et desséchés. (Psaume 90: 5-6)

Qui, parmi les hommes, peut prétendre à vivre l’éternité? Même le plus vieil homme Mathusalem (Metoushelah) connaîtra la mort à l’âge de 969 ans (Genèse 5: 27).

Pourtant l’Eternel promet l’éternité au Grand-Prêtre. En effet une lecture suivie de la Parasha Tetsavé permet de déceler une récurrence, celle de la mention du terme Olam עוֹלָם, «éternel». Ce leitmotiv est toujours associé à la fonction du Grand-Prêtre, à l’intérieur de la Tente du Rendez-vous:

כא בְּאֹהֶל מוֹעֵד מִחוּץ לַפָּרֹכֶת אֲשֶׁר עַל-הָעֵדֻת יַעֲרֹךְ אֹתוֹ אַהֲרֹן וּבָנָיו מֵעֶרֶב עַד-בֹּקֶר לִפְנֵי יְהוָה  חֻקַּת עוֹלָם לְדֹרֹתָם מֵאֵת בְּנֵי יִשְׂרָאֵל. (שמות כז: כא). ש

21 C’est dans la Tente d’assignation, en dehors du voile qui abrite les Tables Témoignage, qu’Aaron et ses fils les  disposeront [les lumières de la Ménorah] pour brûler du soir jusqu’au matin en présence du Seigneur: loi éternelle pour leurs générations, à observer par les enfants d’Israël. (Exode 27: 21)[1]

Il est aussi associé aux vêtements portés par le prêtre, «serviteur de l’Eternel»:

מג וְהָיוּ עַל-אַהֲרֹן וְעַל-בָּנָיו בְּבֹאָם אֶל-אֹהֶל מוֹעֵד אוֹ בְגִשְׁתָּם אֶל-הַמִּזְבֵּחַ לְשָׁרֵת בַּקֹּדֶשׁ וְלֹא-יִשְׂאוּ עָוֺן וָמֵתוּ  חֻקַּת עוֹלָם לוֹ וּלְזַרְעוֹ אַחֲרָיו.  (שמות כח: מג).ש

43 Aaron et ses fils porteront ce costume lorsqu’ils entreront dans la Tente d’assignation, ou lorsqu’ils approcheront de l’autel pour le saint ministère, afin de ne pas se trouver en faute et encourir la mort: loi perpétuelle pour lui et pour sa postérité. (Exode 28: 43)

La mention ‘Houkat Olam, חֻקַּת עוֹלָם, «loi éternelle» est très généralement associée aux termes de «générations» (דוֹרוֹת Dorot) ou de «descendance [semence]» (זֶרַע Zer’a). Cette prêtrise éternelle «כְּהֻנַּת עוֹלָם, Kéhounat Olam» est appelée «בְּרִית כְּהֻנַּת עוֹלָם Berit Kehounat Olam «Alliance de la prêtrise éternelle» car elle se transmet de père en fils. Rien ne saurait entraver cette succession, même après la double catastrophe de la destruction des deux Temples de Jérusalem.

טו וּמָשַׁחְתָּ אֹתָם כַּאֲשֶׁר מָשַׁחְתָּ אֶת-אֲבִיהֶם וְכִהֲנוּ לִי וְהָיְתָה לִהְיֹת לָהֶם מָשְׁחָתָם לִכְהֻנַּת עוֹלָם לְדֹרֹתָם. (שמות מ: טו).ש

15 Tu [Moïse] les oindras, ainsi que tu auras oint leur père et ils deviendront mes pretres; et ainsi leur sera conféré le privilège d’un sacerdoce perpétuel, pour toutes leurs générations. » (Exode 40: 15).

Ce sacerdoce perpétuel accordé aux prêtres descendants d’Aaron prend sa source dans l’Alliance éternelle conclue avec les trois Patriarches Avraham, Its’hak et Yaakov, ainsi qu’à leurs descendants, le peuple d’Israël:

יט וַיֹּאמֶר אֱלֹהִים אֲבָל שָׂרָה אִשְׁתְּךָ יֹלֶדֶת לְךָ בֵּן וְקָרָאתָ אֶת-שְׁמוֹ יִצְחָק וַהֲקִמֹתִי אֶת-בְּרִיתִי אִתּוֹ לִבְרִית עוֹלָם לְזַרְעוֹ אַחֲרָיו. (בראשית יז: יט).ש

19 Le Seigneur répondit: « Certes, Sara, ton épouse, te donnera un fils, et tu le nommeras Isaac. Je maintiendrai mon Alliance avec lui, comme Alliance perpétuelle à l’égard de sa descendance. (Genèse 17: 19)

Les prêtres, ,כֹּהֲנִים cohanim «serviteurs de l’Eternel» dans le Tabernacle, sont en fait les représentants, les intercesseurs de tout Israël auprès de la Divinité, eux-mêmes prêtres, כֹּהֲנִים de toute l’Humanité auprès de l’Eternel.

