Parashat Ki Tissa, Ego, égalité et équité

Demi-sicle de l'époque de la Grande Révolte ( 67-68 de notre ère)

Demi-sicle de l’époque de la Grande Révolte ( 67-68 de notre ère)

Le thème principal de la parasha Ki Tissa[1] est celui de la faute du veau d’or et de ses conséquences qui ne cessent de marquer la conscience d’Israël. Si la première interrogation reste celle de savoir comment les fils d’Israël, portés et protégés par l’Eternel, ont osé édifier une vaine idole et retomber dans le culte païen, souvenir vivant d’Egypte, la seconde interrogation, sur laquelle nous porterons notre attention, demeure celle de Moïse face à son peuple. Quel est donc le secret de Moïse et comment réussira-t-il à sauver son peuple du châtiment divin?

יג זֶה יִתְּנוּ כָּל-הָעֹבֵר עַל-הַפְּקֻדִים מַחֲצִית הַשֶּׁקֶל בְּשֶׁקֶל הַקֹּדֶשׁ  עֶשְׂרִים גֵּרָה הַשֶּׁקֶל מַחֲצִית הַשֶּׁקֶל תְּרוּמָה לַיהוָה. טו הֶעָשִׁיר לֹא-יַרְבֶּה וְהַדַּל לֹא יַמְעִיט מִמַּחֲצִית הַשָּׁקֶל לָתֵת אֶת-תְּרוּמַת יְהוָה לְכַפֵּר עַל-נַפְשֹׁתֵיכֶם. (שמות יג-טו).ש

13 Ce tribut, présenté par tous ceux qui seront compris dans le dénombrement, sera d’un demi-sicle, selon le poids du sanctuaire; ce dernier est de vingt ghéra, la moitié sera l’offrande réservée au Seigneur…  15 Le riche ne donnera pas plus, le pauvre ne donnera pas moins que la moitié du sicle, pour acquitter l’impôt de l’Éternel, à l’effet de racheter vos personnes. (Exode 30: 13- 15).[2]

L’apport du  demi-sicle, signe de la suppression de tout statut entre riche et pauvre, exprime l’égalité des Hébreux face au service divin.

Cette notion d’égalité, si fondamentale dans la pensée hébraïque, traverse l’intégralité de la Parasha.

Ainsi lors de la fabrication de l’encens, l’Eternel enjoint à Moïse d’y introduire, entre autres, une essence particulière, le  galbanum:

לד וַיֹּאמֶר יְהוָה אֶל-מֹשֶׁה קַח-לְךָ סַמִּים נָטָף וּשְׁחֵלֶת וְחֶלְבְּנָה סַמִּים וּלְבֹנָה זַכָּה בַּד בְּבַד יִהְיֶה. (שמות ל: לד).ש

34 L’Éternel dit à Moïse: « Choisis des ingrédients: du storax, de l’ongle aromatique, du galbanum, divers ingrédients et de l’encens pur; le tout à poids égal. (Exode 30: 34).

Rashi écrit, à propos du galbanum – חֶלְבְּנָה: «C’est une essence qui dégage une mauvaise odeur et que l’on appelle: « galbana ». Le texte l’a inclus dans la composition de l’encens afin de nous apprendre à ne pas tenir pour indigne de nous, dans nos réunions de jeûnes et de prières, la présence de pécheurs d’Israël, lesquels doivent au contraire être comptés comme étant des nôtres» (Kerithoth 6, b).

Par ailleurs, aux côtés de l’artiste BeTsaLeL ben OuRi ben ‘HouR, responsable de la construction du Sanctuaire,  se tient A’OLiaV ben A’HiSaMaKh.  A’OLiaV ben A’HiSaMaKh appartient à la plus petite des tribus d’Israël, la tribu de Dan.  Autrement dit, la Tente d’Assignation vise à unir l’ensemble des tribus, au-delà même de leur importance numérique car l’essence du service divin se fonde sur le principe d’égalité. Même les plus faibles d’entre les fils d’Israël y sont représentés.

Notre parasha, dont le fil conducteur, la quête de fraternité par l’accomplissement de l’idéal d’égalité, apparaît comme le principe fondamental nécessaire à la construction de l’unité d’Israël, introduit le veau d’or conduisant à une brisure dans l’âme du peuple, concrétisée par la brisure des Tables de la Loi, elles-mêmes l’âme du peuple (Exode 32: 19):

ד וַיִּקַּח מִיָּדָם וַיָּצַר אֹתוֹ בַּחֶרֶט וַיַּעֲשֵׂהוּ עֵגֶל מַסֵּכָה וַיֹּאמְרוּ אֵלֶּה אֱלֹהיֶךָ יִשְׂרָאֵל אֲשֶׁר הֶעֱלוּךָ מֵאֶרֶץ מִצְרָיִם. (שמות לב: ד).ש

4 Ayant reçu cet or de leurs mains, il le jeta en moule et en fit un veau de métal; et ils dirent: « Voilà tes dieux, ô Israël, qui t’ont monté du pays d’Égypte! » (Exode 32: 4).

