Parashat Mikets, Joseph, une leçon d’identité hébraïque

Joseph et les rêves de Pharaon  (1857) J-A GUIGNET Musée des B-A de Rouen

Joseph et les rêves de Pharaon
(1857) J-A GUIGNET
Musée des B-A de Rouen

Selon le calendrier hébraïque, la Parashat Mikets est toujours lue le shabbat de Hanouccah commémorant la victoire de la Lumière sur les ténèbres et de l’Esprit sur la force armée et la barbarie des hommes.

L’interrogation à laquelle nous tenterons de répondre repose sur le lien unissant cette péricope à l’histoire des Maccabées vainqueurs de l’occupant grec.

Après que YoSeF ait été nommé péjorativement «נַעַר עִבְרִי, עֶבֶד  jeune adolescent hébreu, esclave» (Genèse 41: 12) par le maître échanson[1], Pharaon, à la fois intrigué et subjugué par le pouvoir d’interprétation du «בַּעַל הַחֲלֹמוֹת  maître des rêves» (Genèse 37: 19) tient un discours inverse:

לח וַיֹּאמֶר פַּרְעֹה אֶל-עֲבָדָיו הֲנִמְצָא כָזֶה אִישׁ אֲשֶׁר רוּחַ אֱלֹהִים בּוֹ. לט וַיֹּאמֶר פַּרְעֹה אֶל-יוֹסֵף אַחֲרֵי הוֹדִיעַ אֱלֹהִים אוֹתְךָ אֶת-כָּל-זֹאת אֵין-

נָבוֹן וְחָכָם כָּמוֹךָ. (בראשית מא: לח-לט).ש

38 Et Pharaon dit à ses serviteurs: « Pourrions-nous trouver un homme tel que celui-ci, plein de l’esprit du Seigneur? ». 39 Et Pharaon dit à Joseph: « Puisque Dieu t’a révélé tout cela, nul n’est sage et entendu comme toi. (Genèse 41: 38-39)[2]

Comment YoSeF est-il donc passé d’un état d’adolescent réduit à l’esclavage, à la fonction de vice-roi en Egypte, la plus haute des fonctions prestigieuses? Le «jeune adolescent hébreu, esclave» devient dans la bouche de Pharaon un homme sage sur lequel se répand l’Esprit du Seigneur, à qui il n’hésite point de confier l’avenir entier de l’économie égyptienne (Genèse 41: 39-44)! S’agit-il d’un acte de pure grâce divine ou d’un mérite relatif à la personnalité de YoSeF? Comment expliquer ce retournement dramatique?

מ אַתָּה תִּהְיֶה עַל-בֵּיתִי וְעַל-פִּיךָ יִשַּׁק כָּל-עַמִּי רַק הַכִּסֵּא אֶגְדַּל מִמֶּךָּ. מא וַיֹּאמֶר פַּרְעֹה אֶל-יוֹסֵף  רְאֵה נָתַתִּי אֹתְךָ עַל כָּל-אֶרֶץ מִצְרָיִם. (בראשית מא: מ-מא).ש

40 C’est toi qui sera le chef de ma maison; tout mon peuple sera gouverné selon ta parole et je n’aurai sur toi que la prééminence du trône. » 41 Pharaon dit à Joseph: « Vois! je te mets à la tête de tout le pays d’Égypte. » (Genèse 41: 40- 41).

Effectivement, eu égard à l’intelligence économique et gestionnaire dont fait preuve YoSeF, Pharaon lui accorde tous les honneurs affiliés au rang qu’il mérite, considérant le service incommensurable qu’il rend à l’Egypte en la sauvegardant de la famine:

מב וַיָּסַר פַּרְעֹה אֶת-טַבַּעְתּוֹ מֵעַל יָדוֹ וַיִּתֵּן אֹתָהּ עַל-יַד יוֹסֵף וַיַּלְבֵּשׁ אֹתוֹ בִּגְדֵי-שֵׁשׁ וַיָּשֶׂם רְבִד הַזָּהָב עַל-צַוָּארוֹ. ש