ו וְאַתֶּם תִּהְיוּ-לִי מַמְלֶכֶת כֹּהֲנִים וְגוֹי קָדוֹשׁ  אֵלֶּה הַדְּבָרִים אֲשֶׁר תְּדַבֵּר אֶל-בְּנֵי יִשְׂרָאֵל. (שמות יט: ו).ש

6 mais vous, vous serez pour moi un royaume de prêtres et une nation sainte [séparée].’ Telles sont les paroles que tu tiendras aux enfants d’Israël. » (Ex. 19: 6)

C’est le but de l’élection d’Israël. Cette élection du peuple d’Israël est intrinsèquement liée à celle de la terre, Erets Israël, promise aux Patriarches et à leurs descendants:

 וַיֹּאמֶר אֵלַי הִנְנִי מַפְרְךָ וְהִרְבִּיתִךָ וּנְתַתִּיךָ לִקְהַל עַמִּים וְנָתַתִּי אֶת-הָאָרֶץ הַזֹּאת לְזַרְעֲךָ אַחֲרֶיךָ אֲחֻזַּת עוֹלָם. (בראשית מח: ד).ש

4 Il [l’Eternel] m’a dit [Jacob]: « Je veux te faire croître et fructifier et je te ferai devenir une multitude de peuples; et je donnerai ce pays à te postérité ultérieure, comme possession perpétuelle. » (Genèse 48: 4)

Or, chaque cercle de la société, Nations, Israël, Levy et Prêtres, délègue son autorité (סְמִיכוּת smikhout) à celui qui est placé plus au centre. Les prêtres, serviteurs de l’Eternel, sont les représentants de tout Israël, qui sont ceux de toute l’Humanité et Aaron, le Grand-Prêtre représente, en sa personne, tous les cohanim, serviteurs de l’Eternel. Responsable d’intercéder en faveur de l’ensemble du peuple d’Israël face à l’Eternel (Ex. 28: 12), le grand-prêtre officie à Jérusalem, au Temple, où une fois par an, il pénètre dans le Saint des saints (Lévitique 16) au cœur même de la Parole. Il est alors le point où se concentrent harmonieusement le peuple, la terre et la Parole divine, par l’effet de la סְמִיכוּת (imposition des mains, transmission de l’autorité).

Par l’effet de la סְמִיכוּת , le service divin ne se confine plus dans un espace fini, celui du Temple, mais s’étend à l’Humanité entière.

ו וְאַתֶּם תִּהְיוּ-לִי מַמְלֶכֶת כֹּהֲנִים

6 mais vous, vous serez pour moi un royaume de prêtres (Exode 19: 6)

«En cela vous [Israël] serez séparés[2] de tous car vous serez un royaume de prêtres afin de comprendre et d’enseigner à tout le genre humain pour que tous invoquent le Nom de l’Eternel et de le servir d’un seul cœur[3]» comme il en sera d’Israël à la fin des temps,  ainsi qu’il est dit:

ו וְאַתֶּם, כֹּהֲנֵי יְהוָה תִּקָּרֵאוּ מְשָׁרְתֵי אֱלֹהֵינוּ יֵאָמֵר לָכֶם חֵיל גּוֹיִם תֹּאכֵלוּ וּבִכְבוֹדָם תִּתְיַמָּרוּ. (ישעיהו 61: 6).ש

6 Et vous, vous serez appelés prêtres de l’Eternel, on vous nommera ministres de notre Dieu. Vous jouirez de la richesse des nations et vous tirerez gloire de leur splendeur. (Isaïe 61: 6).

