Parashat VaYkra,  l’Alliance de Sel

Yam HaMela'h- La Mer de Sel

Yam HaMela’h- La Mer de Sel

Le livre VaYkra, l’un des plus ardus à la compréhension pour l’homme occidental, décrit de nombreux types de sacrifices (עוֹלָה Olah/Holocauste; שְׁלָמִים Shelamim/Pacifiques; מִנְחָה Min’hah/offrande végétale; חַטָּאת ‘Hatatt /délictif;  אָשָׁם Asham/de culpabilité). Malgré de nombreuses différences, il s’avère que le lien unissant les sacrifices (קָרְבָּנוֹת Korbanot) réside dans l’utilisation du sel מֶלַח /Mela’h entrant obligatoirement dans leur composition:

יג וְכָל-קָרְבַּן מִנְחָתְךָ בַּמֶּלַח תִּמְלָח וְלֹא תַשְׁבִּית מֶלַח בְּרִית אֱלֹהֶיךָ מֵעַל מִנְחָתֶךָ עַל כָּל-קָרְבָּנְךָ תַּקְרִיב מֶלַח. (ויקרא ב: יג).ש

13 Tout ce que tu présenteras comme oblation, tu le garniras de sel, et tu n’omettras point ce sel, signe d’Alliance avec ton Dieu, à côté de ton oblation: à toutes tes offrandes tu joindras du sel. (Lévitique 2: 13)[1]

Quel sens revêt l’utilisation de ce sel? Pourquoi la Tora insiste-t-elle tant sur la salinisation des sacrifices? L’Eternel aurait-t-Il besoin de sel pour recevoir le sacrifice de Ses créatures?

Deux Alliances font mention de sel: la première conclue avec la Tribu de Juda et le roi David:

ה הֲלֹא לָכֶם לָדַעַת כִּי יְהוָה אֱלֹהֵי יִשְׂרָאֵל נָתַן מַמְלָכָה לְדָוִיד עַל-יִשְׂרָאֵל לְעוֹלָם לוֹ וּלְבָנָיו בְּרִית מֶלַח. (דברי הימים ב, יג: ה). ש

5 Ne devriez-vous pas savoir que l’Eternel, le Seigneur d’Israël, a octroyé pour toujours à David la royauté sur Israël, à lui et à ses fils, en vertu d’une Alliance éternelle [littéralement: «de sel»]? (II Chroniques 13: 5)

La seconde, avec la Prêtrise:

יט כֹּל תְּרוּמֹת הַקֳּדָשִׁים אֲשֶׁר יָרִימוּ בְנֵי-יִשְׂרָאֵל לַיהוָה נָתַתִּי לְךָ וּלְבָנֶיךָ וְלִבְנֹתֶיךָ אִתְּךָ לְחָק-עוֹלָם  בְּרִית מֶלַח עוֹלָם הִוא לִפְנֵי יְהוָה לְךָ וּלְזַרְעֲךָ אִתָּךְ. (במדבר יח: יט).ש

19 Tous les prélèvements que les fils d’Israël ont à faire sur les choses saintes en l’honneur de l’Éternel, je te les accorde, ainsi qu’à tes fils et à tes filles, comme revenu perpétuel. C’est une Alliance de sel, éternelle, établie de par l’Éternel à ton profit et au profit de ta postérité. » (Nombres 18: 19)

Cette Alliance de sel symbolisant l’éternité est conclue à jamais avec les Kohanim (כֹּהֲנִים, prêtres) (בְּרִית כְּהֻנַּת עוֹלָם Brit Kehounat Olam, Nombres 25: 13), Alliance dont nul ne pourra s’emparer, que nul ne pourra même remplacer.  Kora’h (קֹרַח, Nombres, chapitres 16-17) échouera dans sa tentative de monopoliser la fonction de la prêtrise. Ces deux Alliances scellées par le sel s’avèrent être éternelles.

