Parashot  Mattot-Massei,  Au seuil de la terre promise

Monts de Samarie- Guerizim et Eyval (Photo: ©Haïm Ouizemann)

Monts de Samarie- Guerizim et Eyval (Photo: ©Haïm Ouizemann)

Au terme d’une longue marche dans le désert et au seuil de l’entrée historique en Erets Canaan, l’Eternel par la voix de Moïse avertit l’ensemble du peuple d’Israël: la promesse du don de la terre de Canaan faite au Patriarche Avraham (Genèse 12: 7) ne s’accomplira que lorsqu’Israël, servant corps et âme l’Eternel Un, repoussera tout culte païen:

נ וַיְדַבֵּר יְהוָה אֶל-מֹשֶׁה בְּעַרְבֹת מוֹאָב עַל-יַרְדֵּן יְרֵחוֹ לֵאמֹר. נא דַּבֵּר אֶל-בְּנֵי יִשְׂרָאֵל וְאָמַרְתָּ אֲלֵהֶם  כִּי אַתֶּם עֹבְרִים אֶת-הַיַּרְדֵּן אֶל-אֶרֶץ כְּנָעַן. נב וְהוֹרַשְׁתֶּם אֶת-כָּל-יֹשְׁבֵי הָאָרֶץ מִפְּנֵיכֶם וְאִבַּדְתֶּם אֵת כָּל-מַשְׂכִּיֹּתָם וְאֵת כָּל-צַלְמֵי מַסֵּכֹתָם תְּאַבֵּדוּ וְאֵת כָּל-בָּמוֹתָם תַּשְׁמִידוּ. (במדבר לג: נ-נב).ש

50 L’Éternel parla ainsi à Moïse dans les plaines de Moab, près du Jourdain vers Jéricho: 51 « Parle aux enfants d’Israël en ces termes: Comme vous allez passer le Jourdain pour atteindre le pays de Canaan, 52 quand vous aurez chassé devant vous tous les habitants de ce pays, vous anéantirez tous leurs symboles, toutes leurs idoles de métal, et ruinerez tous leurs hauts-lieux. (Nombres 33: 50- 52)[1]

Les fils d’Israël, conduits pendant quarante ans d’errance dans les déserts brûlants du Sinaï, de Tsin et de Paran, jouissant, alors de la Providence de l’Eternel ne cessant de leur prodiguer la marque de Son Amour total et indéfectible, rejetteront-ils toute forme d’idolâtrie et de syncrétisme religieux comme l’ordonne Moïse?

Or, l’histoire des Hébreux depuis l’entrée en Canaan jusqu’à la déportation à Babylone révèle combien le syncrétisme religieux est ancré dans les esprits!

א וַיַּעַל מַלְאַךְ-יְהוָה מִן-הַגִּלְגָּל אֶל-הַבֹּכִים וַיֹּאמֶר אַעֲלֶה אֶתְכֶם מִמִּצְרַיִם וָאָבִיא אֶתְכֶם אֶל-הָאָרֶץ אֲשֶׁר נִשְׁבַּעְתִּי לַאֲבֹתֵיכֶם וָאֹמַר לֹא-אָפֵר בְּרִיתִי אִתְּכֶם לְעוֹלָם. ב וְאַתֶּם לֹא-תִכְרְתוּ בְרִית לְיוֹשְׁבֵי הָאָרֶץ הַזֹּאת מִזְבְּחוֹתֵיהֶם, תִּתֹּצוּן וְלֹא-שְׁמַעְתֶּם בְּקוֹלִי מַה-זֹּאת עֲשִׂיתֶם. ג וְגַם אָמַרְתִּי לֹא-אֲגָרֵשׁ אוֹתָם מִפְּנֵיכֶם וְהָיוּ לָכֶם לְצִדִּים וֵאלֹהֵיהֶם יִהְיוּ לָכֶם לְמוֹקֵשׁ. (שופטים ב: א-ג).ש