…et aussi:

ג וְהָלְכוּ עַמִּים רַבִּים וְאָמְרוּ לְכוּ וְנַעֲלֶה אֶל-הַר-יְהוָה אֶל-בֵּית אֱלֹהֵי יַעֲקֹב וְיֹרֵנוּ מִדְּרָכָיו וְנֵלְכָה בְּאֹרְחֹתָיו כִּי מִצִּיּוֹן תֵּצֵא תוֹרָה וּדְבַר-יְהוָה מִירוּשָׁלִָם. (ישעיהו ב: ג).שש

3 Et nombre de peuples iront en disant: « Or çà, gravissons la montagne de l’Eternel pour gagner la maison du Dieu de Jacob, afin qu’il nous enseigne ses voies et que nous puissions suivre ses sentiers, car c’est de Sion que sort la doctrine et de Jérusalem la parole du Seigneur. » (Isaïe 2: 3) [4].

Or, le premier Patriarche est le premier à invoquer le Nom divin comme Eternel:

לג וַיִּטַּע אֶשֶׁל בִּבְאֵר שָׁבַע וַיִּקְרָא-שָׁם בְּשֵׁם יְהוָה אֵל עוֹלָם. (בראשית כא: לג).ש

33 Avraham planta un bouquet d’arbres à Béer Cheva et y proclama l’Eternel, le Seigneur  éternel. (Genèse 21: 33).

Ainsi, Avraham se révèle être à la fois le premier Patriarche et le premier Prêtre du peuple d’Israël, à la différence de l’ère d’Enoch où l’on commence à invoquer certes le Nom de l’Eternel, mais de manière individuelle:

כו וּלְשֵׁת גַּם-הוּא יֻלַּד-בֵּן וַיִּקְרָא אֶת-שְׁמוֹ אֱנוֹשׁ אָז הוּחַל לִקְרֹא בְּשֵׁם יְהוָה. (בראשית ד: כו).ש

26 A Seth, lui aussi, il naquit un fils; il lui donna pour nom Enoch. Alors on commença d’invoquer le nom de l’Éternel. (Genèse 4: 26).

Avraham met en exergue la notion d’éternité עוֹלָם (olam), cachée du monde (נֶעְלָם, ne’elam), qu’il transmet à ses descendants, dans l’espoir de transformer ce monde en un «palais» pour l’Eternel (אוּלָם, «oulam»).

Ainsi cette reconnaissance du Nom ineffable (Tétragramme) comme éternel par le peuple d’Israël le délivre de la destruction totale en garantissant sa propre pérennité, et, avec lui, l’Humanité:

כ וּבָא לְצִיּוֹן גּוֹאֵל וּלְשָׁבֵי פֶשַׁע בְּיַעֲקֹב–נְאֻם יְהוָה. כא וַאֲנִי זֹאת בְּרִיתִי אוֹתָם אָמַר יְהוָה רוּחִי אֲשֶׁר עָלֶיךָ, וּדְבָרַי אֲשֶׁר-שַׂמְתִּי בְּפִיךָ  לֹא-יָמוּשׁוּ מִפִּיךָ וּמִפִּי זַרְעֲךָ וּמִפִּי זֶרַע זַרְעֲךָ אָמַר יְהוָה מֵעַתָּה וְעַד-עוֹלָם. (ישעיהו נט: כ-כא).ש

20 Mais il viendra en rédempteur pour Sion et pour les pécheurs repentants de Jacob; telle est la promesse de l’Eternel. 21 Quant à moi, dit l’Eternel, voici quel est mon Alliance avec eux: mon inspiration qui repose sur toi et les paroles que j’ai mises en ta bouche, elles ne doivent point s’écarter de ta bouche, ni de la bouche de tes enfants, ni de celle des enfants de tes enfants, soit à présent, soit dans les temps futurs. (Isaïe 59: 20-21).

Ainsi, l’Humanité s’éveillera à la conscience de l’éternité du Nom par la reconnaissance d’Israël comme le Prêtre serviteur de l’Eternel au sein de l’Humanité:

ו וְאַתֶּם כֹּהֲנֵי יְהוָה תִּקָּרֵאוּ מְשָׁרְתֵי אֱלֹהֵינוּ יֵאָמֵר לָכֶם חֵיל גּוֹיִם תֹּאכֵלוּ וּבִכְבוֹדָם תִּתְיַמָּרוּ. ז תַּחַת בָּשְׁתְּכֶם מִשְׁנֶה וּכְלִמָּה יָרֹנּוּ חֶלְקָם לָכֵן בְּאַרְצָם מִשְׁנֶה יִירָשׁוּ שִׂמְחַת עוֹלָם תִּהְיֶה לָהֶם. (ישעיהו סא: ו-ז).ש

6 Et vous, vous serez appelés prêtres de l’Eternel, on vous nommera serviteurs du Tout-Puissant notre Dieu. Vous jouirez de la richesse des nations et vous tirerez gloire de leur splendeur. 7 Là où s’étalait votre honte, on sera deux fois heureux; là où éclatait votre opprobre, on vantera son sort. Oui, dans leur pays ils auront double héritage, une joie éternelle sera leur lot. (Isaïe 61: 6-7).