En effet, alors que les Hébreux désignent l’Eternel, le Seigneur des Hébreux, sous l’appellation qu’ils connaissent, appellation qui leur est habituelle: « אֱלֹהיֶךָ Eloheikha, ton Dieu», expression à la terminaison au pluriel mais exprimant un singulier car le verbe l’accompagnant habituellement est toujours au singulier, leur intention réelle est bien d’«éclater» la divinité en mettant l’accent cette fois-ci sur la pluralité du terme « אֱלֹהיֶךָ Eloheikha, ton Seigneur»,en exprimant le verbe qui l’accompagne au pluriel: « אֱלֹהיֶךָ Eloheikha, tes dieux אֲשֶׁר הֶעֱלוּךָ  , qui t’ont fait monter…», cela même alors qu’ils n’ont construit qu’un seul veau d’or, au singulier!

Devant cette manifestation éclatante de paganisme hérité de siècles d’immersion complète au cœur même de l’idolâtrie, l’Eternel menace, alors, de détruire totalement son peuple:

י וְעַתָּה הַנִּיחָה לִּי וְיִחַר-אַפִּי בָהֶם וַאֲכַלֵּם וְאֶעֱשֶׂה אוֹתְךָ לְגוֹי גָּדוֹל. (שמות לב: י).ש

10 Donc, cesse de me solliciter, laisse s’allumer contre eux ma colère et que Je les anéantisse, tandis que je ferai de toi un grand peuple! (Exode 32: 10).

Moïse, tout dévoué à son peuple, rappelle non seulement le mérite des trois Patriarches unis par l’Alliance (Exode 32: 13) mais aussi, faisant preuve de noblesse d’esprit, se montre disposé à voir disparaître son propre nom, si l’Eternel en venait à détruire son peuple:

לב וְעַתָּה אִם-תִּשָּׂא חַטָּאתָם וְאִם-אַיִן מְחֵנִי נָא מִסִּפְרְךָ אֲשֶׁר כָּתָבְתָּ. (שמות לב: לב).ש

32 et pourtant, si Tu voulais pardonner à leur faute!… Sinon efface-moi du livre que tu as écrit. » (Exode 32: 32)

Moïse, faisant fi de tout ego personnel, se sent l’égal des siens et prend sur lui une faute qu’il n’a point commise:

ט וַיֹּאמֶר אִם-נָא מָצָאתִי חֵן בְּעֵינֶיךָ, אֲדֹנָי יֵלֶךְ-נָא אֲדֹנָי בְּקִרְבֵּנוּ כִּי עַם-קְשֵׁה-עֹרֶף הוּא וְסָלַחְתָּ לַעֲוֹנֵנוּ וּלְחַטָּאתֵנוּ וּנְחַלְתָּנוּ. (שמות לד: ט).ש

9 et il dit:  » si j’ai, je te prie, trouvé faveur à tes yeux, Seigneur, daigne marcher encore au milieu de nous car c’est un peuple à la nuque raide, mais tu pardonneras notre iniquité et nos péchés et nous resterons ton héritage. » (Exode 34: 9).

Comment Moïse pourrait-il, après tant de tribulations et de souffrance communes, trahir sa vocation et abandonner ses frères en faveur desquels, lui le prince d’Egypte, avait déjà renoncé aux honneurs que lui conférait l’altière puissance pharaonique (Exode 2: 11-15)? Ce sens de l’égalité fraternelle, quelle que puisse être  la gravité de la faute des Hébreux le pousse à se consacrer complètement corps et âme en faveur du  peuple hébreu, ses propres frères, dont il se sent pleinement responsable en tant que leur dirigeant et leur guide.

De plus, par le biais de cette prise de responsabilité collective, Moïse, l’âme de toutes les âmes, réussit, en vertu de l’Alliance divine conclue avec les Patriarches, à rappeler qu’Israël demeure l’héritage du Seigneur en tant qu’entité indivisible et, ainsi, en écarter le châtiment divin. MoSheH, l’homme du Seigneur אִישׁ הָאֱלֹהִים se révèle, avant tout, comme un homme en quête perpétuelle de justice, une justice fondée sur le principe fondamental d’égalité:

יד וַיֵּרֶד מֹשֶׁה מִן-הָהָר, אֶל-הָעָם… (שמות יט: יד)ש

14 Moïse descendit de la montagne vers le peuple… (Ex. 19: 14)

 

[1] Exode 30: 11-34: 35.

[2]Parashat Ki Tissa, Exode 30: 11- 34: 35

 

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Shabbat shalom !

hebreubiblique@gmail.com

Avec toutes mes amitiés,

Haïm Ouizemann

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