1 Un envoyé du Seigneur s’en vint de Ghilgal à Bokhîm et dit de sa part: « Je vous avais fait monter d’Egypte et entrer dans le pays que j’avais promis par serment à vos pères, et j’avais dit: « Je ne romprai jamais mon alliance avec vous; 2 mais à votre tour ne transigez point avec les habitants de ce pays, détruisez leurs autels! » Et vous n’avez pas écouté ma voix. Qu’avez-vous fait là! 3 Aussi ai-je résolu de ne pas les chasser de devant vous; et ils s’attacheront à vos flancs, et leurs divinités seront pour vous un écueil. » (Juges 2: 1-3)

L’expression  mentionnée à maintes reprises dans  le livre des Juges[2]: «Et vous n’avez pas écouté ma voix.  וְלֹא שְׁמַעְתֶּם בְּקוֹלִי» révèle la raison pour laquelle  Israël échoue dans sa mission de conquérir Erets Israël en dépit de la promesse divine . La force d’Israël ne se trouve point dans les armes mais  dans sa foi en l’Eternel Un.

La marche dans le désert est décrite par le prophète  Jérémie comme une ère idyllique où Israël, la mariée, adhère totalement à l’Eternel, son époux :

ב הָלֹךְ וְקָרָאתָ בְאָזְנֵי יְרוּשָׁלִַם לֵאמֹר כֹּה אָמַר יְהוָה זָכַרְתִּי לָךְ חֶסֶד נְעוּרַיִךְ אַהֲבַת כְּלוּלֹתָיִךְ לֶכְתֵּךְ אַחֲרַי בַּמִּדְבָּר בְּאֶרֶץ לֹא זְרוּעָה. (ירמיה ב: ב).ש

2 « Va proclamer aux oreilles de Jérusalem ce qui suit: Ainsi parle l’Eternel: je te garde le souvenir de l’affection de ta jeunesse, de ton amour au temps de tes fiançailles, quand tu me suivais dans le désert, dans une région inculte. (Jérémie 2: 2)

Plus que tout autre prophète, le prophète Osée, prophète de l’Amour, met explicitement en exergue, deux cent ans avant Jérémie, la notion de lien conjugal unissant Israël à l’Eternel:

יז וְנָתַתִּי לָהּ אֶת-כְּרָמֶיהָ מִשָּׁם וְאֶת-עֵמֶק עָכוֹר לְפֶתַח תִּקְוָה וְעָנְתָה שָּׁמָּה כִּימֵי נְעוּרֶיהָ וּכְיוֹם עֲלוֹתָהּ מֵאֶרֶץ-מִצְרָיִם. יח וְהָיָה בַיּוֹם-הַהוּא נְאֻם-יְהוָה, תִּקְרְאִי אִישִׁי וְלֹא-תִקְרְאִי-לִי עוֹד בַּעְלִי. (הושע ב: יז-יח).ש

17 Là je lui rendrai ses vignobles, et la Vallée du Malheur deviendra comme la Porte de l’Espérance; elle y entonnera [des chants] comme aux jours de sa jeunesse, comme au temps où elle sortit du pays d’Egypte. 18 A cette époque, dit l’Eternel, tu m’appelleras: « Mon Epoux »; tu ne m’appelleras plus: « Mon Baal.[3] (Mon Maître] » (Osée 2: 17-18)

Ce lien intime brisé par Israël est, à de nombreuses reprises, dénoncé par Jérémie:

כג אֵיךְ תֹּאמְרִי לֹא נִטְמֵאתִי אַחֲרֵי הַבְּעָלִים לֹא הָלַכְתִּי רְאִי דַרְכֵּךְ בַּגַּיְא דְּעִי מֶה עָשִׂית  בִּכְרָה קַלָּה מְשָׂרֶכֶת דְּרָכֶיהָ. (ירמיהו ב: כג).ש

23 Comment oses-tu dire: « Je ne suis point souillée, je n’ai pas suivi les Baal! » Regarde tes courses dans la vallée, songe à ce que tu as fait, ô jeune chamelle légère, aux allures désordonnées! (Jérémie 2: 23).

