Parashat VaYikra,  Israël, le nouvel Adam

La  parasha VaYikra constitue la suite logique de la parasha Pekoudey, la dernière du Livre de l’Exode, relatant l’achèvement de la Tente du Rendez-vous, אֹהֶל מוֹעֵד OHeL MoëD, ou Demeure, מַשְׁכַּן MiShKaN (Exode 40: 17-38). Dans la parasha VaYikra, l’Eternel, par la voie de son prophète MoSheH, enseigne aux Hébreux comment Lui rendre un culte par le biais de sacrifices animaux:

א  וַיִּקְרָא אֶל-מֹשֶׁה וַיְדַבֵּר יְהוָה אֵלָיו מֵאֹהֶל מוֹעֵד לֵאמֹר. ב דַּבֵּר אֶל-בְּנֵי יִשְׂרָאֵל וְאָמַרְתָּ אֲלֵהֶם אָדָם כִּי-יַקְרִיב מִכֶּם קָרְבָּן לַיהוָה מִן-הַבְּהֵמָה מִן הַבָּקָר וּמִן-הַצֹּאן תַּקְרִיבוּ אֶת-קָרְבַּנְכֶם. (ויקרא א: א-ב).ש

1 L’Éternel appela Moïse, et lui parla, de la Tente d’assignation, en ces termes: 2 « Parle aux enfants d’Israël et dis-leur: Si quelqu’un d’entre vous veut présenter au Seigneur une offrande de bétail, c’est dans le gros ou le menu bétail que vous pourrez choisir votre offrande. (Lévitique 1: 1-2)[1]

Ce dernier verset suscite au moins deux questions fondamentales. Premièrement pourquoi le nom d’ADaM- אָדָם figure-t-il dès le début du Lévitique, alors qu’il eût été plus vraisemblable de rappeler l’appartenance stricte à l’une des douze tribus d’Israël: «fils d’Israël בְּנֵי יִשְׂרָאֵל, Hébreux עִבְרִים»? Secondement, en quoi le terme « d’entre vous מִכֶּם» qui paraît, a priori, superflu, nous permet-il de mieux saisir toute la complexité  du sacrifice en Israël?

Le terme «ADaM, אָדָם» fait  référence à l’Humanité entière. Le livre du Lévitique, qui semble donc de prime abord ne s’adresser qu’à Israël, se tourne également vers les Nations:

יח דַּבֵּר אֶל-אַהֲרֹן וְאֶל-בָּנָיו וְאֶל כָּל-בְּנֵי יִשְׂרָאֵל וְאָמַרְתָּ אֲלֵהֶם אִישׁ אִישׁ מִבֵּית יִשְׂרָאֵל וּמִן-הַגֵּר בְּיִשְׂרָאֵל אֲשֶׁר יַקְרִיב קָרְבָּנוֹ לְכָל-נִדְרֵיהֶם וּלְכָל-נִדְבוֹתָם אֲשֶׁר-יַקְרִיבוּ לַיהוָה לְעֹלָה. יט לִרְצֹנְכֶם תָּמִים זָכָר בַּבָּקָר בַּכְּשָׂבִים וּבָעִזִּים. (ויקרא כב: יח-יט. ראה תלמוד בבלי, מסכת חולין יג: ב).ש

18 Parle [Moïse] à Aaron et à ses fils, ainsi qu’à tous les enfants d’Israël, et dis-leur: qui que ce soit de la maison d’Israël, ou parmi les étrangers en Israël, qui voudra présenter son offrande, par suite de quelque vœu ou don volontaire de leur part; s’ils l’offrent à l’Éternel comme holocauste, 19 pour être agréés, prenez-la sans défaut, mâle, parmi le gros bétail, les brebis ou les chèvres. (Lévitique 22: 18-19; Cf. ‘Houlin 13b)

Le grand commentateur Rashi explique et précise, sur les versets Lévitique 1: 1-2:

ש«אָדָם, לָמָּה נֶאֱמַר? מָה אָדָם הָרִאשׁוֹן לֹא הִקְרִיב מִן הַגָּזֵל, שֶׁהַכֹּל הָיָה שֶׁלּוֹ, אַף אַתֶּם לֹא תַּקְרִיבוּ מִן הַגָּזֵל.»ש

«Un homme (Adam) Pourquoi cette précision? De même que Adam, le premier homme, n’a rien offert de ce qui était volé, puisque tout lui appartenait, de même ne devrez-vous rien me présenter de ce qui est volé».