[1] Parashat Tetsavé, Exode 27: 20- 30: 10

[2] Le terme «סְגֻלָּה ségoula» (Exode 19: 5) signifie également «trésor».

[3] Littéralement: «d’une seule épaule». Sforno fait ici référence au verset Sophonie 3: 9:

ט כִּי-אָז אֶהְפֹּךְ אֶל-עַמִּים, שָׂפָה בְרוּרָה, לִקְרֹא כֻלָּם בְּשֵׁם יְהוָה, לְעָבְדוֹ שְׁכֶם אֶחָד. 9 Mais alors aussi je gratifierai les peuples d’un idiome épuré, pour que tous ils invoquent le nom de l’Eternel et l’adorent d’un cœur unanime [«d’une seule épaule»].

 

[4] Le commentateur Sforno (1468/73-1550), sur le verset Exode 19: 6.

 

Shabbat shalom!

hebreubiblique@gmail.com

Avec toutes mes amitiés,

Haïm Ouizemann

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2 Responses to Parashat Tetsavé, Cohanim ou l’éternité de l’Alliance

  1. lebret dit :

    La chair est périssable! c’est en Esprit qu’est la vie Éternelle.! . Elle se transmet de père en fils. Rien ne saurait entraver cette succession, כְּהֻנַּת עוֹלָם

