Parashat Nitsavim, la Téshouva de l’Eternel

Le bateau "Exodus 47"

Le bateau « Exodus 47 »

ג וְשָׁב יְהוָה אֱלֹהֶיךָ אֶת-שְׁבוּתְךָ וְרִחֲמֶךָ וְשָׁב וְקִבֶּצְךָ מִכָּל-הָעַמִּים אֲשֶׁר הֱפִיצְךָ יְהוָה אֱלֹהֶיךָ שָׁמָּה. (דברים ל: ג). ש

3 l’Éternel, ton Seigneur, te ramènera de ton exil et éprouvera de la compassion à ton égard puis  te ramènera et te rassemblera du sein des peuples parmi lesquels il t’aura dispersé. (Deutéronome 30: 3)[1]

La traduction de ce passage biblique n’est point sans susciter une difficulté. En effet, comment expliquer que la majorité des traducteurs aient traduit le verbe וְשָׁב au hif’il (forme factitive) alors que celui-ci est conjugué au pa’al?

Bien plus, Rashi, le plus célèbre des commentateurs du Moyen-âge, n’hésite point à «corriger» le texte:

«הָיָה לוֹ לִכְתוֹב וְהֵשִׁיב אֶת-שְׁבוּתְךָ»

«Le texte aurait dû dire : Il “fera” revenir ».

Rashi poursuit sa réflexion et explique ce paradoxe de traduction:

«שֶׁהַשְּׁכִינָה שְׁרוּיָה עִם יִשְׂרָאֵל בְּצָרַת גָּלוּתָם וּכְשֶׁנִגְאָלִין הִכְתִיב גְּאוּלָה לְעַצְמוֹ שֶׁהוּא יָשׁוּב עִמָּהֶם.»

«[Nos Sages )Meguila 39: a) en ont déduit que] la Shékhina [La Présence divine], [s’il est permis de s’exprimer ainsi], réside avec Israël dans les souffrances de leur exil, et que lorsqu’ils [Les fils d’Israël]  ont été délivrés, Il (l’Eternel] a inscrit Sa propre délivrance (Méguila 29a) en revenant avec eux».

A la suite de ce commentaire, une nouvelle traduction est possible:

ג וְשָׁב יְהוָה אֱלֹהֶיךָ אֶת-שְׁבוּתְךָ וְרִחֲמֶךָ וְשָׁב וְקִבֶּצְךָ מִכָּל-הָעַמִּים אֲשֶׁר הֱפִיצְךָ יְהוָה אֱלֹהֶיךָ שָׁמָּה. (דברים ל: ג). ש

3 l’Éternel, ton Seigneur, reviendra de ton exil et éprouvera de la compassion à ton égard puis reviendra et te rassemblera du sein des peuples parmi lesquels il t’aura dispersé. (Deutéronome 30: 3)

Le verbe שָׁב (racine:  שׁ.ו.ב.) traduit au hi’fil [ «faire revenir- rétablir»] se retrouve chez le prophète Nahoum:

ג כִּי שָׁב יְהוָה אֶת-גְּאוֹן יַעֲקֹב כִּגְאוֹן יִשְׂרָאֵל  כִּי בְקָקוּם בֹּקְקִים וּזְמֹרֵיהֶם שִׁחֵתוּ. (נחום ב: ג).ש

3 Car le Seigneur rétablit la grandeur de Jacob comme la grandeur d’Israël, puisque des pillards les avaient dépouillés, et avaient ruiné leurs sarments (Nahoum 2: 3)

Quels sont les versets traduisant le verbe שָׁב  (au pa’al) par un hif’hil, «je rétablirai [Je conduirai le Retour]»? Il en existe au moins trois (Jérémie 29: 14; 33: 26; Ezéchiel 39: 25):

יד וְנִמְצֵאתִי לָכֶם נְאֻם-יְהוָה וְשַׁבְתִּי אֶת-שביתכם (שְׁבוּתְכֶם) וְקִבַּצְתִּי אֶתְכֶם מִכָּל-הַגּוֹיִם וּמִכָּל-הַמְּקוֹמוֹת אֲשֶׁר הִדַּחְתִּי אֶתְכֶם שָׁם נְאֻם-יְהוָה וַהֲשִׁבֹתִי אֶתְכֶם אֶל-הַמָּקוֹם אֲשֶׁר-הִגְלֵיתִי אֶתְכֶם מִשָּׁם. (ירמיהו כט: יד).ש

