Parashat Ki Tissa, Liberté, Égalité,  Fraternité, le devoir des Hommes

Liberté, Égalité Fraternité! Héritée de la Révolution de 1789, cette célèbre devise connue du  monde entier, affichée sur tous les frontons des bâtiments publics français, demeure l’expression de la grandeur morale de la France républicaine. Or, ces trois principes qui font la fierté de la Révolution française trouvent, en fait, leur source au cœur même de la Parasha Ki Tissa: Égalité, Liberté, Fraternité!

Point de Liberté ni de Fraternité sans Égalité!

Ce principe fondamental d’Égalité est la première valeur défendue par la Torah non point comme un droit mais plutôt comme un devoir:

טו הֶעָשִׁיר לֹא-יַרְבֶּה וְהַדַּל לֹא יַמְעִיט מִמַּחֲצִית הַשָּׁקֶל לָתֵת אֶת-תְּרוּמַת יְהוָה לְכַפֵּר עַל-נַפְשֹׁתֵיכֶם. (שמות ל: טו).ש

15 Le riche ne donnera pas plus, le pauvre ne donnera pas moins que la moitié du sicle, pour acquitter l’impôt de l’Éternel, à l’effet de racheter vos personnes. (Exode 30: 15)[1]

Le décompte des fils d’Israël ne peut s’effectuer que par le biais du demi-sicle, valeur unique et égale à elle-même car les hommes, tous nés égaux ne peuvent en aucune manière être discriminés sur la base de leur condition sociale de riche ou de pauvre. De plus, recenser les êtres humains un par un équivaut à les diviser, à les voir chacun comme un individu séparé des autres hommes ses frères, tandis que le demi-sicle, extérieur à la personne, permet de maintenir le lien intrinsèque à la communauté humaine, chaque individu faisant partie du tout. Avec le demi-sicle, aucun homme ne saurait s’affirmer supérieur à son prochain car tous les hommes, créés à l’image de l’Eternel, sont nés égaux. Le roi David, voulant recenser les hommes valides pour son armée, néglige ce principe du demi-sicle rendant tous les hommes égaux face à la divinité. Il subit alors le châtiment de l’Eternel (II Samuel chapitre 24).

Par ailleurs, deux maîtres d’œuvre hébreux collaborent harmonieusement à l’édification du Tabernacle: Betsalel fils d’Ouri, issu de la prestigieuse Tribu de Juda (Exode 31: 2) et Oholiav fils d’Ahisamakh, issu de la plus petite Tribu, Dan (Exode 31: 6).

La rivalité historique et la division qui ont opposé Juda, quatrième fils de Léa, à Dan, fils de Bil’ah, servante de Rachel, les deux sœurs rivales, s’estompe totalement face à l’ampleur du projet de construire le Mishkan (Tabernacle du désert) pour l’Eternel. La notion de caste est totalement inconnue dans la pensée biblique car absolument contraire au principe d’Egalité prônée par l’ensemble du TaNaKh. L’Egalité commence en premier lieu au sein de la famille d’Israël avant de s’étendre à l’ensemble de l’Humanité.

 

.  Liberté

טז וְהַלֻּחֹת מַעֲשֵׂה אֱלֹהִים הֵמָּה וְהַמִּכְתָּב מִכְתַּב אֱלֹהִים הוּא חָרוּת עַל-הַלֻּחֹת (שמות לב: טז).ש

16 Et ces tables étaient l’ouvrage du Seigneur; et ces caractères, gravés sur les tables, étaient des caractères divins. (Exode 32: 16).

«אָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי… אוֹמֵר ‘וְהַלֻּחֹת מַעֲשֵׂה אֱלֹהִים הֵמָּה וְהַמִּכְתָּב מִכְתַּב אֱלֹהִים הוּא חָרוּת עַל הַלֻּחֹת’ (שמות לב: טז), אַל תִּקְרָא חָרוּת אֶלָּא חֵרוּת, שֶׁאֵין לְךָ בֶּן חוֹרִין אֶלָּא מִי שֶׁעוֹסֵק בְּתַלְמוּד תּוֹרָה»(פרקי אבות ו: ב).ש

«Le Sage Yehoshoua ben Levi enseigne…  ‘Et ces tables étaient l’ouvrage de Dieu; et ces caractères, gravés sur les tables, étaient des caractères divins.’ Ne lis point ‘gravé’  חָרוּת / ‘HaROuT mais ‘Liberté’  חֵרוּת/ HéROuT!» (Maximes des Pères 6: 2).

