Parashat Shelakh Lekha, Hébron, à la source de l’Alliance

Hébron, peinture de Baroukh Nachshon

Hébron, peinture de Baroukh Nachshon

Pressé par les douze princes d’Israël, Moïse consent, malgré une hésitation certaine, à les envoyer explorer la terre de Canaan. Seuls deux d’entre eux, Caleb ben Yéfounéh et Yéhoshoua bin Noun resteront positifs et encourageront les fils d’Israël à franchir le Jourdain pour s’installer sur la terre promise aux Patriarches Avraham, Its’hak et Yaakov. Caleb, issu de la tribu de Juda, ne reste point indifférent face à la calomnie des princes d’Israël exprimée à l’encontre d’Erets Israël.  Ainsi, réagissant sans ambages ni hésitation, mû par un élan intérieur d’amour pour Erets Israël et une confiance inébranlable en la Parole divine, Caleb obtient le silence et l’écoute du peuple, et fait entendre une autre voix, celle qui met sa confiance absolue dans la Parole divine ayant son origine dans la grandeur salvatrice de l’Alliance conclue avec les Patriarches:

ל וַיַּהַס כָּלֵב אֶת-הָעָם אֶל-מֹשֶׁה וַיֹּאמֶר עָלֹה נַעֲלֶה וְיָרַשְׁנוּ אֹתָהּ כִּי-יָכוֹל נוּכַל לָהּ. (במדבר יג: ל).ש

30 Caleb fit taire le peuple soulevé contre Moïse, et dit: « Montons, montons-y et prenons-en possession, car certes nous en serons vainqueurs! » (Nombres 13: 30)[1] [2]

Quel peut être le secret de  Caleb qui encourage ainsi son peuple à monter en Israël sans avoir à craindre ni l’hostilité des nations environnantes et ni leurs menaces de destruction, pas plus que leur force apparente?

כב וַיַּעֲלוּ בַנֶּגֶב וַיָּבֹא עַד-חֶבְרוֹן וְשָׁם אֲחִימַן שֵׁשַׁי וְתַלְמַי יְלִידֵי הָעֲנָק וְחֶבְרוֹן שֶׁבַע שָׁנִים נִבְנְתָה לִפְנֵי צֹעַן מִצְרָיִם. (במדבר יג: כב).ש

22 Ils (Les douze explorateurs) montèrent du côté du Sud, et il arriva jusqu’à Hébron, où demeuraient Ahimân, Chêchaï et Talmaï, descendants d’Anak. Hébron avait été bâtie sept ans avant Tanis d’Egypte. (Nombres 13: 22).

Le commentateur Rashi remarque, à la suite des Sages du Talmud, que le verbe «וַיָּבֹא et il arriva» est conjugué au singulier. Comment la source biblique est-elle passée du pluriel -« וַיַּעֲלוּ Ils montèrent»- au singulier? Il semblerait que, alors que douze explorateurs partent du camp des Hébreux, un seul parvient à Hébron:

«כָּלֵב לְבַדּוֹ הָלַךְ שָׁם וְנִשְׁתַּטַּח עַל קִבְרֵי אָבוֹת, שֶׁלֹּא יְהֵא נִסַּת לַחֲבֵרָיו לִהְיוֹת בַּעֲצָתָם» (סוטה לד).ש

«Seul Caleb y est allé, et il s’est prosterné devant les tombes des Patriarches, afin de ne pas se laisser entraîner dans le complot fomenté par ses compagnons.» (Talmud de Babylone, Traité Sota, 34).

Pourquoi Caleb ben Yéfounéh aurait-il tenu à se rendre à Hébron?

Hébron s’avère être le lieu où l’Alliance entre l’Eternel et le Patriarche Abraham et sa descendance a été établie. Le Patriarche Avraham y installe sa tente:

יח וַיֶּאֱהַל אַבְרָם וַיָּבֹא וַיֵּשֶׁב בְּאֵלֹנֵי מַמְרֵא אֲשֶׁר בְּחֶבְרוֹן וַיִּבֶן-שָׁם מִזְבֵּחַ לַיהוָה.  (בראשית יג: יח).ש

18 Abram alla dresser sa tente et établir sa demeure dans les plaines de Mamré, qui sont en Hébron; et il y éleva un autel à l’Eternel. (Genèse 13: 18).

