Parashat Lekh Lékha, Avraham, une bénédiction universelle

Alors que la parasha précédente Noa’H s’achève sur la nouvelle de la mort du père d’AVRaHaM, TéRaH (Genèse 11: 32) qui annonce de la fin d’une ère,  la présente Parasha Lekh Lekha s’ouvre sur une bénédiction. Une nouvelle lumière se lève pour l’Humanité avec l’apparition de l’une des plus grandes figures bibliques: AVRaHaM.

ב וְאֶעֶשְׂךָ לְגוֹי גָּדוֹל וַאֲבָרֶכְךָ וַאֲגַדְּלָה שְׁמֶךָ וֶהְיֵה בְּרָכָה. (בראשית יב: ב).ש

2 Et Je te ferai devenir une grande nation; je te bénirai, je grandirai on nom, et sois une bénédiction. (Genèse 12: 2).[1]

L’Eternel promet trois bénédictions à AVRaHaM:

  • «Et Je te ferai devenir une grande nation»,
  • «Et Je te bénirai, je grandirai ton nom»,
  • «Et sois une bénédiction».

Quel sens pouvons-nous apporter à ces trois bénédictions? Quelle est leur origine? Comment un seul homme aussi charismatique soit-il peut-il devenir le dirigeant d’une grande nation? Que revêt l’expression «grandir le nom» d’AVRaHaM? Et quelle est la portée historique de la troisième et dernière bénédiction, celle de «devenir une source de bénédictions»?

D’après la tradition hébraïque, AVRaHaM devient le canal par qui est transmise la bénédiction divine:

ש«וֶהְיֵה בְרָכָה. הַבְּרָכוֹת נְתוּנוֹת בְּיָדְךָ עַד עַכְשָׁיו הָיוּ בְּיָדִי בֵּרַכְתִּי לְאָדָם וְנֹחַ וּמֵעַכְשָׁיו אַתָּה תְּבָרֵךְ אֵת אֲשֶׁר תַּחְפּוֹץש

«Et sois une bénédiction: Les bénédictions sont confiées en ta main [ton pouvoir]. C’est moi, jusqu’à présent, qui en disposais, puisque j’ai béni Adam et Noa‘h. Désormais, c’est toi qui béniras qui bon te semblera» (Beréchith rabba 39, 11):

En quelque sorte, AVRaHaM devient pour l’humanité ce que sera le serpent d’airain pour les Hébreux: celui qui regardera AVRaHaM comme son ancêtre spirituel sera béni, et celui qui le rejettera sera maudit:

ג וַאֲבָרְכָה מְבָרְכֶיךָ וּמְקַלֶּלְךָ אָאֹר וְנִבְרְכוּ בְךָ כֹּל מִשְׁפְּחֹת הָאֲדָמָה. (בראשית יב: ג).ש

3 Et Je bénirai ceux qui te béniront, et qui te maudira je le maudirai; et par toi seront bénies toutes les familles de la terre. » (Genèse 12: 3).

Puis, contrairement au temps de Noa’H où les familles de la Terre se dispersent (Genèse 10: 32), l’Eternel prodigue une quatrième bénédiction réservée aux Nations qui s’uniront autour du message abrahamique de Paix mondiale:

ג  …וְנִבְרְכוּ בְךָ כֹּל מִשְׁפְּחֹת הָאֲדָמָה. (בראשית יב: ג).ש

3 … et par toi seront bénies toutes les familles de la terre. » (Genèse 12: 3).

Comment l’Eternel a-t-il choisi AVRaHaM pour lui confier Sa Bénédiction? Quels sont les mérites de celui qui, appelé à devenir le Premier Patriarche d’Israël, sera reconnu comme étant une source de bénédictions pour toutes les familles de la terre?

AVRaHaM apparaît comme un personnage d’action et d’initiative. Son parcours témoigne d’une vie exemplaire qui, toute tournée vers autrui, se concentre sur le Principe fondamental de Justice sociale.

AVRaHaM est avant tout l’homme du détachement et du renoncement. Il ne craint point de s’arracher de la culture païenne qui l’environnait, de sa terre natale et de son éducation paternelle pour se rendre en Canaan, pays vers lequel déjà son père se dirigeait (Genèse 11: 31). Cette démarche courageuse rendue par deux mots Lekh Lekha–  לֶךְ-לְךָ s’inscrit dans le processus de retour de l’Homme à sa source première après avoir été expulsé du Jardin d’Eden. (Genèse 3: 23).

AVRaHaM met fin également à la malédiction de CaIN condamné à errer éternellement au pays de NOD. AVRaHaM ne restaure  point seulement les brèches et les échecs d’une humanité défaillante mais la reconstruit totalement. Le signe le plus significatif de cette paternité spirituelle envers les Nations est le changement de nom: AVRaM devient AVRaHaM:

ד אֲנִי הִנֵּה בְרִיתִי אִתָּךְ וְהָיִיתָ לְאַב הֲמוֹן גּוֹיִם. (בראשית יז: ד).ש

4 « Moi-même, voici mon Alliance avec toi: tu seras le père d’une multitude de nations. (Genèse 17: 4).