La Liberté n’est acquise que par la mise en application des règles éthiques établies par la Parole divine et connues par son étude désintéressée. Loin d’être dogmatique, la Parole divine est source de Liberté. C’est la raison pour laquelle de puissants empires interdiront l’étude de la Torah afin de détruire les germes subversifs d’une éventuelle Révolution spirituelle, politique et sociale.

. Fraternité

Moïse constitue un exemple édifiant de ce que peut être la notion de fraternité. Après l’édification du veau d’or, il plaide pour les Hébreux auprès de l’Eternel. Toutefois, alors qu’il n’a en rien participé au veau d’or ni aux festivités organisées en son honneur, il s’inclut avec tout le peuple des Hébreux et prend sur lui la responsabilité des actes irresponsables commis par ces derniers:

ט וַיֹּאמֶר אִם-נָא מָצָאתִי חֵן בְּעֵינֶיךָ אֲדֹנָי יֵלֶךְ-נָא אֲדֹנָי בְּקִרְבֵּנוּ  כִּי עַם-קְשֵׁה-עֹרֶף הוּא וְסָלַחְתָּ לַעֲוֺנֵנוּ וּלְחַטָּאתֵנוּ וּנְחַלְתָּנוּ. (שמות לד: ט).ש

9 et il dit: « Ah! si j’ai trouvé faveur à tes yeux, Seigneur, daigne marcher encore au milieu de nous! Oui, ce peuple est indocile, mais tu pardonneras notre iniquité et nos péchés et nous resterons ton héritage. » (Exode 34: 9)

L’Eternel tente même Moïse en lui promettant de devenir un nouvel Avraham, après la destruction de ce «peuple à la nuque raide», qui vient de commettre une faute impardonnable (Exode 32: 10). Or, Moïse refuse catégoriquement cette proposition tentante, sans hésiter, au nom de la réputation effroyable qui serait ainsi faite, par contrecoup, à l’Eternel, aux yeux des autres nations. Par son souci de préserver les Hébreux de la colère divine, par son souci de rester l’un d’entre les Hébreux, il mérite le titre de «berger»  רֹעֶה/Ro’eH, (Exode 3: 1). Moïse a pleinement conscience qu’accepter la proposition divine serait abandonner l’Alliance abrahamique (Genèse 12: 2). C’est pourquoi il est disposé, en son corps et âme, à voir son propre nom disparaître pour que le nom d’Israël subsiste à jamais:

לב וְעַתָּה אִם-תִּשָּׂא חַטָּאתָם וְאִם-אַיִן מְחֵנִי נָא מִסִּפְרְךָ אֲשֶׁר כָּתָבְתָּ. (שמות לב: לב).ש

32 et pourtant, si tu voulais pardonner à leur faute!… Sinon efface-moi du livre que tu as écrit. (Exode 32: 32).

Point de fraternité sans responsabilité. Point de responsabilité sans solidarité. « Nous sommes  tous responsables de tout et de tous devant tous»  dira Dostoievski. Le philosophe Emmanuel Levinas rajoutera « Et moi plus que tous les autres ».  Une union interne, un lien invisible unit tous les êtres humains. Répondre d’autrui, c’est permettre l’accomplissement de l’Alliance divine, à savoir pouvoir contribuer activement à la constitution d’une Famille humaine unie pour l’éternité. Il faut attendre, en France, la Révolution de Février 1848 pour que les notions de Fraternité et de solidarité soient intégrées à la nouvelle Constitution: «La République a pour principe la Liberté, l’Égalité et la Fraternité» (préambule, IV); «Les citoyens doivent concourir au bien-être commun en s’entraidant fraternellement les uns les autres» (préambule, VII).

Quelle Mitsvah englobe ces trois Principes ?