42 Et Pharaon ôta son anneau de sa main et le passa à celle de Joseph; il le fit habiller de byssus et suspendit le collier d’or de son cou. .(Genèse 41: 42)

YoSeF prend soin, même lors des moments les plus sombres de sa vie, de ne  jamais occulter ses racines hébraïques abrahamiques. Cette reconnaissance explicite de son identité hébraïque constitue le fondement de la puissance spirituelle de YoSeF:

טו כִּי-גֻנֹּב גֻּנַּבְתִּי מֵאֶרֶץ הָעִבְרִים וְגַם-פֹּה לֹא-עָשִׂיתִי מְאוּמָה כִּי-שָׂמוּ אֹתִי בַּבּוֹר. (בראשית מ: טו).ש

15 Car j’ai été enlevé, enlevé du pays des Hébreux; et ici non plus je n’avais rien fait lorsqu’on m’a jeté dans ce trou. » (Genèse 40: 15)

Outre son origine hébraïque, YoSeF, dans un total esprit d’humilité, mentionne l’Eternel comme la Source unique de l’interprétation de ses rêves sans jamais s’en attribuer les droits personnels:

טז וַיַּעַן יוֹסֵף אֶת-פַּרְעֹה לֵאמֹר בִּלְעָדָי  אֱלֹהִים יַעֲנֶה אֶת-שְׁלוֹם פַּרְעֹה. (בראשית מא: טז).ש

16 Joseph répondit à Pharaon en disant: « Ce n’est pas moi, c’est le Seigneur, qui donnera la sérénité à Pharaon. (Genèse 41: 16)[3].

Comment savons-nous que YoSeF, même en Egypte, loin de son père Ya’AKoV, demeure fidèle à ses pères et à la transmission de la promesse de devenir un grand peuple?

מט וַיִּצְבֹּר יוֹסֵף בָּר כְּחוֹל הַיָּם הַרְבֵּה מְאֹד עַד כִּי-חָדַל לִסְפֹּר כִּי-אֵין מִסְפָּר. (בראשית מא: מט).ש

49 Et Joseph fit des amas de blé considérables comme le sable de la mer; tellement qu’on cessa de le compter, car c’était incalculable. . (Genèse 41: 49).

Or, l’expression «כְּחוֹל הַיָּם comme le sable de la mer» rappelle les termes exacts de la promesse divine faite au Patriarche AVRaHaM. YoSeF semble suivre les traces de son ancêtre, dans sa confiance absolue en l’Eternel:

ו וְהֶאֱמִן בַּיהוָה וַיַּחְשְׁבֶהָ לּוֹ צְדָקָה. (בראשית טו: ו). ׁׁׁׁׁׁׁׁׁש

6 Et il [Avraham] eut foi en l’Éternel, et l’Éternel lui en fit un mérite. (Genèse 15: 6).

En effet, quoique l’Eternel ne lui soit jamais apparu directement, comme à ses ancêtres Avraham, Its’hak, Yaakov, YoSeF s’en remet totalement à la providence divine (שְׁכִינָה) qui l’accompagne toute sa vie. Il semblerait donc que la bénédiction prodiguée à l’Egypte trouverait sa source, à travers YoSeF, dans l’Alliance conclue avec les Patriarches! Ainsi, YAaKov:

יג וְאַתָּה אָמַרְתָּ הֵיטֵב אֵיטִיב עִמָּךְ וְשַׂמְתִּי אֶת-זַרְעֲךָ כְּחוֹל הַיָּם אֲשֶׁר לֹא-יִסָּפֵר מֵרֹב. (בראשית לב: יג).ש

13 Pourtant, Tu [L’Eternel] as dit: ‘Je te comblerai de faveurs et j’égalerai ta descendance au sable de la mer, dont la quantité est incalculable. (Genèse 32: 13)

Avec AVRaHaM, si l’image diffère quelque peu avec «כַּעֲפַר הָאָרֶץ la poussière de la terre» au lieu du «כְּחוֹל הַיָּם  sable de la mer», la signification reste identique:

טז וְשַׂמְתִּי אֶת-זַרְעֲךָ, כַּעֲפַר הָאָרֶץ אֲשֶׁר אִם-יוּכַל אִישׁ לִמְנוֹת אֶת-עֲפַר הָאָרֶץ גַּם-זַרְעֲךָ יִמָּנֶה. (בראשית יג: טז).ש

16 Je rendrai ta race semblable à la poussière de la terre; tellement que, si l’on peut nombrer la poussière de la terre, ta race aussi pourra être nombrée. (Genèse 13: 16).

