Parashat Balaq, Israël fidèle à sa vocation

 

Les racines d'Israël

Les racines d’Israël

Sur la demande expresse de Balaq, roi de Moav, Bil’am, le prophète des Nations, est appelé dans le dessein de maudire Israël (Nombres 22: 4-6; 16-17). Pourtant les tentatives répétées de ce dernier s’avèrent être un échec:

 

ח מָה אֶקֹּב לֹא קַבֹּה אֵל וּמָה אֶזְעֹם לֹא זָעַם יְהוָה. (במדבר כג: ח).ש

8 Comment maudirais-je celui que Dieu n’a point maudit? Comment menacerais-je, quand l’Éternel est sans colère? (Nombres 23: 8)[1]

Israël, le fils aîné de l’Eternel, bénéficierait-il d’un quelconque privilège au détriment d’autres nations? Le verset suivant pourrait le laisser penser:

יב וַיֹּאמֶר אֱלֹהִים אֶל-בִּלְעָם, לֹא תֵלֵךְ עִמָּהֶם; לֹא תָאֹר אֶת-הָעָם, כִּי בָרוּךְ הוּא. (במדבר כב: יב).ש

12 Dieu dit à Bil’am: « Tu n’iras point avec eux. Tu ne maudiras point ce peuple, car il est béni! » (Nombres 22: 12)

Toutefois, une lecture attentive de la source biblique et des commentaires s’y rapportant sont à même de révéler les raisons véritables de cette bénédiction réservée et destinée à Israël.

ט כִּי-מֵרֹאשׁ צֻרִים אֶרְאֶנּוּ וּמִגְּבָעוֹת אֲשׁוּרֶנּוּ  הֶן-עָם לְבָדָד יִשְׁכֹּן וּבַגּוֹיִם לֹא יִתְחַשָּׁב. (במדבר כג: ט).ש

9 Oui, je le vois de la cime des rochers, et du haut des collines, je le découvre: ce peuple, il vit solitaire, il ne se confondra point avec les nations. (Nombres 23: 9)

Le commentateur Rachi, suivant en cela l’interprétation du Midrash Tan’houma, explique:

ש«אֲנִי מִסְתַּכֵּל בְּרֵאשִׁיתָם וּבִתְחִלַּת שָׁרְשֵׁיהֶם וַאֲנִי רוֹאֶה אוֹתָם מְיֻסָּדִים וַחֲזָקִים, כְּצוּרִים וּגְבָעוֹת הַלָּלוּ, עַל-יְדֵי אָבוֹת וְאִמָּהוֹת» (רש »י).ש

«Je considère leurs origines et le début de leurs racines, je les vois assis sur des bases solides comme des rochers et des collines grâce à leurs pères et à leurs mères».

Quel peut être le sens de cette interprétation?

Le mérite des Patriarches Avraham, Its’hak et Yaakov, associé à celui des quatre Matriarches Sarah, Rivka, Rachel et Léah, constitue le fondement inaltérable de l’Alliance conclue avec l’Eternel, Alliance garante de la pérennité de l’Histoire d’Israël. Cette Histoire, à l’image d’un arbre, comporte une cime רֵאשִׁיתָם (les Pères) et des racines שָׁרְשֵׁיהֶם (les Mères).

Mais ce mérite des Patriarches et des Matriarches suffit-il à comprendre l’étendue et l’ampleur de la bénédiction d’Israël?

Selon Rachi, les Hébreux n’ont point besoin de recourir à la pratique des sortilèges, car ils ont leurs prophètes qui leur transmettent directement la Parole de l’Eternel:

כג כִּי לֹא-נַחַשׁ בְּיַעֲקֹב וְלֹא-קֶסֶם בְּיִשְׂרָאֵל כָּעֵת יֵאָמֵר לְיַעֲקֹב וּלְיִשְׂרָאֵל מַה-פָּעַל אֵל. (במדבר כג: כג).ש

23 Il ne faut point de magie à Jacob, point de sortilège à Israël: ils apprennent à point nommé, Jacob et Israël, ce que le Tout-Puissant a résolu. (Nombres 23: 23).