La notion d’Alliance s’inscrit, selon le commentateur Na’hmanide, dans le cadre particulier de la circoncision pratiquée à quatre-vingt dix-neuf ans par AVRaHaM sur sa propre personne. C’est «l’Alliance par la circoncision»: « בְּרִית מִילָה Brit Milah». La circoncision est signe de l’Alliance אוֹת הַבְּרִית, OT HaBéRIT.

י זֹאת בְּרִיתִי אֲשֶׁר תִּשְׁמְרוּ בֵּינִי וּבֵינֵיכֶם וּבֵין זַרְעֲךָ אַחֲרֶיךָ: הִמּוֹל לָכֶם כָּל-זָכָר. (בראשית יז: י).ש

10 Voici l’Alliance que vous observerez, qui est entre moi et vous, jusqu’à ta dernière postérité: circoncire tout mâle d’entre vous. (Genèse 17: 10).

Ce signe de l’Alliance symbolise la marche vers lui-même ou la prise de conscience d’AVRaHaM de sa vocation singulière. Il témoigne du «passage» d’un monde figé et ancien à un nouveau monde. En effet, AVRaHaM est dénommé «הָעִבְרִי HaIVRI , le Passant» (Genèse 14: 13). Ce nouveau monde ne se fonde plus sur les briques éphémères de la Tour de Babel ni sur l’orgueil,  il se construit à partir de l’intériorité- «Lekh Lekha לֶךְ-לְךָ va vers toi-même» et de la fragilité de la condition humaine face au Maître du Monde:

ח וַיַּעְתֵּק מִשָּׁם הָהָרָה מִקֶּדֶם לְבֵית-אֵל וַיֵּט אָהֳלֹה בֵּית-אֵל מִיָּם וְהָעַי מִקֶּדֶם וַיִּבֶן-שָׁם מִזְבֵּחַ לַיהוָה וַיִּקְרָא בְּשֵׁם יְהוָה. (בראשית יב: ח).ש

8 Il se transporta de là vers la montagne à l’est de Béthel et y dressa sa tente, ayant Béthel à l’occident et Aï à l’orient; il y érigea un autel au Seigneur, et il proclama le nom de l’Éternel. (Genèse 12: 8).

AVRaHaM, loin d’ériger d’imposants monuments, des temples majestueux ou des cathédrales altières, établit un simple et modeste autel à partir duquel il invoque le Nom de l’Eternel[2] oublié, profané par les générations antérieures, notamment par celle de la Tour de Babel, plus soucieuse de proclamer son propre nom que de glorifier celui du Créateur (Genèse 11: 4).

AVRaHaM fait œuvre de pionnier révolutionnaire. Par son action quotidienne, il restaure le Monde, instrument de la bénédiction perdue des générations antérieures. C’est en cela qu’il devient lui-même, à l’image de l’Eternel, une source inépuisable de bénédictions pour l’ensemble du genre humain. Il est celui qui propage le Nom divin à travers les Nations uniquement à partir de la terre de Canaan et de nulle part ailleurs:

כב וַיֹּאמֶר אַבְרָם אֶל-מֶלֶךְ סְדֹם  הֲרִמֹתִי יָדִי אֶל-יְהוָה אֵל עֶלְיוֹן קֹנֵה שָׁמַיִם וָאָרֶץ. (בראשית יד: כב).ש

22 Avram répondit au roi de Sodome: « Je lève la main devant l’Éternel, qui est l’Eternel suprême, Créateur des cieux et de la terre (Genèse 14: 22)

Le Maître du Monde demeure l’Eternel qui ne se révèle qu’au pays d’Israël! Enfin, ce pouvoir de bénédiction se transmet de génération en génération, jusqu’à ce que l’Humanité ait enfin atteint une ère de paix universelle:

יג וְהָיָה כַּאֲשֶׁר הֱיִיתֶם קְלָלָה בַּגּוֹיִם בֵּית יְהוּדָה וּבֵית יִשְׂרָאֵל כֵּן אוֹשִׁיעַ אֶתְכֶם וִהְיִיתֶם בְּרָכָה אַל-תִּירָאוּ תֶּחֱזַקְנָה יְדֵיכֶם.  (זכריה ח: יג).ש

13 Et de même que vous aurez été un objet de malédiction parmi les peuples, ô maison de Juda et maison d’Israël, ainsi assurerai-je votre salut, et vous serez une bénédiction. Ne craignez point, que vos mains se raffermissent! » (Zacharie 8: 13).

 

[1] Parashat Lekh Lékha Genèse. 12: 1- 17: 27

[2] Notons que cet autel n’a pas pour dessein de sacrifier des animaux mais de sanctifier essentiellement le Nom divin. Cf. également Genèse 13: 18.