Le Jour du Shabbat, en tant que signe de l’Alliance, constitue en son Essence propre la Source suprême de L’Egalité,  de la Liberté et de la Fraternité:

טז וְשָׁמְרוּ בְנֵי-יִשְׂרָאֵל אֶת-הַשַּׁבָּת לַעֲשׂוֹת אֶת-הַשַּׁבָּת לְדֹרֹתָם בְּרִית עוֹלָם. יז בֵּינִי וּבֵין בְּנֵי יִשְׂרָאֵל אוֹת הִוא לְעֹלָם  כִּי-שֵׁשֶׁת יָמִים עָשָׂה יְהוָה אֶת-הַשָּׁמַיִם וְאֶת-הָאָרֶץ וּבַיּוֹם הַשְּׁבִיעִי שָׁבַת וַיִּנָּפַשׁ. (שמות לא: טז-יז).ש

16 Les enfants d’Israël seront donc fidèles au sabbat, en l’observant dans toutes leurs générations comme une Alliance immuable. 17 Entre moi et les enfants d’Israël c’est un signe perpétuel, attestant qu’en six jours, l’Éternel a fait les cieux et la terre, et que, le septième jour, il a mis fin à l’œuvre et s’est reposé.   (Exode 31: 16-17).

Le respect du Shabbat visant à offrir la Liberté à Israël développe l’idée de Liberté Fraternité source d’Egalité régnant entre les êtres humains:

ט וְיוֹם הַשְּׁבִיעִי שַׁבָּת לַיהוָה אֱלֹהֶיךָ  לֹא-תַעֲשֶׂה כָל-מְלָאכָה אַתָּה וּבִנְךָ וּבִתֶּךָ עַבְדְּךָ וַאֲמָתְךָ וּבְהֶמְתֶּךָ וְגֵרְךָ אֲשֶׁר בִּשְׁעָרֶיךָ. (שמות כ: ט; דברים ה: יג).ש

9 mais le septième jour est la trêve de l’Éternel ton Seigneur: tu n’y feras aucun travail, toi, ton fils ni ta fille, ton esclave mâle ou femelle, ton bétail, ni l’étranger qui est dans tes murs. (Exode 20: 9; Deutéronome 5: 13)

Les trois Principes d’Egalité, de Liberté et de Fraternité, loin encore d’être respectés par l’ensemble de l’Humanité, constituent pourtant le fondement de toute Nation aspirant à grandir et à s’épanouir pour le bonheur de tous!

La réalisation des Valeurs d’Egalité, de Liberté et de Fraternité est souvent le fruit d’un combat difficile visant à instaurer un monde plus juste. Ce n’est plus à l’Eternel de les dicter aux hommes (Exode 34:1) mais  à ces derniers de les graver sur les Tables futures de l’Histoire d’un monde enfin pacifié:

כז וַיֹּאמֶר יְהוָה אֶל-מֹשֶׁה כְּתָב-לְךָ אֶת-הַדְּבָרִים הָאֵלֶּה כִּי עַל-פִּי הַדְּבָרִים הָאֵלֶּה כָּרַתִּי אִתְּךָ בְּרִית וְאֶת-יִשְׂרָאֵל. (שמות לד: כז).ש

27 L’Éternel dit à Moïse: Consigne par écrit ces paroles; car c’est à ces conditions mêmes que j’ai conclu une Alliance avec toi et avec Israël. (Ex. 34: 27)

 

[1] Parashat Ki Tissa, Exode  30: 11- 34: 35

 

Shabbat shalom!

hebreubiblique@gmail.com

Avec toutes mes amitiés,

Haïm Ouizemann

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1 Response to Parashat Ki Tissa, Liberté, Égalité,  Fraternité, le devoir des Hommes