Or, juste après l’épisode du partage de la terre entre Avraham et Lot, l’Eternel s’adresse à Avraham et lui propose de  parcourir tout Erets Canaan en lui signifiant que l’accord qu’il vient de conclure avec son neveu Lot ne met nullement en péril l’Alliance et la promesse divine du don de la terre:

יד וַיהוָה אָמַר אֶל-אַבְרָם אַחֲרֵי הִפָּרֶד-לוֹט מֵעִמּוֹ שָׂא נָא עֵינֶיךָ וּרְאֵה מִן-הַמָּקוֹם אֲשֶׁר-אַתָּה שָׁם–צָפֹנָה וָנֶגְבָּה וָקֵדְמָה וָיָמָּה. טו כִּי אֶת-כָּל-הָאָרֶץ אֲשֶׁר-אַתָּה רֹאֶה לְךָ אֶתְּנֶנָּה וּלְזַרְעֲךָ עַד-עוֹלָם…  יז קוּם הִתְהַלֵּךְ בָּאָרֶץ לְאָרְכָּהּ וּלְרָחְבָּהּ  כִּי לְךָ אֶתְּנֶנָּה.(בראשית יג: יד-טו; יז)ש

14 L’Éternel dit à Abram, après que Loth se fut séparé de lui: « Lève les yeux et du point où tu es placé, promène tes regards au nord, au midi, à l’orient et à l’occident: 15 Eh bien! tout le pays que tu aperçois, je le donne à toi et à ta descendance à perpétuité… 17 Lève-toi! parcours cette contrée en long et en large! car c’est à toi que je la destine. » (Genèse 13: 14-15;17)

Effectivement, si la terre promise aux Patriarches est abandonnée momentanément, soit par un «accord de paix» comme entre Avraham et Lot, soit par la famine sévissant en Canaan qui contraint le Patriarche Avraham  à quitter le Pays, la pérennité de l’Alliance et du don de la terre reste absolument inébranlable et inaltérable.  Ainsi, dès que la famine disparaît, Avraham revient en Erets Israël (Genèse 13: 1). A la vérité, Avraham étant né en terre étrangère, passera le restant de ses jours en Erets Israël. Its’hak son fils naît, se développe et meurt en Israël, et à aucun moment ne quitte le Pays (Genèse 25: 1-6). C’est le premier «Sabra» de l’histoire. Quant à Yaakov, abandonnant contre son gré Erets Israël, il s’adressera en Egypte à son fils Yoseph afin que ses ossements soient déposés dans le caveau de ses Pères à Hébron (Genèse 47: 28-31; 50: 12-13).

Caleb ben Yéfounéh prend conscience que son droit légitime à la terre d’Israël ne peut se fonder sans référence au mérite d’Abraham, d’Its’hak et de Yaakov ainsi que de leurs épouses respectives Sarah, Rivkah et Léa[3] dont les dépouilles furent toutes déposées dans le caveau de la Makhpéla à Hébron (Genèse 23: 17-20).  Le premier ministre israélien Mena’hem Begin prononcera ces paroles qui, aujourd’hui, ornent  l’entrée du Centre portant son nom, rappelant ce mérite historique et inviolable:

«אֶרֶץ יִשׂרָאֵל לֹא בִּזְכוּת הַכּוֹחַ, אֶלָא בְּכוֹחַ הַזְּכוּת»

« Erets Israël [ne s’acquiert point] par le mérite de la force mais par la force du mérite ».

C’est ainsi que Caleb et plus tard David, tous deux issus de la tribu de Yéhoudah,  reçoivent la cité de Hébron comme héritage. Alors que le premier s’y installe dès l’entrée en terre promise (Josué 14: 13-14) le second, quant à lui, y établit sa royauté pour une durée de sept ans, avant de terminer son règne à Jérusalem (I Rois 2: 11).