Shabbat shalom !

hebreubiblique@gmail.com

Avec toutes mes amitiés,

Haïm Ouizemann

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4 Responses to Parashat Lekh Lékha, Avraham, une bénédiction universelle

  1. Cathy Faes dit :

    Cher Haïm,

    en lisant ton interprétation de la parascha Lech Lecha, je me suis arrêtée sur tes deux phrases : Abraham était un personnage d’action et d’initiative – Abraham était avant tout l’homme du détachement et du renoncement.

    Une contradiction en apparence ? Je pense que par son détachement et son renoncement Abraham a reçu l’énergie d’aller à contre-courant. C’est bien ça ?

    Merci pour ton exégèse sur Lech Lecha.

    Shalom, Cathy

    • Shalom Cathy,
      Tout d’abord je tiens a te remercier pour cette excellente remarque. En effet, nombreux sont ceux qui pensent que le renoncement est synonyme d’inaction et de silence. Or il n’en est rien. Avraham demontre au cours de sa vie personnelle que le retrait peut est un acte de creation. L’acte createur divin est en soi, si l’on sent tient au texte et a la Tradition d’Israel, un acte de retrait. Ainsi, lors de la Creation du Monde, le Nom du Seigneur est place en troisieme position apres le verbe BaRa -ברא. (Gen. 1: 1). C’est l’action qui revele le nom et non le contraire! L’un des exemples les plus revelateurs de la personnalite d’Avraham est qu’il alla chercher lui-meme ses propres invites pour leur offrir l’hospitalite et une place sous sa tente. Le renoncement de soi permet a autrui de trouver une place.
      Shabbat shalom
      En toute amitie,
      Haim O.

  2. cathou dit :

    –« Si dans la Multitude nous poursuivons avec insistance l’Un, c’est pour revenir avec la bénédiction et la révélation de l’Un se confirmant dans le Multiple. »
    –« Celui qui adore un Dieu comme différent de lui, en pensant : « il est un autre. Je suis un autre », cet homme ne connait pas le Brahman : il est pareil à un animal pour les Dieux»

    Ces 2 textes, Hindous et non Bibliques, tellement anciens qu’on peut juste dire qu’ils datent d’au moins – 6 000 ans avant JC, reflètent, pour moi Abraham dans son intégrité.
    Il est trop long et fastidieux d’expliquer, ici, ce qu’est Brahman en Inde, On retrouve, toutefois chez Abraham bien des caractéristiques de Braham.
    «  »…Il est celui qui propage le Nom divin à travers les Nations uniquement à partir de la terre de Canaan et de nulle part ailleurs… » » » Oui; d’après le récit biblique, mais la propagation n’est que pour l’Occident, le plein Orient a déjà cette connaissance.
    La Vallée de l’Hindus a déjà un ensemble de religions, qui toutes reconnaissent le Dieu UN, malgré une galerie impressionnante de Dieux, au moment où Abraham fait son apparition dans le récit biblique. On peut penser qu’Abraham est le lien entre Orient et Occident, en tous les cas Abraham est celui qui ancre le « futur monothéisme au Moyen-Orient et en Occident » dans la bénédiction divine universelle . C’est, sans doute celui qui nous unis, qui nous réunis TOUS.

    Le récit biblique relate les évolutions successives de l’humain vers le monothéisme. Il est intéressant de constater qu’à l’heure où cette notion commence à apparaître au Moyen-Orient (Abraham n’est pas originaire de Canaan, mais il part vers Canaan à la demande de Dieu), une partie de l’Asie a adopté cette idée, de manière très différente c’est vrai.
    Il faut rappeler que les fouilles dans la Cité de David à Jérusalem, ont montré qu’au moment de Jésus, les israélites ne sont pas encore entièrement monothéistes. Ils ont encore 2,3, voir 4 autels pour des divinités différentes dans leurs maisons. On ignore combien de temps il a fallu aux Hindous pour avoir la connaissance du Dieu UN.

  3. Giovanni dit :

    Shalom Haim,merci pour cette étude,je suis votre analyse sur le commentaire de Cathy.Action et initiative,détachement et renoncement.
    Aussitot Abram dressa sa tente. «  »IL » » lui seul prend l;initiative de DRESSER SA TENTE.
    IL mets en action son role de bon berger;chef,mari …il rassure son équipe en leur démontrant qu,il est l,homme des générations futurs.en ouvrant sa demeure aux autres.Il est celui qui elargira sa tente et ses cordages comme il ets dit dans ESAIE 54 .2.
    le verbe utilisé est le méme נטה elargir,dresser,allonger…
    Pour cela il lui faudra se détacher et renoncer,d’ou quitter sa famille,terre,passé….
    L’idolatrie ,le commerce des stauettes….
    לך לך va pour le meilleur ,le propre,le bon,pour toi et quitte,renonce aux «  »saletés » » du passé. לכלוך.
    Abientot mon ami sur le web.

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