Parashat VaYakhel,  la bénédiction cachée

Alors que la parasha «Térouma» relate le programme architectural relatif à l’édification du Tabernacle, la parasha VaYakhel, quant à elle, décrit avec une fine et non moins grande précision sa fabrication effective. Parmi tous les instruments du Tabernacle, le premier mentionné est l’Arche d’Alliance (Exode 37: 1-9). Puis, la source biblique décrit le mode de fabrication de la Table des Pains de proposition (Exode 37:10-16), celui du Candélabre (Exode 37: 17-24), de l’autel de l’encens (Exode 37: 25-29) puis de l’autel des sacrifices (Exode 38: 1-7) et du bassin (Exode 38: 8) pour s’achever sur le Parvis (Exode 38: 9-20). L’on peut remarquer que la description de tous ces instruments de culte s’inscrit dans un mouvement qui va du monde intérieur vers le monde extérieur.

En quoi l’Arche d’Alliance se distingue-t-elle des autres instruments?

L’Arche d’Alliance où reposent les tables du Témoignage se caractérise par ses deux barres qui, traversant de part et d’autre quatre anneaux apposés à ses coins, ne doivent en aucune manière en être retirées:

ג וַיִּצֹק לוֹ אַרְבַּע טַבְּעֹת זָהָב עַל אַרְבַּע פַּעֲמֹתָיו וּשְׁתֵּי טַבָּעֹת עַל-צַלְעוֹ הָאֶחָת וּשְׁתֵּי טַבָּעֹת עַל-צַלְעוֹ הַשֵּׁנִית. (שמות לז: ג).ש

3 Il moula quatre anneaux d’or pour ses quatre angles; savoir, deux anneaux pour l’une de ses faces, deux anneaux pour la face opposée. (Exode 37: 3).

Même introduit au cœur du Saint des Saints du premier Temple érigé par Salomon, ces barres enchâssées à l’Arche d’Alliance ne quittent point celle-ci. Ces barres, faites pour transporter l’Arche, indiquent nettement la disponibilité de l’Arche d’être transportée partout où l’on a besoin d’elle. Elles témoignent ainsi de la vocation de la Parole de l’Eternel qui, loin d’être fixée en un lieu déterminé, se doit d’être diffusée et partagée au plus grand nombre d’hommes, de femmes et d’enfants, qu’ils soient Juifs ou non-Juifs.

Le Livre des Nevi’im (Prophètes) précise:

ח וַיַּאֲרִכוּ הַבַּדִּים וַיֵּרָאוּ רָאשֵׁי הַבַּדִּים מִן-הַקֹּדֶשׁ עַל-פְּנֵי הַדְּבִיר וְלֹא יֵרָאוּ הַחוּצָה וַיִּהְיוּ שָׁם עַד הַיּוֹם הַזֶּה. (מלכים א, ח: ח).ש

8 On avait prolongé ces barres, de façon que leurs extrémités s’apercevaient de l’enceinte sacrée, à l’entrée du devir, mais n’étaient pas apparentes extérieurement; elles y sont restées jusqu’à ce jour. (I Rois 8: 8)

Le livre des Rois explique que l’on pouvait distinguer l’extrémité de chaque barre uniquement par le biais du voile – PaRoKhET/ פָּרֹכֶת  séparant le Saint du Saint des saints. Autrement dit, l’intégralité des barres demeure inaccessible à l’œil humain.

כ וְלֹא-יָבֹאוּ לִרְאוֹת כְּבַלַּע אֶת-הַקֹּדֶשׁ וָמֵתוּ.  (במדבר ד: כ).ש

20 …de peur qu’ils [les fils d’Aaron] n’entrent pour regarder, fût-ce un instant, les choses saintes, et qu’ils ne meurent. (Nombres 4: 20)

A propos de ce verset, Rav Na’hman, dans la tradition orale, enseigne:

«אָמַר רַב נַחְמָן: מָשָׁל לְכַלָּה, כָּל זְמָן שֶׁהִיא בְּבֵית אָבִיהָ – צְנוּעָה מִבֵּעֲלָהּ, כֵּיוָן שֶׁבָּאתָה לְבֵית חָמִיהָ – אֵינָה צְנוּעָה מִבֵּעֲלָהּ» (בבלי יומא נד: א).ש

«Parabole d’une fiancée, qui, tant qu’elle demeure au foyer de son père, elle demeure cachée [discrète, pudique, réservée] de son époux. Et lorsqu’elle se rend au foyer de son beau-père, elle n’est plus cachée à son époux». (Talmud de Babylone, Traité Yoma 54: a).

L’on peut en déduire qu’Israël dans le désert est symbolisé par la fiancée dans la maison de son père, tandis qu’Israël sur sa terre est la fiancée ayant rejoint son époux. Lien intime entre l’Eternel et son peuple.