Le prophète Jérémie, dans sa colère à l’encontre d’Israël, l’invective durement: en effet, בִּכְרָה קַלָּה  signifie «jeune chamelle légère/rapide». Or, ce terme בִּכְרָה/ Bikhra peut se lire également: «Békhora/ בְּכֹרָה – droit d’aînesse»  prodigué par l’Eternel à son peuple Israël. Israël se moque de son droit d’aînesse spirituelle. Quant à l’adjectif « קַלָּה/ Kalla, légère» [«aux mœurs faciles; qui se prostitue aisément aux divinités païennes»], il se prononce comme le terme «mariée, Kala/ כַּלָּה»:

לב הֲתִשְׁכַּח בְּתוּלָה עֶדְיָהּ כַּלָּה קִשֻּׁרֶיהָ וְעַמִּי שְׁכֵחוּנִי יָמִים אֵין מִסְפָּר. לג מַה-תֵּיטִבִי דַּרְכֵּךְ לְבַקֵּשׁ אַהֲבָה לָכֵן גַּם אֶת-הָרָעוֹת למדתי (לִמַּדְתְּ) אֶת-דְּרָכָיִךְ. (ירמיהו ב: לב-לג).ש

32 Une vierge oublie-t-elle sa parure, une mariée ses atours? Et mon peuple m’a oublié depuis des jours sans nombre! 33 Comme tu savais rendre attrayante ta tenue, quand tu étais en quête d’amour! A la vérité, même les pires pratiques tu les as adoptées comme des habitudes. (Jérémie 2: 33).

Jérémie reproche à Israël d’abandonner l’Eternel. Israël ne fit-il point serment d’allégeance éternelle à l’Eternel? (Exode 24: 7). Plus exactement, Israël, plongée dans un syncrétisme qui lui donne l’illusoire impression de pouvoir adorer l’Eternel tout en pratiquant des coutumes idolâtres, n’a point l’impression d’abandonner l’Eternel. Ainsi, aux allégations de l’Eternel, il répond: «Je ne suis point souillée, je n’ai pas suivi les Baal!» (Jérémie 2: 23). Mais l’Eternel le met devant les faits.

L’abandon d’Israël n’est point seulement d’ordre spirituel. Il est aussi d’ordre politique, militaire et social. Sur le plan politique et militaire, le royaume de Juda s’unit aux empires d’Egypte et d’Assyrie, avec le risque d’adopter leur religion et de s’appuyer sur leurs dirigeants corrompus!

יח וְעַתָּה מַה-לָּךְ לְדֶרֶךְ מִצְרַיִם לִשְׁתּוֹת מֵי שִׁחוֹר וּמַה-לָּךְ לְדֶרֶךְ אַשּׁוּר לִשְׁתּוֹת מֵי נָהָר (ירמיהו ב: יח).ש

18 Et maintenant que te sert de prendre le chemin de l’Egypte pour boire l’eau du Nil? Et que te sert de prendre le chemin de l’Assyrie pour boire l’eau du fleuve? (Jérémie 2: 18).

«Boire l’eau du Nil, du fleuve» est un euphémisme signifiant l’adoption des rites religieux en place. Par ailleurs sur le plan social, Israël en oublie son devoir de protéger le plus faible:

לד גַּם בִּכְנָפַיִךְ נִמְצְאוּ דַּם נַפְשׁוֹת אֶבְיוֹנִים נְקִיִּים לֹא-בַמַּחְתֶּרֶת מְצָאתִים…  (ירמיהו ב: לד).ש

34 Jusque sur les bords de tes vêtements, il se trouve du sang, celui des pauvres, victimes innocentes, que tu n’avais pas surprises en pleine effraction… (Jérémie 2: 34)

Toute alliance avec le monde païen conduit Israël à la faute d’amnésie politique (Israël est alors déchu de toute indépendance nationale) et de perte des valeurs éthiques[4] et de Justice[5]sans lesquelles aucune civilisation ne saurait subsister.

