Parashat VaYétsé, Ya’akov, Construire l’Unité

Ya’aKoV,  menacé de mort par son frère Esaü, s’enfuit à HaRaN (Genèse 28: 10), le lieu même d’où partit AVRaHaM pour la terre de Cana’an (Genèse 12: 4-5) après le décès de son père TeRaH. Puis:

יא וַיִּפְגַּע בַּמָּקוֹם וַיָּלֶן שָׁם כִּי-בָא הַשֶּׁמֶשׁ וַיִּקַּח מֵאַבְנֵי הַמָּקוֹם וַיָּשֶׂם מְרַאֲשֹׁתָיו וַיִּשְׁכַּב בַּמָּקוֹם הַהוּא (בראשית כח: יא). ש

11 Il arriva dans un endroit où il y établit sa couche, parce que le soleil était couché. Il prit des pierres de l’endroit, en fit son chevet et passa la nuit dans ce lieu (Genèse 28: 11).[1]

En quoi Ya’aKoV appelé à devenir le troisième Patriarche d’Israël se différencie-t-il de ses pères AVRaHaM et ITs’HaK?

יח וַיַּשְׁכֵּם יַעֲקֹב בַּבֹּקֶר וַיִּקַּח אֶת-הָאֶבֶן אֲשֶׁר-שָׂם מְרַאֲשֹׁתָיו וַיָּשֶׂם אֹתָהּ מַצֵּבָה וַיִּצֹק שֶׁמֶן עַל-רֹאשָׁהּ. (בראשית כח: יח).ש

18 Jacob se leva de grand matin; il prit la pierre qu’il avait mise sous sa tête, l’érigea en monument et répandit de l’huile à son faite. (Genèse 28: 18)

La multitude de pierres mentionnée en Genèse 28: 11 apparaît au verset 18 comme n’étant plus «qu’une seule pierre». Comment pouvons-nous expliquer ce passage du pluriel au singulier?

Selon les Sages d’Israël, la source biblique attribue à Ya’aKoV non seulement le pouvoir d’unir les contraires mais aussi celui de mettre fin à la division, celle-là même qui fut causée par la génération de la Tour de Babel qui tenta de «se faire un nom וְנַעֲשֶׂה-לָּנוּ שֵׁם» (Genèse 11: 4) en gardant une unité dangereuse car visant le pouvoir et la domination au détriment de l’union autour de l’Eternel: «une ville, et une tour dont le sommet atteigne le ciel  עִיר וּמִגְדָּל וְרֹאשׁוֹ בַשָּׁמַיִם» (Genèse 11: 4).

Puis que peut signifier l’acte de Ya’aKoV de répandre l’huile d’onction au sommet du monument préalablement érigé (Genèse 28: 18)?

L’huile symbolise la force de la Bénédiction et du souffle divin ainsi que le mouvement de la Vie sur la matière inerte, «la pierre». La racine י. צ.ק.  (Y.Ts.K.), relative au verbe וַיִּצֹק («Il répandit»), renvoie aux notions apparemment contradictoires de «solidité- dureté» (Job 41: 15; 38: 38) et de «fluidité -répandre de l’huile». Ainsi, loin de tout culte dogmatique refermé sur lui-même, le monument/מַצֵּבָה (racine נ.צ.ב.) [2] oint est consacré à l’Eternel, contrairement à de la Tour de Babel, construction altière vouée au déclin et à la destruction par le comportement altier et orgueilleux de ses constructeurs, qui pensaient pouvoir vivre en faisant fi de l’Eternel et de Ses valeurs d’humanité. C’est en ce lieu nommé BeYT EL בֵּית-אֵל (Genèse 28: 19), point de rencontre entre l’Humanité (Ya’AKoV) et la Divinité, que s’élèvera le Temple, espace de fraternité et de concorde universelle en pleine Présence divine.

La parasha s’achève comme elle débute. A l’appel de l’Eternel exhortant Ya’aKoV à rentrer en son pays natal Cana’an (Genèse 21: 13), nous retrouvons cette dimension unificatrice:

מה וַיִּקַּח יַעֲקֹב אָבֶן וַיְרִימֶהָ מַצֵּבָהמו וַיֹּאמֶר יַעֲקֹב לְאֶחָיו לִקְטוּ אֲבָנִים וַיִּקְחוּ אֲבָנִים וַיַּעֲשׂוּ-גָל וַיֹּאכְלוּ שָׁם עַל-הַגָּל. מז וַיִּקְרָא-לוֹ לָבָן יְגַר שָׂהֲדוּתָא וְיַעֲקֹב קָרָא לוֹ גַּלְעֵד. (בראשית לא: מה-מז).ש

45 Jacob prit une pierre et l’érigea en monument46 Et il dit à ses frères: « Ramassez des pierres. » Ils prirent des pierres et en firent un monceau et l’on mangea là, sur le monceau.  47 Laban l’appela Yégar[3] Sahadouthâ[4] et Jacob le nomma Gal-ed[5]. (Genèse 31: 45-47)