L’Alyah – la Montée en Israël- demeure la meilleure des réponses à l’antisémitisme sévissant ça et là dans le monde, pendant deux mille ans d’exil et d’aliénation autant physique que spirituelle, et ouvre au renouvellement de l’épanouissement de l’identité hébraïque:

עָלֹה נַעֲלֶה וְיָרַשְׁנוּ אֹתָהּ כִּי-יָכוֹל נוּכַל, לָהּ. (במדבר יג: ל).ש

« Montons, montons-y et prenons-en possession, car certes nous en serons vainqueurs! » (Nombres 13: 30).

 

[1] Cf. également Zacharie 2: 17; Amos 6: 10.

[2] Parashat Shelakh Lekha, Nombres 13: 1- 15: 41

[3]  Le tombeau de la Matriarche Rachel se trouve à Beth-Le’hem.

 

Shabbat shalom !

hebreubiblique@gmail.com

Avec toutes mes amitiés,

Haïm Ouizemann

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3 Responses to Parashat Shelakh Lekha, Hébron, à la source de l’Alliance

  1. cathou dit :

    Ce passage biblique « Moïse envoie des espions en Canaan » nombre 13 est très intéressant, il préfigure la chute d’Israël.
    En effet Dieu donne la terre à tous les humains, et les Hébreux ont pour mission de s’intégrer sur une terre, au milieu de ses habitants. Ils n’ont pas pour mission d’exterminer, de chasser ou de soumettre les habitants déjà présents.
    Or les Chefs des Tribus ont accompli leur mission avec l’idée de voir s’il est possible de « soumettre » les habitants, pas avec l’idée de s’intégrer.

    La Bible donne là une grande leçon, parce que suite au refus du peuple, ce peuple va rester dans le désert.
    Le peuple va devoir se mettre nu, quitter ses habitudes égyptiennes, le peuple va devoir apprendre l’humilité pour pouvoir non pas soumettre Canaan, mais s’intégrer à Canaan.
    On remarquera que si Moïse s’est mis à nu dans le désert, si les sages ont fait de même, le peuple n’a pas encore suivi le même parcours, Or le peuple doit passer par l’étape du désert aussi, va aussi devoir apprendre l’humilité, se dépouiller des acquis.

    Le récit biblique que l’on connait aujourd’hui, se présente sous la forme de 5 rouleaux bien distincts. Autrefois ces récits n’étaient pas « enfermés » dans un rouleau. Le récit biblique offre donc 2 possibilités de lire le texte:
    -soit on l’isole sur la seule histoire des Hébreux. Dans ce cas il isole les juifs sur eux seuls.
    -soit on le remet dans le contexte des autres peuples de l’époque. dans ce cas il met les juifs au milieu des autres peuples.

    Il est très intéressant de voir de près les « exils » successifs, et les « retours » successifs, et on remarque que les Israélites qui quittent Canaan ne sont jamais si nombreux, Plus nombreux sont ceux qui restent;
    mais … fait curieux, ceux qui « reviennent » ne prennent jamais en considération ceux qui sont restés. et l’histoire se renouvèle jusqu’à nos jours. ….
    En effet qui a écouté les juifs palestiniens, restés ou présents au pays depuis des siècles????
    Qui a suivi leurs conseils???
    Ils sont pleinement intégrés à cette terre, ils savent comment vivre en paix sur cette terre, et aucun « nouveau » ne veut écouter, ne veut voir, ne veut comprendre.

    Alors, cette petite constatation me ramène dans mon petit village de France. Lorsque nous sommes arrivés dans ce village de 104 habitants très exactement, nous avions l’impression d’arrivé dans un lieu vide, désertique où tout était à faire. C’est l’impression que tous les nouveaux arrivants ont. Nous avons très vite compris que cette impression était un leurre.
    Même avec peu d’habitants le village était ancré dans son histoire, dans son patrimoine qu’on ne pouvait pas méprisés. Celui qui ne prend pas le temps de connaître, d’apprendre les « anciens » ne reste pas au village, il devient intrus au village qui le rejette.

    Ainsi est la terre!! Il faut apprendre à la connaître, à connaître ses « anciens », qui eux sont là depuis bien longtemps, ont vécu bien des choses au fil du temps; il faut apprendre à respecter ce savoir avant de pouvoir prétendre s’approprier quoique se soit. Sinon la terre vous rejette.