Selon Rashi, Israël se doit donc de suivre l’exemple de l’Homme primordial, ADaM, en prenant soin de n’offrir comme sacrifice que celui qui aurait été acquis avec intégrité. Or, cette réflexion nous renvoie aux deux premiers sacrifices de l’Histoire biblique, à savoir celui de CaIN et HeVeL:

ג וַיְהִי מִקֵּץ יָמִים וַיָּבֵא קַיִן מִפְּרִי הָאֲדָמָה מִנְחָה לַיהוָה. ד וְהֶבֶל הֵבִיא גַם-הוּא מִבְּכֹרוֹת צֹאנוֹ וּמֵחֶלְבֵהֶן וַיִּשַׁע יְהוָה אֶל-הֶבֶל וְאֶל-מִנְחָתוֹ. ה וְאֶל-קַיִן וְאֶל-מִנְחָתוֹ, לֹא שָׁעָה. (בראשית ד: ג-ה).ש

3 Au bout d’un certain temps, Caïn présenta, du produit de la terre, une offrande au Seigneur; 4 et Abel offrit, de son côté, des premiers-nés de son bétail, de leurs parties grasses. Le Seigneur se montra favorable à Abel et à son offrande, 5 mais à Caïn et à son offrande il ne fut pas favorable. (Genèse 4: 3-5).

Pourquoi, si l’on s’en tient à la réflexion de Rashi, l’Eternel n’a-t-Il point accepté le sacrifice de CaIN? CaIN n’a-t-il point offert un sacrifice dûment acquis? Ce dernier n’aurait-il point mérité d’être agréé par l’Eternel? Nombreux sont ceux parmi les commentateurs à faire valoir que le sacrifice de HeVeL considéré comme de meilleure qualité en comparaison  de celui offert par CaIN, aurait été préféré par l’Eternel. Toutefois comment croire que l’Eternel, Lui le Maître de l’univers, puisse aspirer aux graisses de béliers premiers-nés?  Adhérer à cette vision restreinte du culte divin ne conduirait –elle point à rejoindre celle des païens considérant le sacrifice comme porteur d’une force intrinsèquement magique capable d’attirer la faveur des divinités?

Ainsi, assistons-nous à la virulente réaction du prophète Isaïe qui, fustigeant  les dirigeants de Jérusalem comparés à la génération de Sodome et Gomorrhe en raison de leur corruption, reproche à ceux-ci une attitude rappelant celle des faux prophètes comme au temps du prophète Elie au mont Carmel:

יא לָמָּה-לִּי רֹב-זִבְחֵיכֶם יֹאמַר יְהוָה שָׂבַעְתִּי עֹלוֹת אֵילִים וְחֵלֶב מְרִיאִים וְדַם פָּרִים וּכְבָשִׂים וְעַתּוּדִים לֹא חָפָצְתִּי. (ישעיהו א: יא).ש

11 Que m’importe la multitude de vos sacrifices? Dit le Seigneur. Je suis saturé de vos holocaustes de béliers, de la graisse de vos victimes; le sang des taureaux, des agneaux, des boucs, je n’en veux point. (Isaïe 1: 11).

Le prophète Michée, lui aussi, s’élève contre le culte centré principalement sur l’offrande sacrificielle, succédané de la Téshouva, du véritable retour vers la Source du pardon:

ז הֲיִרְצֶה יְהוָה בְּאַלְפֵי אֵילִים בְּרִבְבוֹת נַחֲלֵי-שָׁמֶן הַאֶתֵּן בְּכוֹרִי פִּשְׁעִי פְּרִי בִטְנִי חַטַּאת נַפְשִׁי. (מיכה ו: ז). ש

7 Le Seigneur prendra-t-il plaisir à des hécatombes de béliers, à des torrents d’huile par myriades? Donnerai-je mon premier-né pour ma faute, le fruit de mes entrailles comme rançon expiatoire de ma vie? » (Michée 6: 7).

Après avoir commis la faute de prendre Bat Shéva en faisant tuer au préalable son mari, OuRIaH, le roi David éprouve le besoin de revenir vers l’Eternel non point par le don de sacrifices mais par la voie de la contrition, d’un difficile labeur intérieur:

יח  כִּי לֹא-תַחְפֹּץ זֶבַח וְאֶתֵּנָה  עוֹלָה לֹא תִרְצֶה. יט  זִבְחֵי אֱלֹהִים  רוּחַ נִשְׁבָּרָה לֵב-נִשְׁבָּר וְנִדְכֶּה  אֱלֹהִים לֹא תִבְזֶה. (פרק תהלים נא: יח-יט).ש

18 Car tu ne souhaites pas de sacrifices, je les offrirais volontiers tu ne prends point plaisir aux holocaustes: 19 les sacrifices [agréables] au Seigneur, c’est un esprit contrit; un cœur brisé et abattu, ô Dieu, tu ne le dédaignes point Psaume 51: 18-19).