« וְאָמַר רַבִּי יִצְחָק, אֵין הַבְּרָכָה מְצוּיָה אֶלָּא בְדָבָר הַסָּמוּי מִן הָעַיִן, שֶׁנֶּאֱמַר, « יְצַו ה’ אִתְּךָ אֶת הַבְּרָכָה בְאֲסָמֶיךָ » (דברים כח, ח). תַּנָּא דְּבֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל, אֵין הַבְּרָכָה מְצוּיָה אֶלָּא בְדָבָר שֶׁאֵין הָעַיִן שׁוֹלֶטֶת בּוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר , « יְצַו ה’ אִתְּךָ אֶת הַבְּרָכָה בְאֲסָמֶיךָ » (דברים כח, ח).ש

«Rabbi Its’hak enseigne: la bénédiction ne se trouve présente qu’en une chose cachée des yeux comme il est écrit: «L’Éternel ordonnera chez toi la bénédiction, dans tes celliers,» (Deutéronome 28: 8).  Rabbi Yishmaël enseigne, quant à lui: la bénédiction ne se trouve présente qu’en une chose que l’œil ne peut point dominer, [à savoir loin de tout esprit de jalousie H.O.]. » (Traité Ta’anit 8: b).

La Tradition orale rapproche le terme אֲסָמֶיךָ ASsaMeYKha («tes celliers, tes greniers à blé») du terme הַסָּמוּי – HaSsaMOuY signifiant «qui est caché».

Malgré tous les bienfaits prodigués par l’Eternel aux Hébreux dans le désert, la  Tora y demeure cependant fermée. Cette dernière est appelée à ne se révéler pleinement qu’en Erets Israël, lorsque le peuple d’Israël vit et se développe sur sa terre. Ainsi, la terre d’Israël ne peut pleinement se développer que lorsque le peuple d’Israël vit sur sa terre et ouvre la Tora pour la mettre en pratique:

ל הִנֵּה יָמִים בָּאִים, נְאֻם-יְהוָה; וְכָרַתִּי אֶת-בֵּית יִשְׂרָאֵל וְאֶת-בֵּית יְהוּדָה בְּרִית חֲדָשָׁה.  … לב  כִּי זֹאת הַבְּרִית אֲשֶׁר אֶכְרֹת אֶת-בֵּית יִשְׂרָאֵל אַחֲרֵי הַיָּמִים הָהֵם, נְאֻם-יְהוָה נָתַתִּי אֶת-תּוֹרָתִי בְּקִרְבָּם וְעַל-לִבָּם אֶכְתְּבֶנָּה וְהָיִיתִי לָהֶם לֵאלֹהִים וְהֵמָּה יִהְיוּ-לִי לְעָם. לג וְלֹא יְלַמְּדוּ עוֹד אִישׁ אֶת-רֵעֵהוּ וְאִישׁ אֶת-אָחִיו לֵאמֹר דְּעוּ אֶת-יְהוָה:  כִּי-כוּלָּם יֵדְעוּ אוֹתִי לְמִקְּטַנָּם וְעַד-גְּדוֹלָם נְאֻם-יְהוָה כִּי אֶסְלַח לַעֲוֺנָם וּלְחַטָּאתָם לֹא אֶזְכָּר-עוֹד. (ירמיהו לא: ל-לג).ש

30 Voici, des jours vont venir, dit le Seigneur, où je conclurai avec la maison d’Israël et la maison de Juda une alliance nouvelle, … 32 Mais voici quelle alliance je conclurai avec la maison d’Israël, au terme de cette époque, dit l’Eternel: Je ferai pénétrer ma loi en eux, c’est dans leur cœur que je l’inscrirai; je serai leur Dieu et ils seront mon peuple.  33 Et ils n’auront plus besoin ni les uns ni les autres de s’instruire mutuellement en disant: « Reconnaissez l’Eternel! » Car tous, ils me connaîtront, du plus petit au plus grand, dit l’Eternel, quand j’aurai pardonné leurs fautes et effacé jusqu’au souvenir de leurs péchés.  (Jérémie 31: 30- 33)

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Shabbat shalom !

hebreubiblique@gmail.com

Avec toutes mes amitiés,

Haïm Ouizemann

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1 Response to Parashat VaYakhel,  la bénédiction cachée

  1. cathou dit :

    l’Arche d’Alliance, construit certes à une période où les Israélites sont encore nomades, préfigure pour moi, ce que certains Juifs (certes antisionistes, mais pour d’autres raisons) ressentent comme un judaïsme à vivre au milieu des autres, partout dans le monde.
    Je commence à penser très sérieusement, que la particularité du Judaïsme, contrairement aux autres religions, n’a pas de Patrie. Il est très intéressant de constater au fil du récit biblique combien le judaïsme se construit avec force, systématiquement, à chaque fois, en dehors d’Israël.

    la bénédiction cachée: celle de Dieu donnée aux humains dès leur conception, est pour moi celle que je ressens le plus, la plus forte. je porte cette bénédiction en moi, précieusement, bien au chaud, bien cachée. c’est Elle qui me donne force et courage… je ne cherche jamais à la voir, je sais qu’elle est là.
    la bénédiction humaine, est pour moi: fade et sans consistance, même si je comprends l’utilité, ou le besoin, rappeler la bénédiction originelle

    Comme toujours, bon article Haïm, je les lis toujours, même si en ces temps troublés je n’ai pas trop le temps d’y répondre.

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