Parashat Houkat, A la Source de Vie

Nahal David (Ein Guedi)

Nahal David (Ein Guedi)

Dans cette péricope, deux animaux: la vache et le serpent jouent un rôle non négligeable. Dans les deux cas, se cache le mystère de leur pouvoir respectif, celui de rendre, si l’on s’en tient à une lecture littérale, la pureté et la vie.

Un homme rendu impur au contact de la mort (Nombres 19: 11) sera purifié au moyen des cendres de la vache rousse.

יז וְלָקְחוּ לַטָּמֵא מֵעֲפַר שְׂרֵפַת הַחַטָּאת וְנָתַן עָלָיו מַיִם חַיִּים אֶל-כֶּלִי. יח וְלָקַח אֵזוֹב וְטָבַל בַּמַּיִם אִישׁ טָהוֹר וְהִזָּה עַל-הָאֹהֶל וְעַל-כָּל-הַכֵּלִים וְעַל-הַנְּפָשׁוֹת אֲשֶׁר הָיוּ-שָׁם וְעַל-הַנֹּגֵעַ בַּעֶצֶם אוֹ בֶחָלָל אוֹ בַמֵּת אוֹ בַקָּבֶר. (במדבר יט: יז-יח).ש

17 Pour purifier l’impur, on prendra des cendres [de la Vache rousse] provenant de la combustion du purificatoire, auxquelles on mêlera de l’eau vive dans un vase. 18 Et un homme pur prendra de l’hysope, la trempera dans l’eau et aspergera la tente, ainsi que tous les vases et les personnes qui s’y trouvaient; pareillement, celui qui aurait touché à l’ossement, à l’homme tué ou mort naturellement, ou au sépulcre. (Nombres 19: 17-18)[1]

Comment les cendres d’une vache pourrait-elle  détenir la faculté de purifier l’impur? Se pourrait-il que la Torah d’Israël fasse état d’une cérémonie rappelant une pratique  idolâtre?

Par ailleurs, non seulement les enfants d’Israël pleurent sur leur sort et se plaignent de manquer de pain et d’eau (Nombres 21: 5), mais encore ils remettent en cause l’autorité de Moïse, lui qui pourtant les a libérés de l’esclavage d’Egypte (Nombres 21: 9). Pourtant, les Hébreux viennent de passer près de quarante ans dans le désert!  Aussi, sans plus d’explications, des serpents viennent immédiatement mordre les Hébreux récalcitrants à mort. Ce n’est qu’au vu de leur repentance (Nombres 21: 7) que l’Eternel procurera un remède  homéopathique au mal nouveau: un serpent d’airain.

ח וַיֹּאמֶר יְהוָה אֶל-מֹשֶׁה עֲשֵׂה לְךָ שָׂרָף וְשִׂים אֹתוֹ, עַל-נֵס וְהָיָה כָּל-הַנָּשׁוּךְ וְרָאָה אֹתוֹ וָחָי. ט וַיַּעַשׂ מֹשֶׁה נְחַשׁ נְחֹשֶׁת וַיְשִׂמֵהוּ עַל-הַנֵּס וְהָיָה אִם-נָשַׁךְ הַנָּחָשׁ אֶת-אִישׁ וְהִבִּיט אֶל-נְחַשׁ הַנְּחֹשֶׁת וָחָי. (במדבר כא: ח-ט).ש

8 L’Éternel dit à Moïse: « Fais toi-même un serpent et place-le au haut d’une perche: quiconque aura été mordu, qu’il le regarde et il vivra! » 9 Et Moïse fit un serpent d’airain, le fixa sur une perche; et alors, si quelqu’un était mordu par un serpent, il levait les yeux vers le serpent d’airain avait la vie sauve. (Nombres 21: 8-9).