  2. cathou dit :

    J’ajouterai, pour compléter ma réponse, que dans mon village, les enfants des anciens qui ont quitté le village, reviennent tous frétillants, chez eux. Le village ne les connaît plus, parce que le village a continué sa vie indépendamment d’eux. S’ils ne font pas, comme les nouveaux, le même cheminement, ils sont rejetés par le village.

    En effet de nombreux descendants d’Abraham habitent Canaan, n’ont jamais quitté Canaan.
    Mais les Hébreux sortis d’Égypte n’ont pas le sentiment de rentrer chez eux, et ils ont raison.
    Après une longue absence, lorsque l’on rentre chez soi, il faut se dépouiller et ré apprendre les codes, les usages. ce que vont oublier, régulièrement, les Israélites.

  3. Anwen dit :

    Bonjour,
    Permettez quelques mots et un lien pour une lecture historique claire.
    L’histoire que nous allons relater maintenant est l’événement le plus extraordinaire qui se soit produit pendant le cours de l’évolution humaine.
    Et ce n’est pas un fait circonscrit dans un temps donné, limité à une période de l’histoire, spécial à un peuple, c’est la conséquence inéluctable du rayonnement d’un cerveau, surgi dans un passé lointain, qui a grandi dans le temps et a eu un retentissement immense dans la vie des générations qui se sont succédé à la surface de notre planète. Les conséquences morales, sociales, religieuses qu’il a eues dans le passé, sont la cause de nos luttes actuelles. Et cela prouve l’inconcevable puissance que contient l’idée, quand un germe jeté dans le monde y est fécondé par la lutte des hommes.
    Nous allons voir un livre, le Sêpher, dont nous ne connaissons plus qu’une partie, mais qui, dans sa rédaction originelle, ne devait pas dépasser l’importance d’un in-8° moderne de 150 à 200 pages, arriver à une fortune si extraordinaire que la moitié de l’humanité connaît aujourd’hui l’existence de cet ouvrage séculaire par la version grecque qui en a été faite et qu’on a appelée la Bible.
    D’où vient le succès de ce livre ? Quelle fut la cause du grand mouvement qu’il suscita ? Comment les idées déposées en ces pages ont-elles soulevé tant de discussions, fait naître des passions si diverses ? Pourquoi ont-elles traversé les âges, pénétré en tant de pays, régi tant de peuples, servi de bases aux religions les plus répandues, en même temps que ces mêmes idées, dans leur forme première, étaient soigneusement cachées dans le symbolisme des sociétés secrètes ?
    C’est ce que nous allons étudier.
    Nous allons soulever le voile des antiques Mystères, créer une exégèse nouvelle (mais sûre), effrayer les timorés ! Peut-être, provoquer la négation des sceptiques ! Sûrement, soulever des colères en même temps que des enthousiasmes ! Sans doute, mais qu’importe ? L’erreur a trop longtemps duré, l’heure est venue de tout dire, et nous sommes assurées d’intéresser, dans tous les cas, le public intelligent qui, sans se mêler aux luttes religieuses, regarde en curieux les choses qui passent.
    Suite : https://livresdefemmeslivresdeverites.blogspot.com/2017/07/histoire-des-israelites.html

    À propos d’Hébron « à la source de l’alliance » :
    David (Daud) fut la plus grande figure de l’histoire d’Israël, la plus haute expression de la puissance morale de la femme, le plus beau caractère, la plus haute intelligence, mais aussi la plus douloureuse, des martyres.
    Elle fut proclamée Soffet à l’unanimité vers 1050. Elle avait alors 30 ans, une beauté éclatante et une grande renommée.
    Tous les défenseurs du droit et de la justice, c’est-à-dire de l’ancien régime, se mirent ouvertement avec elle ; elle était surtout défendue par les écoles de prophètes de Rama. Les tribus vinrent lui faire soumission à Hébron, disant : « Nous sommes tes os et ta chair », manière de dire : nous sommes du même sexe.
    David fut, à partir de ce moment, inviolable et sacrée.
    Hébron qui était une grande ville devint la capitale d’Israël. David continua d’y résider encore 5 ans 1/2 et y vit naître sa famille. C’est après ce temps qu’elle fonda Jérusalem.
    Cordialement.

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