14 Je me révèlerai à vous, dit l’Eternel, je ramènerai vos exilés, je vous rassemblerai du milieu de toutes les nations et de toutes les localités où je vous ai relégués, dit l’Eternel, et je vous ferai réintégrer les lieux d’où je vous ai bannis. (Jérémie 29: 14)

Ce passage confirme le parallélisme de sens entre les deux verbes  וְשַׁבְתִּי(«Je reviendrai» à la forme du Pa’al, traduit par «je ramènerai» comme si c’était un hif’il) et וַהֲשִׁבֹתִי («Je ramènerai assurément», forme intensive du Pi’el), le second expliquant le premier. De plus, שביתכם  (écrit sans voyelles, car non prononcé) et שְׁבוּתְכֶם (non écrit dans le rouleau de la Torah. C’est la prononciation écrite du premier terme) ont de fait deux significations différentes: «שביתכם vos prisonniers» [ceux tombés en captivité] et « שְׁבוּתְכֶם votre retour». Autrement dit, l’espoir du Retour à Jérusalem n’a jamais abandonné,  même en captivité, la conscience du peuple d’Israël. La grandeur des fils d’Israël, malgré leur manquement à la voie et à la voix de l’Eternel, demeure donc dans son attente de Rédemption, contrairement au tragique épisode de l’édification du veau d’or témoignant de l’impatience des Hébreux à recevoir les Tables de l’Alliance par Moïse.

L’exil est, selon les Prophètes d’Israël, un temps réparateur.

כו גַּם-זֶרַע יַעֲקוֹב וְדָוִד עַבְדִּי אֶמְאַס מִקַּחַת מִזַּרְעוֹ מֹשְׁלִים אֶל-זֶרַע אַבְרָהָם יִשְׂחָק וְיַעֲקֹב כִּי-אשוב (אָשִׁיב) אֶת-שְׁבוּתָם וְרִחַמְתִּים.  (ירמיהו לג: כו).ש

26 alors seulement je pourrais repousser la postérité de Jacob et de mon serviteur David, en n’y prenant pas de princes pour régner sur les enfants d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, quand je les aurai ramenés de l’exil et que j’aurais eu compassion d’eux. » (Jérémie 33: 26).

Par le même procédé, la source scripturaire laisse le verbe écrit  אשוב, «je reviendrai»,  toutefois sans voyelles car non prononcé, selon la Tradition d’Israël. La prononciation de ce terme, non écrite dans le rouleau de la Torah:  אָשִׁיב signifie «je ramènerai» [faire revenir]. Ainsi, le Retour d’Israël en terre promise, Erets Israël, est étroitement lié à la Volonté de l’Eternel qui, accompagnant son peuple en exil, décide de revenir avec lui. L’Eternel accomplit pleinement la promesse faite au trois Patriarches Avraham, Its’hak et Yaakov de ne jamais les abandonner.  En effet, le Nom de l’Eternel est associé aux trois Patriarches par le biais du terme עִמְּךָ  «avec toi»[2].

Que revêt le sens de ce terme si étroitement associé  aux Patriarches, au Prophète Moïse[3] et à son successeur Josué?[4]

כח וַיֹּאמְרוּ רָאוֹ רָאִינוּ כִּי-הָיָה יְהוָה עִמָּךְ וַנֹּאמֶר תְּהִי נָא אָלָה בֵּינוֹתֵינוּ בֵּינֵינוּ וּבֵינֶךָ וְנִכְרְתָה בְרִית עִמָּךְ. (בראשית כו: כח).ש

28 Ils répondirent: « Nous avons bien vu que le Seigneur était avec toi (Its’hak) et nous avons dit: ‘Oh! qu’il y ait un engagement réciproque entre nous et toi!’ Nous voudrions conclure une alliance avec toi  (Genèse 26: 28)

Le terme עִמָּךְ  / עִמְּךָ est ici synonyme d’Alliance permanente, pérenne et indissoluble:

כה לָכֵן כֹּה אָמַר אֲדֹנָי יְהוִה עַתָּה אָשִׁיב אֶת-שבית (שְׁבוּת) יַעֲקֹב וְרִחַמְתִּי כָּל-בֵּית יִשְׂרָאֵל וְקִנֵּאתִי לְשֵׁם קָדְשִׁי. (יחזקאל לט: כה).ש

25 En vérité, ainsi parle le Seigneur Dieu, maintenant je ferai revenir Jacob de captivité, J’éprouverai de la miséricorde à l’égard de toute la maison d’Israël et J’aurai le souci jaloux de Mon Nom. (Ezéchiel 39: 25)