En d’autres termes, la vache rousse et le serpent d’airain rappelant le bâton d’Asclépios (Caducée) détiendraient-ils une puissance magique qui leur serait particulière et intrinsèque? Cette question est celle-là même que se posent les Sages d’Israël:

«וְכִי נָחָשׁ מֵמִית, אוֹ נָחָשׁ מְחַיֶּה? אֶלָּא, בִּזְמַן שֶׁיִּשְׂרָאֵל מִסְתַּכְּלִין כְּלַפֵּי מַעְלָה וּמְשַׁעְבְּדִין אֶת לִבָּם לַאֲבִיהֶן שֶׁבַּשָּׁמַיִם, הָיוּ מִתְרַפְּאִים, וְאִם לָאו, הָיוּ נִמּוֹקִים.» (תלמוד בבלי, ראש השנה ג: ח).ש

«Le serpent tue-t-il ou fait-il vivre? Cependant, toutes les fois où les fils Israël portent leur regard vers les hauteurs et soumettent leur cœur à leur Père qui est dans les Cieux, alors, ils obtiennent la guérison, sinon ils dépérissent.» (Talmud de Babylone, Traité Rosh HaShana 3: 8).

Cet épisode du serpent d’airain rappelle celui du serpent du gan Eden. En effet, ce serpent primordial avait utilisé la calomnie et la ruse pour arriver à faire tomber l’Humanité et la détourner de l’Eternel (Genèse 3: 1-5) par manque de אֱמוּנָה de foi, ou plutôt par son détournement au profit du serpent. De même,  les serpents brûlants attaquent les Hébreux, comme pour leur rappeler le serpent primordial, après qu’ils aient calomnié la manne et indirectement Erets Israël en prétendant que leur destin est de mourir dans le désert (Nombres 21: 5), tout autant par manque de foi אֱמוּנָה, ou plutôt par son détournement au profit des calomniateurs.  Autrement dit, les Hébreux ont détourné leur regard de leur Créateur, de la même manière qu’Adam lui-même.

Par ailleurs, cet épisode ressemble fort également à celui où Moïse levant les bras (Exode 17: 11-12) offrait la victoire aux Hébreux contre Amaleq. La victoire n’est point obtenue par la force armée mais par la confiance אֱמוּנָה Emounah mise en l’Eternel. En effet, le texte hébreu ne dit pas: «Moïse avait les bras levés» mais: «il les avait אֱמוּנָה – foi» L’on rapporte dans la Tradition orale, l’histoire du Sage Rabbi Hanina ben Dossa qui, s’adressant à ses disciples, leur enseigne:

 ש«אֵין עָרוֹד מֵמִית אֶלָא הַחֵטְא מֵמִית».ש

 «Ce n’est point la vipère qui tue mais le péché».

Alors, les disciples de Rabbi Hanina ben Dossa répliquent:

ש«אוֹי לוֹ לָאָדָם שֶׁפָּגַע בּוֹ עֲרוֹד וְאוֹי לוֹ לַעֲרוֹד שֶׁפָּגַע בּוֹ רַבִּי חַנִּינָא בֶּן דּוֹסָא.» (בבלי, ברכות לג ע »א)ש

 «Malheur à l’homme atteint  par une vipère et malheur à la vipère qui a touché Rabbi Hanina ben Dossa»[2].

En somme, Israël détient le pouvoir de vaincre la mort en conservant son intégrité morale et sa fidèle adhésion à l’Alliance de l’Eternel.

Le serpent et la vache renvoient respectivement aux deux grandes fautes de l’Humanité. La première, nous l’avons vu, est celle d’Adam se soumettant à la volonté du serpent primordial – sa voix intérieure l’encourageant à pencher vers le mal- et la seconde, celle des Hébreux qui en, édifiant le veau d’or, provoquent la brisure des Tables de l’Alliance. Ces deux fautes introduisent la mort et la chute de l’Homme dans le Monde. La réparation reste, toutefois, toujours possible. Ainsi, au sujet de la vache rousse, Rabbi Yo’hanan ben Zakkaï répond à ses disciples venus l’interroger sur le mystère du pouvoir de purification de cette dernière:

ש«אָמַר לָהֶם: חַיֵּיכֶם, לֹא הַמֵּת מְטַמֵּא, וְלֹא הַמַּיִּם מְטַהֲרִין, אֶלָא אָמַר הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא: חוּקָה חָקַקְתִּי, גְּזֵירָה גָּזַרְתִּי, אִי אַתָּה רָשָׁאי לַעֲבוֹר עַל גְּזֵירָתִּי, דִּכְתִּיב: זֹאת חוּקֵּת הַתּוֹרָה» (במדבר רבה, פרשה יט). ש

«Il leur dit: par votre vie, ce n’est point  celui qui est mort qui rend impur, ce ne sont point les eaux qui rendent pur, mais le Saint Béni soit- Il a dit: ‘J’ai ordonné une Loi, J’ai décrété un décret, tu n’es pas autorisé à outrepasser à mon décret comme l’enseigne la Tora: Voici la Loi de la Tora» (Bemidbar Rabba 19).