Cette parasha s’ouvre et s’achève sur l’unité des pierres symbolisant l’union, au départ, l’union d’Israël, puis au final, l’union avec les Nations (Laban), figurée par les pierres amassées par les «frères» de Ya’aKoV. Enfin, c’est au seuil même de la mort que Ya’aKoV va réunir tous ses fils, les pierres fondatrices de l’unité de la Maison d’Israël, et leur léguer son testament universel et éternel: préserver l’unité familiale, pour enfin réaliser l’unité de tous les êtres humains:

א וַיִּקְרָא יַעֲקֹב אֶל-בָּנָיו וַיֹּאמֶר הֵאָסְפוּ וְאַגִּידָה לָכֶם אֵת אֲשֶׁר-יִקְרָא אֶתְכֶם בְּאַחֲרִית הַיָּמִים. ב הִקָּבְצוּ וְשִׁמְעוּ בְּנֵי יַעֲקֹב וְשִׁמְעוּ אֶל-יִשְׂרָאֵל אֲבִיכֶם. (בראשית מט: א-ב).ש

1 Jacob fit venir ses fils et il dit: « Rassemblez-vous, je veux vous révéler ce qui vous arrivera dans la suite des jours. 2 Réunissez-vous et écoutez, enfants de Jacob, pour écouter Israël votre Père. (Genèse 49: 1-2)

En effet, l’unité d’Israël autour d’un même père (Ya’aKoV-Israël) s’avère être la condition primordiale à l’union des Nations autour d’un même Père (le Créateur):

ב וְהָיָה בְּאַחֲרִית הַיָּמִים נָכוֹן יִהְיֶה הַר בֵּית-יְהוָה בְּרֹאשׁ הֶהָרִים וְנִשָּׂא מִגְּבָעוֹת וְנָהֲרוּ אֵלָיו כָּל-הַגּוֹיִם. ג וְהָלְכוּ עַמִּים רַבִּים, וְאָמְרוּ לְכוּ וְנַעֲלֶה אֶל-הַר-יְהוָה אֶל-בֵּית אֱלֹהֵי יַעֲקֹב וְיֹרֵנוּ מִדְּרָכָיו וְנֵלְכָה בְּאֹרְחֹתָיו  כִּי מִצִּיּוֹן תֵּצֵא תוֹרָה וּדְבַר-יְהוָה מִירוּשָׁלִָם. ד וְשָׁפַט בֵּין הַגּוֹיִם וְהוֹכִיחַ לְעַמִּים רַבִּים וְכִתְּתוּ חַרְבוֹתָם לְאִתִּים וַחֲנִיתוֹתֵיהֶם לְמַזְמֵרוֹת לֹא-יִשָּׂא גוֹי אֶל-גּוֹי חֶרֶב וְלֹא-יִלְמְדוּ עוֹד מִלְחָמָה. (ישעיהו ב: ב-ד).ש

2 Il arrivera, à la fin des temps, que la montagne de la maison du Seigneur sera affermie sur la cime des montagnes et se dressera au-dessus des collines, et toutes les nations y afflueront.  3 Et nombre de peuples iront en disant: « Or çà, gravissons la montagne de l’Eternel pour gagner la maison du Seigneur de Jacob, afin qu’il nous enseigne ses voies et que nous puissions suivre ses sentiers, car c’est de Sion que sort la ToRaH et de Jérusalem la parole du Seigneur. »  4 Il sera un arbitre entre les nations et le précepteur de peuples nombreux; ceux-ci alors de leurs glaives forgeront des socs de charrue et de leurs lances des serpettes; un peuple ne tirera plus l’épée contre un autre peuple, et on n’apprendra plus l’art des combats. (Isaïe 2: 2-4)

 

[1] Parashat VaYétsé, Genèse 28: 10- 32: 3

[2]  Cf. la femme de Lot nommée «נְצִיב מֶלַח NéTsIV MéLa’H» («Statue – monument de sel»).

[3] יְגַר  Yégar: «monticule, amoncellement, monceau».On retrouve cette racine araméenne en hébreu:  א.ג.ר.  «amonceler, amasser».

[4] Le terme שָׂהֲדוּתָא (Sahadoutha) est à rapprocher du mot arabe  ShaHiD (racine ش ه د (š-h-d) «être témoin». En grec, le terme μάρτυρος (márturos) qui a donné en français le mot «martyr» signifie «témoin». Cette notion peu hébraïque de mourir pour sa foi pour en être le témoin a pénétré la culture grecque, puis plus tard, les cultures arabe et chrétienne.

[5]  גַּלְעֵד Gal-eD, signifie en hébreu: «monticule du Témoignage». Ce monticule a donc le même nom en hébreu comme en araméen.

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Shabbat shalom !

hebreubiblique@gmail.com

Avec toutes mes amitiés,

Haïm Ouizemann

 

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1 Response to Parashat VaYétsé, Ya’akov, Construire l’Unité

  1. Le prêtre Jean-jacques dit :

    Shalom Haïm, cela me fait penser à Eze11:19  » Je leur donnerai un même cœur » Il parle ensuite de changer le cœur de pierre en un cœur de chair.
    Alors l’huile peut en être la source pour transformer la pierre.
    Merci pour cet enseignement soyez si bénis et protégés ainsi que tout Israël 🙏💙🇮🇱💦

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