Le Retour des fils d’Israël de leur captivité en des terres étrangères est motivé par la glorification du Nom ineffable. La présence d’Israël en exil constitue en soi une profanation du Nom de l’Eternel[5]. L’Eternel souffre l’exil de Son Nom comme en témoigne Israël. Le Prophète Isaïe explique que la souffrance d’Israël atteint jusqu’à «l’âme divine», l’Essence de l’Eternel:

ט בְּכָל-צָרָתָם לא (לוֹ) צָר וּמַלְאַךְ פָּנָיו הוֹשִׁיעָם בְּאַהֲבָתוֹ וּבְחֶמְלָתוֹ הוּא גְאָלָם וַיְנַטְּלֵם וַיְנַשְּׂאֵם כָּל-יְמֵי עוֹלָם. (ישעיהו סג: ט).ש

9 Dans toutes leurs souffrances, Il [l’Eternel] a souffert avec eux; sa présence tutélaire les a protégés. Dans son amour et sa clémence, il les a délivrés; il les a portés et soutenus pendant toute la durée des siècles. (Isaïe 63: 9)

Le secret de «l’âme divine» est inscrit dans le célèbre verset de l’Exode dans lequel l’Eternel, s’adressant à Moïse, lui révèle en partie son véritable Nom:

ידאֶהְיֶה אֲשֶׁר אֶהְיֶה וַיֹּאמֶר כֹּה תֹאמַר לִבְנֵי יִשְׂרָאֵל אֶהְיֶה שְׁלָחַנִי אֲלֵיכֶם.  (שמות ג: יד).ש

14Je serai qui Je serai! Et il ajouta: Ainsi parleras-tu aux enfants d’Israël: C’est אֶהְיֶה/ Je serai qui m’a délégué auprès de vous. (Exode 3: 14)

Rashi, se fondant sur la Tradition orale[6], relie le premier אֶהְיֶה/ «Je serai» à l’exil d’Egypte où, traités comme des esclaves et abandonnés de tous, les Hébreux finissent par atteindre la Liberté. De plus, l’Eternel aurait aspiré, selon les Sages interprétant le second אֶהְיֶה / «Je serai», révéler l’ensemble des exils aux fils d’Israël et les assurer dans le même temps de Son soutien indéfectible. Moïse l’en aurait dissuadé afin de ne point alourdir leur sentiment de désespoir. La Teshouva de l’Eternel n’aurait-elle point au contraire encouragé Israël à supporter le temps de l’exil?

Toutefois, le remède à la nuit de l’exil a été créé avant que le mal n’atteigne Israël. Celui-là même qui descendra en Egypte avec son fils aîné n’est-il point Celui qui reviendra avec  eux, qui fera Teshouva?

ד אָנֹכִי אֵרֵד עִמְּךָ מִצְרַיְמָה וְאָנֹכִי אַעַלְךָ גַם-עָלֹה וְיוֹסֵף יָשִׁית יָדוֹ עַל-עֵינֶיךָ. (בראשית מו: ד).ש

4 Moi-même, Je descendrai avec toi en Égypte; moi-même aussi Je t’en ferai remonter; et c’est Joseph qui te fermera les yeux.   (Genèse 46: 4)

יד  כִּי לֹא-יִטֹּשׁ יְהוָה עַמּוֹ  וְנַחֲלָתוֹ לֹא יַעֲזֹב. (תהלים צד: יד).ש

14 Car le Seigneur ne délaisse pas son peuple, et son héritage, il ne l’abandonne pas. (Ps. 94: 14).

 

[1] Parashat Nitsavim, Deutéronome 29: 9- 30: 20

[2] Avraham, Genèse 21: 22; Its’hak, Genèse 26: 3, 28; 26: 24 (אִתְּךָ אָנֹכִי, «Je serai avec toi»); Yaakov, 28: 15.

[3] Exode 3: 12.

[4] Josué 1: 5.

[5] Cf. le livre de Ruth. L’exil d’Israël y est présenté comme une malédiction et le Retour comme une bénédiction.

[6] Traité Bérakhot  9, b

 

Shabbat shalom !

hebreubiblique@gmail.com

Avec toutes mes amitiés,

Haïm Ouizemann

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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1 Response to Parashat Nitsavim, la Téshouva de l’Eternel

  1. Christiane Peycher dit :

    Shalom Haïm, Je quitte Facebook. Voici mon e-mail: christiane.peycher@gmail.com ( vous l’avez déjà). Christiane,

    *Christiane Peycher* *cite des Amandines * *Le Rossignol C appt 21* *20090 Ajaccio* *Corse*

    Le ven. 7 sept. 2018 à 11:04, L’hébreu biblique – Le blog de Haïm Ouizemann

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