Le secret de la Vie ne réside donc point dans le culte d’artefacts,  supports physiques de la foi (Ezéchiel 8: 8-16), auxquels on prêterait un pouvoir magique comme un talisman, mais dans l’obéissance aux injonctions divines qui, même si elles dépassent l’entendement humain, visent avant tout à tourner les regards de l’Homme vers son Créateur, afin de «briser» l’écran qui Le voile aux yeux de l’Homme et que puisse ce dernier s’élever jusqu’à Lui.

יג מִקְוֵה יִשְׂרָאֵל יְהוָה כָּל-עֹזְבֶיךָ יֵבֹשׁוּ יסורי (וְסוּרַי) בָּאָרֶץ יִכָּתֵבוּ כִּי עָזְבוּ מְקוֹר מַיִם-חַיִּים אֶת-יְהוָה. (ירמיהו יז: יג).ש

13 O espérance d’Israël, Eternel, tous ceux qui te délaissent seront confondus! Oui, ceux qui se tiennent éloignés de moi seront inscrits sur la poussière, car ils ont abandonné la source d’eaux vives: l’Eternel. (Jérémie  17: 13 )

Etudier le développement du fœtus conduit-il à la Connaissance intime du mystère insondable de la Vie? Le secret de la Vie éternelle reste inaccessible à l’homme comme il le fut à Adam qui tenta d’atteindre l’Arbre de Vie (Genèse 3: 22-24), même s’il fit rêver les poètes et les alchimistes.

ג  גָּדוֹל יְהוָה וּמְהֻלָּל מְאֹד   וְלִגְדֻלָּתוֹ אֵין חֵקֶר. (תהלים קמה: ג).ש

3 Grand est l’Eternel et justement glorifié, sa grandeur est insondable. (Psaume 145: 3)

Job rappelle à l’Humanité que le fondement de l’Alliance universelle avec le Divin demeure l’humilité et le silence:

כב  הַלְאֵל יְלַמֶּד-דָּעַת וְהוּא רָמִים יִשְׁפּוֹט. (איוב כא: כב).ש

22 Est-ce au Seigneur qu’on enseignera la Connaissance, à lui qui juge avec une autorité souveraine? (Job 21: 22)

 

[1] Parashat Houkat, Nombres 19: 1-22: 1

[2] Talmud de Babylone, Traité BeRaKhot 33, a

 

Shabbat shalom !

hebreubiblique@gmail.com

Avec toutes mes amitiés,

Haïm Ouizemann

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3 Responses to Parashat Houkat, A la Source de Vie

  1. cathou dit :

    Le serpent, même si je n’aime pas du tout cette bestiole qq soit l’espèce, a une symbolique très forte, du fait même que son venin donne la mort et thérapeutiquement la vie.

    Si on lui prête, d’ailleurs bien souvent à cause du récit biblique, les qualités de ruse, et de fourberie, sa symbolique est très importante: immortalité, autofécondation, protection, sagesse, force, il peut même apparaître comme créateur…
    La coiffe pharaonique ornée d’un serpent; en Asie, Shiva est parfois assis sur un énorme serpent enroulé, parfois il tient un serpent à pleine main, parfois enroulé autour du cou. Dans le récit biblique cette bestiole apparait dès les 1ères lignes. Il est à remarquer que dans ce récit, contrairement à ce qu’on dit, il ne « tente » pas la femme, non, il parle à la femme et lui explique ce qu’est cet arbre. Enseignement: oui. Voix intérieure de la femme: oui
    Il est à remarquer que la femme devient Eve, la Vivante, après avoir écouter le serpent et après avoir mangé du fruit de la connaissance du bien et du mal. La femme devient vivante !!!
    La symbolique du serpent rattache l’humain à la terre. Il rappelle à l’humain qu’en devenant comme un Dieu (« Voici que l’homme est devenu comme l’un de nous… »genèse 3,21) L’Humain reste un terrien, dont la force vient de la terre.