  2. Nulle immortalité physique, simplement une transmission, une Alliance séculaire.
    Bonjour,
    Après cette intrusion, un peu triviale, permettez quelques mots sur l’origine des Mystères de la tradition orale chez les Israélites. Merci.
    Il est dans la nature de l’homme de chercher à entraver ce que fait la Femme sans lui.
    Depuis que les Israélites étaient sorties d’Égypte, elles étaient signalées comme des adversaires redoutables. Le Livre de Myriam courait donc le plus grand danger ; ceux qui en comprenaient la portée le considéraient comme une œuvre si extraordinaire, qu’on ne supposait pas même que d’autres puissent la continuer ou la refaire, après la mort de son auteur.
    Le Sépher avait donné une impulsion intellectuelle qui ne se reproduirait pas, croyait-on ; on avait donc un intérêt puissant à conserver cette œuvre dans son intégrité à travers les générations à venir.
    Myriam avait prévu le sort que son livre devait subir, elle avait prévu les fausses interprétations qu’on devait lui donner dans la suite des temps. Son œuvre portait en elle le sceau de la Vérité, donc elle dut soulever des colères dans le parti des hommes, mais éveiller des sympathies dans celui des femmes. Connaissant la nature humaine comme sa grande science nous en donne le témoignage, elle savait que la « loi des sexes », qu’elle avait développée dans le Sépher, est une des vérités que les hommes pervertis n’aiment pas à entendre.
    Les plus fameux rabbins, parmi lesquels se trouve Moïse de Costi, parlent de ces craintes « du législateur », de voir son livre altéré. Que de révélations dans cette crainte pour qui connaît bien la psychologie humaine !
    C’est pour assurer la propagation de son œuvre que Myriam eut recours à une « loi orale », qu’elle donna de vive voix à des personnes sûres, qui avaient le même intérêt qu’elle à la propagation de la Vérité. Elle chargea ses fidèles dépositaires de transmettre la Loi, dans le secret du sanctuaire, à d’autres fidèles qui la transmettraient à leur tour d’âge en âge, afin de la perpétuer jusqu’à la postérité la plus reculée.
    La « loi orale » était enseignée dans la famille de Mère en fille. On la retrouve dans toutes les anciennes légendes, dans toutes les mythologies, dans les contes populaires, même dans les contes de fées.
    En général, les hommes la comprennent mal parce qu’ils ne connaissent pas la nature de l’Esprit féminin et parce qu’ils ont une sorte de gêne à reconnaître le rôle de la Femme dans l’histoire.
    Le savant Maïmonide écrivait que « ceux de sa nation avaient perdu la connaissance d’une infinité de choses, sans lesquelles il était presque impossible d’entendre la Loi ». Ce qui prouve que l’ignorance et la mauvaise foi qui altérait les textes, altérait également la tradition.
    Court de Gébelin dit : « Les livres anciens sont mieux entendus aujourd’hui qu’ils ne l’étaient même par leurs contemporains, parce que leurs auteurs, par la force de leur génie, se sont autant rapprochés de nous qu’ils se sont éloignés d’eux. Il n’est pas seulement question de saisir le sens des mots, il faut encore entrer dans l’esprit des idées. Souvent les mots offrent, dans leurs rapports vulgaires, un sens entièrement opposé à l’esprit qui a présidé à leur rapprochement » (Le Monde Primitif, T. I, p. 88).
    Cette citation renferme une profonde vérité, mais Court de Gébelin l’explique mal. Oui, les modernes comprennent mieux que les anciens les Livres sacrés de l’antiquité, tous écrits par des femmes, et exprimant des idées féminines, et cela est ainsi parce que ces idées, jetées dans le monde dans la jeunesse des sociétés et incomprises de l’homme jeune, livré à ses passions, ont été soumises à tant d’examens, de discussions, de controverses, provoquées par le désir de retrouver le sens primitif des livres altérés, que l’esprit de l’homme a fini par s’assimiler en partie les idées de la Femme. Je dis « en partie », car ce travail d’assimilation est loin d’être complet, on peut même dire qu’il n’est qu’ébauché.
    Quant aux masculinistes misogynes, contemporains des grandes femmes qui écrivaient, ils ne cherchaient même pas à comprendre, ils niaient en bloc tout ce qui venait d’elles, comme le font les modernes lorsqu’il s’agit des œuvres féminines.
    Si ces livres avaient été écrits par des hommes, comment se serait-il fait que les autres hommes ne les comprenaient pas ? Pourquoi les aurait-on persécutés, altérés, brûlés ? Et pourquoi, chaque fois que quelqu’un fait une tentative pour les restituer, les hommes, formant la multitude des savants, sont-ils pris d’inquiétude et se mettent-ils d’avance en état de défense, comme si on les attaquait ?
    Après la mort de Myriam, ceux auxquels elle avait confié son « dépôt sacré », la Vérité écrite, demeurèrent encore quelque temps dans le désert. Petit groupe isolé au milieu des nations, petit groupe fidèle à la gynécocratie, au milieu d’un monde où commençait à régner la domination masculine, leur esprit impatient de faire connaître la Vérité les poussait à l’action, mais c’est cela, justement, qui alarmait les hommes. Les mœurs pures qu’ils conservaient, continuant à observer les lois de la Vraie Morale, leurs sages institutions, leur dignité hautaine, que l’on prenait pour de l’orgueil, tout cela irritait les peuples voisins ; les Israélites furent sans cesse en butte à leurs attaques ; en moins de quatre siècles, ils subirent jusqu’à six fois l’esclavage, et, six fois, ce peuple vaillant reconquit sa liberté. Il semble que la Destinée voulait le conserver pour accomplir une grande mission dans le monde.
    Au milieu de toutes ces vicissitudes, le Sépher était respecté, gardé avec soin, mais en même temps dissimulé et couvert d’une utile obscurité ; le révéler eût été une occasion de luttes, on le savait et on le cachait ; c’est ainsi qu’il put suivre partout les vaincus et échapper toujours aux vainqueurs qui n’auraient pas manqué de détruire un livre qui les condamnait. Pendant longtemps, il resta inconnu, peu connu même de ceux qui le possédaient et le gardaient si bien, sans le lire. On savait qu’il renfermait la Vérité qu’il ne faut pas dire, qu’il n’est pas bon de dire ; aussi, c’est dans le plus inviolable secret qu’on se transmettait les instructions relatives à la conservation du Livre sacré.
    Myriam, ayant prévu les révoltes que le Sépher devait causer, avait laissé des instructions orales non seulement pour éviter la corruption du texte, mais surtout pour assurer sa conservation.
    Je me permets, en toute humilité, de vous donner l’adresse de l’article de mon blog consacré au monde Israélite, au cas où vous souhaiteriez prendre un peu de votre précieux temps pour y consacrer quelques secondes.
    Lien : https://livresdefemmeslivresdeverites.blogspot.com/2017/07/histoire-des-israelites.html
    Cordialement.

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