  1. Anwen dit :

    La Révolution Française c’est la Résurrection de la Femme.
    Dès que les Femmes s’aperçurent qu’une issue était possible pour sortir de leur servitude, elles travaillèrent avec ardeur à conquérir ce bienfait immense. Il y eut des héroïnes et des martyrs.
    C’était, en quelques sortes, l’antique Loi « HA-THORA » qui renaissait.
    Rappelons que la loi morale, formulée par Myriam, surnommée Ha-Thora, est la conséquence logique de la loi des sexes exposée dans le Sépher. Cette loi tant de fois séculaire, et vivante encore cependant, portait en elle le cachet de la Vérité absolue, comme toute l’œuvre de la grande inspirée. C’est ce qui lui a donné l’immortalité. Les œuvres de Vérité persistent malgré les difficultés, les dangers, les persécutions.
    La loi est appelée Thora (de iarah, qui signifie « il a proposé, enseigné », ou de thour, « il a exploré, scruté, recherché »).
    En Grèce, loi se disait Thesmos. Cérès, qui l’avait formulée, était appelée Thesmophora (de phoros, qui porte).
    La loi ordonnait le Bien, défendait le Mal, sans autre châtiment que la menace des maux qui, dans l’ordre naturel des choses, accompagnent la transgression, l’outrage à la raison. Dans la Thora, il n’est nullement question de Ciel et d’Enfer, aucun surnaturel ne s’y est glissé.
    Cette loi avait pour but d’unir l’homme et la femme par un lien moral, elle était appelée « pacte d’alliance ».
    C’est plus tard qu’on emploie le mot red-ligio, d’où religion, pour désigner cette alliance. De ce mot « pacte » on fera le mot grec diathékè que l’on a traduit par « Testament ».
    Pour que cette grande femme ait eu la pensée de formuler une « Loi » qui devait, à l’avenir, servir de base à la vie morale de l’homme, il a fallu qu’elle ait connu une époque de grand désordre, qu’elle en ait souffert et qu’elle ait été animée de cet immense amour du Bien qui nous domine quand nous avons franchi les voies suprêmes de la pensée, au delà desquelles brille l’éternelle et immuable Vérité.
    Mais la loi de Myriam ne nous est pas arrivée dans sa forme primitive, les textes qui nous restent ont été révisés par ceux qui ont introduit dans le monde le Dieu masculin, contre lequel les Déesses protestaient.
    Remettons la Divinité dans la forme qu’elle avait, en Israël, du temps de Myriam, et voici ce que le texte nous donne mot à mot :
    LES DIX COMMANDEMENTS
    1. Je suis Ihvah ta Déesse (la Mère universelle), qui t’ai retiré du pays d’Egypte, de la maison des esclaves ; non il sera à toi des dieux autres devant ma face ; non tu feras à toi des images sculptées et autres, ni aucune ressemblance des choses qui sont dans les cieux, ni d’en dessous de la terre ; non tu te prosterneras devant elles et non tu serviras elles, car je suis Hevah (ta Déesse) ardente, châtiant l’iniquité des pères sur les fils, sur les troisièmes et quatrièmes haïssant moi, et faisant miséricorde à des milliers aimant moi et gardant mes préceptes (1).
    2. Vous ne jurerez pas par le nom des dieux étrangers et ce nom ne sortira pas de votre bouche. Tu ne prononceras pas le nom de Hevah pour le mensonge. (Tu n’outrageras pas les dieux, fait-on dire à Ihaveh dans l’Exode, XXII, 28.)
    3. Rappelle-toi le jour du repos pour le sanctifier. Six jours tu travailleras et tu feras toute ton œuvre, le jour septième est le repos pour Hevah, ta Déesse. Non tu feras toute, aucune œuvre, toi et ton fils et ta fille, ton esclave et ta servante et ta bête et ton étranger, qui est dans tes portes, car en six jours (Jours solaires) a fait AElohim les cieux et la terre et la mer et tout ce qui est en eux et il s’est arrêté au jour le septième (la 7ème manifestation phénoménique qui fut la génération).
    Ce pourquoi Hevah a béni le jour du repos et l’a sanctifié (en en faisant le jour consacré à la Femme pour la génération ; c’est l’origine du sabbat).
    4. Honore ta Mère, afin que s’allongent tes jours sur la terre que Hevah est donnant à toi.
    5. Tu ne tueras pas.
    6. Non tu commettras adultère.
    7. Non tu déroberas.
    8. Non tu témoigneras contre ton prochain comme témoin de fausseté.
    9. Non tu convoiteras la maison de ton prochain, non tu convoiteras la femme de ton prochain et son esclave et sa servante et son bœuf et son âne.
    10. Et tout ce qui est à ton prochain.
    (1) Strabon, qui ne connaît Moïse que par les légendes de son époque, dit : « Moïse, qui fut un prêtre égyptien, enseigna que c’était une erreur monstrueuse de représenter la Divinité sous les formes des animaux ou sous les traits de l’homme. » C’est que longtemps il est resté dans les esprits que la Divinité, c’est la Déesse, et que c’est un sacrilège que de lui donner la forme de l’homme. C’est pour cela que les premiers dieux ressemblaient à des femmes, tel Apollon, Adonis, etc. Cette recommandation de ne pas faire d’images taillées vient de ce que Ramsès se faisait élever partout des statues. Son effigie fut multipliée follement à Thèbes et à Memphis.
    Lien : https://livresdefemmeslivresdeverites.blogspot.com/2017/07/histoire-des-israelites.html
    Cordialement.

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