Cette double Alliance, conclue d’une part avec le pouvoir politique incarné par la royauté de David et d’autre part avec le pouvoir religieux des prêtres, ne serait-elle point élitiste?

Cependant, une troisième Alliance – בְּרִית קָרְבָּנוֹת Brit Korbanot, l’Alliance des sacrifices- conclue avec l’ensemble d’Israël ouvre, de fait, à chaque membre du peuple la possibilité de se rapprocher de l’Eternel (Lévitique 2: 13). Selon Na’hmanide[2], le sel symbolise à la fois le feu et l’eau, la mesure de justice et celle de bonté. Le sel, se caractérisant également par ses propriétés naturelles de conservation, symbolise la pérennité de l’Alliance conclue avec les fils d’Israël. Celle-ci ne saurait connaître aucune altération, à l’opposé du levain et du miel de fruits qui, interdits dans la composition des offrandes végétales (Lévitique 2: 4), symbolisent l’orgueil[3], l’impureté et la corruption morale.  Les fils d’Israël, encore soumis à l’emprise de l’idolâtrie vécue en Egypte, doivent se libérer des chaînes de l’esclavage intérieur. Le sel appliqué aux sacrifices constitue l’un des moyens leur permettant d’abandonner toute idée de culte étranger à celui de l’Eternel:

יא כָּל-הַמִּנְחָה אֲשֶׁר תַּקְרִיבוּ לַיהוָה לֹא תֵעָשֶׂה חָמֵץ כִּי כָל-שְׂאֹר וְכָל-דְּבַשׁ לֹא-תַקְטִירוּ מִמֶּנּוּ אִשֶּׁה לַיהוָה. (ויקרא ב: יא).ש

11 Quelque oblation que vous offriez à l’Éternel, qu’elle ne soit pas fermentée; car nulle espèce de levain ni de miel ne doit fumer, comme combustion, en l’honneur de l’Éternel. (Lévitique 2: 11)

Ainsi, l’application du sel sur le sacrifice vise essentiellement à séparer les fils d’Israël des autres nations en leur enseignant à se départir des pratiques païennes: «…puisque les idolâtres n’offraient le pain que fermenté, qu’ils offraient fréquemment des choses douces et mêlaient du miel dans leurs offrandes »[4].    Le sel marque l’indépendance spirituelle d’Israël. Cette notion d’indépendance spirituelle n’est point absente de la pensée et de l’action du Mahatma[5] Gandhi qui, lors de la «Marche du Sel» entamée le 12 mars 1930, vaincra la puissance colonisatrice britannique par sa puissance spirituelle. Gandhi brise le monopole de la taxe sur le sel imposée aux Indiens, y compris les plus démunis,  en les encourageant à le récolter par eux-mêmes.

Le sel, à l’image de l’eau et du feu, possède un aspect positif, car il permet de conserver les aliments, mais aussi négatif, car rien ne peut pousser dans un terrain salé:

מה וַאֲבִימֶלֶךְ נִלְחָם בָּעִיר כֹּל הַיּוֹם הַהוּא וַיִּלְכֹּד אֶת-הָעִיר וְאֶת-הָעָם אֲשֶׁר-בָּהּ הָרָג וַיִּתֹּץ אֶת-הָעִיר וַיִּזְרָעֶהָ מֶלַח.(שופטים ט: מה). ש

45 Le reste de ce jour, Avimélekh donna l’assaut à la ville [Shekem] , s’en rendit maître, en massacra la population, puis il rasa la ville et y sema du sel. (Juges 9: 45)

Avimelekh ben Guyd’on (Gédéon) décide de rendre stérile la terre des fils de Shekhem, qui n’ont pas su rester fidèles à l’alliance conclue avec lui (Juges 9: 23) en vertu de leur promesse initiale (Juges 9: 3). De la même manière, tout abandon de l’Alliance par Israël conduit l’Eternel à brûler la terre promise au moyen de sel:

כא וְאָמַר הַדּוֹר הָאַחֲרוֹן בְּנֵיכֶם אֲשֶׁר יָקוּמוּ מֵאַחֲרֵיכֶם וְהַנָּכְרִי אֲשֶׁר יָבֹא מֵאֶרֶץ רְחוֹקָה וְרָאוּ אֶת-מַכּוֹת הָאָרֶץ הַהִוא וְאֶת-תַּחֲלֻאֶיהָ אֲשֶׁר-חִלָּה יְהוָה בָּהּ. כב גָּפְרִית וָמֶלַח שְׂרֵפָה כָל-אַרְצָהּ לֹא תִזָּרַע וְלֹא תַצְמִחַ וְלֹא-יַעֲלֶה בָהּ כָּל-עֵשֶׂב  כְּמַהְפֵּכַת סְדֹם וַעֲמֹרָה אַדְמָה וּצְבֹיִים אֲשֶׁר הָפַךְ יְהוָה בְּאַפּוֹ וּבַחֲמָתוֹ. כג וְאָמְרוּ כָּל-הַגּוֹיִם עַל מֶה עָשָׂה יְהוָה כָּכָה לָאָרֶץ הַזֹּאת מֶה חֳרִי הָאַף הַגָּדוֹל הַזֶּה. כד וְאָמְרוּ עַל אֲשֶׁר עָזְבוּ אֶת-בְּרִית יְהוָה אֱלֹהֵי אֲבֹתָם  אֲשֶׁר כָּרַת עִמָּם בְּהוֹצִיאוֹ אֹתָם מֵאֶרֶץ מִצְרָיִם. כה וַיֵּלְכוּ וַיַּעַבְדוּ אֱלֹהִים אֲחֵרִים וַיִּשְׁתַּחֲווּ לָהֶם אֱלֹהִים אֲשֶׁר לֹא-יְדָעוּם וְלֹא חָלַק לָהֶם. (דברים כט: כא-כה).ש

21 Alors, quand les générations futures, vos descendants qui naîtront plus tard, et l’étranger venu d’une contrée lointaine, observeront les plaies de ce pays-là et les calamités dont le Seigneur l’aura affligé: 22 terre de soufre et de sel, partout calcinée, inculte et improductive, impuissante à faire pousser une herbe; ruinée comme Sodome et Gomorrhe, Adma et Séboïm, que l’Éternel bouleversa dans sa colère et dans son courroux; 23 et quand ils diront, tous ces peuples: « A quel propos l’Éternel a-t-il ainsi traité ce pays? Pourquoi s’est allumée cette grande colère? » 24 On répondra: « Parce qu’ils ont abandonné l’alliance de l’Éternel, Dieu de leurs pères, l’alliance qu’il avait contractée avec eux, après les avoir fait sortir du pays d’Egypte; 25 parce qu’ils sont allés servir des divinités étrangères et se prosterner devant elles, des divinités qu’ils ne connaissaient point et qu’ils n’avaient pas reçues en partage. (Deutéronome 29: 21-25).

Autrement dit, la présence de sel rappelle à Israël que seule l’intention mise dans le sacrifice détient le pouvoir de pérenniser l’Alliance ou d’en menacer les conditions. Comment le prophète Elisha (Elisée) aurait-il pu transformer les eaux mauvaises en eau potable par le simple recours au sel?

יט וַיֹּאמְרוּ אַנְשֵׁי הָעִיר אֶל-אֱלִישָׁע הִנֵּה-נָא מוֹשַׁב הָעִיר טוֹב כַּאֲשֶׁר אֲדֹנִי רֹאֶה וְהַמַּיִם רָעִים וְהָאָרֶץ מְשַׁכָּלֶת. כ וַיֹּאמֶר קְחוּ-לִי צְלֹחִית חֲדָשָׁה, וְשִׂימוּ שָׁם מֶלַח וַיִּקְחוּ אֵלָיו.  כא וַיֵּצֵא אֶל-מוֹצָא הַמַּיִם וַיַּשְׁלֶךְ-שָׁם מֶלַח וַיֹּאמֶר כֹּה-אָמַר יְהוָה רִפִּאתִי לַמַּיִם הָאֵלֶּה לֹא-יִהְיֶה מִשָּׁם עוֹד מָוֶת וּמְשַׁכָּלֶת. כב וַיֵּרָפוּ הַמַּיִם עַד הַיּוֹם הַזֶּה כִּדְבַר אֱלִישָׁע אֲשֶׁר דִּבֵּר. (מלכים ב, יט: כב).ש