«Ils [les fils d’Israël] n’ont pas besoin pour cela de devins ou de sorciers, mais le message leur en est transmis par la bouche de leurs prophètes» (Midrash Tan‘houma).

כד הֶן-עָם כְּלָבִיא יָקוּם וְכַאֲרִי יִתְנַשָּׂא לֹא יִשְׁכַּב עַד-יֹאכַל טֶרֶף, וְדַם-חֲלָלִים יִשְׁתֶּה. (במדבר כג: כד).ש

24 Voyez! Ce peuple se lève comme un lionceau, il se dresse comme un lion… » (Nombres 23: 24)

Rachi poursuit l’interprétation de ce passage. Pour lui,  «Quand ils [les fils d’Israël] se lèvent le matin après avoir dormi, ils sont forts comme une lionne ou un lion pour se hâter d’accomplir les mitsvoth, revêtir le talith, lire le chema’ et se poser les tefillin.»  (Midrash Tan‘houma).

Enfin, Rachi commente ce verset d’une autre bénédiction de Bil’am, en supposant que les tentes des Hébreux ne se faisaient point face, pour préserver leur intimité personnelle:

ה מַה-טֹּבוּ אֹהָלֶיךָ יַעֲקֹב מִשְׁכְּנֹתֶיךָ יִשְׂרָאֵל. (במדבר כד: ה).ש

5 Qu’elles sont belles tes tentes, ô Jacob! Tes demeures, ô Israël! (Nombres 24: 5).

«Parce qu’il a vu que les entrées [de leurs tentes] ne se faisaient pas face» (Baba Batra 60a).

Autrement dit, Israël, au-delà du mérite des Patriarches, demeure fidèle à sa vocation en s’éloignant du culte païen- « avoda zara » (Nombres 23: 23), en témoignant de sa confiance absolue en une Divinité Une (Nombres 23: 24) et en respectant la dignité et l’intégrité d’autrui (Nombres 24: 5).

Ces  bénédictions qui provoquent la colère de Balaq, roi de Moav (Nombres 24: 10), sont prodiguées au peuple d’Israël par Bil’am en personne, qui, bien qu’adorant l’Eternel, ne reconnaît point Israël comme Son peuple. Cette affirmation surprenante après les bénédictions que Bil’am a apparemment prodiguées à Israël au nom de l’Eternel, découle d’un autre verset:

טז הֵן הֵנָּה הָיוּ לִבְנֵי יִשְׂרָאֵל בִּדְבַר בִּלְעָם לִמְסָר-מַעַל בַּיהוָה עַל-דְּבַר-פְּעוֹר וַתְּהִי הַמַּגֵּפָה בַּעֲדַת יְהוָה. (במדבר לא: טז).ש

16 Ne sont-ce pas elles [les femmes de Moav] qui, à l’instigation de Bil’am, ont porté les enfants d’Israël à trahir l’Éternel pour Baal-Péor, de sorte que la mort a sévi dans la communauté de l’Éternel?  (Nombres 31: 16).

En effet, il semble que Bil’am, déçu de ne pas bénéficier de tout l’argent et l’or que Balaq lui avait promis en échange de la malédiction des Hébreux, lui ait quand même «conseillé» d’envoyer les femmes de Moav pour détourner les Hébreux de l’Eternel, stratagème qui réussit fort bien (Nombres 25: 1-9). Or, cet «incident» a lieu juste après les bénédictions de Bil’am sur Israël.