La destruction du Temple de Jérusalem est inévitable d’autant plus que le peuple et ses dirigeants se refusent à toute introspection et Retour (Téshouva) vers l’Eternel (Jérémie 2: 23; 25; 31). Comment est-il possible d’imaginer que le peuple aimé de l’Eternel ait été capable d’une telle infidélité? «Comment ?», le titre original en hébreu du livre appelé communément «Lamentations» ,  demeure une interrogation actuelle pour tout Israël et le Monde qui observe les faits et gestes de la «Nation de prêtres, Cohanim» (Exode 19: 6).

Cependant, les errements de la fiancée rebelle ne sont point éternels. Le prophète Isaïe annonce une nouvelle ère ou les Nations seront les «témoins» (Isaïe 62: 2) du redressement spirituel du peuple d’Israël à Jérusalem, le cœur de la Nation juive:

ג וְהָיִית עֲטֶרֶת תִּפְאֶרֶת בְּיַד-יְהוָה וצנוף (וּצְנִיף) מְלוּכָה בְּכַף-אֱלֹהָיִךְ. ד לֹא-יֵאָמֵר לָךְ עוֹד עֲזוּבָה וּלְאַרְצֵךְ לֹא-יֵאָמֵר עוֹד שְׁמָמָה-כִּי לָךְ יִקָּרֵא חֶפְצִי-בָהּ וּלְאַרְצֵךְ בְּעוּלָה כִּי-חָפֵץ יְהוָה בָּךְ וְאַרְצֵךְ תִּבָּעֵל. ה כִּי-יִבְעַל בָּחוּר בְּתוּלָה יִבְעָלוּךְ בָּנָיִךְ וּמְשׂוֹשׂ חָתָן עַל-כַּלָּה יָשִׂישׂ עָלַיִךְ אֱלֹהָיִךְ. (ישעיהו סב: ג-ה).ש

3 Et tu seras une couronne glorieuse aux mains de l’Eternel, et un diadème royal dans la paume de ton Dieu. 4 Tu ne seras plus nommée la Délaissée et ta terre ne s’appellera plus Solitude; toi, tu auras nom Celle que j’aime, et ta terre se nommera I’Epousée; parce que tu seras la bien-aimée de l’Eternel, et parce que ta terre connaîtra les épousailles. 5 Oui, comme le jeune homme s’unit à la vierge, tes enfants te seront unis; et comme le fiancé se réjouit de sa fiancée, ton Dieu se réjouira de toi. (Isaïe 62: 3-5).

 

[1] Parashot  Mattot-Massei, Nombres 30: 2- 33: 56.

[2] Cf. également Juges 6: 7-10.

[3] Ba’al est, en Cana’an, vénéré comme le dieu de la foudre et de la pluie.

[4]  Cf. Parashat Qedoshim, Lévitique 19: 1- 20: 27

[5]  Cf. Parashat Mishpatim, Exode 21:1- 24: 18

 

Shabbat shalom !

hebreubiblique@gmail.com

Avec toutes mes amitiés,

Haïm Ouizemann

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1 Response to Parashot  Mattot-Massei,  Au seuil de la terre promise

  1. cathou dit :

    Comment?? Pourquoi??
    l’humain est ainsi: infidèle il oublie très vite tout engagement quand se présente plus distrayant: festivité, alcool, drogue, jeux…
    Le grand mot à la mode aujourd’hui est: ludique
    Donc seule question: aujourd’hui Israël a t’il compris la leçon et est il fidèle à l’Éternel??
    Je crains bien que Baal soit toujours bien vivant aujourd’hui: argent, boisson, festivités, drogue, guerre…. Israël comme chacun de nous!

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