19 Or, les habitants de Jéricho dirent à Elisée: « Le séjour de cette ville est agréable, comme mon seigneur le voit; mais l’eau y est malsaine et le sol meurtrier. » 20 Il répondit: « Apportez-moi une cruche neuve que vous remplirez de sel; » et on la lui apporta. 21 Il alla vers la source d’où venait l’eau et y jeta le sel en disant: « Telle est la parole de l’Eternel: Je vais rendre ces eaux salubres, et elles ne causeront plus ni mort ni ravages. » 22 Les eaux devinrent salubres, jusqu’au jour présent, selon la prédiction faite par Elisée. (II rois 2: 19- 22).

C’est l’amour et la compassion présents dans la Parole de l’Eternel prononcée au verset 21 qui vont permettre à Elisha de sauver son peuple et non point le sel. Effectivement, l’Eternel a fait preuve de compassion après que les habitants de Jéricho aient témoigné de leur obéissance à la parole de son prophète en apportant la cruche neuve remplie de sel qu’il avait demandée.  Le terme מֶלַח MeLa‘H/ Sel  a pour anagramme ‘HaMaL ח.מ.ל., racine verbale signifiant «compatir à la souffrance de son prochain».

L’Alliance divine avec Israël atteint sa pleine expression dès lors qu’Israël se montre fidèle à la Parole de l’Eternel en reconnaissant ses fautes, ses égarements et sa volonté sincère de purification.

Il ne tient qu’à l’Homme de transformer le sel brûlant et destructeur en un sel fécondant! C’est le sens de l’Alliance du Sel.  En effet, l’Eternel ne désire point le sacrifice animal de l’homme mais son cœur:

כב וַיֹּאמֶר שְׁמוּאֵל הַחֵפֶץ לַיהוָה בְּעֹלוֹת וּזְבָחִים כִּשְׁמֹעַ בְּקוֹל יְהוָה הִנֵּה שְׁמֹעַ מִזֶּבַח טוֹב לְהַקְשִׁיב מֵחֵלֶב אֵילִים. (שמואל א, טו: כב).ש

22 Samuel répondit « Des holocaustes, des sacrifices ont-ils autant de prix aux yeux de l’Eternel que l’obéissance à la voix divine? Ah! L’obéissance vaut mieux qu’un sacrifice, et la soumission que la graisse des béliers! (I Samuel 15: 22)

 

[1] Parashat VaYkra, Lévitique 1:1 – 5: 26

[2] Na’hmanide, sur le verset Lévitique 2: 13.

[3] Sefer Ha’Hinoukh, Mitsva 117

[4] Moïse Maïmonide, le Guides des Egarés, collection « les dix Paroles », Verdier p. 578-579

[5] «La grande âme» en sanskrit.

 

Shabbat shalom!

hebreubiblique@gmail.com

Avec toutes mes amitiés,

Haïm Ouizemann

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2 Responses to Parashat VaYkra,  l’Alliance de Sel

  1. Cathou dit :

    le sel: substance salée ou amère. Esprit piquant, finesse, stimulant.
    Le sel désinfecte, conserve et tué.
    Indispensable à la vie, il est taxé très tôt dans l’histoire de l’humanité. Il va donner les mots: salade,sauce, saucisse, saugrenu, saupoudrer et aussi sałaire.

    Jésus-Christ dit: « vous êtes le sel de la terre » : vous êtes la force spirituelle de la terre.

  2. bon saint come Annie dit :

    seul l’esprit compte et non la lettre

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