L’essentiel du sacrifice n’est donc point tant l’animal en soi mais ce qu’il représente, à savoir l’intention du cœur de celui qui l’offre à l’Eternel.  L’on peut alors répondre à la seconde interrogation relative à la mention de « מִכֶּם, d’entre vous» qui, traduit généralement par «d’entre vous», peut également signifier «venant  de vous», de ce qui vous appartient en propre, de votre plus profonde intimité. C’est ce don de soi qui confère au sacrifice sa force. Ainsi, si l’on se rapporte au verset relatif au sacrifice de HeVeL (Genèse 4: 4), nous sommes désormais en mesure de voir un sacrifice personnel sans pareil reflétant son moi intérieur. C’est ainsi que l’on peut interpréter les termes: «הֵבִיא גַם-הוּא- il apporta aussi [il rajouta] son propre moi» à l’opposé de son frère CaIN. En effet,  alors que CaIN apporte «מִפְּרִי הָאֲדָמָה du produit de la terre», sans autre précision, montrant le peu de soin et la négligence qu’il met à préparer son  offrande, HeVeL, quant à lui, apporte «מִבְּכֹרוֹת צֹאנוֹ וּמֵחֶלְבֵהֶן des premiers-nés de son bétail, de leurs parties grasses ». Il se montre donc attentionné et prend soin de choisir les meilleurs morceaux. L’on peut constater en passant que ces morceaux sont conformes aux lois des sacrifices présentés dans le livre du Lévitique. Qui plus est, l’Eternel agrée «Abel et son offrande», tandis qu’il n’agrée point « Caïn et son offrande».   Il agrée Abel avant d’agréer son offrande, comme il n’agrée point Caïn avant de ne point agréer son offrande, montrant ainsi que pour l’Eternel, le for intérieur de l’offrant est plus important que ce qu’il offre.

Effectivement, avant même l’édification de la Tente du Rendez-vous, le Lieu où réside la Présence divine, l’Homme est et restera toujours la Demeure où l’Eternel aspire à résider:

ח וְעָשׂוּ לִי מִקְדָּשׁ וְשָׁכַנְתִּי בְּתוֹכָם.  (שמות כה: ח). ש

8 Et ils me construiront un sanctuaire, et je résiderai au milieu d’eux, (Exode 25: 8)

L’Homme, se transformant en מַשְׁכַּן, «Demeure pour l’Eternel», s’ouvre non seulement à la bénédiction divine mais en devient de surcroît le réceptacle.  Ce réceptacle où abonde la vitalité du flux ininterrompu divin devient à son tour une source vive de partage :

ב וְאֶעֶשְׂךָ לְגוֹי גָּדוֹל וַאֲבָרֶכְךָ וַאֲגַדְּלָה שְׁמֶךָ וֶהְיֵה בְּרָכָה. (בראשית יב: ב).ש

2 Je [l’Eternel] te (Moïse) ferai devenir une grande nation; je te bénirai, je rendrai ton nom glorieux, et sois Bénédiction. (Genèse 12: 2).

Bien que le texte biblique ne mentionne point l’Eternel explicitement comme Source de bienfaits, le Patriarche AVRaHaM est appelé à être «source de bénédiction». De la même manière, Israël, par son abnégation et son sacrifice envers le Monde, devient à son tour une source exemplaire et inépuisable de bénédictions pour le bien de l’Humanité:

ח הִגִּיד לְךָ אָדָם מַה-טּוֹב וּמָה יְהוָה דּוֹרֵשׁ מִמְּךָ כִּי אִם-עֲשׂוֹת מִשְׁפָּט וְאַהֲבַת חֶסֶד וְהַצְנֵעַ לֶכֶת עִם-אֱלֹהֶיךָ. (מיכה ו: ח).ש

8 Homme, on t’a dit ce qui est bien, ce que le Seigneur demande de toi: rien que de pratiquer la justice, d’aimer la bonté et de marcher humblement avec ton Seigneur! (Michée 6: 8).

 

[1] Parashat VaYikra, Lévitique 5: 26

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Shabbat shalom !

hebreubiblique@gmail.com

Avec toutes mes amitiés,

Haïm Ouizemann

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