Le meilleur garant de la pérennité d’Israël réside dans le respect et la sauvegarde de l’identité hébraïque comme le font les Maccabées qui, en tant que Cohanim («serviteurs de l’Eternel»), ont pour vocation d’enseigner la ToRaH d’Israël:

ז כִּי-שִׂפְתֵי כֹהֵן יִשְׁמְרוּ-דַעַת וְתוֹרָה יְבַקְשׁוּ מִפִּיהוּ  כִּי מַלְאַךְ יְהוָה-צְבָאוֹת הוּא. (מלאכי ב: ז).ש

7 C’est que les lèvres du Cohen doivent conserver la Connaissance; c’est de sa bouche qu’on réclame la Torah, car il est un mandataire de l’Eternel-Tsevaot. (Malachie 2: 7)

En tant que tels, les Maccabées ont pris la tête d’un mouvement de révolte destiné à purifier le Temple, profané par les Grecs. Ce faisant, ils ont lutté âprement pour le respect de leur identité cultuelle et culturelle, et ils ont chassé l’envahisseur grec, tout-puissant et régnant alors en maître incontesté.

L’accession au pouvoir de YoSeF en Egypte, en lui permettant de proclamer le Nom divin, a rendu possible la reconnaissance de l’Eternel, Dieu des Hébreux par les Nations (l’Egypte, paradigme des Nations). Qui eût cru que le Nom de l’Eternel serait mentionné par Pharaon?

לח וַיֹּאמֶר פַּרְעֹה אֶל-עֲבָדָיו הֲנִמְצָא כָזֶה אִישׁ אֲשֶׁר רוּחַ אֱלֹהִים בּוֹ. ש

38 Et Pharaon dit à ses serviteurs: « Pourrions-nous trouver un homme tel que celui-ci, plein de l’esprit du Seigneur? » (Gen. 41: 38)

Or paradoxalement YoSef, lui qui ne cachera jamais sa véritable identité d’Hébreu aux Egyptiens, se révèle pourtant comme un «étranger» (וַיִּתְנַכֵּר, de la racine נ.כ.ר., «être étranger») aux yeux de ses propres frères lors de leur rencontre historique:

ז וַיַּרְא יוֹסֵף אֶת-אֶחָיו וַיַּכִּרֵם וַיִּתְנַכֵּר אֲלֵיהֶם וַיְדַבֵּר אִתָּם קָשׁוֹת וַיֹּאמֶר אֲלֵהֶם מֵאַיִן בָּאתֶם וַיֹּאמְרוּ מֵאֶרֶץ כְּנַעַן לִשְׁבָּר-אֹכֶל. ש

7 En voyant ses frères, Joseph les reconnut; mais il dissimula vis à vis d’eux, et, leur parlant rudement, leur dit: « D’où venez -vous? » Ils répondirent: « Du pays de Canaan, pour acheter des vivres. (Gen. 42: 7)

Quel peut être le sens de cette méconnaissance?

La première question de YoSeF  à ses frères concerne, en premier lieu, leur origine «מֵאַיִן בָּאתֶם  D’où venez vous?», ou plutôt: «D’où êtes-vous venus?». YoSef attend d’eux qu’ils répondent: «מֵאֶרֶץ הָעִבְרִים du pays des Hébreux» (Genèse 40: 15) selon sa propre expression, mais ses frères lui rétorquent: «מֵאֶרֶץ כְּנַעַן Du pays de Canaan», selon l’expression consacrée alors. Contraints de retourner au Pays, leur père YaAKoV, nommé désormais ISRaEL, leur répond:

יא וַיֹּאמֶר אֲלֵהֶם יִשְׂרָאֵל אֲבִיהֶם, אִם-כֵּן אֵפוֹא זֹאת עֲשׂוּ קְחוּ מִזִּמְרַת הָאָרֶץ בִּכְלֵיכֶם וְהוֹרִידוּ לָאִישׁ מִנְחָה מְעַט צֳרִי וּמְעַט דְּבַשׁ נְכֹאת וָלֹט, בָּטְנִים וּשְׁקֵדִים. (בראשית מג: יא).ש

11 Israël, leur père, leur dit: « Puisqu’il en est ainsi, eh bien! Faites ceci: mettez dans vos bagages des meilleures productions du pays et apportez les en hommage à cet homme: un peu de baume, un peu de miel, des aromates et du lotus, des pistaches et des amandes. (Genèse 43
: 11 ).

YaAKoV (Chapitre 42), pour la première fois depuis la disparition de YoSeF, reprend sa dimension, trop longtemps occultée sous la douleur et le malheur, de ISRaEL. Il veut que ses fils présentent «מִזִּמְרַת הָאָרֶץ des meilleures productions du Pays», du Pays où il vit avec sa famille, sa tribu, du Pays qui lui donne de sa richesse malgré la famine, alors que la dénomination de «אֶרֶץ כְּנַעַן pays de Canaan», est symbole d’habitants avec lesquels il demeure impossible de se fondre, comme l’huile ne peut se mêler avec l’eau. YeHouDaH, après la disparition de son frère, en fera les frais, quand il épousera une fille de Cananéen avec laquelle il n’aura finalement aucun descendant (Genèse chapitre 38).

La lutte des Maccabées contre la Grèce, le «petit nombre» s’insurgeant contre la puissance dominatrice que constituait alors la Grèce, à l’image de YoSeF, luttant inlassablement pour diffuser la lumière de l’Eternel en Egypte, alors puissance dominatrice, enseigne l’importance de conserver l’identité hébraïque contre toute tentative d’assimilation étrangère susceptible de conduire à la disparition du peuple d’Israël.

ב וְהָיָה בְּאַחֲרִית הַיָּמִים, נָכוֹן יִהְיֶה הַר בֵּית-יְהוָה בְּרֹאשׁ הֶהָרִים וְנִשָּׂא מִגְּבָעוֹת וְנָהֲרוּ אֵלָיו כָּל-הַגּוֹיִם. ג וְהָלְכוּ עַמִּים רַבִּים וְאָמְרוּ לְכוּ וְנַעֲלֶה אֶל-הַר-יְהוָה אֶל-בֵּית אֱלֹהֵי יַעֲקֹב, וְיֹרֵנוּ מִדְּרָכָיו, וְנֵלְכָה בְּאֹרְחֹתָיו: כִּי מִצִּיּוֹן תֵּצֵא תוֹרָה, וּדְבַר-יְהוָה מִירוּשָׁלִָם. (ישעיהו ב: ב-ג).ש

2 Il arrivera, à la fin des temps, que la montagne de la maison du Seigneur sera affermie sur la cime des montagnes et se dressera au-dessus des collines, et toutes les nations y afflueront. 3 Et nombre de peuples iront en disant: « Or çà, montons la montagne de l’Eternel pour arriver à la maison du Seigneur de Jacob, afin qu’il nous enseigne ses voies et que nous puissions suivre ses sentiers, car c’est de Sion que sort la Torah et de Jérusalem la parole du Seigneur. »  (Isaïe 2: 2-3).

[1] L’épouse de Potifar l’appelle également «הָעֶבֶד הָעִבְרִי, l’esclave hébreu» (Genèse 39: 17).

[2] Parashat Mikets, Genèse 41: 1- 44: 17

[3] Cf. également Genèse 41: 32.

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Shabbat shalom !

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Avec toutes mes amitiés,

Haïm Ouizemann

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3 Responses to Parashat Mikets, Joseph, une leçon d’identité hébraïque

  1. Joelle Fert dit :

    Toda rabba . Chabat chalom 😊

  2. Gharbi serge dit :

    Merci pour ce commentaire et aussi la traduction

  3. Uline daniel dit :

    Passionnant du monde profane à la lumière . Merci

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