    La vache est par excellence l’animal nourricier.
    Elle ne rampe par comme le serpent, puissante sur ses 4 pattes, sa symbolique de puissance, de fertilité rattache aussi l’Humain à la terre.
    Quelque soit sa couleur, elle rappelle que l’Humain est un terrien.

    Les cendres dont la symbolique est multiple, sont un bon engrais pour la terre, mais aussi un bon protecteur des cultures (étendues autour des salades, les escargots et limaces ne viendront pas manger les cultures), mais aussi bon désinfectant des plaies quand on a rien d’autre sous la main.

    On a, avec ces 3 mots, une belle image de la VIE sur la terre. La symbolique est très forte.
    Ces 3 mots nous rappellent combien nous sommes pétris de terre, terrien nous sommes, terriens nous restons. Il y a, peut-être et sans doute, d’autre forme de vies, ailleurs, dans l’univers, mais c’est ICI, sur cette terre que nous devons vivre.

    Israël détient le pouvoir de vivre, s’il se souvient de son Alliance avec Dieu, s’il se souvient que ses racines sont avant tout terrestres, s’il se souvient que sa vie, comme sa mort prend racine sur cette terre, au milieu de toutes les autres racines humaines.
    Israël détient la responsabilité de sa vie, Israël détient la responsabilité de sa mort.

    Beau souvenir que cette photo, Haïm, tellement symbolique: la vie au milieu du désert. (au fond la mort est la vie aussi, puisque le désert est aussi une vie)

  2. cathou dit :

    La force armée est un leurre. On croit avoir besoin d’une armée, d’armes et on développe à outrance l’armement. Au point qu’aujourd’hui, avec la puissance nucléaire nous risquons à tout moment de disparaître, ou de survivre dans un tel état de délabrement que les survivants regretteront de n’avoir pas trépasser. Est il utile de vivre ainsi????

    Lorsque nous vivions en immeuble, nous avions un voisin, expulsé de son département d’origine après avoir fait son temps en prison. Logement mal isolé, voisin bruyant vivant la nuit (préparant ses vols et autres actions). Une nuit, seule avec mon bébé, ne pouvant dormir et devant aller au travail tôt, j’ai violemment frappé à la cloison séparant ma chambre de son salon. L’effet fut immédiat…..ce très brave homme a déboulé, revolver à la main, dans le couloir d’immeuble, tapant comme un malade à ma porte. N’ayant pas d’arme et c’est une chance (une maman voulant protéger son bébé peut se montrer violente) pas rassurée, mais n’ayant guère le choix….j’ai ouvert ma porte, et je suis sortie dans le couloir, droite, regardant droit dans les yeux cet homme énervé, et armé, mon instinct et ma foi en la vie ont fait le reste: je l’ai prié de faire moins de raffus, évidemment il s’est rebellé, affirmant que je ne comprenais pas, qu’il était armé et qu’il allait trucider mon mari. J’ignore comment j’ai eu la force de l’attraper par le col de la chemise, d’éclater de rire et de répondre: « mon petit monsieur, vous êtes bien lâche, c’est moi qui suit devant vous, et quand vous élèverez un enfant et que vous travaillerez 8h par jour pour le nourrir, alors je discuterai avec vous ».
    Au cours de ma vie, il m’a fallu agir ainsi qq fois, très froidement et énergiquement. Je reconnais que c’est épuisant, mais face à un tueur…. que faire? Se montrer plus fort que lui sans aucune arme est possible. Nous portons en nous cette capacité de VIE, qui sait, qui nous fait agir pratiquement inconsciemment. Ne négligeons pas cette force, elle est plus efficace qu’une arme, plus efficace que la mort.
    Ne pas se laisser dominer par la peur c’est Vivre!!

  3. Helene Herlemont dit :

    Merci Haïm pour l’explication claire concernant la vache rousse ; cette fois, j’ai bien compris 🙂

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