Malgré certains «écarts» momentanés, Israël reste d’une fidélité inébranlable à l’Eternel et à sa vocation. Ceci afin de révéler à l’ensemble des Nations que l’Alliance conclue entre l’Eternel et son peuple Israël est irremplaçable et que nul autre peuple ne peut se substituer à Israël:

יט לֹא אִישׁ אֵל וִיכַזֵּב וּבֶן-אָדָם וְיִתְנֶחָם הַהוּא אָמַר וְלֹא יַעֲשֶׂה וְדִבֶּר וְלֹא יְקִימֶנָּה. (במדבר כג: יט). ש

19 Le Seigneur n’est pas un mortel, pour décevoir, ni un fils d’Adam, pour qu’il se ravise; est-ce lui qui parle et ne tient point parole? Lui qui affirme et n’exécute point? (Nombres 23: 19).

Par ailleurs, la racine ב.ר.כ.  («bénir, béni, bénédiction») constitue une racine-clé de cette péricope, car elle apparaît dans sept versets.[2]

ב וְאֶעֶשְׂךָ לְגוֹי גָּדוֹל וַאֲבָרֶכְךָ, וַאֲגַדְּלָה שְׁמֶךָ וֶהְיֵה בְּרָכָה. (בראשית יב: ב).ש

2 Je te ferai devenir une grande nation; je te bénirai, je rendrai ton nom glorieux, et sois une bénédiction (Genèse 12: 2).

Ainsi, ce sont les Hébreux, descendants d’Avraham, et leurs descendants les Juifs, qui donnent un sens à la promesse de l’Eternel de transformer le premier Patriarche en «source de Bénédiction» pour Israël et l’Humanité et accomplissent cette promesse chaque jour.

[1] Parashat Balaq, Nombres 22:2- 25: 9

[2] Nombres 22: 6; 23: 11; 20; 25; 24:1; 9-10. Le chiffre sept est celui qui rappelle l’Alliance divine. De plus, la racine ב.ר.כ. elle-même apparaît treize fois rappelant les treize attributs de miséricorde divine.

 

Shabbat shalom !

hebreubiblique@gmail.com

Avec toutes mes amitiés,

Haïm Ouizemann

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3 Responses to Parashat Balaq, Israël fidèle à sa vocation

  1. Jean-Pierre Romain dit :

    Soit bénis peuple d Israël je vous aime peuple de Dieu . Romain jean – pierre

    Obtenez Outlook pour iOS
    ________________________________

  2. OBAKA dit :

    j’aime israêl et son peuple , que Dieu le bénisse davantage

  3. cathou dit :

    Il faut remettre Balaam dans son contexte historique.
    Balak, roi de Moab!! Moab est un des fils de Loth. les moabites, descendants de Loth sont donc apparentés aux Hébreux.
    Balaam =peuple de Baal. le mot Baal est intéressant. d’origine sémite désigne un seigneur, une personne importante, voir même l’époux. ce mot devient divinité bien souvent représentée comme polythéiste. Il faut tout de même remarquer que l’ensemble des Israélites n’abandonneront pas Baal au profit de Dieu. les fouilles archéologiques démontrent que les israélites, même à Jérusalem du temps de David, ont un autel dédié à Baal dans leurs maisons. c’est dire l’importance de cette divinité!!!

    revenons au récit de Balaam.
    Balaam ne peut pas maudire les Israélites, il sait que la parenté est la même.
    Certes Balaam est bien souvent présenté comme un profiteur, comme celui qui va chercher à détruire les Israélites. et pourtant on peut se demander pourquoi Balak à besoin de Balaam pour maudire les Israélites.
    Balak est chez lui, les Moabites n’ont pas déserté leurs terres. Il n’a pas l’intention de se laisser déposséder de son territoire, ni même de partager son territoire, ce qui est logique!
    Il n’a visiblement pas l’intention de faire la guerre aux Israélites, alors finalement la solution de maudire les Israélites par le biais de Balaam serait une bonne solution.
    Balaam annonce la ruine des ennemis d’Israël, mais sans être prophète, puisqu’il est devin/divinité il annonce qu’il laisse la place au Dieu Un…. mais il annonce déjà, indirectement, la grandeur et la ruine d’Israël.

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